À sa merci - 3 (French Edition)

Christine Bell · Chapitre 14 sur 16

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À sa merci - 3 (French Edition)

Chapitre 14

 

R afe frappait à tour de bras le ballon rapide sur pivot, la sueur lui brûlant

les yeux. Il y avait un mois qu’il ne l’avait pas vue. Quatre semaines, trois

jours et — il jeta un coup d’œil à l’horloge sur le mur sale du gymnase —

une heure. Ça lui paraissait une éternité et il n’était pas davantage à l’aise

avec sa décision qu’il l’avait été au moment de la prendre. En fait, il se

sentait encore plus mal.

D’après ce qu’il avait entendu dire, elle n’allait pas beaucoup mieux. Elle

préférait vivre son malheur seule. Même si ça l’aurait abattu d’entendre dire

qu’elle s’était retrouvée avec un autre gars, il détestait le fait qu’elle

souffrait. Détestait l’imaginer triste.

Comme il n’était pas encore assez épuisé mentalement et physiquement

pour s’arrêter, il passa au sac plus lourd quand une voix le fit s’arrêter au

milieu d’un coup.

— Tu as besoin d’un partenaire d’entraînement ou tu vas continuer à

battre les pauvres sacs de Georgie pendant le reste de la soirée ?

— Dis-le-lui, Galen, cria Georgie derrière le bureau à l’entrée, où il

regardait sur sa télé en noir et blanc un vieux match de boxe de Frazier

contre Ali. Nous étions censés fermer à 20 h ce soir.

Tous ceux qui fréquentaient le « gym de boxe de Georgie » — le « gym

de oxe de Georgie » parce que le B était tombé de l’enseigne 20 ans

auparavant — savaient que, de toute façon, Georgie ne rentrerait pas chez

lui avant minuit. Il avait toujours dit que le secret de son long et heureux

mariage reposait sur le fait que lui et Ruth ne passaient jamais plus de trois

heures dans la même pièce à moins d’y dormir.

Rafe se retourna et regarda son ami. Galen et Lacey avaient été jusqu’au

cou dans les couches, la peinture rose et la bave de bébé pendant les deux dernières semaines. Étrangement, son ami n’avait jamais paru plus heureux

— il remarqua les poches sous les yeux souriants de Galen et un sourire se

dessina sur ses propres lèvres — ou plus épuisé.

— Melina confond encore ses jours et ses nuits, hein ? demanda Rafe en

s’éloignant du sac et en ajustant le ruban adhésif sur ses mains.

Galen secoua les épaules et éclata de rire.

— Je suppose que oui, mais vraiment, je m’en fiche. C’est mon petit ange

et même si je ne dormais jamais plus, je mourrais heureux.

Rafe ne pouvait le contredire. La petite était vraiment mignonne, et Lacey

et Galen s’étaient engagés dans la parentalité comme s’ils étaient nés pour

ça. Ce qui lui fit se demander pourquoi, après être resté chez lui pendant des

semaines avec son nouveau bébé, son copain avait décidé de passer par

chez Georgie à 20 h 30, vêtu d’un pantalon de gym et d’un T-shirt taché de

ce que Rafe pouvait seulement espérer être des petits pois en purée.

— Cat t’a dit que j’étais ici.

Ce n’était pas une question. Il avait rencontré par hasard Cat et Shane sur

l’heure du midi et avait mentionné qu’il allait s’arrêter ici avant d’aller chez

Sully’s plus tard ce soir-là s’il pou-vait s’échapper. Dernièrement, la

solitude lui avait paru pire que jamais et les seuls moments où il se sentait à

demi normal, c’était quand il était occupé au travail ou entouré de gens.

Parmi lesquels ne figurait pas Courtney.

La première fois où c’était arrivé, Cat avait essayé de le questionner, mais

après des années d’amitié, elle reconnaissait un mur de pierre quand elle en

voyait un. Elle avait été un peu froide avec lui pendant les quelques

premières semaines, mais quand elle s’était rendu compte que la situation

était aussi difficile pour lui qu’elle l’était pour Courtney, elle s’était

radoucie. Maintenant, la bande était de nouveau ensemble, moins un

membre, et Cat et Lacey avaient démarré une activité parallèle — un trio

exclusivement féminin — avec Courtney.

Elles passaient beaucoup de temps à apporter leur aide avec le nouveau

bébé et c’était super pour Lacey, mais également pour Courtney. Il était heureux qu’elles soient près d’elle. Si elle éprouvait les mêmes sentiments

que lui, elle avait sûrement besoin d’amies autour d’elle. Mais il ne cessait

jamais d’avoir mal quand Shane lui disait que les filles se rassemblaient.

C’était stupide d’être jaloux que deux des amies qu’il aimait le plus passent

du temps avec la fille qu’il avait larguée.

Quel con.

Galen se racla la gorge et leva un sourcil.

— Tu veux boxer avec moi ou quoi ?

Il y avait un bon moment qu’il n’avait pas boxé avec Galen « le Cogneur

» Thomas et ça pourrait être exactement ce que le médecin aurait prescrit.

Qui sait ? Peut-être que l’an-cien champion poids lourd lui assènerait son

fameux crochet de la droite et l’assommerait pour un moment. Ce serait le

plus long repos qu’il aurait eu depuis un mois. Pourtant, son esprit était

davantage dans un mode « recherche et destruction » que dans un état

d’esprit d’entraînement, et il inclina la tête vers les gants d’entraînement

dans une boîte sur le plancher jaunissant.

— Je me sens mal de devoir frapper un homme avec des vomissures de

bébé sur sa chemise qui a probablement passé le dernier mois à manger du

macaroni au fromage en boîte. Mais tu peux me servir de sac de sable si tu

veux.

C’était une mauvaise décision et une dont il allait se repentir. S’ils

s’étaient entraînés, le protège-dents l’aurait tenu tranquille pendant un

moment, mais il pouvait voir Galen se préparer à le sermonner pendant

qu’il enfilait les gants.

— Écoute, mon vieux, je ne connais même pas toute l’histoire, mais je

n’arrive pas à imaginer ce qui pourrait s’être passé de si terrible pour que ça

ne vaille même pas la peine d’en parler et d’essayer de rafistoler les choses.

Je vous connais assez tous les deux pour savoir qu’il n’y a eu ni infidélité,

ni exploitation, ni drogues, ni vol. Alors quoi ?

Galen leva les mains, puis hocha la tête, indiquant à Rafe qu’il pouvait

commencer à frapper.

— Qu’y a-t-il de si grave pour que tu n’aies pas le courage d’aller la

trouver ?

Rafe frappa rapidement l’air d’un direct du droit suivi immédiatement

d’un direct du gauche. Bang. Bang.

N’obtenant pas de réponse, Galen insista.

— Trouve le moyen d’en parler avec elle et de voir s’il n’y a pas une

autre solution que d’être tous les deux seuls et malheureux. À moins que tu

ne persistes à agir comme un imbécile entêté.

Une pareille insulte aurait valu à la plupart des gars un direct à la

mâchoire, mais lui et Galen avaient traversé ensemble suffisamment de

situations pour comprendre de quoi il s’agissait vraiment. Sans doute une

fermeté affectueuse depuis longtemps réprimée. Ce qui ne l’empêcha pas de

se laisser aller à une volée de coups qui devait rendre douloureuses les

mains de son ami même avec les gants de protection.

— C’est bien, fit Galen en inclinant la tête. Encore rapide comme l’éclair.

Tu aurais dû passer chez les pros. Mais n’essaie pas de me distraire.

Réponds à la foutue question.

Rafe passa un avant-bras sur son visage en sueur et recula d’un pas. Il

vaudrait mieux régler ça tout de suite. Ça ne pouvait pas empirer les choses.

— Elle a omis de révéler quelques trucs importants.

— Comme quoi ?

Rafe se demanda jusqu’à quel point il devait lui raconter l’histoire, mais

il savait probable-ment déjà tout. Les secrets étaient difficiles à garder dans

leur groupe tissé serré. Il décocha un regard en direction de Georgie et dit

d’une voix tranquille :

— Apparemment, j’ai été le premier gars à lui faire avoir un orgasme.

Galen inclina lentement la tête.

— Ouais, Lacey a dit que c’était le prétexte que tu essayais d’évoquer.

Peut-être que je comprends mal la situation, mais je ne vois pas où est le

problème. Et ça n’en est sûrement pas un qui vaille la peine de rompre pour

ça. Alors, pourquoi ne pas me dire la vraie raison ?

Il le regardait de ses yeux bleus avec un air de défi et Rafe réprima un

soupir.

— On ne peut pas rompre si on n’est pas ensemble. Nous avions une

entente, fit-il en poussant un soupir d’exaspération, et il frappa un des gants

sans conviction. Elle pense qu’elle est amoureuse de moi. Je l’ai entendu le

dire à ta sœur.

— Parle-moi de ce que ce petit renseignement signifiait pour toi, fit

Galen en secouant ses larges épaules. Je ne peux pas te promettre que je

vais comprendre ou pouvoir te donner un conseil quelconque, mais ça

pourrait t’aider à te débarrasser de ce poids.

— Tu sais comment elle était au début. Quand Cat lui a parlé de mes

préférences sexuelles. Elle m’a pratiquement engueulé pour ça et déclaré

qu’elle ne s’abaisserait jamais à de pareils actes.

— Et est-ce que ça t’a paru comme un défi ?

Rafe réfléchit un bon moment avant de répondre.

— Peut-être, mais pas suffisamment pour faire quoi que ce soit. Ça n’en

valait pas la peine. C’était un de ces « Qu’est-ce que j’adorerais passer

quelques-unes de mes nuits avec ces jambes autour de moi et la faire

changer d’idée », mais rien de plus. Puis nous nous sommes retrouvés à ton

mariage et il y a eu ce truc avec la jarretière…

Il sentit sa bouche s’assécher en se souvenant de cette soirée. La façon

dont les désirs de Courtney avaient avivé les siens. La douceur de sa peau

sous ses doigts.

— Je me suis laissé prendre par elle. Nous nous sommes revus après la

réception et c’était…

Il s’interrompit, ne sachant trop s’il voulait partager ce qui avait été un

moment profondément intime ou s’il voulait faire comprendre à Galen à

quel point ils s’étaient découvert des atomes crochus. Il décida de

l’exprimer simplement.

— C’était foutrement bon, mec.

Galen inclina brièvement la tête pour signifier qu’il avait reçu le message

cinq sur cinq.

— Après ça, nous nous sommes emballés. J’aurais dû m’y attendre.

Comprendre que ça allait trop loin. Peut-être que je l’ai vu, mais que je ne

voulais pas y faire face. Il ne s’agissait pas que des séances. Nous avons

parlé d’une manière qui ne m’était pas arrivée avec une femme depuis…

Il s’interrompit de nouveau, laissant son ami combler l’espace.

Galen retira ses gants, l’air pensif. Une autre minute s’écoula et Rafe

avait pratiquement décidé de ne pas répondre quand il leva finalement les

yeux vers lui.

— Tu es un foutu idiot.

Rafe cligna des yeux en direction de son ami et se redressa.

— Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ?

— Tu vas perdre la meilleure femme que tu aies jamais rencontrée parce

que tu es trop entêté et trop lâche pour prendre un risque. À mon avis, ça

fait de toi un idiot de première.

— Tu tiens pour acquis que ce qu’elle croit ressentir est réel. Ça pourrait

n’être rien de plus que le fait d’avoir été le premier gars de sa vie avec qui

elle ait eu une relation sexuelle satisfaisante.

— Elle a changé. C’est évident. Elle est tellement confiante et sûre d’elle,

même maintenant alors qu’elle a le cœur brisé. Elle a eu le cran de faire

congédier son imbécile de patron à l’hôpital pour avoir abusé du personnel,

elle a affronté Cat. Comme si elle savait qui elle est et ce qu’elle veut. Je

déteste dire ça, mais…

La voix de Galen débordait d’empathie et Rafe se raidit contre le coup

imminent.

— Tu y étais pour beaucoup dans ce changement. Tu l’as aidée à

surmonter son passé merdique avec son ex. Tu lui as dit comment elle

devait écouter son instinct et à quel point elle est intelligente et forte et a

besoin de se faire confiance. Puis elle l’a fait et, que tu veuilles l’admettre

ou non, elle est tombée amoureuse de toi. Ensuite, tu as fait volte-face, l’a larguée et agi comme si tu ne pouvais faire confiance à ses sentiments. À

mes yeux, tu as agi stupidement. Sois honnête avec toi-même. Tu es fou

d’elle aussi et tu as trop peur pour l’avouer.

Merde. Galen avait toujours eu un bon crochet du droit. Rafe lui lança un

regard furieux, mais ce n’était qu’une colère de surface. Il ne répondit pas,

perdu dans ses pensées, et une minute plus tard, Galen interrompit ses

réflexions.

— Je dois retourner auprès de Lacey et du bébé, mais réfléchis au moins

à ce que je t’ai dit, tu veux bien ?

Rafe servit à son ami un grognement évasif, mais Galen n’avait pas à

s’inquiéter. Rafe était pratiquement certain qu’il ne pourrait penser à rien

d’autre dans un avenir prévisible.

Il retourna vers le sac lourd et lui décocha un grand coup. Quoi qu’ait dit

son ami, il y avait une chose dont il était certain. S’il mettait son cœur en

jeu et que Courtney le brisait, ça le détruirait. Peut-être encore davantage

que la mort de Monica. Il l’avait aimée à la façon dont un garçon adorait

son premier amour et la culpabilité découlant de ce qu’il avait accepté

comme étant son rôle dans sa mort avait brisé son cœur encore davantage.

Mais ce qu’il éprouvait pour Courtney était différent. Complexe. Profond. Il

pouvait envisager un avenir avec une femme comme elle. Une vie. L’image

brillait à l’horizon comme une étoile inaccessible.

Il lui fallut encore trois quarts d’heure pour s’épuiser parce qu’il était têtu

comme ça, mais en fin de compte, la situation devint claire comme le

cristal.

Galen avait raison. Après toutes ces belles déclarations à Courtney à la

suite du cambriolage, il laissait encore la peur le dominer, se résignant à une

vie solitaire… à une vie sans elle pour n’avoir plus jamais à risquer de

nouveau d’avoir le cœur brisé. Mais chaque jour depuis leur rupture avait

été une torture.

Il comprenait finalement.

Et maintenant, alors qu’il avait si profondément blessé Courtney, il n’était

pas certain qu’elle veuille lui pardonner un jour.

Maintenant, alors qu’il avait manqué à ses engagements envers elle en la

convainquant de se faire confiance puisqu’il était parti quand elle y était

parvenue.

Maintenant, alors qu’il était probablement trop tard pour réparer ça.

Mais cela n’allait pas l’empêcher d’essayer.

Il tapa un court texto sur son téléphone, salua Georgie d’un signe de la

main, puis se dirigea vers la porte.

— Va la chercher, le jeune.

* * *

 

— Si tu crois que je vais monter là-dessus, tu es encore plus folle que tu le

parais, dit Courtney en regardant le taureau mécanique comme s’il était en

feu.

— Tu ne risques absolument rien, dit Cat en agitant son crayon. Et sinon

— elle tenait dans l’air la feuille de papier portant sa signature —, la clause

de renonciation dit que tu as droit à 10 000 dollars en cas de mort subite ou

de démembrement.

— Oh, alors, c’est différent. Inscris-moi.

Cat plissa les yeux, scrutant le visage de Courtney.

— C’est du sarcasme, non ? Alors, tu dis encore que tu ne vas pas essayer

ça ?

Courtney soupira et acquiesça.

— C’est exactement ce que je dis.

Elle fit des yeux le tour de la grande pièce décorée de crânes de vache, de

lassos et de selles, et se demanda pour la dixième fois depuis qu’elles

étaient arrivées pourquoi elle avait accepté d’y venir. La danse en ligne ne

lui plai-sait pas.

Ce n’était pas la faute de Cat non plus, mais elle avait eu l’intention

depuis un moment de monter un taureau mécanique et, après une tentative

ratée quelques années auparavant — qui avait entraîné au moins une fracture —, elle avait songé à réessayer. Ça ressemblait tellement à Cat de

porter à un tout autre niveau l’idée de « tomber de cheval et de se remettre

tout de suite en selle ».

— D’accord. Nous ne sommes même pas obligées de rester toute la

soirée. Nous allons écouter l’orchestre et prendre un verre pendant que

j’attendrai mon tour. D’ici là, tu pourrais peut-être danser avec ce beau

gosse qui n’arrête pas de te fixer des yeux depuis que nous sommes

arrivées.

Courtney suivit le regard de Cat jusqu’à un joli garçon avec un chapeau

de cowboy qui sourit de toutes ses dents quand elle croisa son regard. Il la

salua en frôlant le rebord de son chapeau et elle inclina la tête avant de

détourner les yeux.

Grand, les cheveux blonds cendrés d’après ce qu’elle pouvait voir, et des

yeux bleus perçants d’une couleur si inhabituelle qu’ils étaient clairement

visibles à des mètres de distance. Elle aurait dû se sentir remuée, mais ce

n’était pas le cas.

— Sérieusement ? demanda Cat en déposant le formulaire et en secouant

la tête d’un air désespéré. Il ressemble à Brad Pitt dans Thelma & Louise et

tu ne ressens rien ? Merde, ça va vraiment mal.

Elle frotta doucement le dos de Courtney.

— J’essayais de te faire sortir de chez toi, mais si tu n’es pas encore

prête, nous pouvons aller chez Giardello’s, avaler une grande tasse de

chocolat chaud et une grosse tranche de chocolat mortel et flâner là si tu

veux. Je peux faire ça n’importe quand.

Elle inclina la tête vers le taureau et elles regardèrent juste à temps pour

voir une mince brunette s’envoler de sur son dos et atterrir en un tas sur le

matelas quelques mètres plus loin.

— Bon sang, siffla Cat. Ça a dû faire mal.

Même après avoir assisté au carnage, elle se tenait encore penchée,

bondissant presque sur sa chaise tellement elle était excitée quand le maître

de cérémonie se leva pour annoncer le nom du prochain cavalier.

Courtney secoua la tête et se mit à jouer avec la paille dans son margarita.

Loin d’elle l’idée d’empêcher son amie de faire rayer un élément de sa liste

de choses à réaliser… et peut-être de se blesser gravement.

— Ça va. Je pense que l’endroit où je suis n’a pas d’importance. Ça

prendra du temps à surmonter tout ça, mais je suis heureuse que tu veilles

sur moi.

Il n’y avait eu que sept âmes braves sur la liste des cavaliers d’El Diablo,

et trois étaient déjà passées, alors ce serait probablement une courte veillée

de toute façon.

— Salut, les filles. J’espère ne pas vous interrompre, mais j’aimerais bien

vous payer un verre…

Courtney leva les yeux, s’apprêtant déjà à exprimer un sourire poli et des

paroles de regret quand Cat intervint.

— Nous adorerions ça ! Je m’appelle Cat et voici Courtney.

Elle tenait la main levée comme une hôtesse dans un jeu télévisé quand

un concurrent venait de gagner une « nouuuvelle voituuuuure ! ».

— Je m’appelle Jack, fit-il en frôlant de nouveau le rebord de son

chapeau et en inclinant la tête. Enchanté de faire votre connaissance.

Courtney ravala un soupir et se résigna à un bavardage obligatoire de

quelques minutes à propos de tout et de rien. Heureusement pour elle, Jack

avait la conversation facile et, une heure plus tard, elle se rendit compte

qu’en fait, elle passait du bon temps.

Elle n’était pas prête à vivre une aventure amoureuse et n’en cherchait

pas, et elle le lui dit carrément, mais elle avait toujours eu du mal à se faire

de nouveaux amis. Le fait de bavarder avec quelqu’un d’aussi chaleureux et

bien de sa personne que Jack suffit à imprimer un sourire grinçant sur ses

lèvres pendant une période où les sourires étaient peu nombreux et très

espacés.

Quand il l’invita à danser, elle se laissa entraîner. À son immense

soulagement, il ne la tint pas de trop près ni ne rendit la situation bizarre. À la place, il lui raconta des histoires à propos du circuit de rodéo et les

sourires grinçants se métamorphosèrent en de petits rires un peu crispés.

Pendant qu’il la faisait tourner d’un côté et de l’autre, ses pensées,

comme elles le faisaient toujours à coup sûr à quelques minutes

d’intervalle, se portèrent sur Rafe. Peut-être qu’après tout, ces atomes

crochus entre eux n’avaient pas été une bonne chose. Que lui avaient

apporté de toute façon tous ces accouplements torrides remplis d’émotions

survoltées ? Un cœur brisé. Peut-être qu’un gars sympathique comme Jack

représentait la meilleure voie à prendre.

Beaucoup moins de risques.

Quelque chose dans ses entrailles répondit instinctivement : « mais

beaucoup moins de récompenses ».

Et c’était ça le problème. Maintenant qu’elle avait goûté à ce que ça

pouvait être quand elle se sentait liée à quelqu’un à la fois physiquement et

affectivement, risque ou non, elle n’allait plus jamais se satisfaire de moins.

Si seulement elle pouvait s’arrêter de penser à Rafe, peut-être qu’elle

aurait une mince possibilité de retrouver ça.

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