Qui vous conduit

Boris TZAPRENKO · Chapitre 13 sur 32

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Qui vous conduit

La conscience intérieure............................................................................

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oublier la vitesse orbitale du Soleil autour du centre de la Galaxie : 850 000 km/h. Et puis le déplacement de cette dernière vers le Grand Attracteur : 2,3 millions de km/h.

À ma connaissance, il n’existe aucune conscience humaine

capable d’embrasser tout cela instantanément et simultané-ment. Je ne parle pas de le savoir ; je parle bien d’en avoir une conscience instantanée : de le ressentir.

Il n’est pas trop difficile de ressentir la partie (A), mais je serais surpris, et admiratif, de connaître quelqu’un capable de ressentir en plus la partie (B).

Je pourrais prendre d’autres exemples pour montrer la li-

mitation de notre conscience spatio-temporelle. Mais ce n’est pas utile ; je voulais juste montrer que nous sommes, à notre échelle, comparables à des fourmis seulement ca-pables de penser leur petit univers de fourmis. Notre res-senti spatio-temporel est très limité.

La conscience de l’espace étant l’espace de la conscience, la

nôtre vit dans un studio étriqué.

Il s’agissait là seulement de la conscience projetée vers l’ex-térieur de nous. La conscience de ce dans quoi nous sommes.

La conscience intérieure

La conscience intérieure est celle qui permet de ressentir

ce qui se passe en nous. Cette conscience de soi attentive et profonde permet de se contrôler, de se piloter, d’être aux

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commandes de soi-même, d’agir sur le volant de notre exis-tence.

Comme je le disais, avoir conscience de soi c’est se sentir

être. C’est penser à la première personne. C’est percevoir « je ». C’est ressentir « je suis ». C’est la capacité de s’observer de l’intérieur.

Il y a la conscience de soi en train d’être et de faire : Je suis à table. On me parle. Je réponds. Je pique un truc

dans mon assiette avec ma fourchette. Untel me raconte une histoire drôle, je ris.

Il y a la conscience de soi comme faisant partie de ce que

j’observe :

Je suis en train d’admirer un oiseau. Je pense que cet ani-

mal est rouge et que son vol est d’une extraordinaire virtuo-sité. Dans cet exemple-là, « avoir conscience de soi comme faisant partie de ce que j’observe » veut dire : je sais que « rouge » et « étonnante virtuosité » n’engagent que moi. Pour un chien qui n’y voit qu’en noir et blanc, il ne serait pas rouge. Pour un oiseau beaucoup plus habile que celui-ci, son vol n’aura rien d’exceptionnel. Même « oiseau » a un sens pour moi parce que je suis un humain. L’oiseau ne sait pas que, pour moi, il est un oiseau.

Cette conscience-là me permet de me dire que, quand je

décris le monde, en réalité je ne dis rien de lui, je ne fais que dévoiler comment je pense le monde ; en l’occurrence, com-ment mon esprit conçoit cet oiseau. En fait, en décrivant le monde, je ne décris que moi-même. 24

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Il y a la conscience de nos réactions, nos émotions, nos li-

mites intellectuelles…

On peut essayer de descendre de plus en plus profondé-

ment dans une introspection concentrée à la recherche de soi. Mais, aussi grand soit notre effort, et aussi entraîné soit-on dans cette pratique, nous atteindrons assez vite une limite dans la connaissance de notre propre fonctionne-ment.

La limite ultime serait récursive : ressentir pourquoi et comment naît en moi ce qui me permet de ressentir pour-quoi et comment naît en moi ce qui me permet de ressentir pourquoi et … Pour comprendre pleinement comment il fonctionne, l’esprit devrait pouvoir comprendre comment il comprend qu’il fonctionne. L’effort mental est de taille ! N’est-ce pas ?

Sans aller jusque-là. Il est très intéressant de développer la

conscience de soi. Sinon dans sa profondeur, au moins dans sa permanence. Il est bon de s’entraîner à maintenir l’endu-rance de sa conscience de soi. Être conscient de soi, le plus souvent possible et le plus longtemps possible.

Nous n’avons pas conscience que, par moments, notre conscience a des écrans noirs. Nous ne sommes pas conscients de n’être pas conscients à chaque instant.

Dans la vie courante, nous agissons un peu comme un

thermostat qui régule la température sans avoir conscience de ce qu’il fait. Parfois, au volant, il nous arrive de réaliser que nous avons fait quelques kilomètres sans nous en rendre compte. Tiens, je suis déjà là ! Il nous arrive aussi de

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lire sans avoir conscience de ce que nous lisons. Une partie de nous décode le texte, mais la signification de ce dernier n’est pas traitée par la conscience. C’est de cette manière que nous agissons assez souvent.

Qui n’a pas regretté son comportement vis-à-vis de telle ou

telle personne dans telle ou telle situation ? Rétrospective-ment, on se souvient d’avoir perdu son calme, d’avoir ri bê-tement, ou d’avoir défendu un point de vue avec trop de vé-hémence… Quelque temps plus tard, dans le calme, par exemple avant de s’endormir, songeant à ce moment passé, on se souvient de soi. Nous avons alors une observation in-térieure rétrospective de nous :

Pourquoi diable me suis-je senti obligé de rire quand Untel

m’a raconté son histoire drôle ?

Le comportement de Unetelle m’a révolté. J’ai eu du mal à

maîtriser ma colère. J’ai été ridicule.

La démonstration mathématique de l’Autretelle était hors

de ma portée ; je n’aurais pas dû faire mine de la com-prendre. Mon amour-propre me fait adopter des attitudes dérisoires.

J’ai un ego qui m’encombre. À cause de lui, je passe des

heures à quémander des « J’aime » sur les réseaux sociaux. Je ne sais pas pourquoi j’ai tant besoin qu’on ait une bonne opinion de moi. Je supporte mal que mes publications soient transparentes aux yeux des autres. Et cætera.

Ou bien l’inverse :

Rétrospectivement, je me souviens essentiellement de mo-

ments où j’aurais dû réagir, me mettre en colère, m’affirmer, 26

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trouver les mots pour m’exprimer. Mais dans 99 % des cas, ce n’est que plus tard, au calme, que je trouve ce que j’aurais dû dire ou faire.

On se souvient amèrement que, dans ces moments-là,

nous avions laissé s’éteindre notre conscience de soi, elle était en veille. Nous ne nous observions pas. Nous ne nous ressentions pas en train d’agir, faire, dire. Nous fonction-nions comme un thermostat.

J’ai volontairement dit : « nous avions laissé s’éteindre notre conscience de soi » plutôt que « nous avions éteint notre conscience de soi » parce que la conscience de soi est comme un feu qui s’éteint tout seul, dès qu’on ne veille pas sur lui. Il faut fournir un réel effort d’attention pour garder la conscience de soi éveillée. Au moindre moment d’inat-tention, la conscience de soi s’endort. Nous ne nous ressen-tons plus. Nous ne nous observons plus. Nous ne nous pi-lotons plus ; nous sommes en pilotage automatique ; nos réflexes ont pris le volant. Nous devenons un thermostat. Nous n’agissons plus sous le contrôle de notre raison éveillée ; nous sommes animés par des automatismes. Or, nombre de ces derniers sont des idées clandestines.

 

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