À sa merci - 3 (French Edition)

Christine Bell · Chapitre 4 sur 16

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À sa merci - 3 (French Edition)

Chapitre 4

 

A rrête un instant. Premièrement et surtout, est-elle énorme ?

Courtney ne put s’empêcher d’éclater de rire en croisant les yeux verts

pétillants de Cat dans le miroir de la salle de bain. Le fait de relâcher la

tension lui faisait du bien. Elle n’avait été qu’une boule de nerfs ambulante

pendant les 10 derniers jours, terrifiée à l’idée de tomber sur Rafe quelque

part sans avoir aucune idée de ce qu’elle lui dirait le cas échéant. Ajoutez à

cela une journée merdique à l’hôpital avec son nouveau patron et ce dont

elle avait exactement besoin, c’était une sortie entre filles avec Cat.

Elles se trouvaient chez Sully’s depuis moins d’une heure quand quelques

bières lui avaient délié la langue, et Cat l’avait pratiquement tirée dans la

salle de bain pour obtenir des détails croustillants à propos de Rafe.

— Eh bien, mets-toi à table, ma vieille !

Ses pommettes rougirent et elle secoua les épaules.

— Je ne l’ai pas vue. En fait, je n’ai pas vu grand-chose de quoi que ce

soit. J’avais…

Elle baissa la voix jusqu’à murmurer et jeta un coup d’œil autour d’elle

avant de poursuivre.

— … le visage contre le capot de l’auto pendant la majeure partie du

temps où les bonnes choses se produisaient.

L’éclat de rire de Cat se répercuta dans la pièce et Courtney lui fit signe

de se taire d’un air furieux.

— Nous sommes toutes seules ici, andouille. Comment ça, tu avais le

visage sur le capot ?

Cat passa un essuie-tout autour de l’évier pour l’assécher et se percha

dessus, les jambes croisées.

— Il est absolument impossible que tu sortes d’ici avant de m’avoir

donné tous les détails, dit-elle en plissant les yeux au moment où Courtney

jetait un coup d’œil vers la porte. Si tu as envie de te précipiter à l’extérieur,

alors fais-le, mais je te le dis tout de suite, tu n’y arriveras pas. Je porte des

espadrilles et toi, des sandales à talons hauts. Je vais te rattraper comme une

foutue gazelle si nécessaire.

Courtney n’avait aucun doute à ce sujet, mais elle soupesait encore ses

options en se demandant s’il serait moins douloureux pour elle de revivre

cette rencontre à voix haute que de se faire attraper comme une gazelle

quand on frappa à la porte.

— Il y a quelqu’un là-dedans ? fit une voix aiguë.

Le soulagement doit avoir été évident sur son visage parce que Cat fit le

geste de se trancher la gorge en signe d’avertissement avant de répondre :

— Oui. Je suis désolée, mais ça va prendre un moment. Mauvaise bouffe

thaïlandaise.

Pour faire bonne mesure, elle émit un long et fort grognement.

— Il y a une autre salle de bain derrière la piste de danse.

Elle n’obtint pas de réponse, puis le son cliquetant de talons sur un

plancher de bois se fit entendre en s’éloignant. Après quelques secondes,

elle fit signe à Courtney de s’approcher avant de poser son menton sur ses

poings comme une enfant attendant une histoire avant de se mettre au lit.

— Continue.

Avec un soupir résigné, Courtney se laissa tomber dans la minuscule

chaise pour coiffeuse dans le coin. Il y avait une époque, avant qu’elle

déménage en Nouvelle-Angleterre l’an dernier et qu’elle rencontre Shane et

ses amis, où une pareille conversation aurait été impossible. L’époque où il

ne lui restait aucune amie avec qui aller prendre un verre ou bavarder à

propos des gars. À cause de Wes.

Son estomac se noua en se souvenant de cette époque et elle écarta ces

pensées sombres. Elle était ici maintenant, et elle avait quatre super amis et

un… quoi que ce soit que Rafe ait pu être. L’important, c’était qu’elle voulait partager les bonnes choses avec Cat. Peut-être qu’en lui racontant

l’épisode, elle réussirait enfin à comprendre clairement ce qui s’était passé.

— O.K., alors qu’est-ce que je t’ai déjà dit ?

— Rien, répondit Cat avec un reniflement de dégoût. Tu as dit que tu

avais eu une « conversation gênante », puis que les choses étaient devenues

étranges, puis tu as arrêté de venir nous voir comme une sauvage.

Elle méritait cette pique. Elle avait sauté le 5 à 7 de vendredi dernier et un

voyage d’une journée au lac dans le but d’éviter Rafe, et Cat avait raison

d’en être irritée. Elle espérait qu’une fois qu’elle lui aurait tout raconté, elle

comprendrait. Maintenant commençait la première phase, qui consistait à

apprendre de nouveau à faire confiance à quelqu’un. Elle prit une gorgée de

sa bière et s’enfonça plus profondément dans son siège. Ça allait prendre un

bon moment.

— Tout a commencé à la réception, débuta-t-elle lentement en essayant

de ne pas accorder d’attention à la sensation bouillonnante qui montait dans

sa poitrine pendant qu’elle racontait l’histoire.

Il était si étrange qu’en s’attendant à être dominée, elle se souvienne de

ce que c’était que de se sentir faible, parce que pendant ces moments avec

Rafe, elle ne s’était jamais sentie aussi sexy ou aussi forte.

Quand elle arriva à la partie où il avait déchiré sa culotte, elle souriait

comme une adolescente parlant de son premier béguin important et Cat

l’écoutait bouche ouverte, les yeux écarquillés.

— Tellement érotique, murmura-t-elle en portant les doigts à sa gorge.

— Je ne t’ai pas encore tout raconté. Les choses qu’il a dites.

Courtney s’éventa le visage et secoua la tête, ne sachant trop comment

traduire ses sentiments en mots.

— La façon dont il les a dites… ajouta-t-elle.

— Il t’a fait sentir comme si tu étais la femme la plus sexy, la plus

désirable sur terre, murmura Cat d’un air révérencieux tandis qu’un sourire

mystérieux se dessinait sur ses lèvres. Shane fait ça aussi, bien que peut-être

pas de la même façon. Mais c’est extraordinaire.

Les liens que Cat venait de tracer entre sa relation avec son futur mari et

la quasi-aventure d’un soir avec Rafe contribuèrent à la ramener

brusquement à la réalité.

— Ce n’est pas la même chose, dit Courtney en s’éclaircissant la gorge et

en se remettant sur pied. De toute façon, poursuivit-elle d’un ton radieux, tu

voulais savoir pourquoi tu ne m’avais pas vue pendant tout ce temps. C’est

pour ça. Nous sommes partis chacun de notre côté, mais pas avant qu’il me

lance une sorte de défi. La prochaine fois que je vais le voir, je suis censée

lui dire si je veux faire quelques séances avec lui ou oublier que ça s’est

produit.

Comme si je le pouvais.

Cat inclina la tête, mais semblait se sentir un peu mal.

— Wow. C’est quelque chose.

— Tu vas bien ? Tu sembles avoir le cœur au bord des lèvres.

— Non, ça va. Alors… hum… tu as pensé à ce que tu allais faire si tu

tombes sur lui par hasard ?

La meilleure question était : avait-elle pensé à quoi que ce soit d’autre ?

Elle haussa les épaules et se dirigea vers la porte, puis retourna dans le bar,

Cat sur ses talons.

— Évidemment. Mais j’essaie de garder l’esprit clair. Ça me déplaît de ne

pas pouvoir être avec vous, et si j’accepte la proposition de Rafe, j’ai peur

que les choses deviennent bizarres entre nous après que ce soit terminé et

que ça perturbe la dynamique de groupe davantage que ça l’a déjà fait.

Et parce que j’ai une peur bleue de ce qu’il me fait éprouver, s’empêcha-

t-elle d’ajouter. La confiance, c’est une chose, mais mettre son âme à nue,

même devant son amie, devrait attendre un autre jour.

— Il y a toujours eu une tension entre vous. Ça ne sera probablement pas

plus bizarre qu’avant, intervint Cat en ralentissant le pas jusqu’à ce que

Courtney doive s’arrêter pour éviter de hurler le long du corridor pour

répondre.

— Eh bien, heureusement, je peux prendre tout le temps dont j’ai besoin

pour penser à ça. Quand Lacey reviendra de sa lune de miel, nous pourrons

toutes les trois sortir ensemble, mais je vais éviter les garçons jusqu’à ce

que je sois sûre de ma décision.

Elle gardait un ton léger, mais elle se sentait un peu découragée… Vide.

Elle s’était sentie bien au moment où elle avait raconté ce qui s’était passé

entre Rafe et elle, mais maintenant, ça ne servait qu’à lui rappeler à quel

point ça avait été renversant.

Et elle n’avait même pas conté à son amie la meilleure ou la pire partie.

Après un trop grand nombre d’exercices solitaires futiles et de rencontres

avec des petits amis qui avaient débuté de manière si prometteuse, mais

s’étaient dégradées trop tôt, son périple sexuel dans la vie avait dans

l’ensemble été frustrant. Jusqu’à ce soir où, en moins d’un quart d’heure et

apparemment sans aucun effort, Rafe Davenport s’était servi de ses mains

magiques pour lui accorder son premier et seul orgasme.

De toute sa vie.

Elle incorporait ce petit rappel au reste de sa liste embrouillée de pour et

de contre quand Cat lui agrippa le bras et l’arrêta.

— Écoute, Court, il y a une chose que je dois te dire.

Le visage de son amie débordait d’inquiétude et l’estomac de Courtney se

noua.

— Et je suis pratiquement certaine que ça va te mettre en colère, termina-

t-elle.

* * *

 

— Tu veux partager un pichet ou tu veux un scotch ? fit Shane par-dessus

son épaule tandis qu’il se frayait un chemin jusqu’au bar.

— Étonne-moi.

Rafe prit son troisième et dernier dard, se demandant s’il n’allait pas

marcher jusqu’à la cible et le planter en plein centre quand Shane ne

regarderait pas seulement pour se payer sa tête. Il y renonça, surtout parce

qu’il se sentait passablement reconnaissant envers le gars. Son appel téléphonique lui avait épargné une autre nuit à rôder dans la maison,

impatient comme un lion en cage.

Le travail était stressant, mais c’était normal pendant les mois les plus

chauds. À mesure que la température grimpait, les gens devenaient plus

susceptibles et les crimes violents montaient en flèche. Mais s’il était

honnête avec lui-même, il y avait davantage que ça. Depuis le moment où il

avait lancé ce défi à Courtney, il ne pouvait songer à pratiquement rien

d’autre. Il imagi-nait — ou espérait, peut-être ? — qu’elle vivait le même

tourment, même si ça lui semblait peu probable. Si son absence constituait

un quelconque signe, elle avait soit opté pour un refus non verbal, soit

qu’elle l’évitait comme la peste.

Aucune des deux options ne lui plaisait, et le soulagement qu’il avait

éprouvé en sortant de la maison s’évapora immédiatement. Il était peut-être

temps d’admettre sa défaite et de tourner la page. Il visa la cible et laissa

s’envoler le dard au moment où il entendait quelqu’un retenir son souffle

derrière lui.

Son cœur s’accéléra quand il se tourna et aperçut Courtney debout près

du corridor menant aux toilettes. À en juger par ses joues empourprées et

ses yeux étonnés, elle ne s’attendait pas à ce qu’il soit là.

Cat s’avança entre eux et le salua de la main.

— Salut, Rafe ! Tu es ici. Je n’étais pas certaine que vous viendriez tous

les deux.

Elle frotta son nez mutin — peut-être pour l’empêcher de s’allonger ? —

et lui adressa un petit sourire tremblant.

Avant que Rafe puisse répondre, Shane se dirigea vers eux avec un pichet

de bière blonde à la main.

— Salut, chérie.

Il regarda sa fiancée, inconscient du mélodrame qui se jouait autour de

lui, et émit un petit sifflement.

— Tu es superbe, ce soir.

Il passa son bras libre autour de l’épaule de Cat et la tira vers lui pour un

rapide et fervent baiser.

Cat s’écarta et lança un regard misérable dans la direction de Courtney

pendant qu’elle prenait le pichet de la main de son homme et le dépo-sait

sur la longue table de chêne.

— Pourquoi n’allons-nous pas voir Sully et nous rapporter, à Courtney et

à moi, deux verres givrés ? lui proposa-t-elle.

En souriant, il écarta l’idée du revers de la main.

— Assieds-toi, je vais…

Il s’interrompit en voyant son regard entendu sous ses sourcils froncés et

lui adressa un coup d’œil perplexe avant d’incliner la tête.

— Ouais, bien sûr. Je ne comprends pas trop pourquoi ça nécessite deux

personnes, mais faisons-le.

Elle leva les yeux au ciel en bredouillant quelque chose tandis qu’elle le

tirait vers le bar. Une seconde plus tard, Rafe se retrouvait seul avec

Courtney.

Il lui adressa un sourire pincé, mais c’était difficile parce qu’elle était si

magnifique qu’il avait du mal à se concentrer. En talons hauts,

naturellement, juste pour tourner un peu le fer dans la plaie. Des sandales à

talons compensés, pour être exact, dans un arc-en-ciel de couleurs qui lui fit

penser à la lumière du soleil. Et à baiser. Il l’observa de bas en haut,

s’imprégnant de son petit corps musclé, vêtue pour la chaleur étouffante

d’un short qui lui fit espérer une partie de billard avec elle et d’un haut

jaune citron qui mettait ses courbes en valeur de la plus jolie façon. Ses

longs cheveux épais étaient relevés en une toque lâche qui le fit

immédiatement fantasmer à l’idée de la détacher.

Ou de lui ordonner de la défaire pour lui après qu’il l’ait déshabillée pour

pouvoir regarder tomber ces boucles en une chute soyeuse sur ses

superbes…

Il s’empressa de chasser ces pensées. Il ne servait à rien d’attendre. Il

était un homme de parole et il avait déjà brisé une promesse qu’il lui avait faite. Il allait tenir celle-là qu’elle le veuille ou non.

— Alors, qu’est-ce que tu as décidé ?

De toute évidence, elle n’avait eu aucune indication qu’il se trouverait là,

et il attendit les platitudes qui, il le savait, allaient venir. Peut-être qu’elle

lui servirait quelque plate excuse à propos d’une cafetière dangereuse

qu’elle avait oublié de fermer. Ou peut-être qu’elle allait rester quelques

minutes pour être polie et faire semblant qu’il y avait une urgence à

l’hôpital.

Mais il avait complètement tort.

Elle le fixait comme s’il était un scorpion montant la garde devant un

gâteau au fromage. Un mélange de désir et de peur passa sur ses traits et il

résista à l’envie de la mettre à l’aise. De lui offrir plus de temps. Mais

parfois, les meilleures décisions étaient celles que faisait une personne en se

fiant à son instinct plutôt que de laisser ses pensées compliquer les choses.

Temps de vérifier ton instinct, Courtney.

— Je n’essaie pas de te rendre la vie difficile, dit-il doucement. Je peux

partir si tu es mal à l’aise.

Parce qu’il était un gentleman et que, de toute évidence, on l’avait

amenée ici sous d’autres prétextes.

— Quand tu m’auras donné ta réponse, bien sûr, termina-t-il.

O.K., peut-être pas si gentleman après tout.

— Oui ou non, mon chou.

— Pourquoi tu n’arrêtes pas de m’appeler « mon chou » ?

Elle se lécha les lèvres et passa d’un pied sur l’autre.

Une tactique pour gagner du temps. Il réfléchit à sa question et haussa les

épaules. Il n’y avait pas de mal à lui répondre.

— Eh bien, premièrement, les choux peu-vent être à la crème et sont

tellement doux au goût…

Il s’approcha d’un pas et laissa son regard la parcourir de la tête aux

pieds.

— Ils sont jolis à regarder et je ne peux pas me trouver à trois mètres

d’un sans vouloir le goûter.

Elle regarda autour de la pièce comme si elle cherchait une sortie de

secours, mais quand elle croisa de nouveau son regard, elle parut plus

calme. Plus à l’aise. Ça y était. Elle allait dire non, puis partir. La minuscule

partie de son être qui lui donnait l’impression de se berner lui-même, que

tous les plans du monde n’arrêteraient pas cette femme de semer d’une

façon ou d’une autre le désordre dans sa vie, se sentit soulagée pendant que

le reste souffrait.

Mais elle chercha de nouveau à gagner du temps.

— Tu as dit que ce devait être la prochaine fois que je te verrais, lui

répondit-elle sur un ton nonchalant, l’inquiétude disparue de ses yeux. Je te

vois encore. Tu es droit devant moi. Je devrais avoir jusqu’à la fin de la

soirée.

Elle releva le menton en signe de défi et attendit.

Il admirait tellement son audace qu’il faillit laisser passer, mais, écoutant

plutôt son propre instinct, il insista.

— Quatre occasions distinctes, à ma discrétion, choisies parmi une liste

de possibilités déjà convenues entre nous, en précisant qu’une relation

sexuelle pleine et entière demeure à ta discrétion. Je ne peux pas promettre

que ça te fera changer d’avis, dit-il doucement en se penchant pour

s’assurer qu’elle seule pouvait l’entendre, mais je te promets de te faire

jouir tellement fort que tu en verras des étoiles. Encore et encore. Et tu peux

être sûre de ça. Dernière chance, Courtney. Un.

Elle battit rapidement des cils tout en se mordant la lèvre.

— Deux…

— O.K., cria-t-elle avant de regarder autour d’elle et de baisser la voix.

O.K. J’accepte.

L’exaltation l’envahit tout entier et il lutta contre ses plus basses pulsions

qui lui donnaient envie de la prendre dans ses bras et de l’amener ailleurs.

Ils avaient encore beaucoup de décisions à prendre et il avait besoin de temps pour établir un plan. Il n’avait pas exagéré non plus quand il lui avait

dit qu’il voulait également l’aider. Le fait de lui enseigner à s’abandonner à

la sou-mission intérieure dont elle lui avait déjà révélé un soupçon allait lui

donner du pouvoir d’une façon qu’elle ne pouvait imaginer en ce moment.

Il devait faire en sorte que ce soit parfait.

Et quand cette petite partie agaçante de lui surgit encore à son esprit, il

l’écrasa une dernière fois. Ils règleraient les détails auparavant et tout serait

parfaitement clair.

Ça ne pourrait pas rater.

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