Le trip d’une vie

Caroline Langevin · Chapitre 2 sur 24

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Le trip d’une vie

Chapitre 2 – Moi, moi-même et l’aventure

Chapitre 2

 

MOI, MOI-MÊME ET L’AVENTURE

 

— It’s the final countdown !!

Je chante à tue-tête en oubliant qu’il y a encore des voisins, même s’ils ne seront bientôt plus les miens.

— Baisse un peu le volume, me rappelle mon amie, ma conscience.

Je m’incline et continue en chuchotant les paroles qui, soudainement, n’ont vraiment pas autant d’impact.

Maintenant que toutes nos mésaventures ont été révélées à Édouard, il ne nous reste qu’une chose à faire : terminer le champagne ! Éloïse, qui a de toute évidence bien retenu l’enseignement que je lui ai prodigué il n’y a même pas une heure, attrape la bouteille et en verse le contenu dans nos verres, jusqu’à la dernière goutte.

Je n’aurais pas pu mieux terminer mon passage dans cet appart, entourée de mes amis, à me rappeler le bon vieux temps.

— Donne-moi quand même souvent des nouvelles, OK ? me prie Élo. Je vais passer mon temps à m’inquiéter.

À défaut d’avoir un ange gardien fiable, j’ai la meilleure des meilleures amies du monde. Ça me va !

— Promis, m’man !

— Sandy, ton carrosse est arrivé, m’annonce Édouard qui surveillait par la fenêtre.

Je le rejoins pour découvrir que le véhicule ne ressemble pas à ce que j’avais imaginé. Olivier m’avait parlé d’un autobus scolaire « restauré »… mais le bolide que j’ai devant les yeux n’a rien à voir avec mes souvenirs de la petite école ! L’ennuyant jaune foncé et le lettrage noir ont disparu sous une belle couche de peinture blanche, qui brille au soleil. Par les fenêtres, je ne vois pas de dossiers en vinyle brun, comme c’est le cas d’habitude dans ces véhicules.

Les portières de l’engin s’ouvrent et un Oli tout sourire en descend. De mon perchoir à la fenêtre, je l’observe d’un angle nouveau. Il est tout aussi séduisant vu d’ici. Il porte un short à motif coloré estival et un t-shirt décontracté qui laisse paraître son bras gauche, entièrement tatoué en noir et gris. J’avoue craquer pour sa manche, et pour sa petite barbe plus ou moins bien taillée. Ses cheveux bruns plutôt courts sont légèrement en bataille. C’est un gars sympa et simple (selon ce que j’ai vu jusqu’ici), avec qui le voyage va être sympa et simple (en tout cas j’espère).

— Quatre à vivre dans un si petit espace ! C’est quelque chose hein ?! siffle Éloïse qui nous a rejoints à la fenêtre.

— C’est surtout pour faire la route, alors ça me va. Olivier m’a dit que ses amis – qui sont en couple, je te le rappelle – ont apporté une tente et qu’ils y dormiront le plus souvent possible. Ça nous laissera une certaine intimité.

— Ah ben oui, concède-t-elle, même si elle ne semble pas rassurée pour autant. J’me disais juste que, tu sais, t’as pas trop l’habitude des relations à long terme, et là vous allez cohabiter pas pire serrés comme des sardines. Coincés ensemble dans, quoi, cinquante pieds carrés ?

— Plus que ça, quand même…, que je marmonne en me demandant quelle est en réalité la superficie d’un minibus comme celui-là, pour chasser immédiatement cette pensée inutile.

— Imagine si vous vous tapez sur les nerfs ! Tu y as pensé, à ça ?

— Ben là, « cohabiter », c’est un grand mot ! First, j’pense pas que ça s’applique dans un véhicule en mouvement. Pis en plus, je te rappelle que je n’ai pas signé d’engagement. J’embarque dans leur trip, mais si en cours de route ça nous semble plus lourd que plaisant, je prendrai l’avion et je rentrerai. Et puis Oli, c’est juste un ami. Bon, OK, avec bénéfices très intéressants, mais un ami quand même. Comme toi. Et on a bien habité ensemble pendant un bon bout toutes les deux, non ? Et on ne s’est pas entretuées ? Donc, je trouve qu’au contraire, j’ai l’habitude, oui, des relations à long terme !

Mon amie me lance un regard qui semble dire : « Arrête de faire la maligne. Tu sais ce que je veux dire. » À la voir insister pour me gâcher mon plaisir de partir, je la suspecte de projeter ses propres inquiétudes sur moi… Au fond, c’est elle qui a la chienne d’emménager avec Édouard. Ç’aurait fait son affaire d’avoir encore notre appart, au cas où les choses tourneraient mal. Là, elle saute dans l’inconnu, sans filet de sécurité.

— Bon ! C’est l’heure, que j’annonce, autant pour elle que pour moi, en la poussant doucement vers la porte de sortie.

Nous entamons le mouvement final et je jette un dernier coup d’œil à l’appart, avant de refermer la porte sur tout un chapitre de nos vies.

Lorsque nous arrivons devant l’autobus, Olivier nous accueille avec un grand sourire.

— Prête pour l’aventure ? me lance-t-il tout en tendant le bras pour que je lui remette mon sac à dos.

— C’est moi qui suis pas prête ! lance Élo avec un sourire triste.

Nous éclatons tous de rire.

— Ne t’inquiète pas, dis-je à Oli avec un clin d’œil, je suis 100 % prête !

Je lui donne mon sac, qu’il prend pour le monter à bord. La porte du minibus s’ouvre sur ses deux amis, qui viennent nous saluer. Je fouille dans ma mémoire. Je sais très bien qu’Olivier m’a dit leurs prénoms, mais mentalement, je ne rencontre qu’une brume opaque. Je me rappelle seulement qu’il me les a décrits comme des gens simples et gentils qui ne font pas de chichis. J’aurais peut-être dû prendre des notes.

— Allooooo, me salue la fille en me serrant dans ses bras. Moi, c’est Flavie, et j’suis super contente que tu sois là pour équilibrer un peu les forces masculines et féminines dans ce voyage-là !

Eh boy ! Trop de proximité. Ça ne part pas super bien notre relation. Va falloir qu’on mette quelques règles au clair. Règle numéro un : ne me touche pas, sauf si je fais une attaque et que tu sais pratiquer le massage cardiaque. Dans ce cas-là, et dans ce cas-là seulement, je pourrais envisager d’accepter le contact (mais rien n’est moins sûr).

Qui touche les gens comme ça en les rencontrant ?! On ne fait pas ça. ON-NE-FAIT-PAS-ÇA !

Derrière moi, j’entends Éloïse pouffer de rire. Elle sait très bien que je suis adepte de la doctrine « Voici ma bulle et voilà la tienne, je respecte ton espace et tu me laisses mon air ! ».

Quand Flavie se décolle, je peux enfin la voir comme il faut. Elle est jolie avec son look bohème de fille de la campagne. Je lui souris sans trop en mettre et, puisque je ne lui ai pas retourné son câlin, je pense qu’elle a compris. Sinon, je me montrerai plus claire à sa prochaine tentative de contact exagéré.

— Salut, moi, c’est Jules, se présente à son tour son chum.

Il m’a saluée à un bon mètre et demi de distance, lui, et n’a tenté aucun rapprochement, pas même une poignée de main. Ça me suffit pour l’adorer. Dans la mi-vingtaine comme sa blonde, il affiche le même look décontracté, avec ses shorts en denim et son t-shirt portant la citation de Paul Éluard : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » Je le vois comme un signe pour me dire que j’ai raison de partir à l’aventure avec eux. Ses cheveux, plus longs que les miens, sont relevés derrière en un chignon. Je le décrirais comme un surfeur philosophe. Il a l’air d’un de ces gars qui remettent la vie et ses systèmes en question sans pour autant tenter de les modifier. Un penseur moderne, quoi.

Prête à partir, je me tourne vers mes amis. Enlacés côte à côte, ils me donnent l’impression d’être mes parents qui voient leur enfant quitter le nid.

— Dernière chance de faire demi-tour, me chuchote maman poule, l’air de se retenir pour ne pas pleurer comme une Madeleine.

À mon regard exaspéré, elle constate qu’il n’y a plus lieu de tenter de me convaincre de rester, et elle se contente de me serrer super fort dans ses bras. BON ! Astheure, elle vient d’envoyer à Flavie le message confus que j’aime ça, les câlins. Me voilà dans de beaux draps…

Mais puisque je quitte ma meilleure amie pour plusieurs semaines, je ne la repousse pas. Je la serre même contre mon cœur. Je modifie ma règle de vie : les contacts sont acceptés pour réanimation cardiaque, et pour les au revoir avant un long voyage.

Quand Éloïse me laisse finalement un peu d’air, je dis au revoir à son amoureux, tout en lui suggérant de questionner sa blonde sur les raisons derrière notre clôture abîmée. Il accueille ma suggestion avec un sourire et un hochement de tête.

Puis, après un dernier regard derrière moi, je monte dans le minibus. C’est le moment de créer de nouveaux souvenirs, que je pourrai raconter plus tard avec nostalgie.

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