Les femmes quil lisent sont de plus en plus dangereuses

Apprendre à lire

 

Les troubles liés aux difficultés à fixer son attention sont-ils moins récents qu’on ne le croyait ? L’atmosphère anarchique de la salle de classe représentée dans ce tableau, le désordre rendu non sans une certaine bienveillance par le peintre Jan Steen ont probablement été pendant des siècles le reflet de ce qui se passait dans les écoles. À travers une quantité de petits épisodes – depuis la bagarre entre deux garçons (à l’arrière-plan), jusqu’au cours particulier qu’une fillette donne à une autre (devant, à gauche), en passant par une sieste clairement avouée (au premier plan, sur le sol) –, cette toile résume la journée d’une classe.

Il est toujours possible pour un maître d’école de s’acquitter de ses obligations en évitant tout contact avec les élèves : il peut, par exemple, se consacrer à tailler ses crayons (ce qui, à cette époque, faisait assurément partie des fonctions d’un enseignant). C’est précisément ce qui occupe ici l’instituteur, affligé, apparemment, d’une presbytie avancée. Sur le mur derrière lui, à droite, on aperçoit une chouette empaillée et une lanterne allumée. Un enfant tend vers l’oiseau symbole de sagesse des lunettes identiques à celles du maître. Ces détails, qui, renvoient sans doute au vieux proverbe hollandais « À quoi servent la chandelle et les lunettes si la chouette ne veut rien voir ? », soulignent la mauvaise volonté de l’enseignant à contrôler un tant soit peu sa classe.

À côté de lui, exactement au centre du tableau se présentant comme une « boîte à perspective », se tient une femme coiffée d’un foulard blanc, probablement l’épouse ou l’assistante du maître. De sa plume, elle désigne un passage du livre ouvert devant elle, tandis qu’un garçon en pointe un autre de son doigt. On dirait qu’il est venu lui montrer son travail et qu’il se soumet à une interrogation. Dans sa main gauche, la maîtresse tient une baguette que l’on distingue à peine : elle doit s’en servir quand l’enfant répond mal ou simplement pour l’intimider. L’attitude des autres élèves rassemblés autour du pupitre confirme que nous assistons à un cours de lecture et d’écriture. À la différence de son homologue masculin, la maîtresse semble s’investir dans l’apprentissage de ses élèves, à une époque où la pédagogie n’avait pas encore organisé l’enseignement de façon rationnelle comme c’est le cas de nos jours.

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Jan Steen (1626-1679),

Une école pour filles et garçons, vers 1670,

National Gallery of Scotland, Édimbourg.

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