Sous les eaux tumultueuses
Chapitre Premier: Le Mot D’ordre: Servir!
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Et pourtant...! Croire à la perpétuité de l’obscurcissement du cerveau humain, n’est pas seulement absurde et illogique; c’est encore la plus grande offense qui puisse être faite au Créateur des merveilles de la nature. Il devrait nous suffire de contempler une nuit étoilée, ou bien de regarder l’Aurore qui précède, matin, après matin, la naissance de l’astre du jour, pour comprendre que la lumière qui éclaire et réchauffe notre planète, ne désertera jamais l’univers, car elle est la condition même de son existence; à sa source s’alimente l’Esprit qui règle et dirige le destin des hommes. Ceux-ci ont, par conséquent, le droit de croire au prochain retour de la lumière qui éclairait et réglait leur conduite morale.
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Mais avant d’ouvrir trop largement son cœur à l’espérance, et dans l’attente du souffle puissant qui balaiera les nuages du ciel spirituel de l’humanité et établira les bases d’une société nouvelle, il est indispensable, comme nous l’avons dit, que l’homme ouvre ses yeux et aiguise son esprit pour mieux étudier les mentalités actuelles et pour rechercher s’il n’y a pas, entre elles et le bonheur dans l’ordre, d’infranchissables barrières ou quelque éclatante divergence de conception.
CHAPITRE PREMIER
LE MOT D’ORDRE: SERVIR!
Servir... servir... servir!
(Paroles de Kundri dans Parsifal de R W .)
La vérité est qu’il y a en ce moment un terrible malentendu entre l’homme et sa destinée.
Quel que soit son rang social ou sa condition intellectuelle, il refuse avec arrogance d’accomplir celle-ci, et les plus rebelles sont souvent les plus petits. Ils mettent à désobéir à l’ordre divin une âpreté extraordinaire et se sentiraient horriblement humiliés d’accepter le mot d’ordre que les descendants d’Adam portent tous sur leur front, tracé par la main suprême qui dirige les destinées humaines. Ce mot est celui de Parsifal: Servir!
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Il est inutile de protester, de s’indigner, de se révolter... L’ordre est péremptoire; il faut courber la tête, y conformer sa vie, si l’on ne veut pas tomber dans le désespoir morne, lourd, glacial et sombre que l’homme a connu à la suite de la grande révolte morale de l’après-guerre, et qui a rempli sa bouche d’un goût de cendre.
Imitons Dante, qui, après avoir entendu les paroles des sages, interrogeait avec anxiété les yeux de l’aigle pour savoir si Virgile, non baptisé, pourrait voir un jour les portes du paradis s’ouvrir devant lui et relisons les livres sacrés de toutes les religions et ceux où se déroule l’histoire des philosophies et des destinées humaines; nous nous rendrons compte que, sur ce point, il est oiseux de discuter et de s’insurger.
Nous sommes des serviteurs, pas des esclaves, entendons-nous! La reconnaissance par Dieu du libre arbitre de l’homme l’a sauvé de l’esclavage, mais non du service. Ce service librement accepté a ouvert pour lui les portes de la joie terrestre, lui a conféré en même temps une grande dignité et a fait de lui une sorte de roi, puisque, servant son maître avec l’amour d’un fils, il s’élève de ce fait à un niveau qui lui fait immédiatement gravir plusieurs échelons dans la hiérarchie morale des êtres.
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En cette heure de l’histoire du monde où chacun, avec une arrogance que double une épaisse sottise, se refuse au travail et à l’obéissance, il semblera sans doute à la plupart absurde, maladroit et inopportun d’avoir l’audace d’affirmer qu’en dehors du service, même le plus humble, il n’y a pas pour l’homme de bonheur possible, et que sa dignité et son amour-propre trouvent tous deux leur avantage à ce service librement et joyeusement consenti.