Le pouvoir du moment présent

Eckart Tolle · Chapitre 71 sur 81

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Le pouvoir du moment présent

Comment Utiliser la Négativité et Y Renoncer

Le bonheur qui provient d’une source secondaire quelconque n’est jamais bien profond. Ce n’est qu’un pâle reflet de la joie de l’Être, de l’intense paix que vous trouvez en vous quand vous ne résistez plus. L’Être vous transporte au-delà des contraires polarisés du mental et vous libère de votre dépendance aux formes. Même si tout venait à s’écrouler et à être réduit en miettes autour de vous, vous sentiriez toujours ce profond noyau de paix intérieure. Vous ne seriez peut-être pas heureux, mais en paix.

COMMENT UTILISER LA NÉGATIVITÉ ET Y RENONCER

Toute résistance intérieure se vit comme de la négativité, sous une forme ou une autre. Toute négativité est résistance. Dans ce contexte, les deux termes sont presque synonymes. La négativité va de l’irritation ou de l’impatience à la colère féroce, d’une humeur dépressive ou d’un sombre ressentiment au désespoir suicidaire. Parfois, la résistance déclenche le corps de souffrance et, dans ce cas-là, celui-ci peut générer une puissante négativité comme la colère, la dépression ou un profond chagrin, même si le catalyseur est infime.

L’ego croit qu’il peut manipuler la réalité par la négativité et obtenir ainsi ce qu’il veut. Il croit que par ce biais, il peut créer une situation avantageuse ou dissiper une situation désavantageuse. Dans Un cours sur les miracles, il est indiqué fort à propos que lorsque vous êtes malheureux, il y a en vous la croyance inconsciente que le malheur « achète » ce que vous voulez. Si « vous » – le mental – ne croyiez pas que le malheur fonctionne, pourquoi alors le créeriez-vous ? Bien entendu, la négativité ne fonctionne pas. Au lieu de créer une situation favorable, elle l’empêche au contraire de se manifester. Au lieu de dissiper une situation défavorable, elle la maintient. Sa seule fonction « utile » est de renforcer l’ego, et c’est pour cette raison que l’ego l’aime tant.

Une fois que vous vous êtes identifié à une forme quelconque de négativité, vous ne voulez pas vous en départir et, à un niveau inconscient profond, vous ne désirez aucun changement positif, puisque cela menacerait votre identité de personne déprimée, en colère ou traitée injustement. Par conséquent, vous ignorerez, nierez ou saboterez ce qui est positif dans votre vie. C’est là un phénomène très commun. Et aussi dément.

La négativité n’est absolument pas naturelle. C’est plutôt un polluant psychique. De plus, il existe un lien profond entre l’empoisonnement et la destruction de la nature et l’immense négativité qui s’est accumulée dans la psyché humaine collective. Aucune autre forme de vie sur la planète ne connaît la négativité, sauf les humains, tout comme aucune autre forme de vie ne viole et n’empoisonne la Terre qui la nourrit. Avez-vous jamais vu une fleur malheureuse ou un chêne stressé ? Avez-vous jamais rencontré un dauphin déprimé, une grenouille ayant un problème d’estime de soi, un chat qui ne sait pas relaxer ou un oiseau plein de haine et de ressentiment ? Les seuls animaux qui peuvent à l’occasion connaître des expériences s’apparentant à la négativité ou qui donnent des signes de comportement névrosé sont ceux qui vivent en contact étroit avec les humains et qui sont ainsi liés au mental humain et à sa démence.

Observez n’importe quelle plante ou n’importe quel animal et laissez-lui vous enseigner ce qu’est l’acceptation, l’ouverture totale au présent, l’Être. Laissez-lui vous enseigner l’intégrité, c’est-à-dire comment ne faire qu’un, être vous-même, être vrai. Comment vivre, mourir et ne pas faire de la vie et de la mort un problème.

J’ai vécu avec plusieurs maîtres zen : c’étaient tous des chats. Même les canards m’ont enseigné d’importantes leçons sur le plan spirituel. Le seul fait de les regarder est une méditation en soi. Ils flottent si paisiblement de ci, de là, bien avec eux-mêmes, en étant totalement dans l’instant présent, dignes et parfaits comme seules les créatures dépourvues de mental peuvent l’être. À l’occasion, pourtant, deux canards auront une prise de bec, parfois pour aucune raison apparente ou parce que l’un d’eux a empiété sur le territoire de l’autre. L’altercation ne dure en général que quelques secondes, et ils se séparent, nagent dans des directions opposées et battent vigoureusement des ailes à quelques reprises. Puis ils reprennent leur paisible promenade sur l’eau comme s’il n’y avait jamais eu de bataille. Quand je les ai vus faire pour la première fois, j’ai soudainement compris que, en battant des ailes, ils se débarrassaient d’un surplus d’énergie, empêchant ainsi celle-ci de rester emprisonnée dans leur corps et de se transformer en négativité. Il s’agit là de sagesse naturelle, et c’est facile pour eux de l’appliquer parce qu’ils n’ont pas un mental qui maintient inutilement le passé en vie pour pouvoir en tirer une identité.

Une émotion négative ne pourrait-elle pas contenir un important message ? Si je me sens souvent déprimé par exemple, c’est peut-être un signal indiquant que quelque chose ne va pas dans ma vie et ça me forcera peut-être à observer mes conditions vie et à les modifier. J’ai donc besoin d’écouter ce que cette émotion a à me dire et non pas de la repousser parce qu’elle est négative.

Oui, en effet, les émotions négatives contiennent parfois un message, comme les maladies. Mais les changements que vous effectuerez, qu’ils soient reliés à votre travail, à vos relations ou à votre milieu de vie, ne sont en fin de compte « qu’esthétiques », à moins d’être le fruit d’une modification de niveau de conscience. Et ceci ne peut vouloir dire qu’une seule chose : devenir plus présent. Quand vous avez atteint un certain degré de présence, la négativité n’est plus nécessaire pour savoir ce dont vous avez besoin dans votre vie. Mais aussi longtemps qu’elle est là, servez-vous-en. Utilisez-la comme une sorte de signal qui vous rappelle d’être plus présent.

Comment empêcher la négativité de se manifester et comment s’en débarrasser une fois qu’elle est là ?

Comme je l’ai dit, c’est en étant totalement présent que la négativité cesse de se manifester. Mais ne vous découragez pas. Il n’y a encore sur cette planète que très peu de gens qui peuvent maintenir leur présence dans l’instant de façon continue, bien qu’il y en ait d’autres qui se rapprochent de cet état-là. Et je pense qu’il y en aura bientôt beaucoup d’autres.

Chaque fois que vous remarquerez que la négativité se manifeste en vous, sous une forme ou une autre, ne la voyez pas comme un échec dans votre démarche mais plutôt comme un précieux signal qui vous dit : « Réveille-toi ! Sors de ta tête ! Sois présent ! »

Vers la fin de sa vie, alors qu’il s’intéressait beaucoup aux enseignements spirituels, Aldous Huxley a écrit un roman intitulé Island. Il y relate l’histoire d’un naufragé qui se retrouve seul sur une île isolée, coupé du reste de la planète. Sur cette île vit une civilisation unique au monde en ce sens que ses habitants, à l’inverse du reste de la planète, sont réellement sains d’esprit. La première chose qui attire l’attention du naufragé, ce sont les perroquets multicolores perchés dans les arbres et qui semblent répéter sans arrêt « Attention ! Ici et maintenant ! Attention ! Ici et maintenant ! » On apprend plus tard dans le roman que les insulaires eux-mêmes ont enseigné ces mots aux perroquets pour se faire rappeler continuellement de rester dans le présent.

Alors, quand vous sentez la négativité se manifester en vous, qu’elle soit causée par un facteur externe, une pensée ou même rien de précis dont vous soyez conscient, considérez-la comme une voix qui vous chuchote : « Attention ! Ici et maintenant ! Réveille-toi ! » En fait, la moindre irritation est significative et doit être reconnue et approfondie. Sinon, il y aura une accumulation de réactions passées sous silence. Comme je l’ai dit plus tôt, il se peut que vous puissiez laisser tomber la négativité une fois que vous aurez réalisé que vous ne voulez pas de ce champ énergétique en vous et qu’il ne sert à rien. Dans ce cas, assurez-vous de mettre cette négativité définitivement de côté. Si vous n’y réussissez pas, acceptez simplement qu’elle soit là et centrez-vous sur la sensation, comme je l’ai indiqué plus tôt.

L’autre solution, si vous n’arrivez pas à éliminer une réaction négative, c’est de la faire disparaître en vous imaginant devenir « perméable » à la cause externe de la réaction. Je vous recommande de vous y exercer tout d’abord avec de petites choses banales. Disons, par exemple, que vous êtes tranquillement assis chez vous. Tout d’un coup, le son strident du système antivol d’une voiture vous parvient de l’autre côté de la rue. L’irritation monte en vous. Quelle est la raison d’être de cette irritation ? Il n’y en a absolument aucune. Pourquoi l’avez-vous créée ? Ce n’est pas vous qui l’avez créée, mais le mental. Cela s’est fait automatiquement, de façon totalement inconsciente. Pourquoi le mental a-t-il engendré cette irritation ? Parce qu’il porte la croyance inconsciente que la résistance qu’il installe et que vous expérimentez sous la forme de négativité ou de tourment viendra d’une manière ou d’une autre dissiper la situation non désirée. Bien entendu, ceci est une illusion. La résistance que le mental crée, de l’irritation ou de la colère dans ce cas, est beaucoup plus dérangeante que la cause originale qu’il essaie de faire disparaître.

Utilisez ce genre de situation pour en faire une pratique spirituelle. Sentez que vous devenez transparent, pour ainsi dire, comme si vous étiez dénué de la solidité de la matière corporelle. Permettez ensuite au bruit, ou à tout ce qui cause une réaction négative, de passer à travers vous. Ce bruit ne heurte plus de mur « solide » en vous. Comme je l’ai spécifié, entraînez-vous d’abord avec de petites choses. L’alarme de la voiture, le chien qui aboie, les enfants qui hurlent, les bouchons de circulation. Au lieu de maintenir en vous un mur de résistance sur lequel viennent constamment et douloureusement se heurter les choses « qui ne devraient pas se produire », laissez tout cela passer à travers vous.

Quelqu’un vous dit quelque chose de grossier ou destiné à vous blesser ? Laissez ses paroles passer à travers vous au lieu de vous mettre en mode réactif négatif et inconscient. Agressivité, défensive ou retenue, laissez aller tout cela. N’offrez aucune résistance à ce qui est proféré, comme s’il n’y avait plus personne à blesser. Le pardon, c’est ça. De cette façon, vous devenez invulnérable. Cela ne vous empêche pas de rappeler à la personne que son comportement est inacceptable, si c’est ce que vous choisissez de faire. Chose certaine, elle n’aura plus le pouvoir de contrôler votre état intérieur. Vous êtes alors sous votre pouvoir, pas sous celui de quelqu’un d’autre, et votre mental ne mène plus le bal. Qu’il s’agisse du système d’alarme d’une voiture, d’une personne grossière, d’une inondation, d’un tremblement de terre ou de la perte de toutes vos possessions, le mécanisme de la résistance est toujours le même.

J’ai pratiqué la méditation, j’ai participé à toutes sortes d’ateliers, j’ai lu beaucoup de livres sur la spiritualité, j’essaie de ne pas être dans un état de résistance... Mais si vous me demandez si j’ai découvert la véritable paix intérieure, celle qui dure, je devrai honnêtement vous répondre non. Pourquoi ne l’ai-je pas trouvée ? Que puis-je faire d’autre ?

Vous êtes encore en train de chercher à l’extérieur et vous ne réussissez pas à vous extirper du mode « recherche ». Peut-être le prochain atelier vous donnera-t-il la réponse. Ou bien cette nouvelle technique. À vous, je dirais de ne pas chercher la paix. Ne cherchez pas à trouver un quelconque autre état que celui dans lequel vous êtes dans l’instant présent. Sinon, vous instaurerez un conflit intérieur et une résistance inconsciente. Pardonnez-vous de ne pas être en paix. Dès l’instant où vous acceptez totalement l’absence de paix, celle-ci se métamorphose en paix. Tout ce que vous acceptez totalement vous conduit à la paix. C’est le miracle du lâcher-prise.

 

§

 

Vous avez peut-être entendu l’expression « tendre l’autre joue » qu’un grand maître de l’illumination a employée il y a deux mille ans. Il essayait de transmettre symboliquement le secret de la non-résistance et de la non-réaction. Dans cette déclaration et toute les autres encore, il faisait uniquement référence à votre réalité intérieure et non à votre conduite dans le monde matériel.

Connaissez-vous l’histoire de Banzan ? Avant de devenir un grand maître zen, cet homme passa de nombreuses années à chercher l’illumination, mais celle-ci lui échappait sans cesse. Puis, un jour, alors qu’il déambulait dans un marché, il entendit sans le vouloir une conversation entre un boucher et son client. « Donnez-moi le meilleur morceau de viande que vous ayez », dit le client. Ce à quoi le boucher répliqua : « Chaque quartier de viande que j’ai ici est le meilleur qui soit. Il n’y en a aucun qui ne le soit pas. » En entendant cela, Banzan connut l’illumination.