Sous les eaux tumultueuses

Dora Melegari · Chapitre 14 sur 26

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Sous les eaux tumultueuses

Chapitre II: L’éducation des Peuples Civilisés

Le sujet que je viens d’aborder ne pourrait être épuisé dans un volume. Je ne lui ai consacré que quelques pages, non certes pour diminuer la place à laquelle il a droit, puisque je vois dans la famille, outre son importance traditionnelle, une grande arme de défense sociale, mais parce que le moment actuel n’est pas celui des longues dissertations. Le temps presse, les solutions s’imposent et il faut se borner à indiquer les problèmes de l’heure à ceux qui détiennent entre leurs mains le pouvoir de faire les lois et de diriger l’opinion publique.

C’est à eux de considérer la gravité de cette question, d’en déterminer l’importance et d’en proposer la solution.

 

CHAPITRE II

 

L’ÉDUCATION DES PEUPLES CIVILISÉS

Quelle aimable chose pourrait

être l’homme s’il était vraiment

homme.

(M .)

 

De tous côtés aujourd’hui, une même préoccupation a envahi les cerveaux et les consciences lucides: celle de l’éducation!

Dans l’appréhension des désordres qui menacent le monde, une terrible question s’est posée à l’esprit de tous. L’école, avec son apathie, son manque d’air, de soleil, d’espace et de spiritualité, ne serait-elle pas la principale responsable de l’effrayante folie collective qui bouleverse en ce moment l’âme des peuples? La réponse n’a pas été rassurante, et pour peu qu’on prête l’oreille, l’on entend de toutes parts un cri d’angoisse qui traverse l’espace.

La crise a éclaté dans tous les pays, et la nécessité de réformes scolaires s’impose partout, ce qui est une preuve évidente qu’aucun des systèmes suivis jusqu’ici n’a été jugé satisfaisant ni pour l’heure passée, ni pour l’heure présente!

Avant la guerre, chez les nations où la plaie de l’analphabétisme s’étendait encore dans certaines provinces, on avait l’habitude de croire, au point de vue éducatif, à l’incontestable supériorité des méthodes anglo-saxonnes, et on avait raison en partie. Mais aujourd’hui la crise s’est généralisée, le mal va jusqu’à la racine, et l’on comprend clairement que les anciens systèmes, déjà insuffisants dans le passé, ne répondent plus nulle part aux besoins de l’heure présente.

 

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Deux immenses armées couvrent l’étendue du monde civilisé: les maîtres et les écoliers! Elles ont chacune leurs droits et leurs besoins, qui, malheureusement, ne s’accordent pas toujours. Jusqu’ici les éducateurs élevaient seuls la voix, les élèves se taisaient et supportaient. Ces derniers étaient les plus injustement sacrifiés, car ils n’avaient pas demandé à naître, ni à quitter leurs jeux pour s’instruire, tandis que les maîtres embrassaient par un libre choix la carrière de l’enseignement.

Les enfants avaient, il est vrai, des défenseurs naturels en la personne de leurs parents; mais ceux-ci ne protestaient pas contre les méthodes en vigueur, dans la crainte de retarder, par de trop justes réclamations, la future carrière de leurs enfants.

Plus encore que par peur, c’était par légèreté que tant de pères et de mères restaient silencieux; ils ne pensaient pas à l’avenir moral, ni à la formation de la conscience ou au développement intérieur de la plante «homme». Ceux mêmes qui, sur d’autres points, défendaient avec acharnement les intérêts de leurs enfants, ne se préoccupaient que médiocrement (symptôme singulier d’amoralité et d’aveuglement) de leur croissance intérieure, c’est-à-dire de leur éducation.

Parmi les maîtres éclairés qui se rendaient compte depuis longtemps du mal, sans pouvoir y porter remède, il y en avait de vaillants et d’énergiques. Malheureusement, le formalisme et le pédantisme avaient modelé si fortement une bonne partie du monde scolaire (sauf peut-être l’anglo-saxon), que les plus hardis novateurs hésitaient à abattre les portes de la prison où ils se sentaient enfermés; ils pensaient que la prison s’améliorerait, qu’on ouvrirait les portes et les fenêtres; mais elle était cachot, et cachot elle restait.

 

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C’est le principe erroné de l’égalité—elle n’existe que dans le fait de la naissance et de la mort—qui, durant les trente dernières années, a empêché la pleine floraison de la pensée humaine et coupé les ailes à la liberté. Ce mirage trompeur, puisque la nature le contredit dans toutes ses manifestations, a obscurci les cerveaux en leur faisant admettre que, pour faire brèche dans la vie et y construire un nid, pour entrer dans la grande lice des combattants et y marquer sa place, il fallait savoir les mêmes choses, les apprendre de la même manière, courber la tête sous le même joug, comme les Romains du célèbre tableau de Gleyre.

 

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Il suffit d’un peu de bon sens pour se rendre compte des difficultés qui auraient surgi si l’on avait brusquement détruit les anciens moules scolaires, et pour comprendre à quel saut dans le vide et dans l’ignorance, l’humanité aurait été exposée! Les hésitations des réformateurs étaient donc parfaitement légitimes. Rompre les rangs sans précaution aurait fait courir des risques immenses à la cause même pour laquelle ils avaient combattu si longtemps en silence. Le monde de l’avant-guerre était encore prisonnier des idées, des théories et des méthodes que le temps avait sanctionnées. Les novateurs et les esprits avancés, tout en déplorant cet esclavage, comprenaient que, pour obtenir quelques réformes utiles, il ne fallait pas déserter la maison, ni en démolir précipitamment les bases. Ils s’efforçaient donc de respecter les anciens moules, et c’est pour cela que ces combattants avaient presque tous le visage triste.

A ces nobles et patients lutteurs et aux écoliers qui ont perdu l’amour de l’école, il faut redonner le courage et l’espérance: inspirer aux premiers la fierté de leur mission grandiose, et faire comprendre aux seconds vers quelles hauteurs peut les conduire le développement de leur personnalité morale.

 

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En ce monde de transformations continuelles, dans lequel nous voyons chaque jour une forme dynamique nouvelle remplacer celle qui l’a précédée, les gouvernements devraient avoir le courage de renoncer, tous les premiers, à quelques-unes des vieilles formules qui alourdissent les programmes scolaires. Il y en a évidemment d’excellentes qu’on doit respecter, mais c’est de l’ensemble du système qu’il faut secouer le joug, pour faire passer un souffle d’air pur et libre dans les rangs serrés de l’école et défendre la haute culture contre les entraves de l’ignorance et du matérialisme qui, de tous côtés, lui dressent des embûches et essayent d’arrêter son essor.

Chaque méthode a son heure favorable: l’exclusivisme de l’école d’État a pu être indispensable à certains moments de l’histoire, et il serait absurde de ne pas reconnaître les services qu’elle a rendus. Même si l’on adoptait le système d’une plus large liberté de l’enseignement, la surveillance et peut-être même l’ingérence de l’État demeureraient, en quelques cas, indispensables.

 

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En Angleterre et en Amérique, la double fonction de l’État et de l’initiative privée se combinent avec des résultats favorables à la formation du caractère et au respect de la discipline dans la liberté. Les résultats n’ont pas été aussi brillants en ce qui concerne la haute culture; mais ce fait ne dépend en rien du système en lui-même, mais plutôt des tendances de l’esprit national chez les uns et du manque d’une tradition de culture chez les autres.

Ce serait une expérience utile et intéressante que d’introduire la méthode de la double fonction dans des pays comme la France et l’Italie, où les écoles d’État ont été seules chargées jusqu’ici de résoudre l’angoissant problème de l’éducation.

Ces deux pays latins ont, pour des raisons à peu près analogues, quoique à des périodes différentes, défendu jalousement les prérogatives de l’État au point de vue scolaire et, pour les maintenir, ils ont agité le même épouvantail: la crainte de l’influence cléricale, accusée de vouloir compromettre les conquêtes de la liberté. Mais de grandes évolutions se sont dernièrement accomplies et des périls bien plus graves se dressent, auxquels il faut faire face en s’élevant à des visions plus hautes et plus larges.

Pour sauver l’âme de la jeunesse et, à travers celle-ci, la civilisation du monde, la pensée humaine doit faire un suprême effort; et maintenant que le canon a achevé son œuvre, celle des éducateurs doit commencer.

 

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Il convient avant tout de faire une distinction essentielle entre l’éducation et l’instruction. Dans le langage courant, on confond volontiers les deux termes et c’est pourquoi nous avons vu si souvent des maîtres qui n’étaient en rien des éducateurs!

Être un éducateur sous-entend une culture morale qu’aucun examen d’État ne peut conférer. On répondra que la pédagogie est enseignée dans toutes les écoles: mais, en général, ce qu’on entend par ce mot ne représente aucune pénétration d’âme entre l’élève et le professeur.

Sauf en des cas assez rares, où l’intelligence vive et claire d’un maître le libérait des formules et l’élevait au-dessus des systèmes, l’enseignement d’État était aride, froid, souvent pédantesque, et ne tenait pas compte des consciences embryonnaires auxquelles il s’adressait. Les leçons étaient débitées avec indifférence et écoutées avec une insouciance analogue.

L’ensemble des doctrines pédagogiques,—dont quelques-unes peuvent être excellentes en elles-mêmes—a été, du reste, presque toujours mal présenté et plus mal digéré encore, tandis qu’il devrait être, au contraire, le principal et le plus essentiel des enseignements. Il mériterait même une place à part dans la hiérarchie des études, parce que modeler des caractères est beaucoup plus profitable à la félicité humaine que de former des savants.

Que ces paroles ne donnent lieu à aucun malentendu! La nécessité de la haute culture est d’une telle importance que si la liberté de l’enseignement, accompagnée d’un indispensable contrôle, paraît désirable aujourd’hui à tant d’esprits sagaces, c’est justement parce que, délivrant l’école des vaines formules, elle provoquera de fécondes émulations, contrebalançant ainsi l’inconvénient qu’il peut y avoir à confier l’école à des professeurs inamovibles, qui n’ont rien à craindre ni à espérer; cette liberté permettrait, dans tous les pays, la constitution de fortes équipes d’éducateurs moralement solides et capables d’exercer un prestige sur les esprits qu’ils sont appelés à modeler. Quand on considère l’immense responsabilité qu’ont encourue les maîtres en ne comprenant pas suffisamment leur mission, on tremble à la fois pour leur conscience et pour les victimes de leurs fausses théories.

 

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L’anarchie générale de la pensée qui menace de nous ramener à la barbarie et le bouleversement mental qui en dérive, dépendent en grande partie de l’enseignement erroné et incomplet, au point de vue éducatif, qu’ont reçu les enfants. Les parents ont aussi, en ce sens, de graves fautes à se reprocher: les mères surtout, dans l’esprit desquelles la notion de la nécessité du plaisir pour leurs enfants a pris des proportions singulières; mais l’école est encore la plus coupable, car elle embrasse tout le développement des êtres humains. A côté d’instituteurs admirables, éclairés et patients, combien d’autres, avec leur mécontentement perpétuel, leurs doctrines subversives, leurs attitudes violentes et amères, ont semé dans les jeunes cœurs les germes d’une brutalité inféconde et dominatrice, devant lesquelles aujourd’hui le monde recule épouvanté.

 

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La réforme s’affirme donc indispensable et urgente. Pour étudier à fond cette question, pour essayer du moins d’apporter quelque remède au mal, ou d’en arrêter l’essor et d’en empêcher le renouvellement, il faut obtenir le concours unanime de tous les bons esprits assoiffés de fraternité et de spiritualité, capables d’élucider, par leurs consciencieux et sages conseils, le problème ardu qui se pose aujourd’hui, menaçant, à tous les esprits de bonne foi, à toutes les consciences droites et à toutes les âmes de bonne volonté.

La Société des Nations

La question de l’éducation devrait préoccuper l’opinion publique et les chefs d’État beaucoup plus encore que celle de l’enseignement. La Société des Nations aurait là une tâche admirable à accomplir, supérieure à toutes celles qui remplissent déjà son programme. Elle devrait nommer une commission mondiale chargée d’étudier cette question d’une si vitale importance que l’on peut dire que l’avenir de l’humanité en dépend! Un drapeau devrait flotter par son ordre sur la place publique de toutes les communes du monde portant cette brève inscription: L’éducation est obligatoire pour les citoyens des nations civilisées.

L’instruction est chose fort diverse; elle reste un problème national parce que, en la répandant, il faut tenir compte de la différence des races, des besoins particuliers des peuples et de leurs traditions. Mais en ce qui concerne l’éducation, comme la même menace est suspendue, bien que d’une façon plus ou moins imminente, au-dessus de toutes les nations, celles-ci pourraient et devraient chercher ensemble les solutions et les appliquer solidairement.

Le but de l’éducation devrait être de former des hommes. Les Saintes Écritures disent que, quand une femme a mis un enfant au monde, elle oublie ses souffrances dans l’orgueil d’avoir enfanté un homme... Devant la folie destructrice de certaines mentalités actuelles, combien de mères doivent, dans le secret de leur cœur endolori, déplorer d’avoir conçu des monstres: monstres de violence brutale, monstres de honteuse apathie!

 

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Assainir les cerveaux déjà empoisonnés et empêcher le renouvellement de périlleuses intoxications, telle est la synthèse de la réforme éducative qui s’impose aujourd’hui.

Le problème ne pourra être résolu que par un énorme effort international qui élève un temple idéal aux forces civilisatrices et condamne solennellement les principes contraires à la liberté et à une saine discipline morale.

La défense de la civilisation doit devenir le premier devoir des citoyens du monde entier; celui des États, des corps constitués, des académies, des universités, des écoles et de tout enseignement familial... Pour rétablir l’équilibre de l’esprit humain, la coopération de toutes les nations civilisées est indispensable, et il faut que le sentiment de la désapprobation générale arrive à peser sur les consciences troubles comme un insupportable fardeau, qui dépouillera pour elles la vie de toute saveur.

Cette désapprobation solennelle du tribunal suprême de l’opinion publique me paraît être l’unique effort que l’humanité puisse tenter, pour ramener les troupeaux égarés à une vue plus juste et plus vraie des choses humaines.

Quant à la nécessité absolue d’imposer à l’école, à côté de l’instruction et bien au-dessus d’elle, une éducation saine et forte, la difficulté consistera dans la formation des éducateurs eux-mêmes.

 

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Pour former un corps enseignant digne d’élever les générations futures,

une première chose est nécessaire[B], qui est de relever, non seulement économiquement, mais encore socialement et moralement la classe des instituteurs. Celle-ci doit acquérir une importance majeure aux yeux de l’opinion publique, car elle est appelée à sauver le monde.

Il faut que ceux mêmes qui n’ont pas besoin d’y chercher un gagne-pain considèrent comme un honneur d’y appartenir.

J’ai cité à ce propos, dans Chercheurs de Sources, d’illustres exemples. La Ligue des Nations, ou à son défaut une Commission permanente pour l’éducation, pourrait consacrer définitivement l’importance de la classe des éducateurs, et leur assurer une position morale si considérable qu’ils seraient forcés de s’en montrer dignes.

Pour faire triompher des réformes, il est nécessaire de trouver, avant toutes choses, les personnalités capables de les imposer. C’est ainsi que l’on doit d’abord chercher des éducatrices. Mais où les trouver? C’est évidemment parmi les âmes anxieuses qui, ayant constaté depuis longtemps le mal, en souffrent et travaillent en silence à l’éliminer.

On rencontre partout de ces âmes, aujourd’hui: mères angoissées se demandant quelle est leur part de responsabilité dans la tourmente qui menace d’engloutir la Société humaine, ou instituteurs éclairés qui voient se réaliser les craintes qui, depuis tant d’années, troublaient leur sommeil.

Les esprits de ceux qui ont, ou ont eu charge d’âme, traversent, en ces jours de crises, des états de conscience douloureux, tandis qu’ils sentent leurs entrailles frémir... Ces meneurs d’hommes qui répandent dans le monde l’anarchie et le malheur sont leurs fils et leurs élèves!... Ces doctrines de violences où les ont-ils puisées? Qui a tenté de les mettre en garde contre les entraînements de la haine et de la brutalité? Quels sont les hommes courageux qui ont osé crier assez fort pour soulever l’opinion publique et l’émouvoir?

Du reste, comme nous sommes tous solidaires les uns des autres, ceux qui n’ont ni vu, ni compris, ni deviné ce qui se préparait, ou qui, le discernant, n’ont pas mis obstacle à la marée montante, doivent se frapper la poitrine et ne pas se consoler trop vite, en croyant la victoire prochaine! Elle n’est pas assurée, hélas! Cette opinion publique, qui commence à comprendre la nécessité d’une réforme, doit rester en éveil, parler à voix haute, se prononcer nettement en faveur des réformateurs, les encourager, renverser les obstacles qui se dressent encore contre eux, proclamer leurs victoires quand ils les auront obtenues, et se déclarer favorable à la théorie qu’avant d’enseigner tant de choses superflues à des gens qui ne pourront en faire usage, l’important est de former des hommes capables de guider les peuples vers les fécondes initiatives, les réformes justes et la discipline dans la liberté.

 

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La grande question du siècle sera celle de l’éducation. Elle primera même celle du travail, qui a pourtant une importance considérable, et les bons esprits de tempérament apostolique s’efforceront d’établir dans tous les pays, sous des formes diverses pour ce qui concerne l’instruction, mais identiques sur les points essentiels, des principes éducatifs tendant à la formation morale des individus et des caractères.

Ces points essentiels sont la responsabilité encourue par l’école et par la famille dans l’anarchie de la pensée actuelle; la nécessité de la liberté pour stimuler l’émulation dans l’enseignement; l’éducation rendue obligatoire, et, enfin, l’intervention morale et puissante de tous ceux qui comprennent la nécessité du développement de la vie spirituelle et individuelle en chaque être humain.

Il faut espérer, disait M. Guizot; le monde appartient aux optimistes; les pessimistes n’ont jamais été que des spectateurs.

Or, le défaut des Latins est d’être des critiques sans pitié vis-à-vis d’eux-mêmes, des autocritiques, des hypercritiques et d’appartenir trop volontiers à la catégorie des spectateurs.

Les tendances infécondes doivent désormais être fièrement combattues par l’opinion publique, si l’on veut gagner la suprême bataille morale que

tous les peuples s’apprêtent à livrer. Il appartient à la Société des Nations [C] d’établir les bases de cette éducation et de l’imposer à tous les pays. Il faudra l’avoir reçue et acceptée pour être admis à participer à la discussion des graves questions qui intéressent l’humanité et qui concernent la dignité morale des peuples et des individus. Ceux qui refuseront de la recevoir seront considérés comme étant en dehors de la grande famille des nations civilisées.

Pour la culture de cet immense vignoble, il faudra beaucoup d’ouvriers: nous devons tous essayer d’en susciter autour de nous et tenter d’enflammer les cœurs pour la victoire finale, qui ne pourra être obtenue que par la solution du problème éducatif.