Sous les eaux tumultueuses

Dora Melegari · Chapitre 22 sur 26

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Sous les eaux tumultueuses

CINQUIÈME PARTIE La rentrée au port.

CINQUIÈME PARTIE

 

La rentrée au port.

 

Des barques à la dérive, sans timon et sans pilote, sur une mer démontée, voilà l’image du monde actuel après trois ans de paix!

Les embarcations qui sillonnent les eaux semblent devoir chavirer toutes, les unes après les autres, car l’équipage est incapable de trouver la direction d’un port où jeter l’ancre. Le naufrage paraît imminent aux passagers consternés et aux spectateurs qui, du rivage, observent les manœuvres des voiles et le mouvement des rameurs.

Dans certains pays du globe, les mers et les fleuves semblent plus normaux d’aspect, mais il y a partout, sur les eaux et dans les airs, des soubresauts inquiétants, et les apparentes oasis sont trompeuses, semblables à ces prairies riantes et vertes qui cachent des marais profonds où le pied s’embourbe, s’enfonce et qui finissent par engloutir inexorablement hommes et bêtes.

 

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Cependant, dans l’ordre des faits naturels, on voit même aujourd’hui les tempêtes finir par s’apaiser normalement, le ciel redevenir serein, et lorsqu’après une violente bourrasque, on assiste à la rentrée au port des grandes et des petites embarcations, une sensation exquise de bien-être envahit les hommes. Le calme subit du ciel, de l’air et des eaux produit également un effet magique sur les cœurs angoissés; il tranquillise leurs battements trop rapides et apaise leur excessive émotion.

S’il en est ainsi pour les tempêtes qui agitent les flots et l’atmosphère, le même phénomène devrait logiquement se produire dans l’ordre des faits intellectuels et moraux. Les horribles tueries, que les regards humains ont été forcés de contempler, ont provoqué ce détraquement des cerveaux qui rend aujourd’hui les hommes apparemment incapables de bon sens, de clairvoyance et de tout pouvoir de résistance et de réaction. La phrase désastreuse de Tolstoï: «Il ne faut pas lutter contre le mal», a fait école hors de Russie et semble avoir envahi les âmes occidentales. Nous assistons avec épouvante à des phénomènes redoutables dont rien n’indique encore clairement la disparition prochaine.