Sous les eaux tumultueuses
DEUXIÈME PARTIE Marchands et marchandes de fumée.
DEUXIÈME PARTIE
Marchands et marchandes de fumée.
CHAPITRE PREMIER
CHASSONS LES VENDEURS DU TEMPLE
Ils vendent des cendres pour du pain.
Ils vendent du vin dilué.
(***)
L’épisode grandiose du Christ chassant les vendeurs du Temple est présent à la mémoire de tous, car il a frappé l’imagination des foules. Le geste de Jésus—divin par la sainte colère qui le provoque, et humain parce que c’est le Fils qui défend la maison de son Père contre les trafiquants qui osent la souiller de leurs ignobles marchés—ce geste fut un coup de théâtre inattendu, magnifique et terrifiant, qui dut satisfaire le besoin instinctif de justice que toute âme droite porte en soi. Les paroles méprisantes et sévères dont il fut accompagné, firent sans doute trembler les cœurs, mais nul ne protesta et toutes les têtes fléchirent.
Ce besoin de justice qui tourmentait les contemporains du fils du charpentier de Nazareth a persisté à travers des siècles d’injustice, et, malgré les apparences contraires, il n’a jamais été plus grand qu’aujourd’hui. Nous ne nous rendons pas suffisamment compte à quel point il tourmente les âmes, et quelle est sa part de responsabilité dans les tempêtes qui, en ce moment, soufflent de partout autour de nos foyers.
En y regardant de près, nous le retrouvons sous les violences révolutionnaires auxquelles il a servi de prétexte, et il se cache aussi sous l’amer découragement qui a réduit la classe bourgeoise à cette honteuse apathie qui l’a faite, en certain pays, tendre presque le cou à ses égorgeurs.
C’est parce que son besoin de justice n’avait pas été satisfait, et qu’elle ne voyait de recours nulle part, que, blessée dans sa conscience intime, cette classe était tombée dans l’inertie, au lieu de se hausser à une belle résistance. Comme certains actes publics lui avaient fait perdre toute confiance dans la justice établie par les lois humaines, elle ne savait plus que gémir. «A quoi bon lutter?» soupirait-elle.