Affranchis-moi T1

Eva Adams · Chapitre 16 sur 32

Pages du PDF

Affranchis-moi T1

Chapitre 16

 

— Qu’y a-t-il ma douce ? s’inquiète Esteban..

— C’est un message de Carl.

— Laisse-moi le lire ! dit-il, en m’arrachant le téléphone des mains.

 

Il ouvre le message, et lit, lit, lit. Je commence à avoir peur, je me demande s’il est arrivé quelque chose à mes enfants. Puis, il ferme mon téléphone et frappe du poing l’habitacle de la voiture.

 

— Quel salaud ce mec ! lâche-t-il avec colère. Une boule noue mon ventre, j’ai peur.

— Donne-moi mon téléphone, je veux savoir ce qu’il a écrit.

— Non, je vais l’envoyer à mon avocat. Il le range dans sa poche intérieure.

— Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe Esteban ? Il prend mes mains dans les siennes.

— Ton mari est un gros con, il croit peut-être qu’il va pouvoir te berner comme ça. Il a porté plainte contre toi pour abandon de domicile, et il t’accuse de faire passer ta carrière avant ta famille et de lui laisser régulièrement tes enfants pour sortir.

— Mais c’est faux !!! m’écrié-je.

— Oui mais qui peut en attester ? En plus, tu aurais fait de la rétention d’information. Il a reçu un pli que tu ne lui as pas remis, et il a perdu l’affaire en appel car il lui manquait les pièces que tu as gardées.

 

Je me remémore Madame Ramiress, l’enveloppe et tout ce qui s’est passé depuis lundi. En ouvrant mon sac à main, je me rends compte qu’elle est là, pliée et glissée dans une des multiples poches. Je porte les mains à ma bouche pour étouffer un cri et les larmes coulent, je pleure de peur et de colère.

 

— Il ajoute que si tu ne reviens pas dans l’heure, il te fera enlever définitivement tes enfants.

 

Je pleure de plus belle, j’ai envie de vomir. Comment mon mari est-il capable de faire ça ?

 

— Annulons la soirée, il faut que je rentre chez moi, m’affolé-je.

— C’est hors de question ! Tu ne vas certainement pas donner raison à ce con. C’est de l’intimidation.

— Mais je n’ai pas le choix, il va m’enlever mes enfants !

— Pas du tout, il ne le fera pas, je te le promets ! Je vais appeler mes avocats et ils vont régler cela rapidement.

Arrivés à l’appartement, Esteban file dans son bureau, et je m’effondre. Effectivement, je suis une femme perfide, une profiteuse, tout ça n’est qu’une illusion. Je dois tout arrêter, retourner chez moi, mettre fin à cette idylle qui va avoir de lourdes conséquences, ma place est auprès de mes enfants. Esteban sort de son bureau, je l’entends claquer la porte, il me foudroie du regard.

 

— Il n’est pas question que tu y retournes, tu m’entends ? Il tend les bras et serre les poings, s’empêchant de frapper le mur le plus proche.

 

Je me retrouve comme une petite bête apeurée, je ne sais pas comment me comporter. Carl est en colère et maintenant, Esteban aussi. Il m’est difficile de trouver ma juste place au milieu de tout cela, à croire que j’ai le don de mettre en colère les hommes qui m’entourent.

 

— Mets un survêtement et des baskets et rejoins-moi au bout du couloir dans la salle de sport.

— Je n’ai pas envie de m’amuser Esteban, réponds-je, désemparée.

— C’est un ordre, Emma !!!

 

En allant dans la chambre, je me rends compte que je n’ai pas pris beaucoup d’affaires et que malheureusement, je n’ai ni survêtement ni baskets.

— Dans le dressing, il y a ce qu’il te faut, me dit-il adossé à l’entrée de la chambre.

 

J’ouvre la porte à côté de la salle de bain dans laquelle je me suis douchée, et découvre un grand dressing rempli de vêtements très féminins, tous à ma taille. Un survêtement noir et or et des baskets noires assorties m’attendent. Je m’habille, avance dans le long couloir et ouvre la porte sur l’immense salle de sport, Esteban me tire par le bras d’un coup sec, me fait un croche-pied et je tombe à terre sur le tapis qui jonche le sol. Je me relève un peu abasourdie par cet assaut et je le vois surexcité.

 

— Mais t’es dingue ou quoi, qu’est-ce que tu fais ?

— Tu es en colère ?

— Bien sûr ! Comment ne pas l’être ?

 

Il tend son bras et en bougeant ses doigts vers lui, m’oblige :

 

— Viens te battre !

— N’importe quoi ! Je ne vais pas me battre avec toi.

— Bien sûr que si, allez viens !

 

Je me retrouve face à un homme fort, grand, musclé, qui est dans une colère peut-être plus grosse que la mienne, c’est de la folie.

— Sans gants ? demandé-je me ressentant déjà fragile.

— C’est du Sanda, tu te rappelles ? C’est un combat libre et dans cette version, on combat sans gants. C’est un sport de contact, il faut toucher l’autre, le faire tomber, mais pas lui mettre des coups comme en boxe française par exemple.

— Donc pas de violence ? questionné-je, pas plus rassurée.

— Non, pas de violence. Le but pour le combattant est d’acquérir un esprit sportif dans la maîtrise de ses coups et dans l’anticipation de ceux de son adversaire.

— Ça a l’air compliqué, lancé-je, sceptique.

— Pas du tout, tu vas apprendre au fur et à mesure, je vais te guider.

— Et comment je fais ça ?

— Pense à ton mari et ce qu’il compte te faire, si tu ne reviens pas gentiment à la maison, pense à son adultère, pense qu’il veut t’enlever tes enfants.

 

À ces mots, ma colère commence à monter et je lui décoche une claque sur le bras.

 

— C’est tout ce que tu es capable de faire ?

 

Je lance un coup de poing, il me tord le bras en arrière et me fait mal.

 

— Aïe, lâche-moi !

— Eh, je ne vais pas me laisser faire non plus ! Allez continue, laisse toute ta colère monter et essaie de me toucher.

 

Je tente de l’atteindre mais sans grand succès. Je lui mets de petites claques, mais il amortit facilement les chocs.

 

— Visiblement ton mari a raison, tu n’as pas les couilles de t’assumer sans lui !

 

À ce moment, ma colère se change en rage. J’enchaîne les coups de poing, les coups de pied, les claques, le tout sans style mais je m’en fiche, j’ai besoin de frapper. Esteban retient mes coups, me fait tomber, deux fois, trois fois, je suis dans une telle fureur que je ne ressens aucune douleur. Il m’encourage à continuer, me pique au vif pour faire ressortir tout ce qui me ronge et me pousse dans mes extrêmes. Ma colère ne tarit pas, bien au contraire, elle augmente. Il me prend par la main et m’emmène devant un punching-ball.

 

— Frappe là-dedans.

 

Je tape une fois.

 

— Allez bon sang, tu tapes comme une gonzesse !

Je reprends plus fort, je crie à chaque coup donné, je sens que ma colère commence à se vider mais il y en a encore.

 

— Stop, tu saignes Emma.

 

Je regarde mes mains, ce ne sont que quelques éraflures, mais rien de grave. De toute façon, je ne peux pas m’arrêter, je l’entends me parler de loin, je dois continuer, sortir toute ma hargne. J’imagine la tête de Carl, j’ai envie de lui faire mal, envie de le bousiller et lui montrer que je ne suis pas une pauvre petite femme sans défense, que je peux lui casser la gueule. Il va prendre pour tous ceux à qui je n’ai pas pu envoyer mon poing dans la figure.

 

— STOP !

 

Je n’entends que brièvement, ma colère a plus de poids. D’un seul coup, Esteban me prend les bras, me les coince dans le dos et me crie :

 

— Arrête bon sang, tu vas te faire mal !

 

Je hurle, je hurle, je hurle de toutes mes forces, en me débattant et donnant des coups de pied, avec une telle rage que je suis aussi raide qu’un bout de bois, rien ne peut m’atteindre. Il resserre ses bras sur les miens, me fait mal, me tord les épaules, mais ça ne m’arrête pas. Je suis habitée par une telle violence que j’arrive à me dégager. Non sans mal, je le repousse, lui tape sur la poitrine et lui hurle dessus.

— Ça suffit maintenant Emma ! Stop !!! crie-t-il tout affolé.

 

À cet instant, je ne sais pas ce qui me prend, je lève le poing… il me regarde, incrédule…

 

— N’y pense même pas ! déclare-t-il, en tentant de reprendre le contrôle de la situation.

 

Ce défi me met hors de moi. Je lui décoche un coup de poing et bien qu’il se déplace, je le touche tout de même à la mâchoire, il me retourne une claque qui me fait tomber. Le sol réceptionne mon corps vidé de toute son énergie. Esteban revient vers moi et me relève.

 

— Excuse-moi, pardonne-moi, je ne voulais pas, me dit-il affligé. Il fallait absolument que je t’arrête. Putain, tu m’as fait mal ! Je pleure, il me serre dans ses bras.

— Pardon, ce n’est pas contre toi que je voulais me défouler, m’excusé-je, honteuse.

 

Je regarde mes mains et en effet elles saignent, mes cheveux sont tout ébouriffés, ma nuque me fait mal, mon corps est tendu, mes muscles sont brûlants et ma gorge est irritée d’avoir tant crié. J’ai envie de hurler au monde entier ma colère. Mon cœur palpite, j’ai mal au ventre, j’essaie de me relever mais je retombe, mes jambes ne me tiennent plus. Je décide d’abandonner et de rester là. Esteban vient à mon secours et me porte jusque dans la salle de bain, me déshabille, se déshabille et nous entrons dans la douche sous l’eau brûlante. Mes larmes se mêlent à cette eau pure et chaude, je reprends vie petit à petit.

 

— Lave-toi, il faut se préparer pour la soirée. Changement de masque, l’homme d’affaires reprend le dessus.

 

Je le vois se passer la main sur la mâchoire, je tourne son visage vers moi pour voir l’ampleur des dégâts et lui demande de m’excuser. Je l’embrasse là où je lui ai fait mal.

 

— Pardon, je n’ai pas voulu te blesser.

— C’est rien, c’est moi qui t’ai poussée, répond-il, pragmatique.

— Quand bien même, je n’aurais pas dû. Tu commences à avoir un bleu, tu vas être bien marqué.

— Toi aussi, en passant sa main sur ma joue. Ne recommence plus ! Le but n’est pas de faire mal à l’autre je te rappelle.

— Je sais, je suis vraiment désolée.

 

On se met à rigoler de conserve, on fonctionne de la même manière, avec lui tout est pardonnable, je n’ai pas envie d’encaisser les coups, ni qu’il les encaisse. On sait comment l’autre va réagir, et surtout on sait comment se faire pardonner. Il se saisit d’un préservatif, vient se coller contre moi, me soulève, installe mes jambes autour de sa taille et me pénètre lentement. Je me sens mieux, la douceur de ses va-et-vient me donne l’énergie de revenir à la réalité. Serait-il en train de changer ? Sortie de la douche, je m’habille avec les vêtements qu’il m’a préparés sur le lit. Cette longue et magnifique robe noire achetée dans l’après-midi, bas résille, porte-jarretelles et bien sûr, soutien-gorge à balconnet. Pour la jarretière on verra plus tard.

 

— Tu n’as pas oublié quelque chose ? le questionnais-je.

— Non quoi ? Ah oui ton maquillage ! Ne t’inquiète pas, j’ai acheté celui que Maya a utilisé pour faire sa démonstration.

— Et la culotte qui va avec le reste ?

— Pas question, je t’ai dit plus de culotte !

— Un string au moins ? essayé-je de marchander.

— Non plus, ce soir tu n’en as pas besoin, vu ce que j’ai prévu pour la suite…

 

Excitée mais un peu mal à l’aise puisque je vais être avec Yveline, à son gala de charité. Je ravale ma timidité et enfile mes chaussures. Esteban sort de son dressing et s’arrête net. Je vois dans ses yeux une lueur d’excitation et de fierté. Après tout, c’est lui qui m’a créée !

 

— Comment souhaites-tu arriver ? lâche-t-il avec désinvolture. Je ne comprends pas sa question. - Tu veux arriver de façon discrète ou ostentatoire ?

— Je ne comprends toujours pas ta question.

 

Mille images me passent par la tête. Les cheveux en bataille, les joues rouges, la robe déchirée… Il me regarde avec un œil rieur en devinant mes pensées.

— Je parle de voiture Emma ! Pas de sexe.

— Euh… balbutié-je, un peu honteuse.

— OK, on prend la Porsche donc ?! Il dépose sur mes épaules l’étole assortie à ma robe.

 

Le château d’Yveline est magnifique, l’allée principale est éclairée et la file de voitures de luxe est impressionnante. Un voiturier nous attend et se positionne près de ma porte quand j’entends Esteban lui dire de venir de son côté. Je suis étonnée et certaine qu’il va me refaire le coup du premier soir et me laisser me débrouiller seule pour sortir de la voiture, ce qui ferait très mauvais genre. Mais je me trompe, c’est lui qui m’ouvre la porte et me tend sa main. Je m’en saisis, honorée de son attention, d’autant que plusieurs personnes nous regardent, se demandant certainement qui nous sommes. Sur le pas de la porte, Yveline nous accueille, majestueuse dans une longue robe argentée. Qui pourrait croire qu’elle est en dépression ? Elle a un sourire qui s’étire jusqu’à ses oreilles et me manifeste son enthousiasme à l’idée que je sois là. Elle me surprend en me prenant les mains et me faisant la bise dans le vide, après tout c’est une patiente. Puis elle se fige devant Esteban.

 

— Monsieur CRUISE ! Soyez le bienvenu dans mon humble demeure. Je ne savais pas que vous seriez le mari de Madame Vidarli pour la soirée ! lui dit-elle en lui serrant la main et se rendant compte de l’absurdité de ses propos. - Venez, venez, mes invités vont être ravis de vous voir, tout comme l’association que je parraine, ajoute-t-elle, en lui jetant un regard intéressé.

Il me tend son bras et je lui dis tout bas :

 

— Je suis désolée, m’excusé-je, mortifiée qu’il croie être invité juste pour son argent.

 

Dès l’entrée, il faut passer au vestiaire, encore ce fameux vestiaire où nous devons nous dépecer de tout ce qui peut nous encombrer. Je ne comprends pas pourquoi c’est un passage obligatoire alors que nous restons assis sur notre chaise quasiment toute la soirée. Je n’ai pas envie de retirer mon étole mais Esteban passe derrière moi et me l’enlève.

 

— Non, je veux la garder pour le cas où j’aurais froid.

— Tu ne crains rien, Emma. Tu peux laisser tes épaules nues, je suis là pour te protéger. Et quand bien même, tu aurais froid, j’ai ma veste.

 

J’accepte ce choix même s’il n’émane pas de moi et laisse à nouveau Esteban prendre le contrôle de la situation. Nous entrons dans une immense salle décorée avec un goût certain, des fleurs des champs parsèment toutes les tables. Yveline nous annonce que c’est un banquet champêtre. Je suis contente de me dire qu’enfin je vais manger un repas que je connais, saucisson, rillettes et pâté. Esteban sourit.

 

— Quoi encore ?

— Tu t’es déjà préparée au menu ?

— Comment le sais-tu ?

— Parce que je te connais, je lis en toi aussi facilement qu’en moi.

— Arrête, tu recommences à être intrusif.

 

Je lui tiens toujours le bras. Yveline m’appelle, elle veut me présenter quelqu’un, c’est à contrecœur que j’accepte de lâcher Esteban.

 

— Sois forte ma douce, tu vas y arriver.

 

Elle fait les présentations, j’ai l’impression d’être une bête de foire que l’on exhibe, comme si tout le monde avait besoin de savoir qu’elle était en thérapie !

 

— Je vous présente ma psychologue. C’est grâce à elle, si je vais mieux et si j’ai pu tenir ce gala ouvert ce soir. Je vous la conseille et vous demande de la recommander autour de vous, c’est une diva dans sa matière. De plus elle a un doctorat en psychologie mais par modestie, elle ne l’utilise pas.

 

Esteban m’étudie, l’air de dire « On va remédier à cela plus tard ». Je lui fais un petit signe de la tête en lui disant « Non ! ». On me demande où j’exerce, depuis combien de temps, et mes tarifs. Je suis en train de répondre à la dernière question quand Yveline me coupe :

 

— Peu importe le coût, ce sont les résultats qui comptent et pour nous la santé n’a pas de prix.

Tout le monde acquiesce. Je me sens vraiment comme une petite fille à qui on ne laisse pas la parole. Tout en posant sa main sur mon avant-bras, Yveline me dirige vers le bar pour prendre un verre, et à peine arrivée, elle repart converser avec d’autres invités. Je m’apprête à commander un jus d’orange quand Esteban arrive et me devance.

 

— Champagne rosé pour Madame, s’il vous plaît.

— Euh… tu crois que c’est une bonne idée ? La dernière fois que j’ai bu une coupe de ce champagne, tu as abusé de moi ! Tu veux me saouler ?

— Exactement, c’est bien mon intention.

 

Quelques mains serrées et nous passons à table. Au milieu du repas, Yveline doit faire un discours. Je la vois poser ses mains sur son ventre, elle est toute pâle. Je me retourne vers Esteban.

 

— Je dois y aller, tu m’excuses quelques instants ?

— Vas-y, je suis intrigué de voir de quelle manière tu exerces ton art.

 

Yveline est pétrifiée.

 

— Je ne peux pas, d’habitude c’est mon mari qui parle, je n’y arriverai jamais.

— Bon, on va faire un exercice de relaxation. « Plantez vos pieds dans le sol, posez vos mains sur votre ventre, l’une au-dessus de l’autre, voilà comme ça. Visualisez de longues racines sortir de vos pieds et plongez-les dans la terre. Voilà, respirez dans vos racines, faites remonter la force de la terre et devenez un arbre, beau, grand, majestueux, qui étend ses branches très haut dans le ciel. Voilà, inspirez, expirez, inspirez, expirez… enlevez vos mains et continuez quelques respirations. Venez caresser le ciel avec vos feuilles et aspirez toute l’énergie du haut, faites redescendre cette force à travers vos branches jusque dans vos racines. Ouvrez les yeux et respirez calmement. » Comment vous sentez-vous ?

— Forte, je suis prête. Merci Emma. Allons sur scène.

— Non, je reste derrière le rideau, réponds-je, prise de panique à mon tour.

— Venez, cela vous concerne aussi, insiste-t-elle, en me prenant le bras et me tirant sur scène.

 

Elle fait son entrée plus radieuse que jamais, et me fait signe de me placer à côté d’elle. D’ici, j’ai une vue imprenable de la salle. Esteban se dégage du reste de l’assemblée par son charisme, il est magnifique. Yveline entame son discours en s’excusant de l’absence de son mari retenu pour affaires à l’étranger, mais pour qui cette association tient à cœur. Une association qui vient en aide aux femmes battues, violées, meurtries par la vie. Une association qui propose à ces femmes de se reconstruire, psychologiquement, mais aussi de trouver un logement, un travail, une dignité ! Elle continue en expliquant que c’est en cela que tous les bienfaiteurs interviennent, en donnant de l’argent et surtout des moyens de changer leur vie. Avec tous les avocats, médecins, financiers et autres hommes d’affaires, elle espère bien récolter des fonds, mais aussi des emplois, des logements, des moyens concrets pour fournir à toutes ces femmes la possibilité de démarrer une nouvelle existence.

 

— Grâce à vos dons de l’année dernière, nous avons pu ouvrir une seconde maison « Émergence », où nous aidons ces femmes à s’ouvrir à elles. Certaines ont bénéficié d’un suivi assez court, d’autres d’un suivi plus long, mais il y en a encore tellement qui ont besoin d’aide ! Donc j’en appelle à votre bonne volonté, pour cette année encore redoubler d’intentions et de dons. L’association recherche aussi des bénévoles, par conséquent, c’est à vous mesdames que je m’adresse, et à toutes les relations que vous pourriez avoir : psychologue, médecin, gynécologue, pédiatre, coiffeuse, maquilleuse, masseuse… Tout ce qui peut les aider à se sentir femme…

 

Après encore quelques phrases en guise de conclusion, elle remercie l’assistance et invite au lancement des dons. Tout le monde se lève et l’applaudit. Yveline est l’hôtesse parfaite, elle joue très bien son rôle. Je redescends de la scène et rejoins Esteban alors que les propositions de don fusent de toute part. Certains offrent de l’argent, d’autres des appartements pendant une année, d’autres encore des soins en institut de beauté, le remboursement des frais médicaux, des emplois… Esteban propose une garde-robe pour chaque femme qui entrera dans cette nouvelle maison, chaussures et lingerie comprises. Tout le monde applaudit, c’est encore un grand succès pour Yveline.

Le dessert arrive, et une superbe assiette avec trois petits dômes de mousse de fruits et chocolat est installée sous mes yeux. C’est très beau. Je commence à me délecter de cette vision quand la main d’Esteban se serre sur ma cuisse.

 

— Une bouchée de chaque et c’est tout.

— Laisse-moi manger mon dessert, ne recommence pas. Je ne vais quand même pas gâcher tout ça ? Regarde comme c’est beau et comme ça sent bon !

— Tes fesses vont aussi se le rappeler. Une bouchée de chaque et tu arrêtes !

— Comme tu peux être psycho-rigide parfois, dis-je en grognant.

OceanofPDF.com