Les carnets secrets de Li Yu : Au gré d'humeurs oisives

Meubles Divers

merveilleux a tous les avantages et est indispensable dans toute maison.

J’ai encore un procédé consistant à encastrer une lampe dans un mur, ce

qui est à la fois bénéfique pour les yeux, économique en huile, et permet

avec une seule lampe d’éclairer deux pièces à la fois ; je le révèle

aujourd’hui au public pour marquer la sollicitude d’un lettré pauvre envers

les autres. Nous qui passons des nuits entières à lire, l’éclat de la lampe

dans les yeux use terriblement notre énergie. Il existe bien des lampes

d’argile ne laissant passer qu’un filet de lumière éclairant le livre, le reste de

la lumière étant enfermé dans la lampe et ne servant à rien. Je leur reproche

de mettre un rayon de lumière utile dans un endroit où il n’est d’aucune

utilité, ce qui est pur gaspillage, et j’ai donc imité le procédé de Kuang

Heng qui, dans les temps anciens, fit un trou dans son mur : j’ai creusé un

petit orifice dans le mur et placé une lampe dans la cloison de séparation de

manière à ce qu’elle éclaire deux pièces et que les autres vaquent à leurs

affaires, tandis que je lis mes livres ; ainsi, une seule et unique lampe peut

servir à toute la maison, ce qui d’une part ménage la vue, et d’autre part

économise l’huile. En comparaison de la lampe d’argile, n’est-ce pas au

moins dix fois mieux ? J’offre ce mien procédé aux lettrés impécunieux, ce

qui est une façon de partager ma richesse. Si je venais à faire fortune, je ne

me montrerais pas plus avare que je ne le suis en cette occurrence.

 

MEUBLES DIVERS

 

Principes

Que l’on soit noble ou manant, que la maison soit riche ou pauvre,

 

des ustensiles pour boire et manger sont une nécessité. « Le confort d’un

homme est l’œuvre de cent corps d’état », comme l’a dit Mencius. Pour ce

qui est des bibelots d’agrément, ils ne sont une nécessité que pour les seuls

riches et nobles, et dans les demeures des pauvres ou gens de peu, il n’en est

pas question. Cela étant, des objets grossiers d’usage courant, s’ils sont

d’une facture raffinée et entrent dans la demeure d’un prince, peuvent

acquérir autant de valeur que les bibelots d’agrément, quand des objets de

jade précieux mal travaillés ou polis sont transmis aux enfants et petits-

enfants alors qu’ils ne valent pas une sapèque !

Chaque fois que l’on pénètre dans la salle principale d’un riche ou d’un

noble, on remarque la brillante profusion d‘objets précieux et de bibelots de

prix, disposés et distribués comme autant d’astres au firmament, et bien que

l’on ne puisse réprimer une certaine émotion, on est bien loin d’être

transporté de ravissement par chacun de ces objets. Car si la matière en est

belle, l’utilisation qu’on en a faite est loin d’être parfaite. Quant aux

demeures pauvres ou rustiques, y voit-on des portes faites de vieux troncs et

branches, des fenêtres faites du col d’une vieille jarre, cela évoque la

simplicité des temps antiques 10, mais on peut reprocher aux matériaux

d’être bruts et naturels sans la moindre amélioration.