Qui vous conduit
Sophismes, biais cognitifs…..................................................................41
QUI VOUS CONDUIT ?
ressent personnellement, pas comme du veau, mais comme le veau qu’il est. Cela ne vient pas à l’esprit parce que cette personne bovine est si loin de nous ressembler qu’elle est presque un objet et qu’aucune idée clandestine ne nous pousse à avoir de la compassion pour elle. Pire, une idée clandestine nous rassure en nous disant que c’est normal de traiter du veau ainsi, puisque tout le monde le fait.
Parce qu’il est encore moins à notre image, considérer un
poisson comme un objet est pour nous tout naturel. Qu’il éprouve la peur et la douleur, qu’il ait des relations sociales avec ses congénères passe très loin de notre esprit, quelque part dans une autre galaxie. On nous a tellement appris que la pêche est un sport paisible et bon enfant, qu’il paraît to-talement incongru, et même un peu niais, de se soucier de la souffrance d’un poisson. Pourquoi pas d’un caillou ! Alors, dire d’un mérou qu’il est une personne, c’est prendre le risque de se faire interner.
Sophismes, biais cognitifs…
Dans son œuvre Discours de la méthode, René Descartes
écrivait :
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée: car chacun
pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus diffi-ciles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont.
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QUI VOUS CONDUIT ?
S’il est vrai que beaucoup souhaiteraient être plus riches,
plus célèbres, plus beaux, plus forts, plus en forme, plus ai-més… nous n’entendons pas souvent quelqu’un rêver d’être plus intelligent. Cela est peut-être en partie dû au fait que nous jugeons notre esprit avec notre esprit ; l’esprit se juge donc lui-même avec, reconnaissons-le, une tendance à la complaisance. Il ne faut pas généraliser bien sûr, ce n’est cer-tainement pas le cas de tout le monde, mais le plus grand nombre a plus de facilité à développer des complexes au su-jet de son physique qu’au sujet de son esprit. La crainte de ne pas posséder un physique attrayant est plus répandue que celle d’être intellectuellement limité.
Les idées, clandestines ou mûrement réfléchies, qui sont en
nous sont la seule chose qui nous représente notre esprit. Elles sont nous. Elles participent dans une grande mesure à bâtir notre personnalité. À un instant T, nous sommes nos pensées. Il se trouve que cet instant T nous voulons le faire durer le plus longtemps possible, car il n’est pas facile de changer radicalement ce que nous nous sentons être sans cesse et à tout bout de champ. Ceci explique les difficultés que nous avons à nous laisser convaincre et le plaisir que nous avons à avoir toujours raison.
Voici quelques sophismes et biais cognitifs. Certains in-
hibent l’initiative de réfléchir ; ce sont des créateurs d’idées clandestines. D’autres nous permettent d’arc-bouter nos po-sitions intellectuelles contre les vents et marées de tous les arguments contradictoires. La liste est très loin d’être ex-haustive, il s’agit seulement des plus communs. 42