Les femmes quil lisent sont de plus en plus dangereuses
Dévotion et sensualité
Le personnage ambigu de Marie-Madeleine – figure exemplaire et en outre d’une grande beauté – réunit les deux notions essentielles du christianisme que sont le péché et la pénitence.
Sa longue chevelure ondulée est entrée dans la légende : après avoir mouillé les pieds de Jésus de ses larmes, elle les sécha avec ses cheveux, avant de les embrasser et de les parfumer.
Selon La Légende dorée de Jacques de Voragine, l’ouvrage le plus populaire du Moyen Âge, Marie-Madeleine s’embarqua lors de l’expulsion des chrétiens de Jérusalem sur un navire qui dériva, sans voile ni gouvernail, jusqu’aux côtes provençales où elle évangélisa la région. Puis elle se retira dans une « contrée des plus sauvages » où elle vécut pendant trente ans, en ermite anonyme, pour faire pénitence. C’est ce qui explique les attributs avec lesquels elle est traditionnellement représentée, à savoir la tête de mort – tel un memento mori – et le livre – comme symbole de la vie contemplative.
Mais cela ne suffit nullement à effacer la vie de pécheresse qu’elle mena auparavant. Le Corrège, à la Renaissance, fut l’un des premiers à lui donner les traits d’une lectrice à demi nue. Dans son tableau, la « contrée des plus sauvages » s’est transformée en un charmant bosquet. Depuis cette époque, Marie-Madeleine compte parmi les sujets les plus populaires de la peinture, pécheresse plus ou moins dénudée faisant pénitence dans une nature luxuriante, en présence ou non d’une tête de mort, mais quasiment toujours avec un livre. Son personnage a même survécu à la disparition progressive de tout contenu religieux dans ses représentations. Le peintre Johannes Paulus Moreelse, né à Utrecht au début du XVIIe siècle, a vu les tableaux du Caravage à Rome. Dans un mélange fascinant de dévotion et de sensualité, sa Marie-Madeleine pénitente enserre de ses bras nus une tête de mort recouverte d’une liasse de feuillets.
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Johannes Paulus Moreelse (1603 ?-1634),
Marie-Madeleine pénitente, vers 1630,
musée des Beaux-Arts, Caen.
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