À sa merci - 3 (French Edition)

Christine Bell · Chapitre 12 sur 16

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À sa merci - 3 (French Edition)

Chapitre 12

 

R afe sentit le poids sur son bras avant d’ouvrir les yeux, mais celui sur sa

poitrine était beaucoup plus lourd. Se réveillant en sentant le chatouillement

de longs cheveux doux sur sa joue et l’odeur de shampoing dans son nez,

des souvenirs de sa vie passée lui revinrent. Des souvenirs foutrement

douloureux. Courtney marmonna dans son sommeil et blottit fermement

son derrière contre ses hanches. Il ne résista pas à l’envie soudaine de lui

caresser la joue.

Il n’avait pas eu l’intention de rester. En tout cas, pas à moins qu’elle

prenne le lit et qu’il prenne le canapé. La situation était confuse. Mais pour

une raison quelconque, après la nuit dernière, il n’avait pu se résoudre à

partir comme il l’aurait dû. Quand elle s’était calmée un peu, avant qu’ils

dorment ensemble, il aurait dû lui promettre d’être au bout du fil si elle

avait besoin de lui, appeler Cat pour qu’elle passe, puis partir. Mais même

après qu’elle se soit serrée contre lui et que sa respiration soit devenue lente

et régulière, il avait continué de se jurer de partir au bout de seulement une

minute de plus.

Maintenant, il se trouvait là, enfreignant ses propres règles en se

réveillant près de la première femme avec qui il avait vraiment dormi en

plus de cinq ans. Il n’avait encore rien à lui offrir. Aucune promesse. Aucun

avenir. Aucun bonheur éternel.

Il tira doucement son bras de sous la tête de Courtney et se laissa glisser

hors du canapé aussi tranquillement que possible. Il n’aurait pas dû

s’inquiéter, parce qu’elle ne bougea pas. Le poing fermé sous son menton,

un demi-sourire au visage, elle semblait rêver de chiots. C’était bien. Elle se

sentait en sécurité, même si ce n’était qu’en dormant pour l’instant.

Il trouva un crayon et du papier dans la cuisine et lui écrivit rapidement

un mot.

 

Je devais partir. Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi.

R.

Une minute plus tard, il était sorti. Il restait encore deux heures avant qu’il

doive être au travail, mais il pourrait se pencher immédiatement sur l’affaire

de Courtney s’il rentrait tôt. Il n’aimerait rien de mieux que de pouvoir

l’appeler et lui dire qu’ils avaient trouvé le cambrioleur.

Et parce que tu es une poule mouillée.

Foutue de voix stupide qui ne savait pas quand s’arrêter.

Il fit un détour par chez lui pour changer de vêtements et se brosser les

dents avant de se diriger vers le poste. Quand il y arriva, sa tête lui faisait

un mal fou. Une céphalée de tension pour avoir trop réfléchi, probablement.

Il avait fait tout son possible pour se concentrer sur la journée qui

l’attendait, sur les appels possibles qu’il pourrait faire à diverses sources de

renseignements criminels pour essayer d’obtenir quelques renseignements à

propos du cambriolage, mais son esprit ne cessait de revenir à Courtney. À

cet air sur son visage la nuit dernière quand ils avaient fait… quand ils

avaient baisé.

— Super, grogna-t-il, pendant qu’il marchait à grands pas vers son

bureau.

— Bonjour à toi aussi, trouduc.

Cherry Travers, une de ses collègues détectives qui faisait le quart de

nuit, agita un doigt en signe de remontrance à partir de son bureau qui était

situé près du sien.

— Passé une sale nuit ?

— Pas la meilleure que j’aie eue.

Même si ce n’était qu’à demi vrai. Une partie avait été passablement

fantastique. Il ravala un autre juron.

La jolie brunette avala une longue gorgée de sa tasse de mauvais café du

poste et Rafe le regarda avec convoitise.

— Pourquoi arrives-tu si tôt ?

— Il y a une ou deux choses que je veux examiner. Une de mes amies a

été cambriolée hier soir. Je n’étais pas en service, alors ça ne relève pas de

moi, mais j’ai pensé que je pourrais commencer le travail pour aider. Tu en

as fait toute une cafetière ou…

Il inclina la tête en direction de sa tasse, aussi intéressé à sa réponse qu’il

l’était à abréger la conversation.

— Oui. Mais tu sais, je pense qu’il est encore plus mauvais qu’à

l’habitude. Quand est-ce que quelqu’un a lavé cette cafetière la dernière fois

?

Il haussa les épaules et traversa la pièce pour se rendre dans la salle de

repos.

— On est censé laver ça ?

Elle éclata de rire, puis baissa la tête pour terminer la paperasse devant

elle.

Entre les appels téléphoniques qui ne le menèrent nulle part et son travail

régulier, le reste de la journée de Rafe se déroula à une telle vitesse qu’il ne

se rendit même pas compte qu’il n’avait pas pris de pause-déjeuner. Il

vérifia de nouveau son téléphone pour voir si Courtney avait appelé, mais

elle ne l’avait pas fait. Il y avait un court texto collectif de Cat indiquant à

lui, Galen, Lacey et Courtney qu’elle et Shane organisaient un barbecue, si

quelqu’un voulait s’arrêter manger un hamburger sur le chemin du retour à

la maison. Courtney avait déjà répondu par l’affirmative.

Il y réfléchit un moment, se demandant si ce ne serait pas mieux pour eux

de s’éloigner un peu après la nuit dernière, mais à ce moment, son estomac

gronda. Il pourrait faire d’une pierre deux coups. En plus d’être affamé, il

voulait voir son visage, s’assurer qu’elle allait bien, vérifier si elle avait

appelé pour faire remplacer la vitre brisée et tout ça.

— Davenport.

Son lieutenant se tenait au-dessus de son bureau et projetait une ombre

aussi large que longue. Madame Stanley allait devoir commencer à surveiller l’apport en calories de son mari si elle voulait qu’il dépasse la

soixantaine.

— Demande à Williams de déposer ces rapports sur mon bureau avant de

partir ce soir.

— O.K., répondit Rafe avec un hochement de tête en reprenant

immédiatement le travail et en jetant un coup d’œil à sa montre.

Dix-sept heures trente. Juste assez de temps pour passer prendre quelques

bières et arriver à temps pour le dîner chez Shane et Cat.

— Je m’en vais, maintenant, mais j’ai prévu un appel avec lui à 20 h ce

soir, quand il sera revenu d’interroger les témoins.

Une vieille dame avait subi une agression brutale dans un dépanneur la

veille au matin, et son collègue finissait d’interroger les derniers témoins

tandis qu’il faisait un suivi de quelques pistes téléphoniques qu’il avait

reçues. Jusqu’ici, ils n’avaient pas grand-chose, mais il était sûr que

Williams réussirait à tirer quelques bons renseignements d’un témoin qui

affirmait qu’elle regardait par sa fenêtre quand l’agresseur avait fui la scène

de crime.

D’ici là, il allait avaler un juteux hamburger avec quelques amis. La seule

façon d’éviter l’épuisement professionnel dans son métier consistait à

s’assurer d’atténuer le mauvais avec le vraiment bon, et sa vie allait plutôt

bien. Il avait un boulot satisfaisant et quelques amis sur lesquels il pouvait

compter. Il n’avait pas besoin des complications qu’impliquait une femme à

plein temps dans sa vie.

Alors, quand le temps viendrait de laisser partir Courtney… Un instant. Il

leur restait deux autres séances ou seulement une ? Il ne savait pas si la nuit

dernière comptait ou non. Il ne pouvait la comparer à aucun précédent pour

obtenir la réponse. Le sexe avait été pour lui une activité planifiée depuis si

longtemps qu’il n’y avait jamais eu de questions. Cet accouplement

spontané, suscité par un besoin de réconfort de la part de Courtney, puis par

son propre besoin de le lui procurer et de se rassurer sur le fait qu’elle allait bien ? Le fait qu’elle soit là, indemne et bien en vie ? Ça dépréciait l’acte de

l’appeler une séance.

Il renvoya rapidement un texto au groupe, ramassa ses affaires et sortit

dans la lumière déclinante du soleil. Une soirée parfaite pour un barbecue.

Il se glissa derrière le volant de sa voiture, s’arrêta pour acheter ses bières,

puis parcourut la courte distance jusque chez ses amis.

Il se gara en se demandant si elle allait être plus effrayée par le

cambriolage que par ce qui s’était passé entre eux par la suite. Il resta assis

pendant une autre longue minute, hésitant finalement à entrer, quand on

cogna brusquement à sa fenêtre. Il se tourna et aperçut Shane debout près

de la voiture.

— Cat a dit que ton auto faisait un bruit de cognement et que tu voulais

que j’y jette un coup d’œil ?

Rafe ouvrit la portière du conducteur et sortit pendant que Shane lui

posait mille questions à propos de collecteurs d’échappement et de

carburateurs, mais il n’écoutait qu’à moitié. L’autre moitié était occupée à

observer Courtney à travers la fenêtre de la cuisine pendant qu’elle parlait à

Cat. Son visage était animé et elle souriait. C’était bien. Peut-être qu’elle ne

paniquait pas, après tout. Peut-être qu’elle l’avait pris au sérieux quand il

lui avait dit qu’elle était en sécurité et qu’il n’y avait aucune chance qu’elle

se fasse encore cambrioler. Et peut-être qu’elle avait également pris

conscience que le lien plus étroit entre eux la nuit dernière n’avait

représenté rien de plus que deux personnes dans une situation tendue sur le

plan affectif qui se réconfortaient l’une l’autre.

Ouais, peut-être qu’il valait mieux ne pas chercher des problèmes là où il

n’y en avait pas.

* * *

 

— Tu dois avoir été terrifiée, dit Lacey en se penchant par-dessus la table à

pique-nique recouverte d’une nappe pour serrer la main de Courtney.

— Évidemment qu’elle l’était, intervint Cat. Mais elle a gardé la tête

froide, a attrapé un couteau, puis est sortie de là à toute vitesse. Tu as bien agi, jeune femme. Je suis tellement heureuse que tu ailles bien.

Courtney sourit et haussa les épaules.

— Heureusement que Rafe était au téléphone. Il m’a aidée à rester aussi

calme que possible dans les circonstances. Si l’apocalypse peuplée de

zombies survient…

— Ah ! Tu veux dire quand elle va survenir, la corrigea Cat, et elle se

leva pour remplir les verres de thé glacé de tout le monde.

— O.K., quand ça arrivera, j’accepterai Rafe sans hésiter dans mon camp

de survie.

Elle lui adressa un sourire timide, toujours incertaine de la façon dont elle

devait agir avec lui. Il s’était montré particulièrement tranquille depuis son

arrivée et elle se demanda s’il remettait en question la nuit précédente ou

s’il était seulement préoccupé par son travail, comme il le prétendait.

— J’apprécie ça, dit-il en hochant la tête dans sa direction, mais sans

croiser son regard. Et crois-moi, je prendrai sans hésiter l’infirmière des

urgences dans mon équipe. Maintenant, si nous pouvons seulement trouver

quelqu’un qui puisse chasser quand nous n’aurons plus de nourriture, tout

sera parfait.

— Je ne veux pas me vanter, mais tout le monde sait que je suis un

pêcheur extraordinaire, fit Galen de son poste près du barbecue. Je me dis

que si nous devons penser à abandonner un poids mort, Shane ne peut

même pas faire cuire un steak convenable.

— Tout allait très bien avec la viande jusqu’à ce que tu arrives et que tu

prennes le relais. Toi et ta sœur êtes trop autoritaires pour votre bien. Ça

prédispose mal à un style de vie communautaire, répondit Shane en

ignorant le hoquet indigné de sa fiancée. Et en plus, toi et Lacey attendez

une petite fille dans quelques semaines. Vous allez être concentrés sur elle

et vous serez incapables de penser rationnellement. J’ai vu ça une cen-taine

de fois. C’est la malédiction de tous les nouveaux parents.

Ils continuèrent de se taquiner joyeusement et Lacey insistait pour

prendre part à la guerre contre les zombies quand Cat se leva et fit signe à Courtney de la suivre.

— Tu veux m’aider à préparer la salade ?

Courtney attrapa son grand verre de thé transpirant sous la chaleur et

emboîta le pas de son amie jusque dans la cuisine.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda doucement Cat en jetant un coup

d’œil vers la porte pour s’assurer que personne ne les avait suivies.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Merde, elle était la plus mauvaise menteuse du monde. Ses joues étaient

en feu et elle pressa le verre glacé contre l’une d’entre elles.

— Il fait vraiment chaud dehors, n’est-ce pas ?

— Ne me sers pas ces bêtises, dit Cat pendant qu’elle fouillait dans le

réfrigérateur. Il y a quelque chose qui se prépare ici et je veux savoir ce que

c’est.

— Je n’en suis pas sûre, répondit prudemment Courtney. Nous avons eu

deux de nos séances jusqu’ici… enfin, peut-être trois ?

— Tu veux dire que tu ne le sais pas ? demanda Cat en lui adressant un

regard étonné par-dessus son épaule avant de se lever et de refermer la porte

du réfrigérateur d’un coup de hanche. Si c’est le cas, alors, il s’y prend

vraiment mal.

— Non, ce n’est pas ça. Nous… euh… avons couché ensemble à trois

occasions, mais l’une d’elles s’est produite hier soir. Après le cambriolage.

Ce n’était pas ce que j’appellerais une séance, mais…

— Tu es sérieuse ? demanda Cat d’un air totalement renversé tandis que

ses mains agiles s’arrêtaient d’ouvrir un paquet de carottes pour la salade.

— Oui. Et ce n’était pas sous l’impulsion du moment ou quoi que ce soit.

Nous nous sommes seulement réveillés au milieu de la nuit et nous sommes

tournés l’un vers l’autre.

Elle éprouva une chaleur croissante dans la poitrine, puis secoua la tête,

perplexe.

— Je suis en quelque sorte… folle de lui, termina-t-elle.

Comme c’était bizarre d’entendre ces mots sortir de sa propre bouche. Un

mois plus tôt, elle aurait parié un million de dollars qu’il faudrait des années

avant qu’elle soit prête à se replonger dans une autre relation. Mais

maintenant ? Avec Rafe ? Elle était tellement remplie d’espoir. Comme si

tout était possible.

Sa gorge se serra et elle prit une autre gorgée de thé. Maintenant, elle

devait découvrir s’il partageait son sentiment. En tout cas, il en donnait

certainement l’impression. Et s’il n’était pas encore prêt à l’admettre, elle

avait deux autres chances de le convaincre qu’ils seraient parfaits ensemble

si seulement il acceptait de prendre le risque.

Cat la bombarda de questions pendant qu’elles tranchaient les légumes, et

elle mit également son amie au courant de leur soirée à la fête foraine.

— Le Rafe que je connais se serait immédiatement défilé, dit-elle. Il doit

vraiment apprécier ta compagnie parce qu’il a des règles extrêmement

strictes à propos des fréquentations en dehors de ses séances.

Les paroles de Cat suscitèrent chez Courtney un espoir de plus auquel se

raccrocher. Au moment où elle finit de parler à Cat de Gil et de la grande

roue, elle était plus sûre que jamais qu’elle et Rafe avaient de bonnes

chances de faire en sorte que leur relation fonctionne. Outre les atomes

crochus entre eux, ils appréciaient sincèrement la compagnie l’un de l’autre

et, à chaque minute qui passait, « apprécier » se rapprochait

dangereusement d’« aimer ».

Pour elle, tout au moins.

— Eh bien, ça semble fichument génial. Et j’aimerais m’attribuer encore

le mérite d’avoir accéléré les choses entre vous, mais en fait, on m’a

appelée pour rentrer au travail ce soir-là. Une cliente importante avait une

urgence de dernière minute à propos de sa robe de mariage. En tout cas, je

dois te dire que tu ne m’as jamais parue en meilleure forme, dit Cat avec un

sourire approbateur en recommençant à trancher les légumes pendant que

Courtney lavait les radis dans le large évier de porcelaine blanche. Tu

sembles avoir tellement confiance en toi et être bien dans ta peau.

— Merci.

Elle n’était pas certaine de paraître différente d’auparavant, mais elle était

certaine de se sentir différente. Chaque nouvelle expérience avec Rafe la

requinquait. Le fait de pouvoir obtenir le genre de sexe dont son corps avait

clairement envie avec un homme qui lui réchauffait aussi le cœur était une

chose dont elle n’avait même jamais rêvé.

— Alors, vas-tu lui dire ce que tu éprouves ? demanda Cat en prenant la

planche à découper et en versant son contenu dans un grand bol de bois.

Jette les radis là-dedans quand tu seras prête.

Courtney prit la planche et commença à trancher les radis en petites

rondelles.

— Je ne sais pas, dit-elle en réprimant quelque peu son enthousiasme. Je

veux dire, je ne veux pas précipiter les choses.

— Ça a été quoi, le point tournant, à ton avis ? fit Cat en lui jetant un

regard rempli de curiosité tout en mâchouillant un morceau de céleri. Parce

que je te jure que vous deux étiez tellement entêtés que je pensais ne jamais

voir le jour…

Courtney réfléchit à la question pendant un bon moment avant d’y

répondre.

— Il y a eu beaucoup de choses. La façon dont il se comportait avec moi,

le fait qu’il soit si sexy et imaginatif au lit, puis tellement drôle et

d’agréable compagnie le reste du temps.

Elle déposa le couteau et grimpa sur un des hauts tabourets autour de

l’îlot, laissant ses jambes se balancer pendant qu’elle parlait. Avant de

poursuivre, elle jeta un coup d’œil autour pour s’assurer que tous les autres

étaient encore à bavarder à l’extérieur.

— Avant tout ça, je laissais ma relation avec Wes teinter ma vision du

monde. Il était exagérément manipulateur et je n’ai jamais vu ça venir.

Cat ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais Courtney leva une

main pour l’arrêter.

— Je ne veux pas que tu te sentes mal pour moi. Je sais maintenant que

ce n’était pas ma faute et je suis heureuse de dire que j’ai tourné la page.

Mais il m’a fallu deux ans pour en arriver là et pour connaître Rafe, et

même les séances, d’une certaine façon, y sont pour quelque chose. Je

n’arrivais pas à accepter l’idée de pouvoir faire ces choses avec une

personne… lui laisser dire ces choses et avoir des exigences sexuelles avec

moi comme ça sans me faire encore une fois fouler aux pieds. C’était si

libérateur de faire ça avec quelqu’un qui n’était pas une menace pour moi

sur le plan affectif, mais à qui je faisais confiance en tant qu’homme.

Elle hocha la tête d’un air pensif.

— Ça m’a frappée pendant la soirée à l’hôtel.

La révélation qu’elle avait eue à ce moment-là l’enthousiasmait même

maintenant et elle posa ses coudes sur l’îlot de granite.

— Rafe s’investit tout autant que moi et il est tout aussi vulnérable. J’ai

autant de pouvoir sur lui qu’il en a sur moi. Je lui fais confiance pour ne pas

me blesser même quand il pourrait me punir, mais le pouvoir qu’il possède

est une conséquence directe de ma volonté. Je lui offre ça quand nous

faisons une séance ensemble et il accepte, puis prend les rênes à partir de là,

mais tout commence avec moi. Par conséquent, je me sens forte, sexy et

belle.

Et heureuse, aurait-elle voulu ajouter, mais le regard de Cat s’était

assombri.

— Je comprends ça, mais ne sous-estime pas à quel point il peut être

entêté. S’il a fait tout ce que tu as décrit, je parierais qu’il est en train de

tomber amoureux de toi. Il n’aurait pas dormi chez toi si ce n’était pas le

cas. Mais il est têtu, dit Cat en allant ouvrir le double four pour en tirer une

plaque remplie de pommes de terre. Il tient à ses idées depuis cinq ans

maintenant et ce n’est pas facile de convaincre un homme qu’il a tort

parfois. En particulier un homme comme Rafe.

— Je sais que tu as raison. J’attendrai peut-être que nous ayons fait les

deux autres séances. Pour donner peut-être le temps à son cerveau de rattraper le reste de son corps.

En tout cas, c’était ainsi qu’elle souhaitait que les choses se passent.

— Mais avant que ce soit terminé, poursuivit-elle, je vais lui dire

comment je me sens. Que je suis folle de lui et que je pense qu’il pourrait

exister quelque chose de vraiment spécial entre nous s’il prenait le risque.

Il avait fait ça pour elle. L’avait aidée à retrouver confiance en elle-même

et à trouver la force de remettre son cœur en jeu. Mais c’était quand même

terrifiant. Elle se sentit tout à coup nerveuse et se remit sur pied.

— Eh bien, je serai excitée pour vous deux, dit Cat en rassemblant la

vinaigrette et les accompagnements. Et je suis sûre que le fait qu’il ait

réussi ça alors que personne d’autre ne l’avait pu ne peut pas nuire. Si

j’étais toi, je règlerais ça rapido-presto !

Courtney éclata de rire, puis la suivit avec le grand bol rempli de

légumes. Elle se tourna vers la porte et s’arrêta net quand elle aperçut Rafe

dans l’embrasure.

— J’ai raté quelque chose de drôle, mesdames ?

Le rire de Courtney s’évanouit en voyant le regard dur qu’il avait. Son

cœur fit un bond dans sa poitrine et elle risqua un coup d’œil en direction de

Cat qui se racla la gorge.

— Je vais vérifier les hamburgers.

Elle s’empressa de sortir par la porte arrière sans jeter un regard derrière

elle, et Courtney sentit son estomac se nouer.

— Qu’est-ce qu’elle voulait dire par « réussi ça » ?

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