À sa merci - 3 (French Edition)

Christine Bell · Chapitre 6 sur 16

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À sa merci - 3 (French Edition)

Chapitre 6

 

C ourtney fixait le miroir avec la sorte de dégoût généralement réservé aux

vacances en famille et aux visites chez le gynécologue. Après avoir essayé

cinq vêtements, trois coiffures et six paires de souliers, elle n’était pas plus

prête à partir pour la fête foraine qu’elle l’avait été au début.

Il n’y avait aucune raison pour que les choses soient aussi compliquées.

Aucune. Ce n’était même pas un rendez-vous galant. C’était comme au bon

vieux temps, personne à impressionner, la même chose que d’habitude. Le

groupe qui sortait ensemble.

Pas de quoi fouetter un chat.

Presque.

Peu importait à quel point elle essayait de se convaincre du contraire, tout

était différent, et peu importait le nombre de vêtements qu’elle essayait, elle

ne pouvait éviter de se sentir complètement nue.

Elle prit son téléphone et envoya un rapide message à Cat pour l’informer

qu’elle serait en retard. La fête foraine à l’autre bout de la ville n’était qu’à

une vingtaine de minutes, mais à ce rythme, elle n’allait pas être prête

jusqu’à ce qu’elle revienne l’année suivante.

Laissant échapper un long soupir de souffrance, elle enfila son jean capri

favori, un T-shirt un peu kitsch à l’effigie de Marilyn Monroe et une paire

de sandales à lanières dont les talons n’étaient pas aussi hauts qu’elle

l’aurait souhaité, mais suffisamment pour se promener toute la nuit sur le

terrain de la fête foraine. Elle se regarda dans le miroir, puis gonfla ses

cheveux. Elle ne paraissait pas avoir « trop essayé », mais elle ne paraissait

pas non plus porter n’importe quoi. Pas mal.

Avant de changer d’idée une nouvelle fois à propos de son habillement,

elle saisit son téléphone et sa bourse, puis franchit la porte en refusant de jeter un dernier regard dans le miroir en passant. Elle grimpa dans sa

voiture et accéléra le long de la route, se répétant sans arrêt à quel point

c’était une bonne idée de sortir de la maison et de voir ses amis.

Parmi lesquels se trouve Rafe.

Ce qui lui rappela que Lacey avait téléphoné la veille à l’instant où elle

était arrivée de l’aéroport. Elle aurait voulu le lui dire en personne, mais

n’avait pas pu attendre. Elle et Galen adoptaient une petite fille. Ils l’avaient

appris pendant qu’ils étaient à Porto Rico et Lacey était aux anges. Elle

savait depuis plus d’un an maintenant qu’il lui était presque impossible de

concevoir et, après avoir surmonté quelques difficultés, les choses s’étaient

finalement arrangées.

Comme elle et Galen étaient occupés à peinturer la chambre d’enfant et à

ranger tout ce avec quoi un enfant pouvait se blesser dans la maison, ils

n’allaient pas pouvoir venir ce soir. C’était dommage, mais au moins, Cat et

Shane y seraient. Elle ne voulait pas seulement les voir tous les deux ; elle

avait aussi besoin qu’ils atténuent l’immense embarras qui allait sûrement

accompagner la première rencontre entre elle et Rafe après leur séance de

sexe.

Pas de quoi fouetter un chat, se rappela-t-elle. Presque.

Elle se gara dans l’herbe à l’extérieur du champ de foire et marcha

jusqu’au portail de l’entrée, où Cat et Shane lui avaient dit qu’ils la

rencontreraient. Elle chercha tout autour la célèbre chevelure rousse de son

amie, mais elle ne vit aucun signe d’elle.

Ce qu’elle reconnut, ce fut la masse de muscles surmontés d’un beau

visage aux yeux sombres qui semblaient la transpercer.

Rafe.

Elle toucha son T-shirt et prit une profonde respiration. Si elle le faisait de

temps en temps, peut-être que ça l’aiderait à se souvenir que même s’il

semblait la regarder comme si elle était nue, elle ne l’était pas réellement.

Peut-être.

Tout irait bien. Les autres allaient arriver dans cinq minutes max, puis

tout reviendrait à la normale.

— Salut, Courtney.

Pourquoi persistait-il à prononcer son nom de cette façon ? Comme s’il

voulait rendre chaque syllabe sensuelle ou quelque chose du genre.

— Joli T-shirt, dit-il en promenant son regard brûlant sur sa silhouette.

— Salut. Où est tout le monde ?

Elle ignora sa dernière remarque et se concentra plutôt sur le fait de

remonter sa bourse sur son épaule. En prenant encore une grande

respiration, elle s’obligea à croiser son regard. Erreur. Si elle ne se sentait

pas nue auparavant, c’était drôlement le cas maintenant. Le pire dans tout

ça, c’était qu’elle ne savait pas trop si elle voulait croiser ses bras sur sa

poitrine ou les étirer au-dessus de sa tête pour qu’il puisse avoir un point de

vue idéal.

— Cat vient de m’envoyer un texto. Elle ne te l’a pas dit ? Ils ne viennent

pas. Un truc à propos du travail s’est présenté tout à coup.

Sa gorge s’assécha immédiatement par nervosité et elle avala sa salive.

Un truc à propos du travail s’est présenté tout à coup. Ah oui ? Ça semblait

vraiment important. Elle prit note d’assassiner Cat quand elle la verrait.

— Intéressant. Galen et Lacey ne peuvent pas venir non plus.

Ils se regardèrent en silence. Et maintenant ? Sûrement que cette situation

brisait toutes les règles qu’ils avaient établies au départ. Son estomac se

noua tandis qu’elle pensait à ses choix possibles. Elle pourrait entrer à la

fête foraine avec lui et engouffrer suffisamment de pâte d’amande pour se

rendre gravement malade et pouvoir partir. Ou elle pourrait se créer un alter

ego superhéros et dire qu’elle devait retourner à la tanière au plus vite pour

rencontrer son acolyte, sinon la ville était condamnée.

— Tu viens ou quoi ?

Il se trouvait à un mètre d’elle, le corps tourné d’une façon qui mettait en

valeur son incroyable mâchoire et la façon dont son jean serrait ses

puissantes cuisses. Que Dieu lui vienne en aide. Même sous l’horrible éclairage de la fête foraine, il semblait sortir d’un magazine de culture

physique.

Décisions, décisions.

— Je… euh…

Il franchit l’espace entre eux en un instant et lui saisit le poignet avant

qu’elle ait eu le temps d’accepter le contact.

— Écoute, ce n’est pas comme si toi ou moi avions prévu ça. Qu’est-ce

que nous aurions fait dans cette situation il y a un mois ?

— Rien, je suppose. Flâner à la fête foraine, peut-être.

Il leva un sourcil et la zieuta, et elle tira sur son T-shirt avec sa main libre.

L’atmosphère électrique suscitée par sa seule présence faisait battre son

cœur à toute vitesse. Comment était-elle censée composer avec une soirée

entière comme celle-là ? Quatre séances, c’était une chose. Un pur

fantasme. Ne jamais traverser dans la réalité. Une fréquentation,

intentionnelle ou non, était une tout autre chose.

— Écoute, nous avions une entente. Je ne veux pas brouiller les choses.

Elle s’applaudit mentalement pour son éloquence. Elle était drôlement

articulée.

Un sourire de travers se dessina sur son visage et il la conduisit vers

l’entrée.

— Ne prenons pas la chose plus au sérieux qu’elle ne l’est. C’est une

soirée à la fête foraine entre amis et non une proposition de mariage, O.K. ?

C’était peut-être sa taille monstrueuse ou la puissance dévastatrice de son

regard. Elle ne pouvait pas le dire exactement. Tout ce qu’elle sut, c’est

qu’elle hocha la tête en signe d’approbation avant que le reste de son corps

ait le temps de soupeser une décision. Quelques minutes plus tard, ils se

promenaient sur le terrain, s’émerveillant devant l’assortiment de kiosques

de repas bizarres.

Il pointa un doigt vers le kiosque où un petit homme rondelet passait l’un

après l’autre des cartons de bonne ou de mauvaise nourriture grasse, selon

la préférence des personnes.

— Des barres de chocolat frites avec des petits morceaux de bacon ? Il

faut que nous essayions ça.

— Je pense que je vais passer mon tour, merci.

Elle fit la grimace et il éclata de rire, lui adressant un sourire aux dents

d’un blanc éclatant. Merde, il devait bien y avoir quelque chose chez lui sur

quoi elle pourrait se concentrer pour passer à travers du reste de la soirée.

Est-ce qu’au moins son nez n’aurait pas pu être croche, ou ses épaules

moins larges ? Quelque chose, n’importe quoi, pour la distraire du fait qu’il

semblait être tombé du ciel à la recherche de son marteau comme le dieu

Thor.

— À ta guise.

Il haussa les épaules et passa devant elle, une vue de son dos lui rappelant

que oui, il était également parfait sous cet angle. Frustrant.

Il fallait à tout prix qu’elle trouve quelque chose pour se changer les

idées. Quelque chose à faire ensemble. Autre chose à quoi penser qu’à la

chaleur de la main autour de son poignet.

— Hé, tu veux jouer à un jeu ?

Elle s’arrêta net en regardant autour d’elle pour se situer. Il y avait des

rangées de jeux de fête foraine de chaque côté d’eux — des dards pour

crever des ballons, des fusils à eau, des poissons rouges à gagner —, tous

les classiques. Une des attractions allait sûrement retenir son attention.

— Quel prix veux-tu ? demanda-t-il en lui adressant un de ses petits

sourires arrogants bien à lui.

— Qu’est-ce qui te rend si sûr de pouvoir gagner ?

Elle sourit malgré elle. Et pourquoi pas ? Ils étaient des amis. En quelque

sorte. Les gens s’amusaient avec leurs amis.

Son sourire menaça de se transformer en un rire quasi hystérique pendant

une seconde avant qu’elle parvienne à se ressaisir.

— Je suis un spécialiste des jeux de fête foraine.

Elle leva les yeux au ciel et indiqua le poisson rouge.

— Je pense que je peux gagner un poisson toute seule.

— Et si tu n’y arrives pas ? Qu’est-ce que j’obtiens ?

Un sentiment de terreur et d’excitation familier la traversa et elle

s’aperçut qu’elle reculait, les mains levées en signe de reddition.

— Oh non, j’ai déjà perdu à ce petit jeu. Je ne vais pas là.

— Allez, qu’est-ce que tu es, une poule mouillée ?

Il l’appâtait et elle serait stupide de mordre à l’hameçon. Pourtant, ses

paroles l’agaçaient. Elle baissa les bras et les posa sur ses hanches en le

fixant des yeux.

— Je ne suis pas une poule mouillée. J’ai seulement un code de conduite

qui m’interdit de relever deux défis à la fois, mentit-elle.

— Alors, mettons les enjeux super bas. Disons que si tu ne gagnes pas de

poisson pour toi-même et que j’en remporte un pour toi, alors tu devras

monter dans la grande roue avec moi.

Sa peur des hauteurs était légendaire. Elle était effrayée quand elle sautait

d’un peu trop haut. Et pourtant… Elle s’était promis que le temps qu’elle

allait passer avec Rafe serait une pure fantaisie. Une coupure par rapport à

la réalité. Une façon d’étendre ses ailes, d’affronter ses peurs et de regagner

une partie de la confiance qu’elle avait perdue en elle-même. Elle n’avait

aucune raison de ne pas s’en tenir à cet aspect du plan, même si cette soirée

ne faisait pas vraiment partie de leur entente.

— C’est d’accord.

Elle marcha jusqu’au petit kiosque rouge et planta fermement ses pieds

sur le sol comme un lanceur sur le monticule. Elle ne faisait pas ça que pour

un poisson à l’espérance de vie de quatre jours. Elle le faisait pour

l’honneur. Pour la gloire. Pour les femmes de partout qui avaient le vertige.

Elle posa l’argent sur le comptoir et songea brièvement à cracher sur le

sol comme un joueur de baseball professionnel, mais elle adressa plutôt à

Rafe un sourire qu’elle espérait impertinent et il eut la courtoisie de paraître

tout à fait indifférent. Peu importait. Elle allait lui démontrer son talent.

Le forain déposa trois balles de ping-pong devant elle et elle le remercia

d’un hochement de tête.

— Es-tu prêt à voir comment une pro fait ça ? demanda-t-elle.

— Il y a quelqu’un qui passe avant toi ?

Il rit de sa propre blague et elle s’étira le bras, puis lança la balle par-

dessus tous les bols de poissons rouges, et celle-ci alla rouler dans l’herbe

pour atterrir de l’autre côté du kiosque. Un garçon d’environ cinq ans la

ramassa, puis la lança à son tour, et elle atterrit directement dans un des

bols.

— Maman, regarde, dit-il, j’ai réussi.

Sa mère lui prit la main et l’entraîna, les paupières déjà à demi fermées de

fatigue.

— Ça compte, s’empressa de dire Courtney.

— Tu parles !

Elle renonça à essayer de le faire changer d’avis et regarda le petit

homme avec des yeux écarquillés pour solliciter sa sympathie, mais il se

contenta de rire et secoua la tête. Les hommes. Ils se soutenaient toujours

les uns les autres.

— D’accord. Je ne faisais que me réchauffer. Parfois, je suis trop forte.

Elle se lécha l’index pour vérifier la direction du vent, puis lança la

deuxième balle. Elle atterrit au milieu des bols, mais sans en pénétrer un

seul.

— Veux-tu que je souffle vraiment fort pour voir si elle bouge ? la

taquina-t-il.

— Non.

Maintenant, elle était vraiment déterminée. Elle planta de nouveau les

pieds dans l’herbe, pratiquant son lancer quelques fois, se remémorant la

chanson thème de Rocky pour s’inspirer.

— Tout est dans le mouvement du poignet.

— J’ai déjà entendu ça, répondit Rafe avec ce qui était probablement un

faux bâillement.

— Tu vas voir.

Elle plissa les yeux dans sa direction et tourna rapidement son poignet.

En fait, elle le tourna tellement que la balle atterrit derrière elle dans

l’herbe.

— Wow, tu m’as bien eu. Je ne l’avais pas vue venir, celle-là.

Elle s’élança pour prendre la balle, mais il l’attrapa avant que ses doigts

se posent dessus.

— Laisse-moi te montrer comment un vrai pro fait ça.

Il se mit en position et au moment exact où il allait lancer la balle, elle

cria :

— Attends ! Fais-le de dos. Quitte ou double.

Ah. Laissons-le essayer ça. C’était impossible qu’il…

Plunk.

Elle ne savait trop si c’était le son de la balle tombant dans le bol ou si

c’était simplement celui de son cœur qui lui tombait dans l’estomac. Sans

même s’arrêter pour évaluer la distance, il s’était tourné et avait sans

hésitation lancé la balle dans le bol le plus près. Un coup parfait.

— J’ai pensé t’épargner l’humiliation de continuer.

Il lui adressa un clin d’œil et prit le poisson rouge.

— Maintenant, il ne te reste plus qu’à lui choisir un nom.

Personnellement, j’aime bien Gil. Ça me semble un bon nom pour un

poisson.

— As-tu toujours été comme ça et je ne l’aurais simplement jamais

remarqué ? demanda-t-elle en se dépêchant à le rejoindre dans la file pour

acheter les billets.

— Charmant ? Plein d’esprit ?

Exactement. Elle l’avait vu agir ainsi avec les autres, faisant des blagues

et badinant, mais entre eux, les choses lui avaient toujours paru tendues.

C’était la première fois qu’elle voyait ce côté de Rafe. Et elle l’aimait

beaucoup plus qu’elle ne l’aurait dû, mais elle n’allait sûrement pas le lui

dire.

— Irritant.

— Oui.

Il acheta les billets et s’éloigna en se dirigeant déjà vers la grande roue.

— Mais tes insultes ne vont pas me distraire. Viens, poule mouillée.

Elle s’arrêta un moment pour se ressaisir. Une respiration profonde,

apaisante, se rappela-t-elle. Plutôt que de se confronter à une seule peur ce

soir, elle allait se confronter à toutes. En même temps.

Et la principale d’entre elles se tenait déjà debout en file pour le tour et

lui faisait signe de venir le rejoindre.

Ab-so-lu-ment. Par-fait.

* * *

 

Dès le moment où démarra la « roue de la mort », comme l’avait baptisée

Courtney, il s’était donné pour objectif de s’assurer qu’elle n’allait pas

mourir d’une crise de panique. À mesure qu’ils prenaient de la hauteur, elle

s’approchait de la barre de sécurité, essayant de toute évidence de lui cacher

qu’elle la serrait si fort que ses jointures en étaient devenues blanches.

— Mierda ! murmura-t-elle.

Il se tourna vers elle.

— Tu parles espagnol ?

Son visage avait pâli et elle ne le regarda pas.

— Non. Je veux dire, pas vraiment. J’aime les langues, alors j’essaie de

les apprendre à temps perdu.

— Toutes ? demanda-t-il d’un air incrédule.

— Idéalement. Mais mon objectif, c’est d’en apprendre sept au cours des

25 prochaines années.

Il résista à l’envie de sourire en entendant cette petite information, parce

que malgré ses tentatives pour lui changer les idées, elle portait encore toute

son attention sur la barre de sécurité devant eux.

— Tu n’as jamais vraiment monté dans une grande roue avant ?

— Écoute, peut-être que tu fais du tir au pigeon d’argile et, je ne sais pas

trop, du saut extrême, mais ce n’est pas tout le monde qui aime prendre des

risques comme ça.

Elle se força à émettre un rire qui finit par ressembler davantage à un

gémissement.

Il comprit très rapidement que ce n’était plus le moment de faire des

blagues. Elle avait vraiment peur. Il s’en voulut de l’avoir attirée là.

— Hé, regarde-moi. Tout va bien aller.

Il tendit la main et posa les doigts sous son menton, puis attira son visage

vers lui. Pendant un moment, elle resta concentrée sur le sol, puis tout à

coup, leurs regards se croisèrent. Il éprouva brièvement l’envie de retirer sa

main tellement l’atmosphère était électrique entre eux à cet instant, mais il

résista.

Il lui caressa plutôt la mâchoire, attrapant quelques mèches de ses

cheveux.

— Tout va bien, murmura-t-il.

Elle hocha la tête et s’éloigna de la barre en penchant la tête dans sa

main. Leurs genoux se frôlèrent dans l’espace minuscule puis, tout à coup,

la main de Rafe entoura son cou, caressa sa nuque, puis devint immobile

quand elle se rapprocha pour poser doucement sa bouche contre la sienne.

Elle grogna, se pressant davantage contre lui, refermant ses bras autour de

son cou.

Dieu qu’elle sentait bon. Comme une pêche. Il glissa sa langue entre ses

lèvres pour la goûter. Elle réagit immédiatement, pressant ses seins contre

lui, lui rendant son baiser de tout son cœur. Ce qui avait débuté comme un

geste de réconfort s’était transformé en un instant et il émit un sourd

grognement de gorge, le désir le traversant par vagues.

Lorsque la roue s’immobilisa tout à coup, il était beaucoup trop tôt. Il

était encore hébété quand il vit qu’ils se trouvaient tout en bas et que c’était

leur tour de sortir. Courtney partit si précipitamment qu’il s’étonna qu’elle

ne laissait pas une traînée de poussière derrière elle. Il sortit lentement en

tenant le poisson rouge devant lui, se servant stratégiquement du pauvre Gil

pour camoufler son érection.

Quand il l’aperçut finalement debout parmi la foule, elle put à peine

croiser son regard et tira plutôt sur son T-shirt en fixant intensément le sol.

Il avait vraiment tout gâché. Elle l’avait peut-être embrassé en premier,

mais il avait pris une entente avec elle. Quatre séances. Aucune attache. Ce

n’était pas seulement pour le bien de Courtney. C’était pour eux deux. La

raison pour laquelle c’était si sensé en principe, c’était parce qu’ils

s’entendaient merveilleusement bien sur le plan sexuel, mais ne

souhaitaient nullement tomber amoureux. Elle, pas maintenant. Lui, jamais

plus.

Cette pensée raffermit sa résolution, et il s’approcha d’elle avec prudence.

Amants trois autres fois et amis à partir de maintenant. C’était ça le plan.

— Hé, tu as survécu, dit-il en essayant de recréer l’atmosphère légère du

début de la soirée.

Elle lui sourit à demi, ses cils lui cachant encore les yeux.

— Apparemment.

— Tu sembles déçue. La seule solution à ça, je pense, c’est le bacon au

chocolat.

— Ouais, ça m’achèverait sûrement.

— Ça ou tu pourrais essayer le jeu de dards. Tu vises si bien que tu

risquerais de t’empaler.

Elle laissa échapper un rire sincère et il l’amena faire une autre

promenade sur le terrain. Après avoir essayé davantage de mets qu’ils ne

l’auraient dû, y compris du bacon recouvert de chocolat, ils titubèrent

jusqu’au stationnement, leurs ventres près d’éclater. À chaque pas qu’ils

faisaient, les lumières faiblissaient derrière eux et au moment où ils

atteignirent la rangée où ils s’étaient stationnés, il faisait pratiquement noir.

Il s’arrêta devant l’auto de Courtney et ils commencèrent à parler tous

deux en même temps.

Rafe s’arrêta et attendit qu’elle poursuive.

— Je sais que c’était…

Elle s’éclaircit la gorge et secoua sa chevelure dans son dos.

— … un peu bizarre au début, mais je veux que tu saches que je me suis

vraiment bien amusée ce soir. Je… euh… je suis contente de ne pas avoir

laissé tomber après la grande roue.

— Ouais, c’était très amusant.

Ils demeurèrent silencieux pendant un moment, s’observant l’un l’autre.

Finalement, il rompit la tension.

— Écoute, ça n’avait pas d’importance, le baiser. Tu peux l’attribuer à la

peur et à l’adrénaline, O.K. ?

— C’est sûr.

Elle hocha la tête si vigoureusement qu’il était certain qu’elle aurait un

torticolis le lendemain.

— Bonne idée, termina-t-elle.

Elle se précipita vers la portière de sa voiture, puis revint immédiatement

vers lui avant qu’il ait fait un seul pas.

— J’oubliais Gil.

Elle tendit une main pour le prendre.

— Oui, c’est vrai.

Il hocha la tête et le lui passa. Elle croisa son regard pendant une autre

minute intense avant de monter dans sa voiture et de démarrer le moteur.

Il attendit jusqu’à ce qu’elle soit sortie du stationnement avant de marcher

lentement vers sa propre voiture. Qu’est-ce qu’il lui avait donc pris ? Il

avait laissé le plaisir simple de la soirée et la compagnie agréable lui

brouiller les sens et l’avait fait agir comme un quart-arrière d’école

secondaire qui avait un béguin pour la chef des meneuses de claques. Plus

tôt il allait arrêter cette merde, mieux ce serait, avant qu’il gâche vraiment

tout. Il avait promis à Courtney de lui faire connaître le BDSM et de lui

donner la possibilité d’explorer sa sexualité avec lui, et il allait livrer la

marchandise. Mais ça et son amitié, c’était tout ce qu’il avait à donner. Il

avait besoin de s’assurer que ni l’un ni l’autre n’oublieraient ça.

Maintenant, il fallait qu’il regagne au plus vite le terrain qu’il avait perdu

et qu’il s’assure qu’il ne reste aucune confusion dans leur esprit. Temps de revenir aux règles de base.

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