Le pouvoir du moment présent

Eckart Tolle · Chapitre 79 sur 81

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Le pouvoir du moment présent

Comment Transformer la Souffrance en Paix

Alors, quand le malheur frappe ou que quelque chose va très « mal » – maladie, invalidité, perte d’un chez-soi, d’une fortune ou d’une identité sociale, rupture d’une relation intime, décès ou souffrance d’une personne chère, ou imminence de votre propre mort –, sachez qu’il y a un revers à cette médaille, que vous n’êtes qu’à un pas de quelque chose d’incroyable, de la transformation alchimique totale du vulgaire métal de la douleur et de la souffrance en or. Et ce pas, c’est le lâcher-prise. Je ne dis pas que vous serez heureux dans une telle situation. Non, vous ne le serez pas. Par contre, la peur et la douleur se transformeront en cette paix et cette sérénité intérieures qui proviennent d’une profondeur insondable, du non-manifeste lui-même. Il s’agit de « la paix de Dieu, qui dépasse tout entendement ». Comparativement à elle, le bonheur est plutôt superficiel. Cette paix radieuse s’accompagne de la réalisation que vous êtes indestructible, immortel. Et cette réalisation s’effectue non pas sur le plan du mental mais au plus profond de votre être. Ce n’est pas une croyance ; c’est une certitude absolue qui n’exige aucune preuve extérieure.

COMMENT TRANSFORMER LA SOUFFRANCE EN PAIX

J’ai lu un texte dans lequel il était question d’un philosophe stoïcien de la Grèce antique qui, lorsqu’on lui avait annoncé que son fils était décédé dans un accident, avait répliqué « Je savais qu’il n’était pas immortel. » C’est ça le lâcher prise ? Si c’est cela, je n’en veux pas. Dans certaines situations, le lâcher-prise semble inhumain et contre nature.

Être coupé de ses émotions, ce n’est pas démontrer du lâcher-prise. Mais nous ne savons pas comment se sentait ce philosophe lorsqu’il a prononcé ces paroles. Même dans certaines situations extrêmes, il vous sera peut-être toujours impossible d’accepter le présent. Mais pour le lâcher-prise, vous avez toujours une seconde chance.

Votre première chance, c’est de lâcher prise chaque instant devant la réalité du présent. Sachant que ce qui est ne peut être défait – puisque cela est déjà –, vous dites oui à ce qui est ou vous acceptez ce qui n’est pas. Ensuite, vous faites ce que vous avez à faire, selon les exigences de la situation. Si vous vous maintenez dans cet état d’acceptation, vous ne créez plus de négativité, de souffrance ou de tourment. Par conséquent, vous vivez dans un état de non-résistance, de grâce et de légèreté, libre de toute lutte intérieure. Quand vous ne réussissez pas à vivre ainsi, c’est-à-dire quand vous laissez passer cette première chance parce que la présence de votre conscience n’est pas suffisamment intense pour empêcher des schèmes de résistance automatiques et inconscients de se produire ou parce que les circonstances sont tellement extrêmes qu’elles vous sont totalement inacceptables, vous créez alors une forme quelconque de douleur ou de souffrance. Vous pouvez avoir l’impression que ce sont les circonstances qui créent la souffrance, alors que, en fin de compte, ce n’est pas le cas. En réalité, c’est votre résistance.

La seconde chance à votre portée pour lâcher prise, c’est d’accepter ce qui est en vous à défaut d’accepter ce qui est extérieur à vous. S’il vous est impossible d’admettre les circonstances extérieures, alors acceptez la situation intérieure. Autrement dit, vous ne devez pas résister à la souffrance. Donnez-lui la permission d’être là. Lâchez prise face au chagrin, au désespoir, à la peur, à la solitude ou à toute autre forme adoptée par la souffrance. Soyez-en le témoin sans l’étiqueter mentalement. Accueillez-la. Par la suite, observez la façon dont le miracle du lâcher-prise transforme la souffrance profonde en paix profonde. Cette situation est votre crucifixion. Laissez-la devenir votre résurrection et votre ascension.

Je ne vois pas comment on peut lâcher prise face à la souffrance. Comme vous l’avez souligné vous-même, la souffrance, c’est ne pas lâcher prise. Comment peut-on lâcher prise devant le « non-lâcher-prise » ?

Oubliez le lâcher-prise pour un instant. Quand la souffrance est profonde, tout discours de lâcher-prise vous semblera probablement futile et insignifiant de toute façon. Quand la souffrance est profonde, vous ressentez sans doute une forte pulsion à vouloir y échapper plutôt que de vouloir lâcher prise. Vous ne voulez pas sentir ce que vous sentez. Quoi de plus normal ? Mais il n’y a aucune échappatoire, aucune issue de secours. Il y a par contre de fausses échappatoires comme le travail, l’alcool, les drogues, la colère, les projections, la répression, etc. Mais celles-ci ne vous libèrent pas de la douleur. La souffrance ne diminue pas en intensité quand vous la rendez inconsciente. Quand vous niez la douleur émotionnelle, tout ce que vous entreprenez ou pensez est contaminé par elle. Même vos relations. Pour ainsi dire, vous diffusez cette vibration de souffrance par l’énergie qui émane de vous, et les autres la sentent intuitivement. S’ils sont dans l’inconscience, il se peut qu’ils se sentent poussés à vous agresser ou à vous blesser d’une manière ou d’une autre. Ou bien alors c’est vous qui les blesserez par une projection inconsciente de votre souffrance. Vous attirez vers vous tout ce qui peut correspondre à votre état intérieur.

Quand il n’y a plus moyen de s’en sortir, il y a toujours moyen de passer à travers. Alors, ne vous détournez pas de la souffrance. Faites-lui face et sentez-la pleinement. Je dis bien de la sentir, non pas d’y réfléchir ! Exprimez-la si nécessaire, mais ne rédigez pas mentalement de scénario à son sujet. Accordez toute votre attention à l’émotion et non pas à la personne, à l’événement ou à la situation qui semble l’avoir déclenchée. Ne laissez pas le mental utiliser la souffrance pour en confectionner une identité de victime. Vous prendre en pitié et raconter votre histoire aux autres vous maintiendra dans la souffrance. Puisqu’il est impossible de se dissocier de l’émotion, la seule possibilité qui reste pour changer les choses, c’est de passer à travers la souffrance. Autrement, rien ne bougera. Alors, accordez toute votre attention à ce que vous sentez et retenez-vous de l’étiqueter mentalement. Soyez très vigilant quand vous plongez dans l’émotion. Tout d’abord, vous aurez peut-être l’impression d’être dans un lieu sombre et terrifiant. Et quand un besoin pressant se fera sentir de lui tourner le dos, restez là à l’observer sans passer à l’action. Continuez à maintenir votre attention sur la souffrance, à sentir le chagrin, la peur, la terreur, la solitude ou toute autre chose. Restez alerte et présent. Présent avec tout votre être, avec chacune des cellules de votre corps. En faisant cela, vous laissez entrer un peu de lumière dans toute cette obscurité. Vous y amenez la flamme de votre conscience.

À ce stade-là, vous n’avez plus besoin de vous préoccuper du lâcher-prise. Il s’est déjà produit. Comment ? Être totalement attentif, c’est accepter totalement. En accordant entièrement votre attention à ce qui est, vous recourez au pouvoir de l’instant présent, celui de votre propre présence. Aucune résistance cachée ne peut survivre à une telle présence, car celle-ci élimine le temps. Et sans le temps, aucune souffrance, aucune négativité, ne peut être.

Accepter la souffrance, c’est cheminer vers la mort. Faire face à la souffrance profonde, lui donner la permission d’être, lui accorder votre attention, c’est entrer consciemment dans la mort. Quand vous avez connu cette mort, vous prenez conscience que la mort n’existe pas et qu’il n’y a rien à craindre. Seul l’ego meurt. Imaginez qu’un rayon de soleil ait oublié qu’il fait inséparablement partie du soleil et qu’il se fasse des illusions en croyant devoir lutter pour survivre, devoir se façonner une identité autre que le soleil, et qu’il y tienne dur comme fer. Ne pensez-vous pas que la mort de cette illusion serait incroyablement libératrice ?