Affranchis-moi T1

Eva Adams · Chapitre 30 sur 32

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Affranchis-moi T1

Chapitre 30

 

Les valises sont prêtes, je jette un dernier coup d’œil à l’appartement, il va me manquer. Je regarde mon téléphone, pas de message de mes enfants. Impossible de partir sans les avoir eus en ligne. Je ne sais même pas si je vais arriver à respirer sans eux, ni comment ils vont survivre sans moi. Nous n’avons jamais été séparés et pourtant je viens de nous imposer une rupture de plusieurs semaines, est-ce que cela va changer mon statut officiel de mère ? Une pointe de tristesse remonte du fond de mon ventre, je ne peux rien faire tant que les avocats français n’ont pas finalisé les documents avec les avocats new-yorkais. J’essaie de continuer les aventures de Lucy pour penser à autre chose mais mon attention est fixée sur mon téléphone. Je traverse l’appartement de long en large en attendant qu’Esteban ait terminé de donner ses indications à tout le monde. Il fait les cent pas dans son bureau en parlant, je perçois son stress à travers les cloisons. Quand il me voit à l’autre bout du couloir, il se reprend comme pour me rassurer mais le mal est fait, je sais qu’il a aussi peur que moi et qu’il ressent mon angoisse. Il raccroche après une dernière injonction.

 

— Tu les appelleras quand on sera arrivés à New York, me dit-il en m’observant de l’encadrement de la salle à manger. Tu es prête pour ta nouvelle vie ma douce ?

— J’en sais rien.

Est-ce que je suis capable de tout quitter et tout recommencer avec quelqu’un que je connais à peine ? Pourtant il me connaît mieux que personne et j’ai l’impression moi aussi d’avoir trouvé ma pièce manquante. Je me sens forte et belle avec lui, toutefois mon cerveau me crie de rester sur mes gardes car dans la réalité, on ne se connaît pas ! Esteban se rapproche, voit mes doutes et frotte mon front du pouce comme s’il avait la capacité de tout effacer.

 

— Appelle-les ! me lance-t-il fermement.

— Je ne peux pas, s’ils ne m’ont pas appelée, c’est qu’ils n’en ont pas envie, ou que Carl les en empêche, reprend ma petite voix.

— Je ne veux pas que tu ajoutes à ton angoisse de voler celle de ne pas leur avoir parlé avant de partir.

 

Je vais plutôt envoyer un message sur les téléphones de Carl et d’Eléonie. Si j’entends leur voix, je vais m’effondrer et peut-être changer d’avis et ne plus vouloir quitter la France. Ernest fait des allers-retours dans les pièces pour prendre nos bagages et les cartons jonchés sur le sol de l’immense entrée. Esteban me dévisage, je suis gênée.

 

— Quoi ?

— T’es belle quand tu es angoissée.

— Merci.

— Ça me donne envie de te baiser dans les cartons.

— Je ne suis pas d’humeur là, je suis bien trop stressée par ce voyage.

— Justement, ça pourrait te détendre, insiste-t-il.

— Non je ne crois pas, affirmé-je, mettant fin à cette discussion.

 

Je compose le message, bref et concis et puis je doute, le doigt au-dessus de la petite enveloppe d’envoi, j’hésite. Esteban me prend le téléphone des mains et clique dessus.

 

— Bon on y va ! décide-t-il, de son ton autoritaire avec lequel il n’y a pas à discuter.

 

Je ferme les yeux. Ça y est, une page de ma vie se tourne, c’est réel, plus moyen de faire machine arrière. Il me prend dans ses bras, m’enlace et m’embrasse les cheveux.

 

— Prête ?

— Non.

— Parfait, alors on y va.

— J’ai peur, Esteban.

— Je sais ma chérie. Ça va aller, me dit-il rassurant et protecteur en me prenant dans ses bras réconfortants.

 

Nous restons enlacés durant tout le trajet, une peur panique me transperce le fond du ventre, je me sens protégée mais plus on avance vers l’aéroport et plus je suis terrifiée. Il me serre de plus en plus fort au fur et à mesure que l’on approche. Son téléphone sonne, il se dégage de mon étreinte.

— Non, reste avec moi.

— Mais je suis là, ma douce, il faut que je réponde.

 

Je reste collée à lui, il fait ce qu’il peut pour tenir son téléphone et me rassurer. Bien que son appel dure seulement quelques instants, j’ai l’impression d’être abandonnée à mon sort. Qu’est-ce que j’ai peur ! Il raccroche, je peux enfin me blottir contre lui, le serrer, le respirer, ouf je me sens mieux.

 

— Je sais ce qu’il te faut, lance-t-il content de sa trouvaille.

— Ah non, pas encore, pas question qu’on baise maintenant, je suis trop mal.

— Emma, tu ne penses qu’au sexe ma parole ?

— Tu ne voulais pas me proposer de… il me coupe.

— Eh non tu vois, je ne suis pas un obsédé sexuel. - Une coupe de champagne, c’est ça qu’il te faut. Dès qu’on aura décollé, je demanderai qu’on t’en serve.

— Tu crois que c’est une bonne idée ?

— Tout à fait, Madame.

 

L’avion paraît énorme, je ne vais pas tenir 8 heures dans les airs. Esteban pose sa main le long de mon dos et descend sur mes fesses pour me pousser à avancer. Une fois embarqués, c’est magnifique, spacieux, mais il y a très peu de fauteuils. Il m’en désigne un et m’enlève mon manteau qu’il donne à une hôtesse que je n’avais même pas remarquée. Encore une qui a l’air enthousiasmée par la présence d’Esteban, compte tenu de son attitude et de ses propos.

 

— Bienvenue Monsieur Cruise, contente de vous revoir, glousse-t-elle.

— Ravi de vous revoir Gwendoline, renchérit-il avec un regard charmeur.

 

Non mais je n’y crois pas ! C’est qui cette fille, embrasse-le tant que t’y es ! Et Esteban, il me fait quoi ? Elle me salue rapidement sans même me regarder. Je bouillonne intérieurement et la regarde traverser l’avion avec une démarche de femme en chaleur, elle tord tellement des fesses qu’on pourrait croire que son string la gêne. Je deviens colère. Bon sang, va-t-il falloir que je gère toutes les femmes qui s’approchent d’Esteban ? Elle me rapporte ma coupe de champagne couleur or et pose devant mon homme son verre de bourbon, en l’effleurant de la main et le dévorant des yeux.

 

— Tu joues à quoi là ?

— Vous distraire Madame.

— Ah oui, en faisant du rentre-dedans à l’hôtesse ?

— Eh bien ça marche, on a décollé depuis cinq minutes et tu ne t’en es pas rendu compte.

 

Je regarde mon siège et m’aperçois que j’y suis attachée, mais quand a-t-il fait ça ? En faisant un bilan rapide, pendant quelques instants ma peur a disparu, le manque de mes enfants a disparu, je n’étais que dans la jalousie, dans un état second qui m’a coupé de toutes les autres sensations.

 

— Tu ne peux pas jouer avec elle ! Ce n’est pas bien.

— Je sais mais mon but était de détourner ton attention et cela a marché. La fin justifie les moyens.

 

L’hôtesse revient vers nous en marchant comme sur un podium, nos repas à la main.

 

— Vous avez besoin d’autre chose Monsieur Cruise ? Je suis toute à vous.

 

Ben tu m’étonnes !

 

— Oui une seule chose.

— Laquelle Monsieur ?

— Veuillez ne plus nous déranger durant tout le vol, sauf en cas de chute de l’avion ! Compris ?

— Oui, Monsieur.

 

Elle retourne dans le coin qui lui a été attribué, d’une démarche de femme blessée et non de celle d’un mannequin comme à son arrivée. Je ne m’en mêle pas, je suis contente qu’il ne prête aucune attention à cette femme.

 

— Je vais être saoule si je bois ça ! affirmé-je, en lui montrant ma coupe de champagne.

— C’est bien mon intention, me fait-il en levant son verre pour que l’on trinque.

 

Devant notre repas, nous portons un toast à notre nouvelle vie et buvons nos verres les yeux dans les yeux. Puis il me dit de me lever, il veut me faire visiter l’avion mais je n’en ai aucune envie. Je détache à contrecœur ma ceinture, le seul lien qui me crée un semblant de sécurité, et me lève avec crainte. Il m’emmène à l’arrière de l’avion dans une chambre assez vaste, avec un coin bureau, une petite salle de conférence, une salle de bain et un grand lit. Il enlève délicatement mon gilet, je me sens vulnérable les bras nus.

 

— Ferme les yeux, me souffle-t-il en douceur.

 

Je l’écoute et baisse mes paupières, j’entends ses pas s’éloigner, j’ai peur, je ne veux pas me retrouver là toute seule.

 

— Tu vas où ? lui dis-je alarmée.

— Chut !

Je l’entends revenir, ses pas tournent lentement autour de moi, puis je me retrouve dans le noir complet, mes yeux bandés par une étoffe, j’ai envie de toucher mais il m’en dissuade en collant son corps au mien.

 

— Esteban, j’ai encore plus peur comme ça.

— Concentre-toi sur tes sensations, ne t’inquiète pas, je suis avec toi.

 

Je suis perdue, toutes sortes de messages arrivent à mon cerveau et j’ai du mal à me concentrer : l’altitude, le vide sous mes pieds, les yeux dans le noir, je ne peux pas prévoir ses gestes ni les sensations que mon corps va vivre, c’est déroutant. Il déboutonne lentement ma chemise qui glisse le long de mon corps et tombe sur le sol, il pose ses mains le long de mes hanches puis descend sensuellement la fermeture éclair de ma jupe, et la laisse s’étaler en corolle à mes pieds. Sa main prend la mienne et m’invite à enjamber ma jupe. Le bruit de ses pas tourne à nouveau autour de moi, il s’arrête juste derrière mon corps brûlant de désir. Ses mains se posent sur mes épaules, descendent lentement en effleurant ma peau, jusqu’à passer ses bras autour de moi et venir poser ses mains sur mes seins, un frisson parcourt mon corps.

 

— Tu as peur ? me demande-t-il avec sensualité.

 

Je ne sais pas à quoi il fait allusion, le vol, ma nouvelle vie, le fait de me retrouver nue devant lui les yeux bandés, vulnérable mais pleine de désirs…

 

— À cet instant Emma, as-tu peur ?

— Non, je n’ai pas peur.

— Très bien ma douce, dit-il, tout en me caressant le cou avec son nez et en me plaçant face à lui. Allonge-toi sur le lit.

 

Il me guide avec délicatesse, mes jambes touchent le matelas et je le laisse m’allonger sur le dos.

 

— Lève les bras ! m’ordonne-t-il. Je ne proteste même plus, je fais ce qu’il me dit, impatiente de connaître la suite. Tu ne bouges pas !

 

Je reste allongée, silencieuse, à écouter le moindre souffle, aucune sensation, aucun bruit. Tous mes sens s’exacerbent, ma respiration s’accélère, ma peau se tend en attendant son contact, ma bouche salive de sentir son goût, mon ouïe s’éveille à la recherche de la moindre information qui m’indiquerait sa position. Je l’espionne, je surveille, mais où est-il ? Puis ses pas s’éloignent, la porte s’ouvre et se referme. Je suis seule, mon Dieu, il m’a laissée seule ! La peur qui circule en moi fait palpiter mon ventre, je n’entends plus que ma respiration, je suis offerte, les yeux bandés et excitée. Mais où est-il ? Tout à coup, je prends conscience que je suis entre deux vies, en train de quitter celle que j’ai créée en France et pas encore entrée dans celle que je vais créer à New York, et le plus fou est que je suis en train de passer de l’une à l’autre, les yeux bandés et attachée dans les airs. Je l’appelle.

 

— Esteban, Esteban, où es-tu ? Pas de réponse.

 

Je serre les cuisses, la peur remonte maintenant le long de ma colonne vertébrale et se loge au niveau de ma gorge.

— Esteban !

 

D’un seul coup, je sens sur mon nombril quelque chose de très froid, à la limite de la brûlure. Je halète.

 

— Chut, je suis là, me dit-il tendrement.

 

Je me sens rassurée, il est là ! Mon corps s’apaise, ma peau se liquéfie, mon ventre fait des bonds.

 

— Où étais-tu ?

— Tais-toi, me dit-il en posant amoureusement son doigt sur ma bouche.

 

Je sens cette brûlure remonter tout le long de mon ventre jusqu’à mon sein, c’est exquis. Mon téton, mon cou, mes lèvres, je sens le bourbon qui se répand sur ma lèvre inférieure.

 

— Ouvre !

 

J’ouvre la bouche et laisse entrer cette saveur puissante. C’est un glaçon trempé dans du bourbon.

— Ne le croque pas, suce-le !

 

Le glaçon fond dans ma bouche et coule sur mes lèvres pour se répandre dans mon cou. Je me tortille, l’eau chargée en bourbon est froide, elle me fait frissonner. Ses doigts font du bruit dans son verre, il prend un autre glaçon qu’il pose sur mon ventre et le fait glisser sur mon sexe brûlant, instinctivement je ferme les cuisses qu’il rouvre violemment.

 

— Laisse tes cuisses ouvertes ! m’ordonne-t-il.

 

La froideur me pique les chairs et fait remonter de l’électricité dans mon vagin qui gémit de plaisir. Ses doigts caressent mes lèvres lentement, il passe le glaçon sur mon clitoris tout doucement, bon sang je ne vais tout de même pas jouir avec un glaçon ? Il empoigne ma cuisse de son autre main, la serre, pour me montrer son pouvoir, sa présence. Je suis complètement éprise de ses gestes, possédée. Ses baisers sur mes genoux remontent à l’intérieur de ma cuisse, puis sa langue sur mon clitoris douloureux, une sensation étrange de brûlure et de réconfort en même temps, un plaisir encore inconnu mais qui déjà fait dire à mon corps qu’il en veut encore. Le froid m’a endolori la peau, et sa langue qui paraît très dure m’arrache un orgasme en quelques secondes. Je ferme les jambes, c’est trop bon.

 

— Oh non Madame, je n’ai pas terminé !

 

J’ai le souffle coupé, je ne dis rien mais l’espère, je guette le moindre mouvement, le moindre bruit, et j’ose.

— Viens Esteban, prends-moi maintenant !

 

Je l’entends respirer proche de moi mais ne sens pas le contact avec sa peau, puis son souffle se fait plus dense, plus proche de mes seins, de mon cou, de ma joue puis de mes lèvres, qu’il embrasse avidement, il sent le bourbon. Il se place au-dessus de moi, écarte mes cuisses de ses jambes et se frotte doucement contre mon clitoris encore endolori. Il a gardé son caleçon, le morceau de tissu devient obstacle à mon plaisir, mais il prend son temps.

 

— Prends-moi Esteban, lui crié-je.

 

Je sens son sourire contre mon cou, il savoure et se joue de ma vulnérabilité. Je commence à me tortiller dans tous les sens pour lui signifier que j’ai envie de lui.

 

— Esteban, s’il te plaît !

— Oui ? Que veux-tu ?

— Toi !

— Je ne comprends pas.

— Toi, fais-moi l’amour.

 

Il m’attrape par les cheveux, attire mon oreille à lui, me respire, m’en mordille le lobe, ce qui provoque une décharge électrique au fond de mon ventre.

— Serais-tu en train de me supplier de te baiser ?

— Oui, viens.

— J’adore les femmes qui me supplient de les baiser.

 

J’ouvre les yeux sous mon bandeau, il ne me voit pas. « Les Femmes ?».

 

— C’est pour ça que j’aime te baiser, tu fais partie de cette catégorie.

 

Combien de femmes l’ont supplié ? Je n’ose pas donner une estimation mais cela me contrarie de savoir qu’il a dû connaître tellement de partenaires avant moi, alors que moi je ne peux pas apporter grand-chose à notre relation.

 

— Allez… !

— Un peu de patience, ma douce.

 

Je resserre mes jambes autour de lui et l’attire contre moi, il a toujours son boxer. Mais il le fait exprès ou quoi ?

 

— Enlève ton caleçon, allez !

Je n’en peux plus, mon ventre palpite, ma respiration est intense, je le veux, tout au fond de moi. Il l’ôte enfin dans une lenteur déconcertante puis se positionne tout contre moi, sa peau recouvrant la mienne de sa chaleur, de son désir.

 

— Mets un préservatif.

— Non, on n’en a plus besoin.

— Pas question, il y a eu un accident ce matin, je ne veux pas tenter le diable.

— Je vais faire attention, je veux te sentir autour de moi sans barrière. Et puis le diable a déjà été bien tenté, tu ne crois pas ?

 

D’un coup, il me pénètre, je me sens enfin remplie de lui, il est à moi. Alors que je m’attends à ce qu’il me prenne sauvagement, c’est tout le contraire qui se produit, il me fait l’amour dans une extrême et exquise lenteur, il entre et sort tout doucement mais puissamment, c’est tellement bon. Il pose sa main sur ma bouche.

 

— Tu parles trop, ma douce.

 

Il est devenu ma drogue, je le veux à chaque instant, je ne sens que lui dans chacune de mes cellules, je ne veux que lui, j’ai besoin de lui. Il continue amoureusement, tout en sensualité mais avec une puissante présence.

On passe le reste du vol enlacés l’un contre l’autre à se sentir respirer, à se murmurer des mots doux, à se caresser. Je suis rassurée, il est là avec moi, nous sommes en route vers une nouvelle vie. La peur laisse peu à peu la place à l’anticipation.

 

— Tu es prête ? On arrive bientôt.

 

Je prends une grande respiration, m’étire et l’embrasse.

 

— Oui je suis prête.

 

Je n’ai rien vu du voyage et c’est très bien comme ça. Une force m’anime, je me sens décidée à prendre ce nouveau départ avec lui. Plus d’obstacles, plus d’embûches, plus de réticences, je veux tout !

 

On arrive à JFK, ça y est, je pose les pieds sur le sol américain. L’aéroport est gigantesque, des milliers de personnes entrent et sortent, des ballets de bagages courent sur le tarmac. Nous n’empruntons pas le même chemin que les passagers venus par long-courrier, nous avons atterri sur une piste privée, mais je peux distinguer facilement le brouhaha qui émane de l’autre côté des pistes. Une limousine nous attend. Esteban me prend la main et la porte à sa bouche, il l’embrasse délicatement et je vois dans ses yeux qu’il est ému.

 

— Ma douce, je suis tellement content que tu sois là avec moi.

— Moi aussi, Esteban.

C’est comme si mon destin m’attendait ici depuis toujours, comme si cet homme était à moi depuis toujours. Je ne connais rien de ce pays et pourtant je m’y sens déjà bien, je sais que ma nouvelle vie est ici.

 

— Nous allons à notre appartement.

— Tu n’as pas d’affaires à régler ?

— Si, j’ai quelques dispositions à prendre, Élyse s’occupera de la logistique.

— Élyse ?

— C’est mon assistante, je ne serais rien sans elle.

 

Rien sans elle ? Comment dois-je prendre cette phrase ? J’espère que leurs rapports ne sont que professionnels, sinon je vais passer mon temps à me questionner à chaque fois qu’ils seront ensemble. Il remarque mon inquiétude, frotte ma petite ride du lion du pouce et l’embrasse.

 

— Je n’ai pas couché avec elle.

— Tant mieux.

— Arrête de croire que j’ai couché avec toutes les femmes qui m’entourent.

— Je m’interroge, c’est tout. Je ne veux pas me mettre à sympathiser avec une de tes conquêtes.

— Tu n’as rien à voir avec elles, je te rassure, donc tu n’as aucun intérêt à chercher la comparaison.

On passe devant des buildings gigantesques, le trajet dure une heure mais je suis émerveillée par toutes ces avenues et cette agitation. Je suis comme une gamine dans un parc d’attractions, impossible de voir des immeubles aussi hauts en France, ni de voir autant de monde dans les rues. Au fur et à mesure de notre avancée, tout devient plus dense, plus de monde, plus de costumes-cravates, plus de personnes qui marchent vite, mais où courent-ils ?

 

— Où vont tous ces gens ?

— Au travail ma douce, nous sommes dans le quartier des affaires, au sud de Manhattan.

— Je croyais qu’on allait d’abord à ton appartement.

— À notre appartement ! Nous y allons, il est situé au-dessus de ma société, dans le quartier des affaires à l’angle de Broad Street et de Wall Street.

— Ah d’accord, opiné-je, un peu déçue de devoir vivre dans un quartier où il n’y a que des businessmen, affairés à travailler comme des forcenés jour et nuit.

— Je n’y vis que la semaine, le weekend je suis dans mon appartement dans l’Upper East Side, tu vas adorer, on a vue sur Central Park.

 

Ah voilà, là je respire, de la verdure, des grands espaces, je me sens mieux. J’ai cru un instant étouffer à l’idée d’être cloîtrée au milieu de ces tours géantes.

 

— Donc ça y est, j’arrive dans le monde d’Esteban Cruise ?

— Tout à fait. Jusqu’à présent, tu n’as eu qu’un tout petit aperçu de qui je suis.

 

Je ne sais pas comment prendre cette remarque, ni à quoi m’attendre. La limousine s’engouffre dans le sous-sol d’un grand immeuble avec des façades vitrées. Les places sont énormes, on pourrait mettre deux voitures dans une, décidément tout est démesuré ici. Esteban sort de la voiture, m’ouvre la portière et me tend la main. Mon cœur bat vite, une petite pointe d’appréhension mêlée d’excitation, tout est possible, tout est à créer. Je sors une jambe.

 

— Stop ! Laisse-moi garder en mémoire ce moment, le premier pas que tu fais dans ta nouvelle vie.

— Tu veux faire une photo et l’encadrer ?

— C’est une bonne idée.

 

Il sort son téléphone et prend un cliché de ma jambe revêtue d’un bas couture, ma jupe remontée sur ma cuisse.

 

— Voilà, on gardera ce moment en mémoire tous les deux.

 

J’y suis ! Je commence une nouvelle vie. Il y a une semaine, j’étais mariée, avec l’espoir que mon mari veuille recoller les morceaux et que nous vivions le reste de notre vie heureux, mais c’était sans compter son adultère et ma rencontre avec Esteban. Me voilà aujourd’hui à New York, à l’autre bout du monde, divorcée et en couple avec le plus beau et plus riche célibataire des États-Unis. La nouvelle Emma est née, libre, forte et sexy. Qui l’eut cru ?!

 

— Prête à jouer, ma douce ? Le véritable jeu commence maintenant !

 

Fin – Suite au tome 2.

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