Le pouvoir du moment présent

Eckart Tolle · Chapitre 78 sur 81

Pages du PDF

Le pouvoir du moment présent

Quand le Malheur Frappe

Si vous regardiez dans un miroir sans aimer ce que vous y voyez, il faudrait que vous soyez fou pour vous attaquer à votre réflexion. Et c’est précisément ce que vous faites lorsque vous ne vous acceptez pas. Évidemment, si vous attaquez l’image, celle-ci vous le rend coup sur coup. Par contre, si vous l’acceptez quelle qu’elle soit, si vous vous montrez amical envers elle, elle ne peut que l’être envers vous. C’est la façon de changer le monde.

Le problème, ce n’est pas la maladie, c’est vous, aussi longtemps que le mental contrôle les choses. Lorsque vous êtes malade ou invalide, n’ayez pas le sentiment d’avoir échoué d’une manière ou d’une autre, ne vous sentez pas coupable. Ne reprochez pas à la vie de vous avoir traité injustement et ne vous faites pas non plus de réprimandes. Tout cela, c’est de la résistance. Si vous avez une maladie grave, servez-vous-en pour atteindre l’illumination. Tout ce qui peut arriver de « mal » dans votre vie doit vous amener vers cet état. Dissociez le temps de la maladie. Ne conférez ni passé ni futur à la maladie. Laissez-la vous ramener de force dans l’intense conscience du moment présent et observez ce qui se passe.

Devenez un alchimiste. Transformez le vulgaire métal en or, la souffrance en conscience, le malheur en une occasion d’éveil.

Êtes-vous gravement malade et ce que je viens de dire vous met-il en colère ? Alors, c’est le signe flagrant que votre maladie a fini par faire partie du sens que vous avez de vous-même et que vous protégez votre identité, en même temps que vous protégez votre maladie. La circonstance qui porte l’étiquette « maladie » n’a rien à voir avec ce que vous êtes vraiment.

QUAND LE MALHEUR FRAPPE

En ce qui a trait à la majorité encore inconsciente de gens, seule une situation extrême et critique a le potentiel de fendre la dure carapace de leur ego et de les amener à lâcher prise et, par conséquent, vers un état de conscience supérieure. Une situation extrême survient lorsqu’un désastre, un bouleversement total, une perte importante ou une grande souffrance viennent faire voler votre monde en éclats et que plus rien n’a de sens. Il s’agit d’un face-à-face avec la mort, physique ou psychologique. Le mental et l’ego qui ont créé ce monde s’écroulent. Un monde nouveau peut dès lors naître des cendres du vieux monde.

Bien sûr, il n’existe aucune garantie que même une situation extrême provoque ce changement, mais le potentiel est toujours là. Chez certaines personnes, dans une telle situation, la résistance à ce qui est s’intensifie et se transforme en une descente aux enfers. Chez d’autres, même si le lâcher-prise ne s’effectue que partiellement, il leur confère une profondeur et une sérénité qui n’étaient pas là avant. Des fragments de la carapace de l’ego s’effritent, permettant ainsi à la paix et au rayonnement qui existent au-delà du mental de transparaître un tant soit peu.

Les situations extrêmes sont à l’origine de nombreux miracles. Au cours des dernières heures de leur vie, des meurtriers condamnés à mort qui attendaient leur exécution ont connu un état dénué d’ego ainsi que la paix et la joie profondes qui l’accompagnent. La résistance face à la situation dans laquelle ils se trouvaient était si intense qu’elle créait une souffrance intolérable. Comme ils ne pouvaient rien faire ni s’enfuir nulle part pour y échapper, pas même se fabriquer mentalement un futur, ces meurtriers ont donc été forcés d’accepter totalement l’inacceptable. Ils ont été contraints de lâcher prise. Ainsi, ils ont pu entrer dans l’état de grâce par lequel arrive la rédemption et connaître un total détachement par rapport au passé. Bien sûr, ce n’est pas la situation extrême qui crée une ouverture laissant place au miracle de la grâce et de la rédemption, mais bien le lâcher-prise.