À sa merci - 3 (French Edition)

Christine Bell · Chapitre 15 sur 16

Pages du PDF

À sa merci - 3 (French Edition)

Chapitre 15

 

R afe observait la scène devant lui, inhabituellement figé pour cause

d’indécision. Il ne pouvait pas faire ce qu’il voulait, c’est-à-dire, marcher

jusqu’à eux, dire à Cowboy Jim d’enlever ses mains de sur sa copine, la

jeter par-dessus son épaule et la transporter hors de cet endroit. Parce que ce

serait fou. Mais la solution de rechange — se contenter de rester là à

regarder pendant que ce gars la pelotait — le révulsait.

Il était toujours loin d’avoir pris sa décision quand Cat se glissa près de

lui.

— Je suppose que tu n’es pas ici pour faire le Boot Scootin’ Boogie ?

Il secoua la tête sans quitter Courtney des yeux. Dieu qu’elle était belle.

Les cheveux noués de la façon qu’il aimait, une camisole orange faisant

reluire sa peau comme de l’or, une mini-jupe de coton blanc frottant contre

ses cuisses pendant qu’elle bougeait. Pas étonnant que Cowboy Jim ait l’air

d’avoir trouvé un gisement de pétrole.

— Cat, je ne sais même pas ce que c’est, fit-il amèrement.

Elle pouffa de rire et lui serra l’épaule.

— C’est une danse en ligne country. Je pense. Mais quoi qu’il en soit, je

suis contente que tu sois ici.

Même s’il se réjouissait de ce soutien, il ne pouvait s’empêcher de se

demander si elle allait être la seule à l’appuyer. Courtney ne sem-blait pas

malheureuse en ce moment. Peut-être qu’elle avait déjà commencé à

tourner la page et s’attendait à oublier tout ce qui c’était passé, et qu’il était

naïf de penser qu’elle puisse croire qu’il ne lui ferait plus jamais de mal.

Il serra la mâchoire quand Cowboy Jim inclina Courtney. Il était peut-être

en train de commettre une énorme bêtise, mais il ne se le pardonnerait

jamais s’il ne faisait pas au moins un essai.

— Bonne chance, lui cria Cat derrière lui.

Il s’engagea sur la piste de danse, fendant la foule avec détermination. Au

moment où il atteignit Courtney et son cavalier, un étrange sentiment de

calme l’avait envahi et il en était heureux parce qu’il lui permit d’adresser

un sourire à Cowboy Jim plutôt que de se présenter avec son poing comme

il lui semblait beaucoup plus naturel.

— Salut, mon vieux. Tu permets que je parle à la jeune dame un moment

?

Le cowboy, et c’était tout à son honneur, ne réagit pas immédiatement. Il

regarda Courtney, dont les yeux étaient écarquillés de surprise.

— Je pense que la décision revient à la dame, mon ami.

Plus les secondes passaient, plus son cœur s’accélérait.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? murmura-t-elle.

Jim la lâcha et recula d’un pas.

— Je serai au bar si tu as besoin de moi, dit-il d’un ton calme pendant que

la chanson se terminait.

Courtney acquiesça, mais ne quitta pas Rafe des yeux.

Ils étaient tellement blessés que ça suffisait à éliminer le peu de confiance

qu’il avait eue à l’égard de son plan. N’avait-il pas fait assez de dégâts ?

— Pourquoi es-tu venu ? répéta-t-elle, la lèvre inférieure tremblante.

Il la fixa des yeux et secoua lentement la tête. Épargne-lui les détails.

— N’est-ce pas évident, Courtney ? Je suis venu pour toi.

— Évident ? fit-elle en élevant à la fois les sourcils et la voix. Tu m’as

larguée avec une explication boiteuse, puis tu es parti sans jeter un regard

derrière toi. Maintenant, tu décides d’apparaître de nulle part un mois plus

tard ? J’ai peut-être raté quelque chose, mais non. Ça n’est pas évident.

Qu’est-ce qui a changé, Rafe ? Ton travail a diminué, alors tu as pensé que

tu pourrais essayer d’obtenir une autre baise ?

Il fit la grimace et recula, mais n’essaya pas de se défendre contre ça. Il le

méritait, et plus encore. Peut-être avait-il tort de vouloir lui épargner les

détails.

— Écoute, pourrions-nous aller parler ailleurs ?

— Non, répondit-elle en croisant les bras sur sa poitrine et en le regardant

avec colère. Je suis ici avec mon amie et je ne vais pas faire comme ces

femmes qui laissent tout tomber chaque fois qu’un homme se présente

devant elles. Si tu veux parler, parle ici ou appelle-moi pour prendre rendez-

vous comme n’importe qui. Tu as perdu le droit d’arriver sans crier gare et

de t’attendre à recevoir toute mon attention le jour que tu nous as laissé

tomber.

Elle traversa à grands pas la piste de danse, dépassa Cat qui avait pris un

air penaud, puis franchit une porte portant l’inscription BUCKARETTES.

Tandis qu’il la suivait, Cat se retourna pour lui dire :

— Tu sais que ce sont les toilettes des filles, non ?

Il le savait parfaitement et s’en fichait éperdument. Il avait laissé partir

Courtney une fois, par pure stupidité, et il n’allait pas refaire la même

erreur. Quand la porte se referma brutalement derrière elle, il se demanda

comment il avait pu penser qu’elle ne serait pas assez forte pour savoir ce

qu’elle voulait vraiment. Suffisamment forte pour prendre ses propres

décisions, que le sentiment qu’elle éprouvait soit ou non davantage que de

l’attirance sexuelle.

Il fonça à sa suite et elle se retourna brusquement pour lui faire face.

— Es-tu sérieux, en ce moment ?

Ses yeux noisette lançaient des éclairs pendant qu’elle le regardait.

— Accorde-moi cinq minutes, puis je vais te laisser tranquille.

Elle parcourut des yeux la pièce rose en réfléchissant et elle semblait

prête à lui dire non, mais alors, elle croisa son regard et se radoucit. Il ne

fallut qu’une fraction de seconde, mais c’était suffisant.

— S’il te plaît. Je t’en supplie.

Elle se mordit la lèvre, puis hocha brièvement la tête en signe

d’assentiment.

— Trois minutes.

Il évalua rapidement les choses qu’il avait à dire et commença par la plus

importante. La vérité toute nue à laquelle il avait à peine réussi à faire face

lui-même.

— Je suis absolument fou de toi, moi aussi.

Elle cligna des yeux tout en rougissant, mais ne dit rien. C’était mieux

que de lui foutre son poing dans les couilles, alors il poursuivit.

— Je viens de passer un mois terrible et j’ai dû lutter chaque jour pour

m’empêcher de prendre le téléphone et de te dire que j’avais changé d’idée.

Que j’avais été lâche en m’enfouissant la tête dans le sable sans nous

accorder une chance. De te prier de me pardonner. Que je me sentais si

terriblement désireux d’être avec toi qu’à certains moments, ça n’avait pas

d’importance que tes sentiments soient réels ou non, du moment où tu

revenais dans ma vie.

Il leva un bras et posa sa main sur la tendre joue de Courtney.

— Mais ça a de l’importance et…

Elle s’écarta, son regard reprenant toute sa dureté.

— Qu’est-ce que tu veux dire, si mes sentiments étaient réels ?

Elle avait posé la question d’une voix si tranchante qu’il tressaillit.

— J’ai pensé que les choses n’étaient pas claires entre nous. Que peut-

être, parce que nous avions entrepris une relation fondée sur le sexe, puis

que tu avais eu ton premier orgasme, que ce que tu ressentais était

davantage quelque chose comme…

Il s’interrompit, sachant que peu importait la façon dont il le dirait, ça

paraîtrait dégueulasse.

Elle lui évita ce problème tandis que son visage prenait un air de

compréhension subite.

— Tu pensais que c’était de la reconnaissance ? demanda-t-elle d’une

voix outrée. Que je t’étais si reconnaissante d’avoir agité ta baguette

magique — elle pointa un pouce vers sa queue — et fait apparaître quelques

orgasmes, que j’avais décidé que tu étais l’amour de ma vie ?

La porte s’ouvrit et une jeune femme en uniforme de serveuse se tint dans

l’embrasure, bouche bée.

— Je suis tellllement désolée.

De toute évidence, elle en avait entendu suffisamment pour être stupéfiée

et elle recula lentement.

— Continuez. Je vais revenir plus tard.

Courtney ne lui jeta même pas un regard. Sa poitrine se soulevait et

retombait furieusement et son pied battait un rythme latin sur le plancher de

tuiles.

— Est-ce que c’est honnêtement ce que tu pensais ?

La phrase lui parut si idiote quand elle l’eut dite, mais c’était exactement

ce qu’il avait pensé.

— J’ai beaucoup d’affection pour toi. Je n’ai jamais éprouvé ça de cette

façon pour une femme avant, et j’avais l’esprit embrouillé. J’essayais de me

protéger et, d’une certaine façon tordue, de te protéger aussi.

Elle cessa de taper du pied et la fureur s’atténua dans ses yeux.

— Je crois qu’une partie de moi craignait que si j’avouais ce que

j’éprouvais pour toi, je redevienne vulnérable.

Il se rapprocha d’elle et bredouilla :

— T’avoir eue pour de vrai, puis te perdre ensuite ? Je pourrais endurer

n’importe quoi sauf ça.

* * *

 

Elle sentit les papillons s’envoler dans son ventre. Son expression était si

sincère, si débordante de regret qu’elle avait du mal à rester en colère. En

particulier parce qu’il ne faudrait qu’un geste de pardon et deux pas pour se

retrouver de nouveau dans ses bras.

Mais elle ne pouvait faire ça. Pas encore. Il avait dit ce qu’il avait à dire

et maintenant c’était son tour.

— C’est là où tu te trompes, Rafe. Je voyais clair, répondit-elle avant de

secouer la tête et d’essuyer une larme qui lui était montée aux yeux. Tu ne

m’as même pas laissé la possibilité de te dire ce que je ressentais. De te dire ce que je voulais. Nous aurions pu arranger ça si tu m’avais suffisamment

fait confiance pour me dire la vérité à propos de ce qui te dérangeait.

Le visage de Rafe s’assombrit et Courtney sentit son cœur se serrer.

— Alors, tu dis que nous ne pouvons pas arranger les choses maintenant.

C’était drôle qu’elle n’ait été certaine de la réponse à cette question qu’à

ce moment précis. Au moment où elle prit conscience que la pensée de se

retrouver de nouveau sans lui était mille fois pire que de prendre le risque

d’être avec lui.

— Courtney ?

Elle secoua les épaules.

— Je ne sais pas quoi dire. Si tu ne peux pas me parler et me dire ce que

tu ressens, comment pourrions-nous régler quoi que ce soit ?

Il fit un pas vers elle et lui prit la main.

— Tu as raison. Et si tu m’accordes une autre chance, je ne vais jamais

plus faire ça.

Son ton paraissait si sincère qu’elle sentit un peu d’espoir renaître en elle.

Toutefois, il lui fallait demeurer prudente. Elle n’était pas certaine de

pouvoir supporter de le perdre à nouveau.

— Pourquoi devrais-je croire ça ?

Rafe pinça les lèvres et glissa ses doigts entre les siens.

— Parce que je n’ai pas cessé de regretter ma décision depuis le jour où

je suis parti. Et parce que je suis amoureux de toi et que je ferai n’importe

quoi pour mériter de nouveau ton amour.

Il l’aimait. Ses paroles atteignirent son âme et l’enveloppèrent comme

dans une étreinte.

— Tu sais, je ne suis pas une experte, mais je suis presque certaine que si

tu es sur le point de me supplier, tu devrais être à genoux, murmura-t-elle.

Il baissa les yeux sur elle, son regard passant de la tristesse à l’espoir.

— C’est équitable.

Sans une hésitation, il se mit à genoux sur le plancher de tuiles.

— Alors, je te supplie vraiment maintenant. Nous pouvons recommencer

à zéro si c’est ce que tu veux. Je peux t’amener dîner un soir ; nous pouvons

aller voir un film. Agir comme si nous venions de nous rencontrer. Faire les

choses lentement.

Il tira de sa poche des feuilles de papier pliées et les lui tendit. Elle les

prit d’une main tremblante et y jeta un coup d’œil.

— Un contrat ?

Il inclina la tête.

— Pour négocier une nouvelle entente. Faire des changements, ajouter,

effacer. Quoi que tu veuilles faire, fais-le. Je vais signer. Parce que je sais

que tu te connais et que tu as suffisamment d’affection pour moi pour que

l’entente soit juste et bonne pour nous deux si tu consens à me reprendre.

— Ça dit ici que tu vas apprendre le grec. Et l’espagnol ? Oh, et il n’y a

pas de date d’échéance, murmura-t-elle d’une voix rauque tandis qu’elle

serrait les feuilles entre ses doigts.

— C’est vrai.

Il fixait son regard sur le sien et elle pouvait sentir la tension émaner de

lui.

— Parce que je ne veux plus jamais te laisser partir, poursuivit-il. Je veux

prendre ma retraite avec toi et voyager à travers le monde et parler un

mauvais espagnol avec toi. Dis-moi que tu le veux, Court. Je te mets au

défi.

Elle envisagea de le laisser suer encore quelque temps, mais ne put

supporter l’idée d’être éloignée de lui pendant une seconde de plus. Elle

franchit l’écart qui les séparait, se penchant devant lui.

— Nous pourrions faire les choses lentement comme tu l’as dit, je

suppose…

Elle laissa une main glisser de la poitrine de Rafe à son ventre.

— Ou nous pourrions agir comme si nous venions de nous rencontrer,

puis accélérer les choses.

Une lueur apparut dans ses yeux quand il comprit ce qu’elle voulait dire,

et la chaleur qui s’était épanouie dans la poitrine de Courtney devint

brûlante.

— Je ne vais pas tout gâcher cette fois. Je le jure, murmura-t-il en

s’avançant pour l’embrasser, la relevant jusqu’à ce qu’ils se retrouvent

debout serrés l’un contre l’autre.

Elle se laissa entraîner dans le moment présent, entraînée en lui, jusqu’à

ce qu’on frappe à la porte.

— Je peux entrer maintenant ? Je suis désolée, mais il faut vraiment que

j’y aille.

Ils se séparèrent en riant et elle lui prit la main, puis l’entraîna vers la

sortie.

— Il faut que nous allions là-bas regarder notre amie chevaucher un

taureau, dit-elle en souriant tellement que ses joues lui faisaient mal. Et

puis…

— Et puis, répondit-il en l’arrêtant net pour pouvoir lui mâchouiller

l’oreille, nous verrons s’il y a moyen d’organiser notre propre chevauchée.

OceanofPDF.com