Le pouvoir du moment présent

Eckart Tolle · Chapitre 38 sur 81

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Le pouvoir du moment présent

Comment Atteindre la Conscience Pure

Plus le décalage est grand entre la perception et la pensée, plus il y a de profondeur en vous en tant qu’être humain. Autrement dit, plus vous êtes conscient.

Beaucoup de gens sont prisonniers de leur mental à un point tel que la beauté de la nature n’existe pas réellement pour eux. Même quand ils disent : « Quelle belle fleur ! » il s’agit seulement d’un étiquetage mental automatique. Étant donné qu’ils ne connaissent pas le silence intérieur et ne sont pas présents, ils ne voient pas véritablement la fleur, n’en sentent pas l’essence, l’aspect sacré, de la même façon qu’ils ne se connaissent pas eux-mêmes, ne sentent pas leur propre essence ou leur propre aspect sacré.

À part quelques exceptions et parce que nous vivons dans une culture où le mental prédomine, une grande part de l’art, de l’architecture, de la musique et de la littérature modernes est dénuée de beauté et d’essence. Pourquoi ? Parce que les gens qui créent ces choses ne peuvent se libérer de leur mental, ne serait-ce que pour un instant. Ils n’entrent donc jamais en contact avec cet espace intérieur d’où proviennent la véritable créativité et l’authentique beauté. Livré à lui-même, le mental crée des monstruosités, et ce, pas uniquement dans les musées d’art. Il suffit de regarder nos aménagements urbains et la désolation de nos parcs industriels. Aucune civilisation n’a jamais généré autant de laideur.

COMMENT ATTEINDRE LA CONSCIENCE PURE

« Présence » est-il synonyme « d’Être » ?

Ce qui se passe en réalité quand vous devenez conscient de l’Être, c’est que celui-ci devient conscient de lui-même. C’est cela la présence. Étant donné que l’Être, la conscience et la vie sont synonymes, nous pourrions affirmer que la présence, c’est la conscience qui devient consciente d’elle-même ou la vie qui parvient à la conscience d’elle-même. Mais ne vous accrochez pas aux mots et ne faites pas d’effort pour bien saisir ce que je vous explique. Vous n’avez pas besoin de comprendre quoi que ce soit pour être présent.

D’accord, mais cela semble sous-entendre que l’Être, cette ultime réalité transcendantale, n’est pas encore achevé, qu’il est soumis à un processus de croissance. Le divin a-t-il besoin de temps pour sa croissance personnelle ?

Oui, mais seulement si on considère les choses sous l’angle de l’univers manifesté. Dans la Bible, Dieu déclare : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin. » Dans le royaume intemporel où règne Dieu, royaume qui est également votre prérogative, le début et la fin, l’alpha et l’oméga ne font qu’un et l’essence de tout ce qui a été et sera est éternellement présente sous une forme non manifestée d’unicité et de perfection. Cette essence est absolument hors de portée de l’imagination ou de la compréhension mentale chez l’humain. Dans notre monde de formes apparemment distinctes, par contre, la perfection temporelle est un concept inconcevable. Ici, même la conscience, qui est la lumière émanant de la Source éternelle, semble être assujettie à un processus de croissance. Mais ceci est dû aux limites de notre perception. En termes absolus, cela ne se passe pas ainsi. Laissez-moi néanmoins continuer de vous entretenir quelques instants de l’évolution de la conscience dans le monde.

Tout ce qui existe a un Être en soi, une essence divine, un certain degré de conscience. Même une pierre a une conscience rudimentaire, sinon elle n’existerait pas et ses atomes et ses molécules se disperseraient. Tout est vivant. Le soleil, la Terre, les plantes, les animaux, les humains sont tous des expressions de la conscience à divers degrés, de la conscience qui se manifeste sous une forme.

Le monde se met à exister quand la conscience adopte certaines formes et certains contours, des formes-pensées et des formes matérielles. Il n’y a qu’à voir les millions de formes de vie qui existent ne serait-ce que sur cette planète. Dans la mer, sur terre, dans l’air. Et chaque forme de vie est reproduite à des millions d’exemplaires. Dans quel but ? Y a-t-il quelqu’un ou quelque chose qui s’amuse à créer des formes ? C’est ce que les anciens prophètes des Indes se demandaient. Selon eux, le monde était un jeu, lila, une sorte de jeu divin joué par Dieu. Et dans ce jeu, les diverses formes de vie ne sont de toute évidence pas très importantes. Dans la mer, la plupart des formes de vie ne survivent pas plus que quelques minutes après leur naissance. Les formes humaines ne prennent pas trop de temps non plus à redevenir poussière, et quand elles ont disparu, c’est comme si elles n’avaient jamais existé. Est-ce tragique, cruel ? Cela l’est seulement si vous attribuez une identité distincte à chaque forme, si vous oubliez que sa conscience est l’expression de l’essence divine par la forme. Mais vous ne saurez appréhender ceci qu’une fois que vous réaliserez être vous-même essence divine en tant que pure conscience.

Si un poisson voit le jour dans votre aquarium, que vous l’appelez John, lui rédigez un certificat de naissance, lui racontez l’histoire de sa famille et qu’il finit deux minutes plus tard dans l’estomac d’un autre poisson, la chose est tragique. Mais cela l’est uniquement parce que vous avez projeté sur lui un « moi » distinct là où il n’y en avait pas. Vous avez pris possession d’une fraction d’un processus dynamique ou d’une danse moléculaire et en avez fait une entité à part.

La conscience se dissimule derrière des formes jusqu’à ce que celles-ci atteignent une telle complexité qu’elle se perd totalement en elles. Pour la plupart des humains présentement, la conscience est totalement identifiée à cette mascarade. Elle ne se connaît qu’en tant que forme et vit par conséquent dans la peur de voir sa forme physique ou psychologique être détruite. Il s’agit de l’ego, et avec lui s’installe un dysfonctionnement de taille. Cela semble indiquer qu’une erreur majeure s’est produite au cours de l’évolution. Mais même cela fait partie du jeu divin, de lila. Finalement, la souffrance pressante que cet apparent dysfonctionnement a l’air d’occasionner oblige la conscience à se désidentifier de la forme et à sortir de ce rêve-là. Elle reprend conscience d’elle-même, mais à un niveau bien plus profond qu’avant qu’elle ne la perde.

Jésus explique ce phénomène par la parabole du fils égaré qui abandonne la maison paternelle, dilapide ses richesses, se retrouve totalement démuni et est ainsi obligé de rentrer chez lui en raison de sa souffrance. Quand il revient, son père l’aime plus qu’avant. Pourtant, le fils est pareil à ce qu’il était tout en étant différent. En fait, une nouvelle dimension plus profonde semble l’habiter maintenant. Cette parabole décrit le périple qui part de la perfection inconsciente et passe par l’enfer et l’apparente imperfection pour arriver à la perfection consciente.

Comprenez-vous maintenant la portée, profonde et vaste, du fait que vous soyez l’observateur de votre mental ? Chaque fois que vous l’êtes, vous dégagez votre conscience des formes du mental et celle-ci devient alors ce qu’on appelle l’observateur ou encore le témoin. Par conséquent, le témoin – conscience pure au-delà de toute forme – se renforce et les élaborations du mental faiblissent. En agissant de la sorte, vous personnalisez un événement qui a vraiment une portée cosmique

: à travers vous, la conscience sort de son rêve d’identification à la forme et se dissocie d’elle. Ceci laisse présager un événement, déjà commencé en partie, mais encore dans un lointain futur du temps-horloge : la fin du monde tel qu’on le connaît.

 

§

 

Quand la conscience se libère de son identification aux formes physiques et mentales, elle devient ce que l’on pourrait qualifier de conscience pure ou illuminée, ou encore de présence. Ceci est déjà arrivé à quelques personnes et apparaît voué à se produire à une plus grande échelle, bien qu’il n’y ait aucune garantie absolue que ce sera le cas. La grande majorité des humains est encore prise dans le piège qu’est le mode de conscience fondé sur l’ego, c’est-à-dire que les individus s’identifient à leur mental et sont contrôlés par lui. S’ils ne réussissent pas à s’en libérer à temps, le mental les détruira. Ils connaîtront de plus en plus de confusion, de conflits, de violence, de maladies, de désespoir, de folie. Le mental ressemble à un navire qui coule. Si vous ne le quittez pas, vous sombrerez avec lui. Le mental collectif est l’entité la plus dangereusement démente et destructrice que la planète ait jamais connue. Que pensez-vous qu’il arrivera à cette planète si la conscience humaine reste telle qu’elle est ?

Déjà, pour la plupart des gens, le seul répit en ce qui a trait à leur mental, c’est d’avoir occasionnellement recours à un niveau de conscience situé en dessous de celui de la pensée. C’est ce que tout le monde fait chaque nuit en dormant. Mais cela se produit également dans une certaine mesure au cours des relations sexuelles, ou en prenant de l’alcool et d’autres drogues qui réduisent l’activité excessive du mental. Si l’alcool, les tranquillisants, les antidépresseurs et les drogues illégales n’existaient pas –, et ils sont tous consommés en quantités énormes – la démence du mental humain serait encore plus flagrante qu’elle ne l’est déjà. À mon avis, si on privait les gens de leurs drogues, une grande partie de la population deviendrait un danger pour elle-même et pour les autres. Bien entendu, ces drogues vous maintiennent dans un état de dysfonctionnement. Leur emploi généralisé ne fait que retarder la déstructuration du vieux mental et l’avènement d’une conscience supérieure. Les consommateurs de drogues peuvent certes trouver grâce à elles un soulagement aux tortures quotidiennes que le mental leur inflige. Par contre, ces drogues les empêchent d’avoir assez de présence consciente pour pouvoir s’élever au-dessus du niveau de la pensée et ainsi trouver la véritable libération.

Retomber à un niveau de conscience situé en dessous de celui de la pensée, qui est celui de nos lointains ancêtres, des animaux et des plantes, n’est pas une solution pour nous. Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Si la race humaine veut survivre, elle doit passer à l’étape suivante. La conscience évolue dans l’univers entier sous des milliards de formes diverses. Alors, même si nous ne réussissions pas à passer à l’étape suivante, cela n’aurait pas grande importance à l’échelle cosmique. Un acquis sur le plan de la conscience n’étant jamais perdu, celle-ci s’exprimerait simplement sous une autre forme. Mais le fait même que je m’adresse à vous ici en ce moment et que vous m’écoutez ou me lisez indique clairement que cette conscience nouvelle est en train d’établir ses positions sur cette planète.

Il n’y a rien de personnel dans la communication qui existe entre vous et moi : je ne fais pas de l’enseignement. Vous êtes conscient et à l’écoute de vous-même. Selon un dicton oriental, « ensemble, l’enseignant et l’élève créent l’enseignement ». Chose certaine, les mots en soi ne sont pas importants. Ils ne sont pas la vérité, ils en sont seulement le signe indicateur. Je m’adresse à vous à partir d’un état de présence, et à mesure que je parle, il est possible que vous puissiez vous joindre à moi dans ce même état. Bien que chacun des mots que j’utilise ait une histoire et trouve évidemment son origine dans le passé, comme c’est le cas pour toute langue, les paroles que j’emploie avec vous transmettent la fréquence énergétique élevée de la présence, qui n’a rien à voir avec le sens que ces mots communiquent.