Le pouvoir du moment présent
Le Sens Ésotérique de L’attente
Exactement. Aussi longtemps que vous vous trouvez dans un état de présence intense, vous êtes libre de toute pensée. Vous êtes paisible, mais cependant très alerte. Dès l’instant où votre attention consciente descend en dessous d’un certain niveau, les pensées reviennent au galop. Le bruit du mental repart, le calme se dissipe et vous revenez dans la dimension temporelle.
Certains maîtres zen sont réputés pour avoir eu l’habitude d’arriver en catimini dans le dos de leurs élèves et de leur assener soudainement un coup de baguette afin de vérifier leur degré de présence. Tout un choc ! Si l’étudiant avait été totalement présent et vigilant, s’il avait « ceint ses reins et gardé sa lampe allumée », une des métaphores employées par Jésus pour décrire ce qu’est la présence, il aurait remarqué que le maître arrivait derrière lui et l’aurait soit arrêté ou se serait déplacé sur le côté. Mais si le coup atteignait sa cible, cela voulait dire que la personne était plongée dans ses pensées et qu’elle était par conséquent absente et inconsciente.
Pour rester présent dans la vie quotidienne, il faut être bien ancré en soi, bien enraciné. Sinon, le mental vous entraînera dans son flot comme une rivière en furie, car son mouvement d’entraînement est incroyable.
Que voulez-vous dire par « être bien ancré en soi » ?
Je veux dire habiter votre corps totalement. Avoir constamment votre attention en partie fixée sur le champ énergétique de votre corps. Sentir votre corps de l’intérieur, pour ainsi dire. La conscience du corps vous fait rester présent et vous ancre dans le présent (voir chapitre 6).
LE SENS ÉSOTÉRIQUE DE L’ATTENTE
Dans un certain sens, l’état de présence peut se comparer à l’attente. Jésus a eu recours à cette métaphore de l’attente dans quelques-unes de ses paraboles. Il ne s’agit pas de la sorte d’attente ennuyeuse ou agitée dont j’ai parlé plus tôt et qui est une négation du présent. Il ne s’agit pas non plus de l’attente où l’attention est fixée sur un point dans le futur et où le présent est perçu comme un obstacle indésirable qui vous empêche d’obtenir ce que vous voulez. Il existe une autre sorte d’attente dont la qualité est très différente et qui exige de votre part une vigilance totale. Quelque chose pourrait se manifester à n’importe quel moment, et si vous n’êtes pas totalement éveillé, totalement immobile, vous passerez à côté. C’est de cette sorte d’attente dont Jésus parle. Dans cet état, toute votre attention se trouve dans le présent. Il n’en reste rien pour rêvasser, penser, se souvenir et anticiper l’avenir. Il n’y a là aucune tension ni aucune peur : seulement une présence vigilante. Vous êtes présent à tout votre être, à chaque cellule de votre corps. Dans cet état, le « vous » qui a un passé et un futur, la personnalité si vous voulez, n’est quasiment plus là. Et pourtant, rien de significatif n’est perdu. Vous êtes encore essentiellement vous-même. En fait, vous êtes plus totalement vous-même que vous ne l’avez jamais été, ou plutôt ce n’est que dans le « maintenant » que vous êtes véritablement vous-même.
« Soyez comme le serviteur qui attend le retour de son maître », dit Jésus. Le serviteur n’a aucune idée de l’heure à laquelle son maître reviendra. C’est pour cela qu’il reste éveillé, vigilant, prêt, tranquille, sinon il ratera l’arrivée de son maître. Dans une autre parabole, Jésus parle des cinq femmes étourdies (inconscientes) qui n’ont pas assez d’huile (conscience) pour faire brûler leur lampe (rester présentes) et qui manquent ainsi le marié (le présent) et ne réussissent pas à se rendre au banquet de noces (l’illumination). Ces cinq femmes étourdies font pendant aux cinq femmes sages qui ont assez d’huile (qui restent conscientes).