Qui vous conduit
S’écarter du troupeau...............................................................................
QUI VOUS CONDUIT ?
S’écarter du troupeau
Désobéir à une pratique culturelle, fruit d’une idée clan-
destine inculquée, entraîne de grandes difficultés à vivre en société, en famille et même parfois en couple. Par exemple, ne plus consommer de ressources d’origine animale est aus-si difficile que de vivre en marchant sur les mains. C’est difficile pour des raisons pratiques, car la nourriture propo-sée par la société est majoritairement omnivore. Et c’est difficile dans les relations sociales parce qu’il faut souvent se justifier. « Mais enfin, pourquoi marches-tu sur les mains ? » En effet, pour le plus grand nombre, « les autres animaux sont des ressources à notre disposition » va autant de soi que « les pieds sont faits pour marcher ».
Cette pression sociale fait que beaucoup de personnes évitent tout simplement de penser à contre-courant. Pour les animaux sociaux que nous sommes, il est tellement plus facile de penser ce qui se pense et de faire ce qui se fait. Plus grand est le nombre de personnes qui se comportent comme nous, plus on se sent soutenus dans ce que nous croyons que nous sommes. Une seule personne différente suffit à troubler la sérénité du groupe social si fortement conditionné par le « ce qui se fait, ce qui se pense » moult et force fois injecté dans le cerveau dès la tendre enfance. Prenez un air suffisamment sérieux pour déclarer soudaine-ment :
— Hier, j’ai bu un grand verre de lait de chienne, je me
suis régalé !
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QUI VOUS CONDUIT ?
— Hein ! Du lait de chienne ! Beurk ! Tu es fou ! Trop
zarbi !
Ajoutez :
— Ben, j’ai voulu essayer… D’habitude, je bois du lait de
femme. Ma voisine qui est nourrice en a trop.
Là, c’est certain, on va vous gerber sur les pieds ! (Il ne faut
pas dire « gerber », ce n’est pas bien.) Répondez alors :
— Bien que ce ne soit ni nécessaire ni recommandé quand
on n’est plus un nourrisson, boire du lait de femme pour un humain est moins zarbi que de boire du lait de vache, car nous ne sommes pas des veaux.
Vous obtiendrez des regards cherchant désespérément la
preuve que vous plaisantez. Quoi qu’il en soit, la conclusion sera que vous n’êtes pas vraiment normal. D’une manière générale, prendre un peu de distance avec le troupeau social se paye par des réprobations d’une ampleur proportionnelle à l’ancrage de l’habitude que vous défiez : regards entendus qui s’échangent autour de vous, moqueries non dissimu-lées… Cela peut aller jusqu’à une réelle hostilité, notam-ment quand on s’écarte des habitudes spécistes, par exemple.
Sur le plan professionnel, la pression sociale est aussi très
forte, particulièrement dans les métiers qui offrent une au-dience. Les carriéristes des médias n’aiment pas trop prendre de risques. Sur les plateaux de télévision, nombre de chroniqueurs se voulant de bon aloi aiment caresser l’air du temps dans le sens du poil. Ils ne s’en privent pas, car on ne prend aucun risque à défoncer des portes ouvertes par d’autres, ça ne fait pas mal aux épaules. C’est pourquoi, au-36