Les femmes quil lisent sont de plus en plus dangereuses

Une Américaine et un Japonais

 

Mary Cassatt, peintre d’origine américaine, née à Pittsburgh, en Pennsylvanie, vécut à Paris à partir de 1874 où elle se lia d’amitié avec Edgar Degas. L’artiste la fit poser à deux reprises au Louvre : la première fois assise, plongée dans la lecture d’un guide de voyage présentant aux touristes les trésors du musée, la seconde fois debout, tenant de la main droite un parapluie. Degas imagina de nombreuses versions de ces deux figures dans des décors différents. Dans ce dessin, les deux silhouettes n’en forment plus qu’une seule – celle de la femme assise passant insensiblement à celle de la femme debout –, pour devenir un personnage double qui associe les deux postures classiques des visiteurs de musée. Mary Cassatt semble ainsi littéralement coincée entre le pilier de gauche, les deux tableaux accrochés au mur et le parquet ; tous ces éléments sont recouverts d’un hachurage serré et nerveux, comme si l’intention de Degas était de souligner le caractère artificiel de toute visite au musée.

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Edgar Degas (1834-1917),

Mary Cassatt au Louvre, vers 1879,

Brooklyn Museum of Art, New York.

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Le tableau du Japonais Tsuguharu Foujita, qui montre une jeune femme mélancolique dans un café parisien de Montparnasse, nous paraît tout aussi factice. Elle est assise à une table, devant un verre à moitié vide et une lettre émaillée de taches d’encre. Foujita peignit ce tableau immédiatement après son retour définitif à Paris, en 1949, alors qu’il était déjà célèbre et vivait dans une certaine aisance. Il était arrivé pour la première fois dans la capitale française trente-six ans plus tôt, avec seulement quelques sous en poche ; il considéra Paris comme une « fête pour la vie », selon l’expression d’Ernest Hemingway. Le peintre se lia bientôt avec Picasso, Braque, Matisse, Cocteau et Modigliani, et connut une relation passionnée avec l’artiste Fernande Barrey, qui ne tarda pas à devenir sa première épouse, puis avec la légendaire Kiki de Montparnasse. En 1949, cet univers-là n’existait plus, et le portrait de cette femme au regard songeur apparaît comme l’évocation nostalgique d’un temps heureux désormais révolu.

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Leonard Tsuguharu Foujita (1886-1968),

 

Café, 1949,

musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Paris.

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