Le trip d’une vie
Chapitre 20 – Pile ou face
Chapitre 20
PILE OU FACE
Après avoir été assaillie de doutes, je me suis finalement endormie au petit matin pour rêver des mêmes incertitudes. La nuit a été courte et peu reposante, et je profite que la gang soit à l’extérieur du minibus pour faire la grasse matinée.
Dans mon sommeil semi-comateux de la nuit dernière, je n’ai pris aucune décision concernant l’offre de Maxime. Je dois m’avouer très tentée, mais j’ai besoin d’un peu de temps pour y réfléchir. Nous passerons encore deux ou trois jours à camper l’un près de l’autre, alors j’aurai l’occasion de discuter un peu plus avec lui pour le connaître. Je pourrais lui proposer d’aller faire une balade, ou encore m’inviter à leur feu de camp ce soir ?
Je mijote toujours mes options lorsque Flavie entre dans le minibus.
— Ah super, t’es réveillée. Je venais t’annoncer qu’on quitte le parc ce matin.
— Quoi ? Comment ça ? que je l’interroge en frottant frénétiquement mes yeux et en me secouant.
— On vient d’en discuter et on a décidé que c’était préférable comme ça. Je ne sais pas si on fait preuve de maturité ou de faiblesse devant la situation, mais Oli a suggéré qu’on aille profiter immédiatement des Rocheuses, pis ça nous a semblé être une bonne idée. Tant qu’à passer trois jours à endurer le bruit des voisins…
Ah oui ? Oli a suggéré ça ?…
Eh merde. Me voilà coincée. Je vais devoir prendre ma décision très rapidement. À quoi j’ai envie que ressemblent mes prochaines semaines ? Et avec qui je me vois les passer ?
— Ça te va ? s’inquiète Flavie en me voyant l’air. T’aurais préféré qu’on reste ici encore quelque temps ? On ne pensait pas que ça te dérangerait…
Je bouge la tête vaguement mais ne réponds pas. Oui, j’aurais préféré qu’on reste… mais ce serait malaisant d’avouer mes raisons.
— Viens, d’abord. Si t’es pas sûre, on va aller en rediscuter avec les gars, me dit Flavie en fronçant les sourcils.
— Nanon, c’est parfait. Je suis juste poquée et un peu déçue parce que ce sera notre dernier arrêt avant le grand retour.
Elle hoche la tête avec un début de sourire.
— T’as raison. On dirait que ça sent la fin du périple. Bientôt, les feuilles se coloreront dans les arbres pis il va commencer à faire frette… trop frette pour du camping en forêt. On savait qu’il y avait une date de péremption, mais c’est toujours moche de la voir approcher.
Peut-être plus que tu ne le crois, que je me dis en moi-même.
Pendant l’heure suivante, le groupe remballe la tente et le matériel de camping. Moi, je suis assise dans la porte du minibus, au beau soleil du matin, et j’essaie d’activer mes méninges encore embrumées de l’alcool d’hier. J’arrive étonnamment à mettre de l’ordre dans mes idées. Dans le processus, je salue mon long parcours de jeunesse, pendant lequel je me suis beaucoup entraînée à aller travailler un lendemain de veille.
Dans un semi-brouillard, je prends ma décision finale.
— J’vais aller faire un dernier petit tour, que j’annonce en me dirigeant vers le repaire des gars.
Sur le site, Patrick est absent. Dès que Maxime me voit arriver, il m’accueille d’un grand sourire chaleureux.
— Bon matin, Sandy. Alors, tu t’es décidée à changer de camp ? me demande-t-il d’emblée.
Hypnotisée par son regard perçant, j’en perds un instant mes moyens. Ce gars-là est vraiment une belle trouvaille… En d’autres circonstances, je serais partie avec lui sans hésiter, mais les choses se précipitent. Malgré le malaise qui semble s’alourdir de jour en jour entre Oli et moi, je me fais du fun avec les autres, et je m’étais engagée à faire ce voyage à leurs côtés… Peut-être que je regretterai ma décision. J’espère que non, mais le temps me manque pour me convaincre de choisir l’autre option.
— Je ne crois pas, non, dis-je finalement. Je vais poursuivre la route avec mes amis.
À voir sa surprise, Maxime s’était clairement convaincu que j’allais partir à l’aventure avec lui.
— Ben voyons ! Tu ne peux pas laisser passer une chance comme celle-là ! Une rencontre comme la nôtre, ça ne peut qu’être un signe.
Sa réaction me touche, mais ma décision est prise. Une rencontre, c’est aussi parfois juste le fruit du hasard, et si j’essaie de voir des signes partout, je deviendrai sûrement folle. Pas la meilleure idée, de faire la girouette constamment pour essayer d’attraper toutes les supposées chances du destin. Parfois, il faut peut-être savoir dire « non merci », et avoir la patience d’aller au bout d’une histoire avant de sauter dans une autre…
Quoi qu’il en soit, ce n’est pas à Vancouver que je vais trouver des réponses à mes questions. Je remercie sincèrement Maxime pour son offre et lui dis au revoir en lui faisant promettre de transmettre mes salutations à Patrick. Puis, je tourne le dos à ce qui s’avérera peut-être le plus gros rendez-vous manqué de ma vie, et je retourne voir mes amis, déjà prêts à embarquer.
J’ai le cœur un peu triste, mais je ravale habilement ce sentiment. Si une autre émotion désagréable vient me visiter, elle aboutira au fond de ma fosse émotive, comme toutes les autres avant elle.
Étant donné ma chute de cheval d’hier, les autres ont insisté pour que je ne conduise pas. Je suis donc reléguée à relaxer et/ou à ruminer pour les prochaines heures de route. Pendant qu’Oli travaille sur son ordi, je m’enveloppe dans les couvertures et observe mon écran de cellulaire en attendant de voir enfin réapparaître le réseau. Rien de mieux pour oublier la vraie vie et faire taire mon monologue intérieur que de m’hypnotiser en épluchant la vie retouchée et filtrée des célébrités du moment.
Lorsque j’ai enfin accès à la multitude de notifications sans intérêt qui se sont accumulées au cours des derniers jours, j’en profite pour texter Éloïse, que j’imagine inquiète de ne plus avoir de nouvelles. Je rentabilise les heures de route suivantes en jumelant perte de temps sur les réseaux sociaux et placotage avec ma meilleure amie. D’ailleurs, j’aurais presque préféré rester en zone sans réseau, parce qu’elle m’a posé tellement de questions sur Oli et sur notre relation qu’elle a failli réveiller en moi ce que je travaille vraiment fort, depuis quelques jours, à éteindre.
Tout au long de cette jasette, je m’en suis tenue à ma version officielle : amis avec bénéfices et chacun son chemin à la fin du voyage. Avec Élo, il vaut parfois mieux ne pas être honnête à 100 %, sinon elle s’accroche à la moindre information qui irait dans le sens de ses lubies, et elle ne me lâche plus. Vraiment, il était préférable que je ne lui parle pas de mes doutes. Et surtout pas de Maxime. Le grand air, ça ne me fait pas, c’est tout ! Voilà. C’est comme ces gens qui manquent d’air et prennent des décisions insensées, mais à l’inverse : j’ai failli prendre des décisions insensées parce que j’avais TROP d’air. C’était juste une passade, probablement hormonale.
Voyons donc ! Voir que je voudrais être en couple, moi ! Qu’est-ce qui m’a pris de penser ça !
ÉLO
T’as commencé à penser à ce que tu allais faire après ce
voyage ?
Au lieu de répondre à sa question, je lui retourne un GIF animé qui représente un petit garçon en train de réfléchir ; on peut apercevoir, dans la bulle au-dessus de sa tête, un chaton qui culbute.
Pour l’instant, le retour est encore loin. Ça ne sert à rien de me casser la tête avec ça. Mon plan, c’est de squatter le canapé d’Élo le temps de me virer de bord – je ne le lui ai pas encore dit, mais je sais qu’elle ne refusera jamais de me dépanner. Pour le reste, boulot et autres détails du genre, je verrai en temps et lieu.
Pour éviter qu’elle insiste, je fais bifurquer la conversation en lui envoyant quelques photos de moi avec les lunettes de soleil de marque qu’Oli m’a données après son shooting photo. C’est ce que j’aime de ces riches clients : puisque les accessoires sont souvent endommagés un peu par la poussière ou le sable pendant les shootings, ils ne sont pas intéressés à les reprendre. Oli se retrouve donc avec tout un tas de trucs à donner en cadeau.
Pendant que je raconte tout ça à Éloïse, tout à coup mes neurones s’agitent. En catimini, une idée germe dans ma tête…
Après une pause essence et dégourdissement de jambes dans le parking de la station-service, nous reprenons la route. Notre minibus file vers les Rocheuses et je profite de mon rôle de passagère pour faire une sieste. Nous prévoyons rester encore deux semaines dans l’Ouest. L’automne nous suit à la trace, et si nous voulons revenir à la maison avant de nous les geler ben raide, il vaut mieux quitter les Rocheuses assez vite. C’est dommage. J’aurais adoré voir tous ces arbres se vêtir de leur manteau coloré, mais il faudrait dormir frigorifiés, entassés à quatre dans le minibus. Ça ne vaut pas le coup.
Mais nous visiterons encore de nombreux lacs et parcs avant de rebrousser chemin, ce qui permettra à Olivier de finaliser ses contrats de photographie. Et lorsque le mois d’août sonnera minuit moins le quart, ce sera le triste retour vers le Québec.
Quelque part, mon deuil de ce mode de vie et de mes nouveaux amis débute déjà d’une certaine façon. Le mauvais côté de vivre dans le moment présent, c’est que tu as l’impression de ne pas avoir vu venir la fin.
Tout à coup, j’entends Oli, qui est au volant, m’appeler de l’avant du minibus.
— Sandy, viens voir !
Je relève la tête et vois Flavie et Jules à ses côtés. Intriguée, je les rejoins et me faufile pour voir ce qui, semble-t-il, mérite de me faire quitter le lit.
Dès que je pose les yeux sur le pare-brise, la vue me jette à terre.
— Wooowww ! que je siffle, réellement impressionnée.
Alors que nous suivions des routes de goudron bordées d’arbres ordinaires depuis des heures, voilà que de grandes et majestueuses montagnes se dressent maintenant au loin.
— On y est. On y est enfin ! jubile Flavie qui attendait ce moment depuis le début du voyage.
Suspendus à la fenêtre, nous roulons gaiement sans quitter des yeux le décor paradisiaque qui se dessine devant nous. Cette vision est à couper le souffle, et en dehors des quelques gémissements de Flavie et de la radio en fond sonore, un silence solennel est adopté par notre groupe.
Les paysages se marient aux montagnes grises, coiffées de cimes enneigées et entourées de vallées vertes. J’ai déjà vu des photos de ces lieux, mais m’y retrouver en personne, c’est une autre paire de manches. Je suis complètement fascinée. Je n’aurais pas cru que les couleurs pouvaient être si vives… tellement qu’on dirait que je peux les ressentir. Je me sens envahie d’une émotion que je ne crois pas avoir éprouvée depuis mon enfance, quand je regardais le château de Walt Disney scintiller au début des films d’animation. Devant les Rocheuses canadiennes, on croirait entrer dans un monde fantastique, mais je ne me souviens pas d’avoir traversé une armoire magique. Aucune carte postale ne rend un hommage fidèle aux Rocheuses, et je brûle maintenant d’envie de découvrir tous ces lacs et leur eau turquoise.
Oli navigue à travers les routes et nous entrons dans le parc national de Banff, subjugués par la beauté de la nature. Déjà nous percevons des étendues d’eau dont la surface miroite sous le soleil de fin d’après-midi. Sous le charme et le magnétisme de l’endroit, nous mettons finalement pied à terre, à notre emplacement de camping pour les deux ou trois prochains jours. Étant donné le nombre élevé de sites à découvrir, nous avons choisi de jouer les nomades et de nous déplacer fréquemment pendant ce dernier segment du voyage.
Olivier, déjà submergé d’idées pour ses photos, fonce dans la forêt avec Jules pour explorer les lieux et déterminer à quel endroit il fera son shooting demain matin. Je reste donc sur place pour aider Flavie à monter la tente avant la tombée de la nuit.
Dès que nous nous retrouvons seules, elle m’attaque d’une question. Apparemment, elle attendait impatiemment d’avoir l’occasion de me la poser.
— Coudonc, il se passe quoi là, entre Olivier et toi ? Quand on a finalement été débarrassés d’Amber, j’étais sûre que vous alliez vous mettre ensemble. Pis là, je comprends même pus ce que vous faites.
— Oh, tu sais… On est juste deux amis qui profitent de la vie ensemble, le temps d’un voyage.
Je ravale ma frustration de m’entendre lui servir le même discours qu’à mon départ, mais c’est mieux ainsi. Déjà que j’ai à me gérer moi-même, je n’ai aucune envie qu’elle soit au courant que j’ai cru être tombée amoureuse d’Olivier. Il ne nous reste que quelques semaines à passer ensemble, et ensuite, on ne se reverra sans doute plus jamais. On peut-tu, s’il vous plaît, terminer ça sans drame.
— Pis ça te va, comme relation ?
— Oui, oui. Tout à fait.
Je lui mens comme une arracheuse de dents.
À voir sa tronche, ça ne fait pas tellement son bonheur, mais elle devra s’y faire. J’espère qu’elle ne passera pas tout son temps à me harceler là-dessus… Je pourrais finir par regretter de ne pas être partie avec Maxime.
Pour la faire taire et puisque sa tente est montée, je lui offre une bière.
— Boire de l’alcool au paradis, y a rien de mieux pour être heureuse, proclame-t-elle en levant sa bouteille vers le ciel qui commence à s’assombrir.
— J’ai toujours su qu’il y aurait de l’alcool au paradis, que je lui réponds. Y a eu un p’tit temps, pendant la Prohibition, ou ç’a été interdit, mais y ont vite compris que l’éternité sans un drink d’été, c’est chiant à mort.
Je m’affaire ensuite à préparer le feu, question de rester occupée et de décourager les questions de Flavie.
Lorsque les garçons reviennent, le feu crépite doucement. Nous nous installons tout autour pour discuter en sirotant notre bière. J’essaie de graver l’instant dans ma mémoire, avec le plus de précision possible. Malgré les étranges malaises de ces dernières semaines, ce voyage est tout de même une sacrée réussite.
— On est tellement bien ici, que je soupire entre deux gorgées. C’est dommage que ça tire déjà à sa fin. Je veux profiter de chaque moment qu’il nous reste pour vivre intensément.
En même temps, c’est sûr qu’en pleine nature, les possibilités sont limitées. Soyons déraisonnables et faisons cramer nos guimauves sur le feu ? Utiliser de la crème solaire FPS15, quelle extravagance ! Faisons preuve de voyeurisme et observons les écureuils sans nous gêner ?
— Tu sais quoi, je pense que j’ai une idée qui pourrait vous plaire, nous titille Olivier, des lueurs énigmatiques brillant dans ses yeux au milieu de la nuit.
Je ne suis pas certaine si j’aime son air.
Intensément… J’aurais peut-être dû mieux choisir mes mots, que je me dis, inquiète de découvrir à quoi il a pensé.
— On devrait aller faire du rafting, propose-t-il.
— Ouiiii ! s’exclame Flavie.
— Super idée ! renchérit son chum. Faut absolument essayer ça.
Perso, je ne suis pas convaincue que ce soit un bon plan. J’ai dit « vivre intensément », pas « mourir stupidement » !
— Pas question ! Non. Je refuse ! Pas question !
— T’as la chienne d’essayer le rafting ? me demande Jules, l’air un peu compatissant, mais surtout baveux.
— Pantoute ! Je n’ai pas peur. Je sais juste reconnaître quand ma vie est menacée. Vous ne vous rendez pas compte ! S’il faut porter un casque pour faire une activité, c’est que c’est dangereux !
— Ça dépend, hésite Olivier. Les parents en mettent un, aussi, pour faire une petite balade à vélo avec leurs enfants dans leur rue en cul-de-sac où il passe environ une voiture à l’heure.
OK. Je lui accorde mentalement le point. Juste mentalement. Qu’il développe des dons de télépathie s’il veut découvrir un jour qu’il a remporté ce débat.
— J’vas vous dire, j’suis plutôt du type rafting de divan, moi ! On pourrait s’installer sous une confortable couverture et regarder des vidéos de casse-cou sur YouTube ? Ils se filment exprès pour ça. Faut bien les encourager un peu. C’est une façon de donner au suivant !
— Allez, dis oui, on va s’amuser, insiste Flavie. En plus, il paraît que les paysages sont super beaux tout au long du parcours.
— Encore faudrait-il que je puisse garder les yeux ouverts pour les voir !
— Tout ça, c’est juste des excuses. C’est une occasion de dépassement de soi pour devenir encore plus forte, tente Jules.
— Ben oui, qu’est-ce que tu veux que j’te dise. Je ratisse l’excuse large. Pis si tu veux, je peux te frapper pour que tu réalises que je suis déjà pas pire forte et que je n’ai pas besoin de faire du rafting pour l’être davantage. C’est super dangereux, le rafting. OK, je l’avoue là. J’ai peur de mourir.
— Ou tu as peur de vivre, ajoute le philosophe, qui se magasine vraiment l’occasion de découvrir ma force. Tu te laisses porter par le courant de la vie, mais là on te propose de plonger dans les eaux vives, de traverser les torrents de vagues pour en sortir victorieuse. Quand on est confronté à nos peurs, on peut les laisser nous affaiblir, ou s’en inspirer pour grandir.
— Beau discours, petit Bouddha. Vraiment. Mais je choisis quand même la première option. Mon animal totem, c’est le blaireau poltron. Quand y a du danger, moi, je fais la morte.
— Ma première expérience de sport extrême a changé ma vie, confie soudain Olivier. J’étais un jeune ado qui n’osait pas s’affirmer, et à dix-huit ans, je suis allé sauter en parachute. Ça m’a complètement transformé.
Coudonc ! Y en a qui aiment ça, se mettre en danger ! que je pense sans me laisser convaincre par son exposé. En plus, il est dans le champ solide ! Je vis pleinement ma vie sans avoir besoin de me lancer dans les rapides. J’aime ça, être assise sur mon divan à boire une bière et regarder des vidéos débiles. Au fond, je fais l’éloge de la lenteur. Pis ça, c’est full à mode !
— Après cette expérience, j’ai senti que je pouvais me dépasser dans toutes les sphères de ma vie, poursuit-il. J’avais réellement eu la chienne dans la descente, mais par la suite, j’ai su reconnaître les moments où j’avais peur dans ma vie quotidienne pour canaliser mon énergie de façon créative. C’est grâce à ça que j’ai osé devenir photographe.
— C’est une belle histoire, Oli. Tant mieux pour toi, mais je ne vois pas ce que ça pourrait m’apporter d’aller risquer de me noyer. Allez-y et je vais rester au minibus pour vous préparer à souper.
— Il faut que tu viennes ! Ça peut avoir l’air d’être juste un périple en eaux vives, mais j’te garantis que l’expérience va te transformer.
— Et qui t’a dit que je voulais me transformer ? J’aime vraiment ma version de moi-même telle quelle. Avec tous mes membres pas cassés.
Olivier se tait un moment, réalisant sans doute que j’ai gagné la bataille et qu’il ne pourra jamais me convaincre de faire du rafting. Désolée, mon grand, mais je vais garder les deux pieds sur terre et mon cœur à sa juste place, au centre de ma poitrine. Je n’ai pas envie de vivre des sensations fortes. Je n’ai pas besoin de frôler la mort ou de risquer un malheureux accident. Non vraiment, tu auras beau chercher, tu ne trouveras jamais comment me convaincre de vous accompagner. J’te l’garantis !
— Pffff ! T’es même pas game…
Eh merde ! Il a trouvé ma faille.
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