Les femmes quil lisent sont de plus en plus dangereuses

La sensualité de la lecture

 

Sir John Lavery (1856-1941),

Miss Auras (Le Livre rouge), s.d.,

collection particulière.

 

Voici deux œuvres dominées par des camaïeus de gris. Dans la première, c’est le livre rouge, dont la couleur renvoie aux lèvres de la belle lectrice, qui retient l’attention. Cette corrélation fait de la lecture un acte sensuel, voire érotique. Le peintre John Lavery, réputé pour ses sujets de société, rencontra son modèle, une certaine Miss Mary Auras, quelques années plus tôt sur la célèbre avenue berlinoise Unter den Linden. La jeune fille, âgée à l’époque de seize ans, ne tarda pas à faire partie de son entourage proche et posa pour l’un de ses tableaux les plus connus, intitulé Printemps, où elle apparaît enveloppée dans un vêtement immaculé, portant dans ses bras un gros bouquet de fleurs blanches. Le but poursuivi par Lavery n’était pas tant de percer à jour la psychologie de ses personnages que de souligner la beauté et l’intelligence des femmes.

OceanofPDF.com

Alfred Stevens (1817-1875),

Le Bain, vers 1867,

musée d’Orsay, Paris.

Le peintre belge Alfred Stevens, qui, au fil du temps, se spécialisa comme Lavery dans des sujets mondains, parvient dans ce tableau à doter une scène réaliste d’une charge sensuelle et poétique. Il règne ici une atmosphère empreinte d’érotisme alors même que le personnage dévoile un minimum de sa nudité. Allongée dans une baignoire en zinc, la jeune femme vient de poser son livre ouvert à côté d’elle et médite d’un air songeur sur ce qu’elle vient de lire. Les deux roses – symbole de la beauté et de l’amour, mais aussi de l’éphémère – qu’elle tient dans sa main droite sont dirigées vers le bas. Le robinet représentant une tête de canard et le porte-savon en forme de coquille Saint-Jacques – élément à connotation éminemment féminine – teintent le tableau d’une touche de sensualité. Si l’on prend aussi en compte la montre, bien peu à sa place ici, on devine le sujet du livre qui occupe sans doute l’esprit de la jeune femme : la vanité de toute chose, notamment celle du bonheur et de l’amour.

OceanofPDF.com