Affranchis-moi T1
Chapitre 10
Nous traversons l’immense salle à manger puis la partie salon et nous empruntons un couloir qui dessert plusieurs portes. Il ouvre la troisième à gauche et je découvre un petit boudoir. Il appuie sur une télécommande et une cheminée à gaz s’allume automatiquement, quelle classe ! Deux canapés sont disposés devant la cheminée. Les couleurs sont tout autres que dans le reste de son appartement, des tons pourpres, des bois luxueux, le crépitement de la cheminée, la chaleur, l’odeur… Moi en soutien-gorge et porte-jarretelles devant cet homme que je connais à peine, il prend mon bras et me fait tourner pour me retrouver face à lui, les mains toujours liées, en petite tenue. Je rougis et baisse la tête, intimidée, quand il vient poser son index sur mon front entre mes deux yeux.
— Cette ride-là… je ne veux plus la voir !
— Quelle ride ?
— Celle qui se forme quand tu es intimidée ou mécontente. Elle te fait un tout autre visage et je n’ai plus accès à tes pensées les plus intimes.
Du pouce, il frotte ma ride du lion, si doucement, langoureusement, que cela en devient excitant. J’ai presque envie de continuer à plisser le front pour qu’il n’arrête pas. Il vient y déposer un baiser, tient ma tête entre ses mains et m’attire à lui. Je me retrouve dans ses bras puissants, en sécurité, entourée de force, je le laisse m’embrasser, j’aime ça et surtout j’ai confiance. C’est un vrai bonheur, cela fait tellement longtemps que je n’ai pas été aussi enveloppée. Furtivement, je pense à Carl, je me demande s’il pense à moi, s’il aura un jour cette puissance et s’il me refera l’amour. Sur l’instant j’ai des remords, une petite larme s’échappe de mon œil, j’essaie de la rattraper mais Esteban est plus rapide.
— Ne pleure pas ma douce. C’est terminé avec ton mari, tu le sais depuis longtemps. Il fallait juste que tu en prennes conscience. Comment sait-il que j’étais en train de penser à Carl ? - Moi je suis là, je suis avec toi et je suis là pour toi. C’est moi, l’homme de ta vie. Tu ne le sais peut-être pas encore mais je t’attends depuis toujours.
— Tu ne peux pas le savoir depuis longtemps, on ne se connaît que depuis hier.
— Tu me connais depuis hier mais moi, je te connais depuis bien plus longtemps.
— Comment ça ? Explique-toi !
— Est-ce le bon moment pour parler de ça ? On a une affaire sur le feu !
Mon esprit était parti ailleurs, mais mon corps lui était bien présent, et il le réclame, il tambourine dans mon ventre, dans mes jambes, dans mon sexe. Je le veux ! Sur ces mots, Esteban m’embrasse avec fougue, sa main dans mes cheveux me tire en arrière, nous sommes collés l’un à l’autre et nous ne formons plus qu’un corps, moi en sous-vêtements en dentelle et lui torse nu en boxer. Sa peau est suave, elle sent bon, je me love contre lui pour le respirer et m’emplir de son odeur. Il maintient sa bouche contre la mienne et me pousse en arrière, tout en gardant une main dans mes cheveux et l’autre sur ma hanche. Je m’accroche à lui, j’ai peur de tomber. Il m’écrase la bouche comme si c’était notre dernier baiser et me fait promettre :
— Fais-moi confiance.
— Je te fais confiance.
— Ne te permets jamais de douter de moi.
— Non jamais.
Il enfonce sa langue dans ma bouche, m’assaille, me tient, m’oblige de sa présence. On continue à reculer dans le fond de la pièce moins éclairée quand je me retrouve collée contre quelque chose de dur et de froid. Mes cuisses sont plaquées contre une surface glaciale, mes fesses ressentent cette morsure et se contractent, mon vagin se tend, en attente. Sa langue me fouille toujours, ses mains glissent sur mes bras quand il les lève au-dessus de ma tête. J’ai bien compris son petit jeu, je ne dis rien et me laisse faire. Mon corps attend la suite, vais-je devoir rester dans cette position, les bas tombant sur mes bras ? À peine ai-je terminé ma réflexion qu’il me prend la main gauche et l’attache au mur en tirant sur le bas, m’embrasse l’intérieur du bras, et fait de même avec l’autre. Je suis écartelée, je me retrouve sur la pointe des pieds, il me soulève et m’assied sur la froideur qui morcelle mes cuisses. Impossible de toucher ce que c’est, mes mains sont liées, et pourtant je meurs d’envie de savoir sur quoi je suis assise, c’est tellement froid. Il me maintient la tête levée, les bras ligotés et les jambes écartées enroulées autour de lui. Je n’ai pas peur, je suis juste très excitée. Il appuie son sexe sur moi, je me sens humide. Tirant sur l’élastique de son boxer, il le laisser tomber à ses pieds. Une fois libéré, il met un préservatif et se frotte contre ma chatte toute gonflée de désir. Je le laisse prendre le contrôle, c’est ce qu’il aime et je découvre avec surprise que moi aussi. Je vois dans ses yeux une lueur qui m’émeut. Cet homme qui a tout pouvoir sur le monde est excité par moi, me veut autant que je le veux. Je comprends à cet instant qu’il n’est pas l’homme d’affaires sans scrupule que le monde connaît, mais qu’il veut mon désir, il veut me faire jouir, c’est ce qui l’anime et me fait le désirer un peu plus.
Je le laisse disposer de moi, je m’ouvre à lui et ma respiration l’encourage à continuer. Il découvre mes seins en tirant sur les bonnets de mon soutien-gorge et aspire goulûment un téton, ce qui m’extirpe un cri de jouissance. Mes deux seins sont à l’air, encore entourés de mon soutien-gorge, l’impression est surprenante, il le voit et sourit. Mon corps tout entier devient frisson. Je découvre des sensations inconnues, pas parce que ça fait longtemps que je n’ai pas fait l’amour avec mon mari, mais parce que je n’ai jamais fait l’amour avec une telle intensité. Il a toujours été difficile pour moi de me lâcher dans la sexualité, mais avec Esteban je me sens en sécurité, je comprends qu’il sait où il veut me mener, que c’est lui qui met les limites et qui contrôle mon désir. Je peux donc me laisser guider, dans ses bras, dans sa voix, dans sa force. Ce corps que je ne comprends pas, qui fait ce qu’il veut, est sous l’emprise d’un homme qui le connaît mieux que moi, un homme qui sait sur quoi appuyer pour me faire gémir, me faire jouir et qui m’encourage à laisser le désir m’emplir. Mon corps me prouve qu’il lui appartient, c’est à lui qu’il répond, à chaque caresse, chaque souffle sur ma peau, chaque respiration dans mon cou, chaque centimètre de sa peau qui entre en résonance avec la mienne. Je ne peux qu’accueillir ce qui me dépasse, ce qui se manifeste, et juste laisser s’exprimer les envies tapies en moi.
Ma respiration se fait plus présente, plus rapide. Je me sens envahie par des forces très puissantes qui me font plonger au cœur de mes désirs les plus fous, ceux que je n’aurais peut-être jamais pu exprimer sans Esteban. Il lève les yeux, décolle sa bouche de mon cou, et de son index et son majeur fait tourner ma tête vers lui.
— Sois avec moi ma douce, je ne peux rien faire si tu t’échappes.
Je dépose un baiser au creux de sa main pour le rassurer et lui signifier que je suis à nouveau avec lui. Il m’étreint de sa main, un peu plus fort, je ressens une montée d’énergie qui me fait resserrer les jambes autour de lui avec fougue et lui montrer que je le veux en moi maintenant. Cette façon de me comporter est tout à fait nouvelle, je n’aurais pas osé faire cela avant-hier, mais cet homme me rend folle de désir. Je n’ai jamais ressenti cela et je me demande pourquoi maintenant ? Pourquoi avec lui ? Moi qui étais plutôt dans l’attente que Carl soit demandeur, je me retrouve avec la bite d’un homme qui n’est pas le mien entre mes cuisses, à supplier qu’il me baise. Depuis hier cet homme m’a littéralement transformée, je ne pense qu’à lui, qu’à ses mains sur mon corps, qu’à ses doigts glissant en moi, qu’à sa queue au fond de moi. Carl va le savoir, il va le sentir, on est mariés depuis plus de 10 ans, il va forcément voir que je lui ai été infidèle. Comme si Esteban sentait que j’étais repartie dans mes pensées, il m’assène une fessée qui me fait revenir dans la réalité, me lève le menton et pose son front sur le mien.
— Tu es à moi, à moi ! lance-t-il avec force.
— Oui je suis à toi, confirmé-je en me laissant envahir de son désir.
Je sens sa bouche descendre sur mon cou, attraper mon sein et le sucer avec empressement. L’électricité et la force qu’il met dans son aspiration me font chavirer et mouiller. Je n’en reviens toujours pas que le simple fait qu’il ait mon sein dans sa bouche me fasse cet effet-là. À nouveau, cette sensation intense, je suis extrêmement mouillée et haletante, je passe de la douleur au bien-être, douleur, bien-être… Mes seins se tendent et mes tétons pointent vers lui. Instinctivement je resserre les jambes, la sensation est trop brûlante. Il passe ses mains de chaque côté de mes cuisses et les écarte d’un coup, ce qui m’ouvre les lèvres et lui offre un accès direct vers mon intimité. Il aspire mon autre sein, le mord, j’ai du mal à classer cette sensation, ça fait mal mais c’est tellement bon, je veux qu’il continue. J’essaie de dégager mes pieds de sa taille, mais il empoigne mes chevilles et les colle à lui, il les enserre pour me faire sentir que c’est lui qui contrôle les choses. J’adore ça.
— On commence à être pressée, Madame ?
— Oui, dis-je dans un ultime cri de désespoir. Fais-moi l’amour !
— Je ne te ferai pas l’amour, je vais te baiser !
Ces simples mots me font gémir et brûler de désir. Oui, je veux qu’il me baise, sans ménagement, maintenant. Il pose ses mains au creux de mes reins et me tire à lui d’un coup. Je me retrouve à moitié sur le dos, les jambes écartées et les mains toujours attachées. J’essaie de me tenir à quelque chose mais je ne sens rien autour de moi, ce qui me procure une sensation de chute libre. De sa langue, il sillonne mon ventre et vient embrasser mon mont de Vénus, une décharge électrique me parcourt le ventre, le dos, la colonne vertébrale, jusqu’à la tête. Mon utérus le veut, comme si la vie en moi ne pouvait se manifester que grâce à sa queue. Ses mains descendent sur mes cuisses, il me palpe la peau très fort, par des petits cris je lui signale que c’est douloureux, que je souhaite qu’il soit plus doux, mais il n’en tient pas compte, il continue.
À nouveau, sous l’emprise de ces sensations nouvelles, je ne sais pas comment me comporter. À quel moment je peux vraiment dire stop, à quel moment je peux dire le mot d’arrêt ? Et si je le dis… Est-ce qu’il va être vexé ? Est-ce qu’il va tout arrêter et me demander de partir ? Il glisse ses mains sous mes fesses, me les pince, j’essaie de me dégager, mais il me ramène à lui et m’immobilise. Ses pouces entrent dans mon vagin, ses index écartent mes lèvres avec force et il enfonce sa tête entre mes jambes. Sa langue sillonne mes lèvres, puis s’attarde sur mon clitoris avec la passion d’un homme qui se délecte de mon corps, la sensation est tellement intense que je jouis instantanément.
— Je suis désolée, je ne voulais pas jouir aussi vite, lui dis-je morte de honte.
Il continue, et m’embrasse là où la brûlure de l’orgasme s’exprime encore. Il prend son sexe entre ses mains et se frotte sur mon clitoris impatient. Mon vagin s’ouvre, le veut, veut l’avaler tout de suite.
— Maintenant ! J’ai crié ouvertement alors que je croyais l’avoir dit dans ma tête.
Il me pénètre sans ménagement, je crie, je ne respire plus, c’est trop fort, c’est trop bon.
— Tu aimes ce que je te fais ? Tu veux sentir ma bite au fond de toi ?
— Oui, j’adore ce que tu me fais, t’arrête pas.
Quelle puissance ! Je me sens pleine, remplie comme jamais. Je me sens désirée, entière, possédée et belle, malgré le fait que je sois à moitié nue devant un inconnu et attachée à un mur.
— Quel bonheur de te baiser, ta petite chatte est douce et toute serrée.
Je n’ai pas le temps de répondre, il accélère ses mouvements et je me retrouve au cœur d’un tourbillon qui me fait tourner la tête. Je la laisse tomber en arrière, des cris très forts sortent de ma gorge ainsi libérée, je ne contrôle plus rien, je tire sur les bas, rien ne bouge, je crie.
— Si tu comptes t’évader en tirant sur les liens, ça ne marchera pas !
Mon dos est complètement cambré, mes seins ressortent, ses mots m’ont excitée encore plus. Il me laisse un seul choix : prendre du plaisir. Il approche sa bouche de mon sein.
— Ah non pas encore… mon point faible, a priori.
Il aspire, tète, mordille, et rapidement l’orgasme explose, il me suit et se met à crier aussi fort que moi. Sa main me tirant la tête en arrière, accentue mon orgasme qui dure, dure à m’en faire perdre l’esprit. De son autre main, il me claque la fesse déjà bien rouge. Je suis ravagée par cette jouissance qui a eu sur moi l’effet d’une tornade. Mon corps est détendu, totalement libéré. Il pose sa tête sur mes seins, les embrasse, et me libère une main tout en restant en moi, ces petits mouvements m’électrisent, mon corps en redemande. Je contracte mon vagin autour de lui, il est surpris et me lance un regard interrogateur.
— C’est quoi ça ?
— Trois enfants, ça mérite de s’attarder sur la récupération de son vagin. C’est du yoga féminin. Si je contracte comme ça… je contracte les muscles de mon vagin et relâche…
— Nom de Dieu, qu’est-ce que c’est bon !
— … Tu devrais ressentir des choses. Tu vois j’ai moins d’expérience que toi mais je sais faire ça.
— Je comprends mieux pourquoi tu es toute serrée. T’arrête pas, c’est trop bon.
— Monsieur me supplie ?
— Tais-toi, continue !
— OK, mais après c’est à moi de jouir.
— C’est mieux que je l’espérais, Madame en veut encore ?!
De là il se retire et me fait pivoter, je prends enfin appui de ma main sur le meuble froid, qui n’est autre qu’un bureau en marbre. Je me retrouve sur les genoux, face au mur, la croupe offerte à cet homme. Il m’attire et ordonne :
— Lève le bras ! crie-t-il en caressant mon bras gauche.
Il l’attrape et l’attache à mon bras droit. En passant sa main sur mon ventre, il m’attire à lui en faisant ressortir mes fesses et en cambrant mes reins, je sens son sexe, je l’entends me dire :
— C’est comme ça que j’aime te voir ! Attachée, offerte à moi, prête à accomplir tous mes désirs et me laisser t’envahir.
— Mais on vient de faire l’amour ? lui dis-je pas convaincante.
Il assène une claque sur mes fesses bien bombées, m’arrachant un cri.
— On ne fait pas l’amour, on baise !
— Oui, mais on vient déjà de baiser.
— Dit-elle alors que c’est elle qui en redemande !
Bon sang, comment a-t-il pu sentir ce qui se passe dans mon ventre ? Il pose ses mains dans le creux de mes cuisses, et en me rapprochant violemment de lui, me pénètre. Nom de Dieu ! Comment est-ce possible que ce soit aussi bon ? Il est entièrement en moi mais j’en veux plus. Ses coups de boutoir cognent fort et me font hurler de plaisir. Jamais Carl ne m’a fait l’amour de cette façon. Je me sens écartelée, son sexe m’emplit et j’ai l’impression que c’est trop, qu’il est trop grand, trop gros. J’essaie de fermer les cuisses mais sa force m’en empêche. Il m’embrasse le bas du dos en guise de compréhension mais il sait que ça me fait du bien, peut-être un peu trop d’ailleurs, il continue avec fougue et puissance et me lance :
— Ne crains rien, je ne te ferai que du bien. Que de la jouissance à l’état pur, exclusivement du plaisir ma douce.
— Je n’ai pas peur. Pourtant je suis partagée, prise dans une réalité qui n’est pas la mienne.
— Une jouissance extrême, c’est ça que je veux te faire connaître, tous les jours.
Je déglutis. Je ne sais pas si j’arriverai à supporter des sensations aussi intenses au quotidien.
— Je ne peux pas être avec toi tous les jours !
Il me tire les cheveux, me fait relever la tête et me claque les fesses.
— Tu baiseras avec moi tous les jours, jusqu’à la fin de ta vie. Y’a pas de discussion possible !
La force de ses mots m’enivre. Il continue :
— Je ne veux plus que ton mari te touche, ni que tu le touches, tu m’entends ? me lance-t-il avec jalousie.
— Je ne peux pas te le promettre, Esteban, je suis sa femme.
— Ça fait des mois que vous ne baisez plus, ne le laisse plus s’approcher de toi, tu es à moi !!! Je décide qui peut te toucher !
— Ça veut dire quoi, Monsieur « Je possède le monde » ? Les coups de boutoir s’intensifient. Il s’agrippe à mes hanches, me pince, me montre que oui, je suis à lui, et qu’en plus j’aime ça. — OK, mais on n’est pas mariés à ce que je sache, je ne suis pas ta femme.
Il devient furieux, me pince plus fort et m’assène plusieurs claques bien placées, sur les fesses. Je m’accroche comme je peux au lien devant moi et je crie, mon Dieu c’est trop bon, faites qu’il ne s’arrête pas. Il me tire en arrière, contre lui, pour aller plus loin encore. Il prend possession de mon corps, essaie de me maintenir dans une position qui lui convient mais pour moi, ce n’est pas confortable.
— Attrape les liens et arrête de bouger, nom de Dieu !
Tel un animal sur lequel on vient de crier, je m’immobilise. Je découvre dans cette position que les sensations sont décuplées. Pourtant je veux être active, bouger, mais il m’en empêche. Une autre paire de claques sur mes fesses bien brûlantes me fait me redresser.
— Ne bouge pas putain !
Ses mots sont comme la clé d’un dernier verrou : je me lâche, en totale confiance, je remonte mes fesses et le laisse me pénétrer plus profondément. Frontière ultime pour atteindre mon orgasme, ses deux mains se posent sur mes seins, attrapent mes tétons, les tournent très fort, tirent dessus, j’explose. Dans un geste instinctif, je me colle à lui assez puissamment pour le surprendre par mon assaut et prendre le contrôle quelques secondes. Mon vagin l’avale entièrement et le serre très fort. Surpris, il proteste :
— Non pas maintenant !… Mais c’est trop tard, j’ai gagné, il jouit.
Je suis contente de moi, j’ai pu désarçonner l’homme le plus sûr de lui. Tout en étant encore en moi, il détache mes liens, par petits coups je le sens bouger, et je prie pour que mon envie ne s’exprime pas à nouveau, quatre fois de suite je n’y arriverai jamais ! Les liens détachés, je frotte mes poignets endoloris, mes bras fourmillent. Il se retire tout doucement et ôte le préservatif, mon corps se manifeste, je fais une grimace, il me regarde avec des excuses dans les yeux.
— Es-tu au courant que je vais devoir rentrer chez moi après cela ? lui dis-je courbaturée.
— Oui, désolé, j’y suis peut-être allé un peu fort, me dit-il avec un clin d’œil.
Je suis étonnée de ce qu’Esteban obtient de moi. Avec Carl, nos rapports ne se passaient pas très bien et c’était toujours ma faute, soi-disant je n’étais pas une femme qui aime le sexe ! Je reviens à la réalité, je me sens honteuse, « Merde j’ai encore craqué, j’aurais dû dire non… ». Il m’aide à descendre de mon support, et me regarde dans les yeux pour deviner ce que je pense, passe ses mains dans mes cheveux et pose sa joue sur mon front.
— Ce n’est pas bien ce que vous avez fait, Madame Jourdan.
Je l’enlace et viens poser mes mains sur ses bras musclés.
— Quoi, qu’est-ce j’ai fait ?
Il me décolle de lui en me poussant par les épaules, et resserre sa main autour de ma nuque.
— C’est moi qui prends le contrôle, pas toi ! Tu entends ?
À cet instant, il me fait peur, je vois dans ses yeux une lueur sombre, et je pressens que la prise de pouvoir est plus importante pour lui que je ne l’avais encore compris. Pourquoi a-t-il besoin de contrôler les choses ? Je me demande si je n’ai pas mis le pied dans un jeu qui me dépasse. Tout ce que je viens de vivre depuis hier m’a fait sentir beaucoup plus femme que ces treize dernières années, mais à quel prix ?
— Tu me fais peur quand tu dis ça.
Il me porte jusqu’au canapé et m’y allonge tendrement, s’assied et pose ma tête sur ses cuisses, son sexe contre ma joue. Il caresse mes cheveux et se met à bander. Je n’y crois pas, ce mec est insatiable !
— Tu me fais un effet dingue, je ne peux pas me contrôler quand je suis à côté de toi, tu es tellement… ce que j’attends. Je suis excité chaque fois que je te regarde et une multitude de scénarios se met en place dans ma tête, pour te satisfaire, je te veux dans toutes les positions, tous les lieux. C’est un jeu, Emma, c’est un jeu de pouvoir certes mais c’est un jeu et je ne te ferai jamais mal.
Je lui caresse la cuisse doucement et l’invite à continuer, constatant que nous sommes définitivement passés au tutoiement.
— Depuis des années tu sais, je t’observe.
— Comment est-ce possible alors que tu ne vis pas en France ?
— La première fois que je t’ai vue, c’était à la remise de ton diplôme.
— À la remise de mon diplôme ? Tu étais là ?
— Oui. J’étais venu parce que ta directrice de recherche est une amie.
— Mme Pons ?
— Exact. On a passé une partie de notre enfance ensemble.
— Mais c’est une amie… amie, ou tu la connais aussi bibliquement ?
— Je ne connais pas bibliquement toutes les femmes que je rencontre ! Mais Sofia en l’occurrence, oui.
— Ah ! C’est odieux, mais pourquoi tu me dis ça ?
— Qu’est-ce qui est odieux ?
— Tu dis que tu me désirais déjà à cette époque-là et tu couchais avec ma directrice de recherche.
— Je couchais avec elle bien avant qu’elle soit ta directrice de recherche pour ton doctorat, excuse-moi d’avoir eu une vie avant toi ! Je suis piquée au vif. C’est moi qui ai financé son laboratoire, ainsi que toutes les recherches qu’elle mène. Sofia et moi, nous connaissons depuis l’enfance, depuis la maternelle exactement. On a vécu toute notre jeunesse ensemble. Mes parents avaient une maison en France et on passait une grosse partie de l’année ici, l’autre aux États-Unis. Sofia était mon ancre, mon repère français, il était normal que l’on découvre le sexe ensemble.
— Donc c’est ta première petite amie ?
— On peut dire ça. En tout cas, c’est celle avec laquelle je me suis exercé pour pouvoir parfaire mon art.
— Ben voyons !
— Ceci dit, quand sa mère est tombée malade, malgré son excellente hygiène de vie… quand elle est tombée malade, Sofia s’est mise en tête de trouver un remède contre cette maladie. Sa mère était de plus en plus fatiguée, son corps devenait fou et maigrissait très vite, trop vite, son père était démuni. Alors quand ma mère l’appelait pour lui dire que Sofia passerait la nuit chez nous, il lui disait « Pas de soucis Eloïse et merci Eloïse ». Ma mère a toujours aidé toutes les femmes qui avaient besoin d’elle d’ailleurs. Quand Sofia et moi étions seuls dans ma chambre, elle pleurait de colère et disait que Dieu était un monstre pour laisser faire ça. J’avais beau lui dire que Dieu n’était pour rien dans la maladie de sa mère parce que Dieu n’est qu’une image que les hommes ont fabriquée pour se sentir moins seuls, elle continuait à vociférer sur lui. D’ailleurs, je préférais que ce soit sur lui que sur moi.
— Tu avais déjà des idées bien arrêtées dis donc !
— Oh oui. Par contre le diable existe, ça je peux te l’affirmer. Je l’ai vu de mes propres yeux, à plusieurs reprises, et ce n’est pas mon imagination. Mais Dieu non, Dieu n’existe pas. Parti dans des souvenirs qu’il ne partage pas avec moi, il revient très vite à Sofia, sans qu’aucune trace de son passé ne paraisse dans sa voix. - Elle s’est mise à travailler comme une dingue à l’école, jusqu’au jour où en rentrant chez elle, heureuse de son excellent bulletin trimestriel, elle a voulu faire la surprise à sa mère. Elle est entrée dans la chambre où elle gisait sur son grand lit et son père a juste eu besoin de lever la tête pour qu’elle comprenne. Sa mère ne l’avait pas attendue, elle était morte. Ce jour-là, Sofia a fait un serment : elle ne parlerait plus jamais à Dieu et surtout elle trouverait elle-même le remède pour guérir cette maladie, elle a déchiré son bulletin et a couru jusqu’à chez moi. J’ai compris tout de suite, c’est à ce moment que je lui ai fait une promesse. Je lui ai dit qu’un jour je serais riche, très riche et que je l’aiderais. Je ne savais pas encore de quelle manière j’allais m’y prendre. Pour cela, il fallait qu’elle continue ses études et qu’elle ne regarde pas en arrière.
— Et c’est ce que tu as fait ?! Je suis émue, je n’ose pas bouger. Je ne voyais pas du tout Madame Pons comme ça, je la voyais comme… une femme égocentrique et trop acharnée dans son travail. Elle était un vrai tyran ! Les journées étaient longues, et on ne comptait pas les heures, et les cris qu’elle balançait sans arrêt.
— Depuis ce jour, elle a revêtu une carapace. Elle est sortie première de toutes les formations qu’elle a faites, a obtenu tous les diplômes dont elle avait besoin et pas une seule fois elle n’a eu un point de moins que la note maximale. Quand elle fut diplômée, elle m’a envoyé une photo d’elle, son diplôme en main, avec la phrase « À toi de jouer ! ». J’avais compris. En deux jours mon comptable a validé son projet et je lui ai viré les fonds nécessaires pour monter son labo, le mois suivant elle travaillait dedans. Donc, il était tout naturel que je sois présent à la remise de prix, qui plus est, avec mention très bien, de sa première élève.
— J’ai été sa première élève ?
— Exact. Tu ne le savais pas ?
— Pas du tout ! Elle avait l’air tellement sûre d’elle, dans ses conseils, dans ses attentes… J’avais l’impression qu’elle avait deux cents ans.
— Alors ça, quand je vais lui dire elle ne va pas être contente !
— Non, ne fais pas ça.
— Donc j’étais là, tu ne m’avais pas remarqué ?
— Les remises de diplôme de Doctorat sont peu ouvertes au public, et d’ailleurs ça n’intéresse personne, mais je n’ai vu que le jury, mon mari et quelques autres visiteurs que je ne connaissais pas.
— Tu avais l’air triste malgré le fait que tu aies obtenu ton diplôme avec une mention très bien.
— C’était une période difficile de ma vie… avoué-je, en me remémorant cette époque. Tout ça venait clore de longues années de travail, de longues années de refuge.
Il passe son pouce sur ma lèvre inférieure, faisant frémir mon ventre, et me rassure de sa présence :
— Tu me raconteras un jour ?
— Peut-être… concédé-je, pas convaincue que ce jour viendra. Mais pour le moment, rien ne dit que nous nous reverrons Monsieur ! Ces petites escapades sexuelles étaient magnifiques et je t’en remercie, mais j’ai dérapé, il ne faut plus que cela se reproduise.
Il me prend par l’épaule et me fait tourner face à lui, je me retrouve la bouche collée à son sexe.
— Ne t’avise jamais de penser à ne plus me revoir ! Je t’ai retrouvée, tu es là, tu es enfin à moi, il n’est pas question que je te perde.
— J’ai une vie, Esteba…
Je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’il tient son sexe dans sa main et m’incite à ouvrir la bouche en le frottant sur mes lèvres. J’acquiesce, j’ouvre la bouche et me mets à le sucer vigoureusement, je passe ma langue de haut en bas, je tourne autour de son gland et je sens ses jambes se tendre, ses orteils se replier, a priori je suis sur la bonne voie. Je continue plus vite, j’ouvre la bouche plus grand, je l’aspire, mais il est énorme, il ne rentre pas complètement, ce qui me frustre. Je m’apprête à stopper quand il m’appuie sur la tête tout en lâchant :
— Ne t’arrête pas, c’est trop bon. Tu suces très bien.
Je n’ai jamais sucé Carl comme ça, d’ailleurs il n’aimait pas, pourtant cela ne m’avait pas déplu, bien au contraire. Et comme dit Camille, « Baiser, c’est comme être dans une confiserie, si tu as le droit de tout goûter mais que tu ne peux pas profiter de la meilleure sucette du patron, autant aller voir ailleurs ». Il enfonce ses ongles dans ma peau, appuie sur ma tête de sa main droite, je l’avale goulûment tout en malaxant ses couilles, quand je sens d’un seul coup qu’il se contracte.
— Continue, continue, ne t’arrête pas.
À ce moment, je veux me retirer, il n’est pas question qu’il éjacule dans ma bouche. J’ai à peine fini de penser qu’il décharge tout, ses mains glissées dans mes cheveux pour me maintenir la tête. Je me retrouve envahie de sa semence, j’ai envie de vomir. J’arrive à me dégager et recrache tout sur lui, en colère. Les larmes aux yeux, la gorge pleine de rage, je lui hurle dessus :
— Mais t’es con ou quoi ? Du revers de la main je m’essuie, tout en voyant son regard incrédule, il ne comprend pas pourquoi je m’énerve. Mais pourquoi t’as fait ça ?
— T’éjaculer dans la bouche ?
— Ben oui ! Pourquoi t’as fait ça sans me demander ?
— Je pensais que tu en avais envie, tout comme moi.
— Mais t’as rien demandé putain ! On ne se connaît pas Esteban, comment peux-tu juger que j’ai envie que tu termines dans ma bouche, bordel ! Bien sûr que non, j’en avais pas envie, tu t’es basé sur quoi pour croire le contraire ?
— Je ne sais pas, à ce moment-là je pensais qu’on était sur la même longueur d’onde.
— Je ne suis pas ta chose, putain ! Tu ne me connais pas, tu ne peux pas te permettre tout ce que tu veux avec moi.
Je suis en colère, me lève et sors de la pièce, cours jusqu’à la chambre, passe mes vêtements rapidement et quitte son appartement, nus pieds, sans ma culotte restée dans la salle de bain et mon soutien-gorge posé sur le bureau en marbre. À cet instant, je me dégoûte, je me sens comme une pute, une femme perfide, une femme qui trompe honteusement son mari. Je me sens laide et utilisée. Je claque la porte fort, pour qu’il m’entende bien partir tout en hurlant :
— Ne me recontacte plus JAMAIS !
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