Les femmes quil lisent sont de plus en plus dangereuses
Une lectrice distinguée
Le roman La Lectrice, de l’écrivain français Raymond Jean, raconte les aventures de Marie-Constance G., âgée de trente-quatre ans, qui vit dans une petite ville du sud de la France et cherche un emploi. Dotée d’une voix harmonieuse, l’ancienne étudiante en lettres décide de faire paraître une petite annonce dans le journal local – « Jeune femme propose lectures à domicile. Textes au choix : romans, essais, entre autres » –, suivie de son numéro de téléphone. Elle n’attendra pas bien longtemps son premier engagement ; d’autres propositions, parfois assez ahurissantes, suivront. Marie-Constance est devenue lectrice professionnelle.
C’est notamment l’adaptation à l’écran de ce roman de 1986, avec Miou-Miou dans le rôle principal, qui contribua à remettre à l’honneur cette profession presque disparue, alors qu’elle était autrefois une activité tout à fait respectable, signe d’une vaste culture littéraire, de manières convenables et d’une voix agréable. Les dames de la bonne société préféraient souvent faire appel à des lectrices plutôt que de s’adonner elles-mêmes à la lecture solitaire et silencieuse, laquelle fut d’abord l’apanage des femmes de la bourgeoisie, même si l’on considérait parfois qu’il était inconvenant de se retirer de la sorte. Le recours aux services d’une lectrice présentait l’avantage de pouvoir se livrer en même temps à ses travaux d’aiguille, mais surtout, permettait à la société de contrôler le contenu des ouvrages.
Denis Diderot observa que, pendant une lecture, les protagonistes synchronisaient leurs mouvements tels des danseurs : « Sans en avoir conscience le lecteur adopte l’attitude qui lui semble la plus appropriée, et l’auditeur l’imite » – un peu comme dans ce tableau, qui mêle la soie la plus délicate, des meubles précieux et une lumière intense dans un intérieur raffiné. Son auteur, Marguerite Gérard, initiée à la peinture par son beau-frère, Jean Honoré Fragonard, se plaisait à imiter les peintres de genre hollandais du XVIIe siècle ; ses œuvres connurent un grand succès avant, pendant et après la Révolution française.
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Marguerite Gérard (1761-1837)
et Jean Honore Fragonard (1732-1806),
La Lectrice, vers 1788,
Fitzwilliam Museum, University of Cambridge, Cambridge.
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