Rap pour violoncelle seul

Maryse Pagé · Chapitre 8 sur 17

Pages du PDF

Rap pour violoncelle seul

Chapitre 6

6

 

Samedi matin, onze heures. Difficile de me sortir du lit parce que je savais trop ce qui m’attendait. Je devais aller passer quelques heures avec Marius. Je comptais bien mettre en application les conseils de Jade pour interagir avec le vieux, mais je ne possédais pas la bonté naturelle de ma chum.

Une odeur plutôt buzzante m’a finalement éjecté du lit. Cette odeur me rappelait des moments précis. Ces samedis où j’arrivais à oublier que dans quelques jours je vivrais chez des inconnus. Ces samedis où je revenais à la maison après des mois dans une famille qui m’était étrangère. Ces samedis où seule l’odeur comptait, plus rien d’autre n’existait à mes yeux. Ça sentait les crêpes ! Cette odeur réconfortante. Une odeur rassurante parce que si on prend la peine d’ouvrir un livre de cuisine taché de gras, qu’on sort tous les ingrédients du garde-manger, qu’on les mélange et qu’on verse une louche de cet épais liquide dans une poêle bien chaude pour en faire des crêpes, c’est qu’on croit que tout va bien. Qu’on peut se donner l’illusion qu’on a une vie normale ! Une vie que tous les petits garçons de six ans, huit ans ou dix ans devraient avoir sur terre. Ajoutez à cela une mer de sirop d’érable, c’est le comble du bonheur. Le bonheur à l’état pur. Pur comme le sirop d’érable.

Une vie de crêpes…

Surpris, puisque en général ma mère faisait des ménages chez des clients les samedis, je suis allé voir à la cuisine et j’ai aperçu une belle assiette débordante.

— Maman ? T’es pas à job ?

— Non, j’ai congé. Les Demers sont en vacances. Leur maison a pas besoin de ménage cette semaine.

J’avais déjà commencé à engloutir une première crêpe.

— Miam ! C’est good.

J’ai remercié ma mère et l’ai embrassée sur la joue.

— Tu fais quoi aujourd’hui ?

Elle ne me demandait jamais ça. Et je ne me rappelais pas la dernière fois où elle avait sorti son livre de recettes. Je n’avais que le souvenir olfactif des crêpes, mais impossible pour mon cerveau de lui accoler une date.

— J’m’en vais faire mes travaux communautaires avec mon vieux, pis après, j’vais chiller avec Fred et Sam au skatepark.

— Tu comptes revenir vers quelle heure ?

— Don’t know. Pourquoi ?

— Juste pour savoir.

— Ça se peut que je soupe chez Sam pis qu’on jamme. J’ai composé une nouvelle toune pis j’veux qu’y m’fasse un beat.

J’allais ramasser mon assiette et faire la vaisselle, mais elle m’a dit de laisser faire, qu’elle allait s’en occuper. Ça faisait du bien de la sentir légère, sans rush. Toutefois, son « juste pour savoir » me rendait perplexe. Elle ne me demandait jamais quelque chose « juste pour savoir ». Quand elle s’adressait à moi, c’était surtout pour des recommandations ou des directives.

J’étais peut-être parano. Moi aussi je devais pratiquer ma légèreté. Relaxe, Malik. Relaxe. Ta mère te fait des crêpes et tu n’as même pas besoin de ramasser ton assiette. Qu’est-ce que je pouvais demander de mieux à la vie ?

— Va voir ton monsieur, et arrête de l’appeler « mon vieux ». Fais ça comme il faut. C’est important.

— Oui, maman. Compte sur moi.

Elle m’a tendu un vingt.

— Et tiens, pour ta semaine. À toi de t’en garder pour le Subway du vendredi.

— T’es sûre ? Tu feras pas de cash aujourd’hui.

— T’inquiète, les Demers m’ont donné une petite augmentation.

Je l’ai serrée dans mes bras.

— Merci, ma belle maman d’amour. J’vais me chercher une job dans les prochains jours. Y a plein d’endroits qui prennent des jeunes à partir de quinze ans, y paraît.

— C’est l’école qui compte, Malik. Si tu trouves quelque chose, tu dois pas travailler plus qu’une dizaine d’heures par semaine. O.K. ? Ça te tente sûrement pas de faire des ménages comme moi toute ta vie, hein ?

— Byyyyyye là !

Non ! Je n’embarquerais pas pour une millième fois dans cette discussion. Un jour ou l’autre je lui répondrais que, justement, je n’avais vraiment pas l’intention de finir comme elle. Et ça sonnerait inévitablement méchant. J’étais de bonne humeur à cause des crêpes et je voulais rester sur cette vibe de journée de crêpes. De vie de crêpes.

Rassasié et souriant, je me suis pointé à la résidence et j’ai frappé à l’appartement 402. Aucune réponse. Une deuxième fois. Toujours rien. Je savais que le vieux était là, la fille à la réception me l’avait confirmé. Il venait juste de monter après son dîner et de toute façon, il ne sortait jamais.

Je suis entré sans attendre qu’il m’ouvre. Marius était dans son fauteuil, les yeux fermés, écouteurs sur les oreilles, une méchante bonne paire de Bose qui devait coûter un bras. Je ne lui ai donné aucun signe de vie et me suis évaché sur le sofa. Je l’ai imité en mettant mes écouteurs à moi, achetés au Dollarama, pour écouter le dernier album de Loud. Mais j’ai fini par m’endormir. C’est une sensation bizarre qui m’a réveillé. Marius tenait une bouteille et me vaporisait de l’eau en pleine face.

— Heille, t’es malade !

Je bouillais. Je me retenais pour ne pas le frapper. Comme si j’étais en train de mourir, le film de ma courte vie défilait devant moi. Je ressassais tous les événements depuis ma naissance, tout ce qui avait pu me mener à lui. Naître dans une famille pauvre, un quartier pauvre, un père immigrant qui meurt trop vite, une mère poquée, prise toute seule à élever un enfant. Pas d’argent, jamais d’argent, pis voler pour un crisse de Subway.

Marius riait. Il trouvait ça vraiment drôle. Je ne l’avais jamais vu sourire, encore moins rire aux éclats. Il en perdait même son dentier.

— J’te ferai remarquer que t’es chez nous, que tu dors sur mon sofa et qu’y’a personne qui t’a ouvert la porte à ce que je sache.

— Ben oui, mais vous répondez jamais.

— J’ouvre pas parce que je veux voir personne.

— Vous l’savez, c’est mes travaux communautaires. Vous m’avez dit que si je vous achalais pas, vous alliez me laisser faire mes heures.

— T’as raison. L’eau, c’était juste pour te réveiller.

Marius s’est remis à rire de plus belle. J’avais eu le temps d’effacer de mon cerveau l’image de moi en train de le cogner. De toute façon, cette image de l’ado qui fesse un vieillard, ça ne me faisait pas de bien.

Tout en m’essuyant, j’ai essayé d’amorcer une conversation.

— Qu’est-ce que vous écoutiez ?

— D’la musique.

J’ai soupiré de découragement. Et il a continué.

— Ben quoi ? Ça aurait pu être la radio, un livre audio, une séance de méditation ou un podcast.

— Vous connaissez ça, vous, les podcasts ?

— Chus pas un arriéré. T’as l’air de croire que parce qu’on est vieux, on est automatiquement out !

— Ben non, j’pense pas ça. Mais c’est pas votre génération, c’est toute !

— Pis toi, qu’est-ce que t’écoutais ?

— Du rap.

— Du rap. C’pas d’la musique, ça !

— Pis c’est vous qui me disiez y’a trente secondes que vous étiez pas arriéré ! Du rap, c’est d’la musique. Chacun ses goûts. That’s it !

J’ai attrapé ses super Bose pour écouter ce qui en sortait.

— Du classique. J’aurais dû m’en douter. Vous faites tellement classique.

— Qu’est-ce que t’as contre la musique classique ? C’est pas n’importe quel classique. C’est du Bach, re Prélude de la 1 Suite pour violoncelle seul. C’était la pièce préférée de ma Henriette.

En me répondant, Marius a lâché un pet d’une puanteur indescriptible. Je n’arrivais pas à cacher mon haut-le-cœur.

— Là, mon p’tit Magic… a dit Marius en massacrant une fois de plus mon nom.

Mais je l’ai interrompu avant même qu’il aille plus loin.

— Bon ! Magic asteure ! C’est Malik, mon nom. Me semble que c’est pas si compliqué que ça à apprendre un prénom de cinq maudites lettres !

Mon exaspération haussait solidement le ton de ma voix.

— Malik, Manik, Magic, toute du pareil au même. J’ai jamais entendu ce nom-là de ma vie. Comment tu veux que j’m’en rappelle ? Capucin. Ça fait-tu ton affaire comme nom, Capucin ? C’est comme ça que j’appelle tout le monde parce que j’ai pas la mémoire des noms, surtout des noms bizarres.

— Capucin ? Comme les singes ?

— Ouin, comme les singes ou comme les oiseaux. Et il a poursuivi avant que je l’interrompe : Là, Capucin, ça va être le temps de te rendre utile.

Bon, enfin ! Il se décidait à me confier des corvées. J’étais prêt à l’écouter, mais un peu déconcentré par l’odeur de sa flatulence qui flottait encore. Et il y est allé de sa demande.

— Faudrait que tu changes ma couche.

— Whaaaaat ? Pas question que j’touche à ça. Ça fait pas partie d’mes tâches !

— Tant pis, mon p’tit bonhomme. Si tu m’aides pas à me laver et à me mettre une couche propre, je vais dire à madame Beaupré que tu me désennuies pas pantoute pis que tu écoutes ta musique sans jamais m’adresser la parole.

Vieux crisse de dérangé ! me suis-je dit tout haut… dans ma tête.

— Vous m’f’rez pas ça.

— Tu m’connais mal.

— Ça, c’est vrai. J’vous connais ben mal. Je pensais jamais que vous me demanderiez une affaire de même. Je savais même pas que vous étiez incon…

Je n’arrivais pas à trouver le mot qui veut dire qu’on ne peut pas se retenir.

— In-con-ti-nent ! s’est amusé Marius à bien articuler avec une sorte de fierté. Va me chercher des bobettes propres dans ma chambre pis viens me rejoindre dans la salle de bain.

J’ai toujours eu le cœur sensible. Je n’osais même pas m’imaginer changer la couche d’un vieil inconnu sans vomir. Mais j’avais la chienne que Marius mette ses menaces à exécution. Je ne voulais pas augmenter mes heures de travaux communautaires. Dans ma tête, je le traitais de tous les noms. Juste dans ma tête. Encore dans ma tête. « Esti de pervers, de loser, de vieux tabarnak ! »

Dans le tiroir de la commode se trouvaient un chapelet, des brassières vraiment pas sexy et une photo d’Henriette. J’ai attrapé une paire de bobettes blanches, du bout des doigts. En fait, elle tirait plus sur le jaune et son élastique était en fin de vie. Je me dirigeais vers la salle de bain, presque à reculons. L’odeur s’était répandue partout dans l’appartement.

Marius exposait ses bobettes sales qu’il venait d’enlever et le cœur me levait. Il continuait de lâcher des fiouses. Le son et la puanteur mis ensemble me donnaient des frissons. Un épais liquide brunâtre coulait le long de ses cuisses. Si l’enfer existe, il était là. C’était ça le fameux bootcamp. De la torture. J’étais un martyr.

— Tiens, Capucin, une débarbouillette. Aide-moi. Le savon est là.

— J’peux pas faire ça.

— Oui, tu peux ! Sinon…

— Sinon, je sais… Esti, donnez-moi des gants au moins.

Je voulais vomir, brailler, me pousser, crier. Mon cerveau se désintégrait et je m’efforçais qu’il envoie le message à mon corps pour en faire de même.

— J’ai juste des gants d’hiver.

— Vous me niaisez, câlisse ? Avez-vous des sacs de plastique ?

— Non, jeune homme. J’ai pas ça, des sacs de plastique. C’est pas parce que je suis à veille de crever que j’fais pas attention à l’environnement.

Mettons que l’impact environnemental négatif du plastique et le sort de la planète n’étaient pas dans le top de ma liste de causes à défendre à ce moment précis.

— Attendez-moi, je vais aller demander à madame Beaupré si elle en a.

— Noooon ! a hurlé Marius. Pas besoin. Approche. Sens.

— T’es vraiment un vieux pervers débile !

— Sens, j’te dis !

Marius a rapproché les bobettes de mes narines. Il prenait clairement son pied à m’humilier. Sur le bord de m’évanouir, j’ai réalisé que l’odeur ressemblait plus à celle d’une barre Mars qu’à de la merde. Je me suis rendu compte que l’âge d’or m’avait joué un tour en beurrant généreusement son fond de culotte d’un mélange de chocolat fondu.

Marius a sorti son cell de sa poche et a pris une photo de moi : une face d’ado en panique d’être passé proche de laver de la shit de vieux et complètement sous le choc de dealer avec un trou d’cul aussi fêlé.

Il m’a montré la photo et s’est mis à rire encore plus.

— Tiens, c’est de ça que t’as l’air. Un chevreuil devant les lumières d’un dix roues sur la 117.

— Je te dirais plus que c’est ma face de gars en tabarnak !

— Wô ! Wô ! Wô ! On sacre pas devant ma Henriette !

— Ta Henriette est dans terre. Elle s’en crisse complètement.

— Non, r’garde, elle est juste là.

Marius a pointé un vase sur le comptoir de la salle de bain et il a poursuivi :

— Elle est là-dedans. C’est elle qui voulait se tenir à cet endroit précis. Elle disait qu’elle serait bien dans les toilettes, avec un peu d’humidité. Quand elle avait un chat dans la gorge, elle faisait couler l’eau chaude dans la douche et le chat disparaissait. Faque, Capucin, elle a tout vu et elle doit ben rire.

Morbide ! C’était trop morbide d’avoir ses cendres là, devant nous. Un frisson a envahi mon corps.

— Fuck, man, elle devait être aussi crackpot que toi, ta femme.

Je tutoyais maintenant le troisième âge. Après ce qu’il m’avait fait, c’était legit.

— Heille, tu peux me traiter de tous les noms, mais jamais parler en mal de ma douce.

Je ne savais sérieusement plus quoi répondre à ce vieux psychopathe. Pire connerie ever ! Je suis sorti de la salle de bain et j’ai essayé de reprendre mes esprits. J’ai réfléchi et j’en suis venu à la conclusion que si je restais une heure de plus avec lui, j’allais devenir fou raide. Madame Beaupré serait compréhensive si je lui racontais tout. Elle me changerait de senior même avant la fin de mes deux semaines.

Marius a enfilé les bobettes propres. Il s’est posté devant moi et m’a dit :

— C’était du Chocolats Favoris. Tsé, celui du p’tit Gino, le gars à TV le matin. Y’a une chocolaterie, lui. Tu l’savais ?

— Si tu savais comme j’m’en contre-câlisse !

— En veux-tu, y’en reste.

J’ai levé les yeux, et aperçu la boîte de conserve que Marius me tendait. J’hésitais entre hurler, pleurer ou… rire. Marius trempait son doigt dedans et se le foutait dans la bouche en suçant le chocolat. Le son que ça faisait. À faire dégueuler !

— Miam ! C’est du 72 % avec fleur de sel. Le préféré d’Henriette. Y’a rien de mieux que le sucré-salé. Allez, prends-en !

— Y’a deux minutes, j’croyais que c’était ta marde, penses-tu vraiment que j’ai envie d’en manger ?

Réfléchissant à la phrase complètement absurde que je venais de dire, j’ai pas pu m’empêcher de m’esclaffer. Ça s’est transformé en un fou rire incontrôlable qui me donnait mal au ventre. Marius m’a accompagné de son rire rauque et jubilait.

— En tout cas, mon Capucin, t’as passé le test. J’en reviens pas que t’étais prêt à me laver le derrière. On est intimes, asteure !

Et il s’est mis à rire de plus belle.

— On est pas intimes pantoute ! J’avais juste pas le choix. T’aurais dit je sais pas trop quoi à madame Beaupré, pis elle m’aurait ajouté plein d’heures.

— Penses-tu vraiment que j’aurais fait ça, bonhomme ? En passant, c’est correct que tu me tutoies.

— Je vois pas comment je pourrais te vouvoyer après ce que tu viens de me faire !

J’étais épuisé. Je vivais la situation la plus démente de ma vie. Vivement le skate avec les chums pour me défouler.

 

* * *

 

Une bonne heure super intense à pratiquer mon three flip avec Fred et Sam m’aiderait à oublier ma journée complètement surréaliste. Je voulais raconter à mes chums ce que le vieux me faisait endurer, mais ils étaient occupés sur leur cell. Et ils ne se privaient pas devant moi, même s’ils savaient très bien que je ne pouvais pas m’en payer un. La même image qu’un grand twit qui mange un cornet de crème glacée devant son petit frère et qui ne lui en donne même pas une lichée. Il fallait vraiment que je me trouve une job pour m’en payer un à moi.

— Les gars, vous êtes plates. Ça vous tenterait pas de regarder votre Instagram plus tard ?

— Je te donne mon ancien, si tu veux, m’a offert Fred. Quand tu viendras chez nous, tu pourras au moins utiliser le wifi pour aller sur Insta.

Je regrettais un peu mes mauvaises pensées sur l’égoïsme de Fred. Le père Noël venait de passer.

— Nice ! On s’en va chez vous le chercher pis on va faire un peu de musique.

 

Après deux tounes, j’étais épuisé. J’ai préféré partir. Avoir su ce qui m’attendait ! J’ai compris pourquoi ma mère m’avait demandé, le matin, quels étaient mes plans pour la soirée. Ma paranoïa était totalement fondée !

Je suis entré et j’ai entendu un gros bruit, comme quelque chose qui tombait, quelque chose de lourd.

— Ça va, maman ?

Aucune réponse.

Un rire qui n’était pas celui de ma mère venait de sa chambre. Un homme était par terre à côté du lit, nu comme un ver, bien bandé. Maman essayait de se cacher avec les couvertures.

— Qu’est-ce que tu fais là, Malik ? Me semble que tu devais pas rentrer si tôt ?

Voilà ! Le chat sortait du sac. Elle voulait baiser en paix avec je-ne-sais-trop-qui.

— J’vois que j’dérange.

Le mec s’est levé, a enfilé ses jeans en vitesse, a sorti une couple de vingt et les a garrochés sur la table de nuit. Ma mère m’a regardé et m’a lancé, la face rouge comme une tomate :

— C’est pas c’que tu penses !

Le tapon lui a gueulé :

— La prochaine fois, pitoune, arrange-toi donc pour qu’on soit pas dérangés par ton p’tit morveux ! T’es même pas tant chick en plus !

— Reprends ton argent si t’es pas content, lui a répondu ma mère.

Et le gars a déguerpi.

Je suis allé m’enfermer dans ma chambre. La honte et la pitié me rongeaient. Elle frappait à ma porte en insistant pour qu’on discute. Je ne m’étais jamais senti dans cet état-là. J’ai hurlé à mort et tout cassé. J’ai crissé un coup de poing dans le miroir. Le sang pissait partout. Le disque dur de mon cerveau ne pouvait pas enregistrer la scène qui venait de se dérouler devant mes yeux. En même temps je n’arrivais pas à deleter.

Elle est entrée.

— Malik ! Montre-moi ça ! T’es blessé. Faut aller à l’hôpital.

— Crisse-moé la paix ! Chus correct. Sors de ma chambre !

— Malik…

— Sors, j’te dis !

Je l’ai poussée. Une première pour moi. Je n’avais jamais été violent avec ma mère. Ni avec qui que ce soit d’ailleurs. Juste dans ma tête. Encore dans ma tête.

J’ai enroulé mon drap autour de ma main pour arrêter le sang.

Je voulais texter Jade. J’avais besoin d’elle. Mais je n’irais quand même pas chercher le cell de ma mère. C’était une pute et lui, un mother fucker dans tous les sens du terme ! J’allais lui redonner son vingt, maintenant que je savais d’où il provenait. Dégueulasse !

Une job au plus vite, please !

OceanofPDF.com