À sa merci - 3 (French Edition)
Chapitre 1
C ourtney DeLollis se blottissait au coin de la tente de réception, regardant
discrètement entre les feuilles d’un ficus géant avec l’espoir qu’elles
puissent la dissimuler. Si elle jouait correctement ses cartes, peut-être
qu’elle pourrait passer la soirée à l’arrière-plan, ayant fait acte de présence,
mais sans devoir engager la conversation avec quiconque. Et par quiconque,
elle voulait dire…
— Le svelte puma s’assoit sur son arrière-train et attend que sa proie
cesse de renifler l’air, tout en cherchant des yeux le chaînon le plus faible.
La basse voix masculine à son oreille la fit se tendre jusqu’à ce qu’elle
soit suivie d’un petit rire qu’elle connaissait bien. Elle résista à l’envie de
s’effondrer de soulagement et se tourna pour faire face à Galen Thomas.
— Salut, beau gosse. Vous deux aviez l’air superbes, là-bas, dit-elle.
Et c’était vrai. Galen et Lacey, sa femme depuis moins de deux heures,
étaient magnifiques. Le nouveau marié dans son smoking gris, sa femme
dans sa robe blanche avec son écharpe bleue. Par une belle soirée d’été près
du lac sous une marquise étincelante alors qu’ils étaient entourés de leurs
parents et amis, leur première danse avait été tout simplement magique. Un
jour encore lointain, Courtney allait trouver un homme qui la regarderait de
la façon dont Galen et Lacey se dévoraient des yeux.
Ouais. Un jour trrrrès lointain.
— Tu es passablement superbe toi-même, dit Galen en pointant un index
vers sa robe.
Même en disant cela, toutefois, il scrutait la foule pour trouver sa
nouvelle épouse.
— Trop superbe pour te cacher derrière des plantes en pot, ajouta-t-il. Ma
femme essaie de te trouver depuis un moment.
Merde. Elle avait espéré passer sous le radar.
— Eh bien, je suis ici, dit-elle en agitant les doigts, mains levées, comme
une danseuse de jazz.
Elle vit son regard pince-sans-rire et laissa tomber les bras.
— D’accord. J’arrive tout de suite. Il fallait que j’échappe à ton oncle
Milton.
Ce n’était pas la vérité, mais c’était suffisamment crédible. L’homme était
un moulin à paroles.
— Il me cassait les oreilles, mais ça va, maintenant. Il semble avoir
repéré le bar.
Galen rit et hocha la tête.
— O.K., mais ne pars pas vagabonder encore. Lacey s’inquiète parce que
tu ne connais pas beaucoup de gens ici. Tu sais dans quel état elle se met.
De plus, les gens doivent se rassembler pour les photos et ensuite pour le
lancer du bouquet.
— Pas de problème, le rassura-t-elle avec un sourire radieux.
Son regard perspicace la tint pendant un peu trop longtemps et il semblait
prêt à la questionner un peu plus quand une voix féminine l’appela.
— L’as-tu trouvée ?
— Elle est ici, cria-t-il à sa femme en déplaçant son corps massif pour
confirmer visuellement ses paroles.
Lacey fit un signe de la main, et le géant debout à ses côtés l’imita.
Rafe Davenport.
La bouche de Courtney s’assécha tandis qu’un frisson la traversait. Du
haut de ses quelque deux mètres de muscles, il donnait l’impression d’avoir
pu mener les Troyens à la bataille si nécessaire. Elle avait eu l’occasion de
le voir dans son uniforme quelques mois plus tôt quand ils étaient tous allés
prendre un verre pour célébrer sa récompense pour bravoure après qu’il ait
contribué à rescaper une petite fille perdue en forêt. Dans son uniforme de
policier, il était renversant, mais dans son smoking, il aurait pu rivaliser
avec James Bond.
Il la regarda avec un sourire moqueur comme s’il savait fort bien qu’elle
essayait de l’éviter, et elle résista de justesse à l’envie de lui faire un doigt
d’honneur. Dieu qu’il faisait ressortir la sale môme en elle !
De plus, ce n’était pas tant comme si elle se cachait de lui. Elle n’était
simplement pas d’humeur à lutter avec lui aujourd’hui, et le fait de rester
hors de vue était plus sûr que de se fier à son autodiscipline. Apparemment,
chaque fois qu’ils étaient en présence l’un de l’autre, ils se laissaient
entraîner dans un échange qui la laissait irritée, frustrée et beaucoup trop
consciente de son propre corps.
Il semblait soit éprouver la même chose, soit aimer la sensation, parce
qu’il pencha la tête pour dire quelque chose à Lacey avant de se diriger
volontairement vers le camouflage de feuilles de Courtney, ses longues
jambes traversant rapidement la piste de danse entre eux.
Parlant justement d’un puma. Son regard était concentré sur elle comme
un rayon laser, et il lui fallut tout son courage pour tenir bon. Alors quoi ? Il
allait venir la rejoindre, lui taper sur les nerfs, puis ils allaient se défier en
paroles et il allait repartir. Ce ne serait pas la première fois ni la dernière.
Elle devait simplement mieux le gérer. Elle adorait son nouveau groupe
d’amis et il en faisait partie, alors plus tôt elle apprendrait à composer avec
lui, mieux ce serait.
Redressant ses épaules, elle leva la tête pour lui faire face tandis que
Galen allait rejoindre sa femme.
— Bonjour, Courtney.
La voix suave de Rafe retenait juste sous la surface un rire qui faisait se
tendre chaque muscle de son corps. Elle essaya de calmer les battements de
son cœur tout en lui adressant un sourire forcé.
— Salut, Rafe.
C’est ça, Courtney. Garde un air nonchalant. Sauf que ses yeux noirs
comme la nuit, sexy comme le péché, semblaient voir à travers elle, et son
sourire se fit hésitant. Dis autre chose.
— Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?
Aussitôt que ses paroles franchirent ses lèvres, elle souhaita les retirer.
Pourquoi tout ce qu’elle disait en sa présence semblait-il prendre une
connotation sexuelle ?
Son regard déjà sensuel devint plus sexy et il émit un petit bruit avec sa
bouche. Un frisson la traversa quand il se pencha vers elle. D’instinct, elle
recula jusqu’à ce que son dos s’appuie sur le poteau de métal de la tente
encore chauffé par le soleil.
— Je pense que tu me connais assez pour ne pas me poser une pareille
question, dit-il doucement.
Mais ce n’était pas le cas. Pas vraiment. Ils s’étaient beaucoup fréquentés
à l’intérieur d’un groupe, mais ils étaient comme l’huile et le vinaigre. Ils se
parlaient pendant un moment quand ils y étaient forcés, mais c’était tout. Il
y avait chez lui quelque chose qui la rendait constamment nerveuse. Elle
avait réussi à garder une distance prudente jusqu’au soir de l’enterrement de
vie de jeune fille de Lacey, quand elle avait découvert qu’il était une sorte
de dominateur dans la chambre à coucher. Ce qui, même si ça ne la
regardait en rien, n’avait cessé d’occuper ses pensées depuis.
Son erreur avait été de lui en parler.
Elle écarta cette pensée et prit une gorgée de son vin pour rassembler ses
esprits avant de répondre.
— C’est charmant. Quelqu’un pose une simple question et tu tournes tout
de suite ça en une allusion au BDSM1. Pourquoi tu ne chercherais pas
quelqu’un que tu pourrais menotter quelque part ? demanda-t-elle. Je suis
un peu occupée en ce moment.
Il baissa les yeux sur le ficus auquel elle s’accrochait de sa main libre et
haussa les épaules.
— Ton accompagnateur semble vraiment ennuyeux. J’essaie seulement
de mettre un peu d’atmosphère. Et à titre d’information, je n’ai pas fait
allusion au sadomasochisme. Tu sais, pour quelqu’un qui pense que c’est
excessif, tu reviens beaucoup sur le sujet.
Seulement parce qu’il l’incitait à le faire. Après que tu l’aies d’abord
incité, ajouta aimablement son inconscient. O.K., peut-être que ça avait été
un peu exagéré de qualifier la chose d’« excessive », mais, à ce moment,
elle avait voulu à tout prix dire quoi que ce soit qui puisse édifier un
rempart entre eux avant qu’elle pose un geste stupide. Ce qu’elle n’avait pas
compris, c’est qu’il avait interprété son leurre comme un appât. En tentant
de garder une distance entre eux, elle avait involontairement ouvert la boîte
de Pandore et n’avait aucune idée de la manière de la refermer.
Mieux valait rester sur la défensive jusqu’à ce que la chose fasse son
temps et qu’il finisse par se fatiguer de la provoquer.
— Ne joue pas à la victime ici, inspecteur.
Elle se redressa, déposa son verre sur une table tout près et appuya une
main sur la poitrine dure comme le roc de Rafe pour le faire reculer d’un
pas.
— Tu es peut-être habitué à intimider les témoins au travail, ajouta-t-elle,
mais je ne suis pas un suspect et certainement pas ton objet de soumission.
Tu n’arrêtes pas d’essayer de me provoquer à propos de ça depuis deux
semaines et je commence à en avoir assez.
— Tu vois, tu recommences en parlant de soumission. C’est imprimé
dans ta tête, maintenant, n’est-ce pas ?
Il posa une main sur la sienne, dont elle n’avait pas vu qu’elle était encore
sur sa poi-trine — empoignant fermement son smoking — et la serra.
— Il n’y a rien de mal à avouer que tu es curieuse. La curiosité est peut-
être dangereuse, mais si tu m’accordes 10 minutes, je te promets que tu
repartiras avec un…
Elle le lâcha et posa vivement ses mains sur ses oreilles en émettant un
petit cri.
— Oh mon Dieu, tu es le plus grossier, grivois, insupportable…
Malgré son audition atténuée, elle ne put se méprendre sur le rire de Rafe.
Il lui saisit les poignets, avec un air espiègle.
— J’allais dire « avec un sourire très satisfait au visage ». Merde, qu’est-
ce que tu pensais que j’allais dire ?
Ses joues étaient en feu et elle se dégagea brusquement de son emprise.
— Rien. Oublie ça.
C’était pour cette raison qu’elle ne pouvait pas se trouver en sa présence.
Il était trop doucereux pour elle et autant son arrogance l’irritait, autant elle
ne pouvait en nier l’attrait. La vilaine sensation dans son bas-ventre qui la
faisait à la fois vouloir s’enfuir et se rapprocher de lui. Quand avait-elle
éprouvé cette sensation la dernière fois à propos d’un homme ?
Probablement jamais.
Mais après sa relation avec Wes, un type comme Rafe représentait le pire
adversaire possible à affronter. Son ex avait annihilé sa confiance, s’était
approprié sa vie, puis l’avait manipulée comme une marionnette et elle
l’avait laissé faire. Et jusqu’à ce qu’elle puisse apprendre à se faire
confiance de nouveau, elle n’allait certainement pas pouvoir faire confiance
à quelqu’un d’autre. Et quand elle allait se décider à reprendre des
fréquentations ? Ce serait un gars gentil, doux, qui la laisserait prendre les
décisions. Un policier dur à cuire le jour et un dominateur dans la chambre
à coucher le soir, c’était exactement ce que le médecin n’avait pas prescrit.
Au moment même où son instinct approuvait cette idée, ses pensées
revinrent à la première fois où Rafe lui avait offert 10 minutes de son
attention pleine et entière. Elle s’en souvenait comme si c’était arrivé la
veille.
Il s’était trouvé là, plus grand que nature, au milieu du bar, où il prenait
plus de place que quiconque, l’air confiant, sexy et maître de lui. Elle ne
savait pas ce qui s’était produit. C’était comme si les paroles s’étaient
échappées de sa bouche.
— C’est mal de s’attendre à ce qu’une femme se soumette au lit, tu sais.
Tout en prononçant ces paroles, elle se vit en pensée couchée sur les
genoux de Rafe, attendant son châtiment. C’était à la fois terrifiant et
excitant, ce qui l’agaça encore davantage. Des sonnettes d’alarme retentirent dans sa tête, lui rappelant que la vie sexuelle de Rafe ne la
regardait pas, et son cerveau éméché par l’alcool fit taire les alarmes et la
poussa à poursuivre.
— Ça ne te préoccupe pas que de faire des choses à une femme alors
qu’elle est impuissante et fantasmer en songeant à lui faire mal puisse
mener à la maltraitance ? Je ne peux pas m’empêcher de me demander si
ça commence par une fessée dans une chambre à coucher et que ça mène à
une raclée.
Rafe parut réfléchir à ses paroles, puis secoua la tête.
— Non. Tu peux te demander tout ce que tu veux, mais si j’inflige de la
douleur, ce n’est que pour intensifier le plaisir plus tard. Je ne ferais jamais
de mal à une femme et je passe une bonne partie de mes journées à
poursuivre des hommes qui le font.
Il repoussa sa chaise et se leva.
— Maintenant, si tu as fini de m’interroger sur mes pratiques sexuelles
que tu ne comprends ni ne connais, je vais aller me chercher un verre. À
moins que ce que tu demandes, en réalité, ce soit une leçon sur le sujet ?
Auquel cas — il jeta un coup d’œil à sa montre, puis croisa son regard — tu
peux prendre cette cagoule et ces menottes — il hocha la tête en direction
des accessoires d’enterrement de vie de jeune fille —, je me ferai un plaisir
de t’amener dans la ruelle et de t’accorder les 10 meilleures minutes de ta
vie.
Elle bredouilla et rougit, mais elle réussit à lui adresser un sourire
contraint et une fichue bonne réponse.
— Aussi tentant que ce soit, si tu n’as besoin que de 10 minutes, je pense
que je vais passer mon tour.
Le sourire qu’il lui adressa était absolument mortel. Il se pencha vers
elle, la délicieuse odeur de sa lotion après-rasage s’ajoutant à ses sens déjà
surchargés. Il laissa son regard descendre le long de son cou, s’attardant
sur ses seins, où ses mamelons la trahissaient en durcissant.
— Ce n’est pas que j’aie besoin de seulement 10 minutes.
Les narines frémissantes comme s’il pouvait la sentir, il se pencha
jusqu’à ce que son visage se trouve vis-à-vis le sien.
— Dix minutes, c’est tout ce que tu pourrais supporter, termina-t-il.
Le bruit répété des cuillères sur les verres de cristal la ramena au présent
et elle se racla la gorge, ignorant volontairement le durcissement de ses
mamelons sous sa mince robe de mousseline de soie.
— Comme je viens de le dire, oublie ça.
— C’est ça, le problème.
La voix de Rafe semblait peinée, rauque, tandis qu’il levait la main d’un
air exaspéré, et tout indice d’humour avait quitté son beau visage.
— Je veux oublier ça. J’ai essayé d’oublier ça. Mais merde, c’est
impossible. Tu vois, depuis ce soir-là, je me sens mal.
Il la scruta des pieds à la tête, son regard perçant s’arrêtant sur ses bras
fermement croisés sur sa poitrine.
— Et tu ne sembles pas en meilleur état. Tu es toute tendue. Je suis tout
tendu. La solution parfaite, c’est de passer du temps ensemble et de relâcher
cette tension sexuelle.
Il replaça une mèche de cheveux dans sa coiffure d’une manière qui lui
retourna l’estomac. Même avec tous les sous-entendus et taquineries, elle
ne s’était jamais vraiment imaginé qu’il la désirait pour de vrai. Elle avait
cru que ce n’était rien de plus qu’un jeu pour lui. Une façon de lui faire
payer, bien que d’une manière ludique, pour ses questions à propos de sa
vie sexuelle.
Ce n’était pas ça.
Elle sentit ses mains humides de sueur devenir froides comme la glace en
prenant conscience de ce fait. Il était tout à fait sérieux cette fois, et ses
nerfs déjà en boule la lâchèrent. C’était un cas d’extrême urgence, le pire
scénario possible. Elle pouvait à peine lutter contre son attirance pour lui
quand il n’était pas en train d’essayer. S’il fixait toute son attention sur elle
? Elle était déjà complètement captive.
— Non. Pas question. Ça n’arrivera pas, dit-elle avec un ferme
secouement de tête qui aurait probablement été beaucoup plus convaincant
si sa voix n’avait pas tremblé. Je n’ai peut-être pas été assez claire. Je ne
suis pas sur le marché pour trouver un petit ami et…
— Holà, fit-il.
Il recula comme si elle lui avait balancé une fiole d’acide au visage. Si
elle n’avait pas été aussi anéantie, elle aurait éclaté de rire.
— Personne n’a parlé d’un petit ami. Nous sommes sur la même longueur
d’onde à ce propos.
— Vraiment ? demanda-t-elle, incapable de s’empêcher de le demander
malgré sa fierté ridiculement offensée.
— Ouais, répondit-il en se détendant quelque peu tandis qu’il se penchait
vers l’arrière sur ses talons. C’est pour ça que nous irions parfai-tement bien
ensemble. Je pourrais te montrer comment ça peut être agréable
d’abandonner les rênes dans la chambre à coucher et tu pourrais m’aider à
éliminer cette préoccupation que je semble avoir à ton propos depuis
quelque temps. Quand nous en aurions fini, tu repartirais plus instruite et
je…
… m’en irais tout simplement, termina-t-elle silencieusement pour lui
quand il s’interrompit.
Elle fit taire le démon sur son épaule qui insistait sur le fait que Rafe
venait de décrire la parfaite solution à plus d’un problème, et elle fit ce
qu’elle faisait de mieux.
Mode déni total engagé.
Elle s’arma de courage et lui adressa un regard glacial.
— Je suis désolée de t’avoir donné une mauvaise impression, Rafe, mais
je ne suis tout simplement pas intéressée, répondit-elle en réussissant à
secouer nonchalamment les épaules même si elle ne s’était jamais sentie
aussi intriguée.
Elle rejeta la tête en arrière et passa près de lui tandis que son rire la
suivait à travers la pièce. Ce n’est qu’au moment où elle se retrouva à côté de Cat et de Lacey sur la piste de danse qu’elle reconnut la chanson diffusée
par les haut-parleurs.
The Chicken Dance2.
Super.
* * *
C’était officiel. Cette femme le rendait fou. Il l’observa à partir de son
tabouret au bar pendant qu’elle dansait avec ses amies et qu’elle faisait tout
son possible pour l’ignorer. Dommage qu’elle y parvienne si mal. Pas à
danser. Elle dansait très bien. Sa queue palpita d’approbation tandis qu’elle
bougeait au rythme de la musique, ses hanches l’hypnotisant pendant une
seconde avant qu’il puisse se reconcentrer.
Non, la partie qui l’intéressait tant chez elle l’ignorait. Les regards voilés
qu’elle lui jetait de sous ses cils. La façon dont ses pupilles se dilataient
quand elle le regardait. La folle pulsation dans son cou.
Pas intéressée, mon cul. Mais il avait fait sa proposition et elle l’avait
rejetée. Il était temps de tourner la page.
— Que toutes les dames célibataires se placent au centre de la piste, s’il
vous plaît ! cria le DJ, attirant l’attention de Rafe.
Il prit une gorgée de son verre de scotch et regarda sa montre. Une autre
heure environ, quelques traditions plus ringardes encore, et il pourrait se
retirer poliment. Il n’était probablement pas trop tard pour trouver une
femme disposée à jouer ce soir. Il y avait des semaines qu’il n’avait pas eu
une séance et il se sentait en manque maintenant.
Il parcourut mentalement une liste de partenaires possibles jusqu’à ce
qu’il se retrouve à nouveau distrait par la femme en robe de mousseline
pêche attirée dans une ligne par un groupe de femmes hilares.
Il ne la quitta pas des yeux jusqu’à ce qu’une ombre se dessine sur la
surface laquée du bar. Galen Thomas se tenait près de lui, les sourcils
froncés par la curiosité.
— Qu’est-ce qui se passe entre vous deux ?
Il envisagea de jouer l’idiot, mais ils étaient des amis depuis trop
longtemps. Galen allait lui soutirer la réponse d’une façon ou d’une autre.
— Aucune idée.
Galen éclata de rire.
— C’est une première. Le gars qui a toujours toutes les réponses ne sait
pas. Est-ce qu’elle te plaît vraiment ou ce n’est qu’un quelconque petit jeu
du genre tirage de tresses dans la cour d’école ? Parce que je ne t’ai pas vu
regarder une femme comme ça depuis…
Ayant boxé ensemble jusqu’à ce que Galen devienne professionnel, Rafe
comprit à son air grave que la chose allait devenir sérieuse et il l’interrompit
en faisant dévier habilement le coup. Parce que le fait d’entendre le nom de
cette femme le faisait encore souffrir, même maintenant.
— Non, répondit-il en prenant une longue gorgée de son verre avant de le
reposer avec un bruit sec. Courtney est sexy et elle représente un défi, mais
c’est tout. Il n’y a pas de correspondance amoureuse ici, alors sors-toi ça de
la tête.
Galen eut l’audace de paraître déconcerté.
— Qu’est-ce que tu veux dire ? Tout ce que j’ai fait, c’est poser une
simple question.
— Je sais que toi et ta jolie nouvelle épouse complotez pour que je mette
fin à ma période de débauche et que je puisse vous suivre sur la voie semée
d’embûches de l’extase conjugale, mais ce n’est pas ma tasse de thé, mon
vieux. Tu t’en es bien tiré, Lacey est une femme à garder, mais cette vie
n’est pas pour moi.
Galen l’examina comme s’il était une créature sous un microscope et
Rafe se raidit dans l’attente du deuxième round.
— Écoute, mon vieux, ça fait cinq ans maintenant. Il est peut-être
temps…
Rafe l’interrompit d’une voix chargée de colère.
— Je parierais que tu peux encore me battre sur le ring, mais si tu
n’arrêtes pas de faire allusion à Monica, nous allons avoir un problème toi et moi.
Ses paroles firent jaillir de l’électricité dans l’air entre eux et, malgré la
culpabilité qui les suivit immédiatement, il refusa de les retirer. Il n’y avait
pas grand-chose de sacré à ses yeux, mais celle-là ? Le sujet n’était pas
ouvert à la discussion, fin de l’histoire, point final.
Le regard de Galen perdit de son éclat et, pendant une seconde, Rafe se
demanda s’il allait faire fi de son avertissement et insister encore. À son
grand soulagement, son ami décida plutôt de reculer avec un hochement de
tête courtois.
— Compris.
Douze ans d’amitié suffisaient pour que Rafe sache que tout était cool
entre eux. En tout cas, ce le serait aussitôt que la tension qui s’était installée
se serait dissipée. Pour le moment, toutefois, le silence lui paraissait lourd.
Il était sur le point de le briser avec une tentative maladroite de parler de la
pluie et du beau temps quand des cris d’encouragement se répercutèrent
dans la salle autour d’eux.
— Prépare-toi, Lacey !
Le DJ avait amorcé le compte à rebours.
— Cinq, quatre, trois, deux…
Ils regardèrent tous deux pendant que la mariée lançait le bouquet par-
dessus son épaule directement vers Cat, sa demoiselle d’honneur. Elle
s’élança vers le bouquet, mais commença tout à coup à tournoyer, ses bras
battant l’air alors qu’elle glissait sur une serviette de table en tissu. Elle
atterrit en riant sur le plancher au moment où le bouquet se dirigeait comme
un missile vers sa nouvelle cible involontaire.
— Merde ! laissa échapper Courtney en levant une main et en l’attrapant
de justesse avant de le recevoir carrément au visage.
— Bon sang ! grogna Cat en se remettant sur pied pour jeter un regard à
la fois dur et amusé vers une Courtney ébahie. Apparemment, tu seras la
prochaine à te marier.
— Tu n’es pas blessée ? demanda Lacey alors que les spectateurs se
rassemblaient autour pour s’assurer que Cat allait bien.
— Ça va, répondit-elle en soufflant pour écarter une mèche rousse de ses
yeux. Mais ce gars a un fichu problème s’il prévoit attendre qu’elle soit
mariée pour faire de moi une honnête femme.
Elle pointa un pouce vers Shane, son fiancé et compagnon de vie, et un
autre des amis de longue date de Rafe.
— Ne t’en fais pas, ma chérie. C’est un vieux conte de bonne femme, la
rassura-t-il avec un clin d’œil. Je vais te marier dès que tu seras prête.
Rafe s’avança, son attention centrée sur Courtney qui se tenait debout,
rigide, ses yeux noisette écarquillés de surprise.
— Est-ce que le bouquet t’a frappée ? demanda-t-il en se penchant pour
regarder son visage à la recherche d’une blessure.
— N-non. Je vais bien, répondit-elle en s’éloignant d’un pas, le visage
empourpré. Continuez, cria-t-elle à la foule d’une voix aiguë. Il n’y a rien à
voir ici.
— Vous avez entendu la jeune dame, cria le DJ. Nous sommes prêts à
poursuivre tambour battant, alors allez, préparez-vous pour la jarretière.
Rafe lui jeta un dernier coup d’œil pour s’assurer qu’elle allait bien.
Même si elle l’avait rassuré, elle semblait encore en panique, ce qui n’était
pas logique. Sûrement qu’elle ne croyait pas à ces vieilles superstitions à
propos du fait d’être la prochaine à remonter l’allée nuptiale ?
Il en était encore à réfléchir, essayant de résoudre le mystère derrière
l’embarras de Courtney tandis que les festivités se poursuivaient et que
Galen s’emparait rapidement de la jarretière de son épouse.
Comme tout le monde était concentré sur la piste de danse, il n’avait
même plus besoin d’attendre une heure. Il pourrait peut-être se faufiler…
— Où vas-tu ? dit Galen en l’arrêtant brusquement.
— Bon Dieu, tu es rapide.
— Oui. Maintenant, réponds à ma question.
Rafe jeta un coup d’œil à l’extérieur de la tente et le long du sentier en
laissant échapper un soupir de déception, sachant qu’il avait raté son
occasion.
— J’allais partir.
— Pas question, fit Galen en se dressant devant Rafe, un sourire sinistre
sur le visage. Tu fais partie de la fête, tu ne peux pas partir. Retourne là-bas
avant de froisser ma femme.
C’était un coup bas, mais conjugué à sa culpabilité pour s’être fâché
contre son ami plus tôt, il réussit.
— Reçu cinq sur cinq.
Rafe alla s’aligner avec les hommes en direction desquels Galen
gesticulait tout en jurant à mi-voix. C’était de toute évidence une autre
tradition stupide à laquelle il était heureux de ne plus jamais avoir à se
soumettre.
— Reculez, connards.
Un jeune homme au crâne blondasse presque ras fit craquer ses jointures
et s’accroupit dans une posture que Rafe reconnut immédiatement comme
une position de combat.
— Quelqu’un est sur le point de faire glisser sa main sous la robe de cette
poulette et je suis celui-là, ajouta-t-il.
Deux ou trois hommes éclatèrent de rire, mais la plupart se turent et Rafe
sentit son sang bouillir dans ses veines.
— Qu’est-ce que tu dis là ? grogna-t-il en direction du garçon pendant
qu’il énumérait toutes les raisons pour lesquelles il ne devait pas effacer ce
sourire concupiscent avec un crochet droit.
— D’où tu sors, mec, de Mars ? demanda Blondie en fronçant les
sourcils. Celui qui attrape la jarretière la remet sur la fille.
Rafe hésita. Il n’avait ni frère ni sœur et la plupart de ses amis étaient
célibataires, alors il n’avait assisté qu’à un mariage dans sa vie et c’était au
Texas, des années plus tôt, avec Monica. Tout de même, il se serait
certainement souvenu de cette tradition, non ? Avant qu’il puisse questionner davantage le gars, Shane se fraya un chemin à travers la foule
et confirma la situation.
— Ouais. C’est assez habituel, mon vieux.
Ce qui expliquait la panique de Courtney et ce pour quoi en ce moment,
elle étranglait le bouquet dans ses mains aux jointures blanches. Elle était
probablement effrayée à l’idée que ça puisse être lui qui attrape la jarretière.
— Change cet air sur ton visage, l’exhorta Shane à voix basse en lui
claquant l’épaule. Je ne veux pas être ici si ce trou du cul près de moi
attrape la jarretière. Quoi qu’il arrive, n’oublie pas que tu es un gardien de
la paix. Reste dans la légalité.
Rafe inclina la tête, mais il ne se concentrait que sur la main de Galen
quand celui-ci se retourna vers le groupe et se prépara à lancer le minuscule
tissu de soie bleue. Courtney pouvait ne pas vouloir qu’il s’introduise sous
sa robe, mais il était hors de question de laisser Blondie abuser d’elle de la
façon dont il en avait clairement exprimé l’intention.
Quand la jarretière arriva dans sa direction, sa colère s’était évanouie, ne
laissant derrière elle qu’un regard concentré comme un faisceau laser. Et
quand Blondie le poussa rudement sur le côté, il le poussa encore plus
rudement, envoyant le garçon trébucher tandis que ses propres doigts se
refermaient sur le trophée.
Malgré les acclamations des invités, il entendit le hoquet de Courtney et
croisa son regard. Elle s’assit sur une chaise au milieu de la piste de danse,
les yeux écarquillés pendant qu’il marchait vers elle, incapable d’endiguer
le flot d’adrénaline qui lui traversait le corps. Il allait sans doute la rendre
nerveuse, mais au moins, cet autre gars n’allait pas poser ses mains sur elle.
En fait, si elle connaissait ce qu’avaient été les intentions de ce salaud, elle
pourrait même lui en être reconnaissante en ce moment.
Et quelles sont tes propres intentions ? lui souffla sa conscience.
Peut-être qu’elles n’avaient pas toujours été pures, concéda-t-il, mais
cette fois, il n’avait fait ça que pour la protéger. Il s’arrêta devant sa chaise
et inclina la tête à son intention.
— Prête pour moi ?
Ce n’était pas censé sortir ainsi, d’une voix basse et rauque, mais son
pouls battait toujours à fond de train après qu’il ait évité de justesse une
bagarre et le fait de la regarder maintenant et de prendre conscience de ce
qu’il devait faire ne faisait que l’accélérer.
— Fais de ton pire, murmura-t-elle en levant la tête d’un air théâtral,
comme si elle était sur la potence et qu’il était son bourreau.
Son pire ? Rafe laissa échapper un rire forcé. Merde, si seulement elle
savait à quel point son pire pouvait être, elle serait déjà debout à courir à
toutes jambes. Même s’il avait fait de son mieux, de son pire et tout ce qui
se situait entre les deux une centaine de fois dans ses rêves avec elle.
La seule chose qui le retenait, c’était le fait de prendre conscience qu’elle
n’avait aucune idée de ce qu’elle demandait. Parce que pour un gars comme
lui, ce genre de déclaration était une invitation. Et dans ce domaine, un bon
dominateur dans une chambre à coucher était comme un vampire.
Il n’avait besoin que d’une invitation.
Pas cette fois.
Qu’elle ait été sincère ou non, elle lui avait clairement signifié sa position
plus tôt. Il devait y aller doucement.
Il s’agenouilla sur le sol, faisant glisser à contrecœur sa sandale à lanières
de style « baise-moi » et la déposa près de lui. Elle avait une attirance pour
les chaussures. Presque chaque fois qu’il l’avait vue, sauf lorsqu’elle sortait
de son quart de travail à l’hôpital, elle portait des talons hauts. Des talons
qu’il ne pouvait s’empêcher d’imaginer autour de son cou pendant qu’elle
chevauchait sa langue.
Merde, il n’était pas mieux que Blondie.
Sauf qu’elle ne regardait pas le jeunot comme s’il était une grosse tranche
de gâteau au chocolat défendu. Elle ne l’avouerait sûrement pas, mais il
était clair qu’elle éprouvait la même chose que lui. L’attirance entre eux ne
faisait aucun doute. Une chanson lente et sexy jaillit des haut-parleurs et les
invités se mirent à applaudir et à taper du pied en criant leurs noms.
— Qu’on en finisse, Roméo.
Elle avait maintenant pris sa voix grave d’infirmière et, pour quelque
raison tordue, l’écart entre sa voix et son langage corporel fit monter
davantage sa pression et palpiter sa queue. Elle était vive d’esprit et têtue,
deux qualités qu’il respectait à tant d’égards. Mais dans la chambre, elle
serait toute à lui.
Il ravala un juron, s’arrêta complètement de penser et concentra toute son
énergie sur la tâche à accomplir. Ce n’était pas le moment d’avoir des idées.
C’était le moment d’enfiler une jarretière sur une demoiselle d’honneur. Ce
n’était pas la Courtney qu’il connaissait et qui s’était faufilée
subrepticement dans ses rêves tortueux. Ce n’était qu’une fille sur une
chaise.
Assise droit devant lui.
Les lèvres écartées.
Le cœur battant.
Les joues rouges.
Merde.
Il ferma les yeux, serrant les paupières, et prit la jambe de Courtney dans
une main pour faire le tour de sa délicate cheville. Légèrement au début
puis, sans en être vraiment conscient, plus fermement, la laissant sentir sa
force. Elle retint son souffle et il ouvrit brusquement les yeux.
Dieu seul savait à quel point il combattait ça, mais c’était comme si ses
mains avaient leur volonté propre, voulaient à tout prix que Courtney
retienne encore son souffle, voulait à tout prix l’amener plus loin tandis que
Rafe se laissait glisser de côté en entraînant sa cheville avec lui. À peine
quelques centimètres qui seraient imperceptibles pour les spectateurs, mais
dont Courtney avait certainement conscience, car le geste lui faisait écarter
les jambes pour lui. Très peu. Juste assez pour qu’elle se rende compte de sa
position. Juste assez pour qu’elle comprenne ce qu’il avait à l’esprit… ce
qu’il désirait vraiment d’elle à ce moment.
Fais attention, lui hurla sa conscience.
Mais il était déjà allé trop loin.
Il continua de la fixer des yeux alors qu’il serrait les doigts sur sa
cheville, la retenant, en fait, et fit glisser la jarretière sur son pied, puis sur
son mollet. Il la vit ravaler sa salive, vit son corps se tendre tandis qu’elle
ouvrait la bouche pour dire quelque chose, mais la refermait avec un bruit
sec. Puis, il leva haut sa jambe et laissa reposer sa cheville sur son épaule en
la coinçant là avec sa main.
La foule émit des cris d’enthousiasme et des rires, entraînée dans cette
tradition paillarde et cette apparence de bravade, mais l’expression sur le
visage de Courtney n’avait rien de drôle. Sa lèvre inférieure sensuelle était
prise entre ses dents et ses yeux brillaient d’un feu si intense que Rafe faillit
se baisser.
Et qu’y avait-il de tellement pire ?
Elle ne retira pas sa jambe.
1. N.d.T.: Bondage, discipline, sadisme, masochisme.
2. N.d.T.: « La danse des peureux ».
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