Le trip d’une vie
Chapitre 7 – Mission : sortir de la « friendzone »
Chapitre 7
MISSION : SORTIR DE LA FRIENDZONE
Lorsque je vois la gang réapparaître sur le rivage, les mots d’Élo résonnent dans ma tête. Je noue le bas de mon t-shirt afin qu’il m’avantage un peu plus et j’adopte une attitude un tantinet aguicheuse, question de commencer à rétablir mon image de fille sexy auprès d’Oli. Je sors des bières de la glacière.
— Une p’tite frette ? que je leur propose.
Les trois amis acceptent avec plaisir et s’installent dans leur chaise de plage pour siroter leur bière presque froide. Ils me racontent, tout heureux, à quel point les photos sont parfaites et je me réjouis d’apprendre que cela annonce aussi notre départ imminent. Enfin !
— Je ne sais pas vous, mais moi, je commence à être affamée, lance Flavie après que l’on a tous bien entendu son ventre réclamer de la nourriture.
— Je meurs de faim, dramatise Jules. On rentre au campement ?
— Bonne idée, que j’approuve, mais avant, je vais aller faire une saucette rapide dans le lac pour me rafraîchir. Je reviens.
Je me lève, soulève mon t-shirt et glisse lentement mes shorts jusqu’à mes chevilles en espérant attirer l’attention d’Olivier sur mon bikini noir. Pour être tout à fait honnête, je n’ai aucune envie de me baigner, mais je sais par expérience que ma démarche est langoureuse et qu’elle saura lui redonner des envies.
Mais après à peine quelques pas, je pousse soudain un hurlement très peu délicat :
— Ouchhhhhhh !!!
On repassera pour l’image de la fille sexy ! J’ai mis le pied sur quelque chose qui l’a transpercé et mes jambes se contorsionnent aussitôt pour éviter à mon pied de souffrir. Je n’ai plus aucun contrôle sur mon corps. Tentant de garder malgré tout belle figure devant Olivier, je sautille sur l’autre jambe tout en essayant de voir ce qui est planté dans mon pied. Sautant tout croche, je recule de plus en plus, je perds mon ballant, la glacière derrière moi décide de me faire une jambette et BOOUMM !! Avec la grâce d’un pachyderme, je m’étale de tout mon long dans le sable mouillé. Au diable la subtilité. Au diable l’image sexy !
— Est-ce que ça va ? me demande Olivier, inquiet, qui est déjà penché au-dessus de moi. T’as pris toute une plonge ! Qu’est-ce qui s’est passé ?
Étourdie, je mets un instant à retrouver une certaine contenance. Mon orgueil vient d’en prendre un coup. Je voudrais pouvoir me sauver, mais arrangée comme je le suis, je ne peux même pas y penser. J’ai mal, très mal. Gé-ni-al ! Décidément, j’ai vraiment un mauvais karma, et je passe pour une méchante folle encore une fois !
— J’ai trouvé le coupable, annonce Jules en me montrant un petit crabe dans le creux de sa main. Tu as dû mettre le pied dessus, par inadvertance… Il est tellement adorable.
Adorable ? Pas sûre que c’est l’adjectif que j’aurais choisi ! Sérieux, c’était quoi, les chances que ça m’arrive ?! Je commence à penser que je devrais m’acheter un billet de loterie !
Pendant que je grommelle et gémis de douleur, Olivier a plongé un regard doux et prévenant dans le mien. Il me regarde comme si j’étais sa pauvre petite sœur qui vient de se faire mal… Quel échec. J’ai réussi à dépasser la friendzone… dans le mauvais sens ! Parce qu’il est toujours possible d’avoir des relations intimes avec son amie, mais pas avec sa sœur. Ouch ! Maintenant, il n’y a plus aucune chance qu’on couche ensemble, même si on en avait l’occasion. Bien joué, Sandrine.
— Tu vas bien ? Tu vas être correcte ? s’informe Olivier en tenant toujours mon bras pour me soutenir.
— Oui, oui. C’est rien. Vraiment, c’est rien.
Moi qui voulais mettre la table pour une bonne partie de jambes en l’air, me voilà en train de me haïr, recroquevillée sur le sol avec un pied qui saigne. Un p’tit mardi comme un autre.
Là, c’est vrai que j’ai besoin de me rafraîchir (les idées). Je laisse la gang un moment pour me rendre au lac en tentant de ne pas trop boiter comme une conne. Je plonge mes pieds dans l’eau et m’immerge doucement en observant l’horizon et le décor paradisiaque. Si seulement je pouvais laisser ma honte ici…
Au bout d’un moment, je me sens mal de faire attendre les autres et je les rejoins sur la plage. Je suis la troupe en silence vers le campement, remettant mentalement en question mon départ avec eux demain. Pendant que Jules et Olivier s’installent à l’extérieur, l’un pour bouquiner en vue de son prochain examen, l’autre pour retoucher ses photos avant de les transmettre à son client, j’aide Flavie à préparer le souper dans le minibus.
— T’as l’air drôlement pensive ce soir, s’étonne-t-elle en coupant les concombres. C’est à cause de ta blessure ?
— En quelque sorte. Pour tout te dire, je me demande si ma place est vraiment ici. On dirait que la nature s’en prend à moi pour me faire passer un message.
Elle rit doucement de ma paranoïa de fille de la ville.
— Mais non, voyons ! C’est des choses qui arrivent tout le temps en camping. Faut pas que tu t’en fasses avec ça. Pis en plus, si tu partais maintenant, j’en connais un qui serait vraiment déçu, ajoute-t-elle comme si elle avait pressenti qu’au fond, mon inquiétude était plutôt là.
— J’pas sûre de ça. Il agit comme s’il se prenait pour mon grand frère…
Me semble que s’il avait envie que je reste, il me le démontrerait d’une façon… disons plus claire !
— Il était anxieux cette semaine, à cause de la température qui l’empêchait de travailler. Il joue le gars relax, mais au fond, c’est un grand nerveux. Y avait la tête ailleurs pis dans ce temps-là, y est pas vraiment présent. Mais depuis que je le connais, je ne l’ai jamais vu flasher autant sur une fille, me confie Flavie à mi-voix pour éviter qu’on nous entende. Laisse-lui la chance de te surprendre.
J’ai honte de l’avouer, mais j’aurais bien aimé qu’elle m’en dise plus et je maudis intérieurement l’arrivée des garçons, qui coupent son élan de confidence.
Pendant le souper, je mijote tout ça dans ma tête. Puis je prends une décision. Étant donné qu’on quitte le camping demain matin et que je ne sais pas clairement ce que je veux, je vais poursuivre la route encore un peu. Pour le reste, je verrai en temps et lieu.
— Je pense bien que je vais aller prendre l’air, que j’annonce au groupe aussitôt le repas et la vaisselle terminés.
— Je t’accompagne, me propose Oli, déjà debout sur ses pieds à enfiler ses chaussures. Le soleil commence à se coucher et je ne voudrais pas qu’il t’arrive une nouvelle mésaventure forestière.
Je ris, un peu jaune. J’hésite à refuser son offre. Même si c’est vraiment gentil de sa part, je ne suis pas certaine que ce soit une bonne chose. Il en a aucune idée, mais on est dans le « ça passe ou ça casse ».
En même temps, je dois bien admettre qu’un garde du corps, dans un endroit comme ici, ça peut avoir ses avantages.
— OK, allons-y ensemble, que je cède finalement, avant de lui emboîter le pas.
Dès qu’on est assez loin pour que les autres ne nous entendent pas, il me chuchote :
— J’avais envie de te montrer quelque chose avant qu’on parte d’ici.
Il se dirige vers un sentier que je n’ai pas encore emprunté. Curieuse, je le suis sans un mot, alors qu’il me guide de plus en plus profondément dans la forêt.
Bientôt, le sentier disparaît sous nos pieds, me laissant croire qu’il n’est peut-être pas très sécuritaire de s’aventurer ici… Des plans pour qu’on nous retrouve affamés dans trois jours. Qui sait à quel point la nature pourrait s’en prendre à moi ici. Tout d’un coup, je me sens très vulnérable.
— T’es certain d’où tu m’emmènes ? que j’interroge Oli, légèrement inquiète. Parce qu’on dirait vraiment qu’on s’en va nulle part.
— Fais-moi confiance, se contente-t-il de me répondre.
Peu importe son aplomb, je reste quand même dans le doute. Vivement qu’on arrive, parce que mon esprit s’enflamme et j’imagine toutes sortes de scénarios. C’est connu, les gars avancent toujours l’air sûrs d’eux pis la première chose qu’on apprend, c’est qu’on est perdus ! Ma curiosité, encore une fois, prend néanmoins le dessus. Je me rappelle le conseil de Flavie de le laisser me surprendre, et je suis Olivier sans résistance.
Le chemin devenant de plus en plus envahi par les végétaux, il écarte les branches qui nous bloquent le passage et s’assure que je peux avancer facilement.
Au bout d’une dizaine de minutes, nous débouchons sur une clairière, au milieu de laquelle scintille un petit lac. L’endroit est paradisiaque, caché au milieu des grands arbres verts. Et surtout, il est isolé et nous y sommes seuls, lui, moi et un drôle de malaise qui s’est immiscé entre nous.
— Wow, comment est-ce que tu as trouvé cet endroit enchanteur ? que je lui demande pour combler le silence.
— C’est le proprio du parc qui m’en a parlé. Je lui ai demandé de m’indiquer un endroit discret pour t’y amener. Partager le minibus depuis une semaine, ça m’a rendu fou. Ça fait cinq jours que j’attends l’occasion où je pourrai enfin faire ça…
Olivier termine sa phrase en plaquant sa bouche sur la mienne, ramollissant du même coup mes jambes. Je lui rends son baiser, mais alors que j’en viens à entreprendre davantage, il s’éloigne de moi.
— Et il paraît que l’eau est exquise, ajoute-t-il avant de se déshabiller entièrement devant moi et d’entrer lentement dans le lac. Alors, Sandrine, tu me rejoins ?
Ça, ce n’est assurément pas le regard qu’un frère porterait à sa sœur !
Convaincue par la délicieuse vue de son corps, j’oublie mes mésaventures, mes doutes et mes angoisses. Plus rien n’existe, sauf ce moment, et je me dénude à mon tour sans me faire prier. Mes vêtements rejoignent les siens alors que je me dévoile à sa vue. Je traverse les quelques mètres de terre sablonneuse, encore chaude du soleil ardent qui commence à se coucher, et je frissonne lorsque mes pieds touchent l’eau. Un pas après l’autre, sans le quitter du regard, je m’enfonce dans le lac et m’approche d’Olivier dans le silence de la forêt.
Sentant que j’ai capté l’attention de mon observateur, je le vois se délecter de l’effet que je déclenche en lui. Impatient, il vient à ma rencontre et, d’un geste naturel, il me saisit sous l’eau. Mes jambes s’agrippent à son corps. Je l’attire vers moi et le goûte avec appétit pendant que nos langues se cherchent et se trouvent, jouant ensemble comme si elles échangeaient des mots interdits. Nos baisers deviennent de plus en plus fougueux. Les mains d’Olivier accèdent davantage à mon intimité, que je lui laisse découvrir sans retenue.
Mon corps est presque caché, l’eau obscure ne laissant entrevoir qu’une part de ma poitrine qui ruisselle de gouttelettes. Il me soulève afin d’en profiter. Les caresses de mon amant se font de plus en plus indiscrètes, et je me laisse emporter par mon désir, jusqu’à ce que nos gémissements de plaisir soient le seul bruit qui résonne dans cette clairière, dissimulée à la vue de tous.
Tout est rétabli. Chacun a repris son rôle.
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