Les carnets secrets de Li Yu : Au gré d'humeurs oisives

Les crevettes et les langoustines

Quand on fait un bouillon de poisson, il faut se garder de mettre trop

d’eau : il suffit que le poisson soit couvert, pas davantage, chaque bouchée

d’eau en trop étant une fraction de saveur en moins ! Les servantes qui, en

cuisine, veulent avoir leur part du bouillon, ajoutent généralement de l’eau

et encore de l’eau, ce qui le rend plus fade et encore plus fade. Si donc on

veut généreusement régaler ses hôtes, on sera contraint de traiter

chichement les cuisinières11 !

 

Il est encore, pour préparer le poisson, une autre recette fameuse : pour

lui faire rendre à la fois sa fraîcheur et sa graisse, ne le dénaturer en rien, le

cuire rapidement ou doucement sans se soucier du temps de cuisson, rien de

plus merveilleux que la cuisson à la vapeur 12. On le place dans le récipient

avec quelques cupules de vin vieux et autant de sauce de soja, le couvre de

courge fraîche, gingembre frais, champignons frais, pousses de bambou

fraîches, puis on fait chauffer à grand feu, le plus vif possible. Cela peut se

faire quand on veut, matin ou soir, ou quand on a des invités ; fraîcheur et

saveur se trouvant entièrement dans le poisson, où rien d’autre ne pénètre, et

dont rien ne s’échappe non plus, c’est vraiment une recette magistrale !

 

Les crevettes et les langoustines

 

De même que les pousses de bambou sont indispensables dans les plats

végétariens, les crevettes sont indispensables dans les aliments d’origine

animale 13, auxquels ils sont ce que la réglisse officinale est aux

médicaments.

Les cuisiniers habiles utilisent le bouillon de cuisson des crevettes

comme ingrédient de toutes sortes de plats : il fait ressortir la fraîcheur de tous les composants de la même façon que le bouillon de cuisson des