Affranchis-moi T1

Eva Adams · Chapitre 2 sur 32

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Affranchis-moi T1

Chapitre 2

 

Bien installée dans mon canapé, la couverture remontée sur mes jambes, je profite enfin du calme quand mon téléphone sonne, « Fichez-moi la paix ! », il re-sonne. Non, non, et non ! Je ne ferai pas d’heures supplémentaires, ce soir ! Puis, c’est le fixe qui sonne… c’est pas possible, qui peut m’appeler trois fois ?!

 

— Allô ? dis-je sèchement.

— Salut ma chérie, c’est Camille. Qu’est-ce que tu fous, tu me filtres ?

— Pas du tout, je venais de m’installer avec un plateau télé, mon portable est sur la table de cuisine, je n’ai pas eu le courage d’aller le chercher.

 

Au contact de ma meilleure amie, les larmes reprennent, comme pour évacuer les résidus du gros stress de ce matin.

 

— Plateau télé, tu dis ? J’en conclus que tu es encore seule ce soir. Mais qu’est-ce qui se passe ma chérie ? Tu pleures !

— Bien joué, Madame Irma ! m’exclamé-je, en réponse à toutes ses questions.

— Je viens de finir le boulot, bouge pas j’arrive ! Je vais te raconter ma folle nuit avec Sylvio, un jeune mannequin qui vient d’avoir 22 ans, ça va faire sécher tes larmes.

— Tu exagères, tu les prends de plus en plus jeunes ! Mais oui je veux bien, ça fait tellement longtemps que je n’ai pas fait l’amour avec Carl, que je suis preneuse de toutes infos croustillantes et ne m’épargne pas s’il te plaît, je veux chaque détail !

— Ben oui tu me connais ! Je partage tout avec les bonnes copines. J’arrive au plus vite, ça va aller d’ici là ?!

— Non, mais quand tu seras là, ça ira mieux.

 

À peine arrivée, Camille enlève ses chaussures et les balance dans l’entrée, elle fait seulement ça lorsque Carl n’est pas à la maison. Ils ne s’aiment pas trop tous les deux, il la trouve vulgaire et pense qu’elle va me dévergonder. Elle saute sur le canapé, j’ai juste le temps de replier mes jambes, elle se laisse tomber en me donnant une claque sur la cuisse.

 

— Oh tu n’as vraiment pas l’air d’aller bien, toi ?!

— Non, ce matin il y a eu un accident sur le périphérique, j’ai eu la peur de ma vie, j’ai cru que Carl était mort et… elle me coupe la parole.

— Ah non, tu ne vas pas me gâcher mon bonheur de m’être faite sauter par une bombe sexuelle ! D’abord mon histoire et après on s’occupera de tes larmes. T’es prête ? J’y vais... À ce moment son téléphone sonne, elle a reçu un message. - C’est Chloé, elle demande où je suis, elle n’a pas le moral, j’lui dis de passer ?

— Au point où j’en suis, vas-y. On va se gargariser avec ta nuit torride.

Camille se met à tapoter sur son téléphone, à la vitesse d’une dactylo. Je suis jalouse, elle fait tout merveilleusement bien, sauf trouver un mec et avoir une vie rangée, mais pour le reste elle assure. Dans la seconde qui suit, Chloé répond, elle est à deux pâtés de maisons et elle monte.

 

— Écoute Emma, j’en profite avant que Chloé arrive : rien ne va plus avec Carl, faut vraiment que quelque chose se passe dans ta vie, quelque chose qui te redonne le sourire. Je ne te reconnais plus. T’as que 31 ans, merde !

— Je sais Camille mais je l’aime.

— Erreur ma chérie ! Tu es habituée à vivre avec lui, mais pour ce qui est de l’amour, je ne crois pas. Je sais comment tu es quand tu es amoureuse et là, ce n’est plus de l’amour, j’te connais.

— Je suis juste fragile en ce moment, en plus Carl ne m’a pas touchée depuis des mois, il travaille tout le temps.

— Justement, votre histoire ne tient plus, vous n’êtes plus sur la même longueur d’onde. OK c’est ton mari et le père de tes enfants, mais il ne te rend plus heureuse, et moi je veux que tu sois heureuse, tout comme Chloé et Jules. On ne veut que ton bonheur ma chérie.

— Heureusement que tu es là, je peux toujours compter sur ta sincérité.

 

On entend un tout petit grattement à la porte, tel un chat apeuré qui veut entrer. Camille va ouvrir à Chloé qui laisse tomber son sac à main sur le sol, enlève ses chaussures et avance à pas minaudés. J’entends des chuchotements, je me sens exclue, seule. Ce sentiment d’abandon me reprend mais il est devenu plus fort et m’a prise à la gorge d’un coup. Les filles arrivent dans la salle, Chloé a les yeux tout rouges et un mouchoir à la main, elle a encore pleuré.

— Ça va, ça va, je suis en grande réflexion sur ma vie et ça me rend triste. J’suis nulle, désolée, j’avais juste envie d’être avec les copines et de penser à autre chose. Ouh la la Emma, qu’est-ce qui se passe ? Tu as une de ces têtes !

— Je sais, j’ai eu une grosse peur ce matin, j’ai cru que Carl était mort, lui dis-je en sanglotant.

— Et finalement tout va bien ?

— Ça va, c’était une fausse alerte. Moi aussi j’me sens nulle les filles, je pleure pour un rien en ce moment. Carl est de plus en plus distant et il ne m’a pas touchée depuis des mois, j’en peux plus…

— Oh Emma, je croyais que vous aviez réglé vos soucis avec Carl ? Et moi qui viens me faire plaindre ! Camille la coupe et dit :

— Fini les jérémiades, je vais vous remonter le moral avec ma nuit torride, dit-elle, en faisant des bonds sur le canapé. J’étais en boîte samedi soir, vous savez la nouvelle, « L’écrin pourpre ». Je ne connaissais pas, eh bien je n’ai pas été déçue, très sélect, tapis pourpre à l’entrée, dorures partout. Ce club propose des soirées à thème et ce samedi, c’était « soirée noir », tout le monde devait être habillé classe, en noir. J’avais sorti une petite robe très courte, cintrée avec un grand décolleté devant, et dans le dos, des lanières formant un papillon avec des cristaux de Swarovski. Une paire de Louboutin noire brillante et un sautoir qui plongeait dans mon décolleté. Autant dire que j’étais à tomber.

 

Avec Chloé, on s’est regardées et on a pensé la même chose. Comment se fait-il que, quelle que soit la façon dont elle s’habille, tout le monde se retourne sur son passage ?

— J’étais avec une copine, pas une bonne copine comme vous les filles, mais un samedi soir, toi tu ne sors jamais à cause de tes gosses et toi, tu attends le prince charmant avec ton chat. Bref, deux gars nous ont approchées au bar, on venait d’arriver et ils ont proposé de nous payer un verre, vous savez comment je suis… moi les cadeaux, je ne les refuse jamais. On s’est retrouvées à leur table où il y avait pas mal de monde, on a pensé sur le coup que c’était une réunion de famille, mais en fait c’était un agent qui était venu avec son équipe fêter l’anniversaire de leur dernière trouvaille : un mannequin métisse de 22 ans. Une bombe les filles ! Je vous jure ! Il avait des biceps aussi gros que mes cuisses, un torse musclé… un tee-shirt moulant laissait apparaître sa musculature et tout le monde lui tournait autour, mais il n’avait d’yeux que pour moi.

— Ben tu m’étonnes vu comme t’étais habillée ?!! Elle me met une claque sur la jambe.

— Traite-moi de salope aussi ?

— Exactement, t’as bien compris !

— Ouais, c’est vrai mais je le peux, regardez ce cul, et ces seins, dit-elle en se remontant la poitrine, bon je continue ou vous ne voulez pas la fin ?

— Si, si, on veut savoir comment ça se finit, ou comment tu l’as fini, dit Chloé en rigolant.

— Donc, on va danser, je commence à le chauffer sur la piste… elle fait des mouvements avec son corps, pour nous montrer comment elle a dansé avec lui. J’étais motivée les filles, j’avais trop envie de baiser et pas envie de me masturber un samedi soir. C’était l’occasion de finir la nuit avec un sex toy sur pattes. On est rentrés chez moi, à quatre heures du mat, un peu éméchés et une envie énorme de baise. Le gentil gars, poli, galant, il m’a même ouvert la porte. À peine arrivés, il me demande si je veux boire un verre, comme si je n’étais pas déjà assez saoule ! En guise de réponse, je l’ai attrapé par le tee-shirt pour l’emmener dans la douche.

— Non, tu lui as sauté dessus comme ça ? T’es une dingue Camille ! Chloé n’en revient pas, elle n’oserait jamais faire ça, pas même avec son prince charmant.

— Donc, on est sous la douche, tout mouillés, je le déshabille et lui fais une fellation. Ça m’a permis de voir qu’il avait un cul à tomber et qu’il avait encore du potentiel, même après quelques verres et l’heure tardive. Le type ! Hyper bien gaulé les filles, mais il ne savait pas quoi faire de sa bite, il a fallu que je fasse tout ! Pourtant, vous me connaissez, moi j’aime que les choses ne tournent pas autour du pot, il faut y aller. Je l’ai chevauché sur le lit et en trois minutes, il a éjaculé dans un cri de bête blessée et s’est mis à pleurer comme un bébé. Je me suis retrouvée comme une conne, quand j’ai compris que c’était sa première fois !

— Oh putain ! m’écrié-je, interloquée par l’audace de ma copine. T’as dépucelé ce mec ? Mais il a dû être choqué d’être tombé sur une fille comme toi ?! Il a dû te prendre pour une pute ?

— Si je l’étais, y’a bien longtemps que j’aurais un appart de folie et un dressing à faire mourir d’envie Carrie Bradshaw. En tout cas ça me va bien comme ça, jamais deux fois avec la même queue. Après on s’en lasse, y’a des sentiments qui s’installent et on finit, ben… on finit comme toi ! Trop peu pour moi ! J’ai besoin de nouveauté, je ne pourrais pas faire bobonne à la maison, tous les soirs et attendre que mon mari veuille bien me toucher, une fois tous les trois mois.

— Camille, ta façon de résumer ma vie est déconcertante. Si je m’étais imaginé que ma vie serait ce qu’elle est… dis-je dans un soupir.

 

Chloé se renferme, elle regarde sans cesse son téléphone et attend un appel de son prince charmant. Il a dû oublier de payer sa facture parce que ça fait trois semaines qu’elle n’a pas de nouvelles. Soi-disant qu’il la drague à mort, mais quand il lui envoie des messages c’est pour dire « Ça va ? » ou « T’es dispo dans 5 minutes ? », alors là elle y voit tous les signes et fonce, comme une ado amoureuse, dans les bras de ce type qui ne pense qu’à la sauter, quand il n’a personne d’autre sous la main. Mais bien sûr, si on lui disait ouvertement qu’il se fiche d’elle, elle ne nous croirait pas. Elle se sent gênée d’entendre Camille raconter comment elle mange les hommes, pour les jeter après usage, en collant dessus l’étiquette « Périmé ». Chloé, c’est le genre de fille qui ne voit qu’un mec, elle cherche le bon, et une fois trouvé, elle se voit vieillir avec. Mais à chaque fois, c’est la douche froide, elle pleure pendant des semaines, elle ne mange plus, elle passe chez Camille, chez moi, elle maigrit à vitesse grand V, elle déchire ses vêtements et il faut recommencer. Racheter une garde-robe, aller chez le coiffeur, l’aider à reprendre goût à la vie. C’est un cercle vicieux qui nous use, nous aussi. On s’efforce de recréer une nouvelle Chloé, qui au final ne lui plaît pas plus qu’à nous. En fait, c’est une romantique, elle a besoin d’amour, c’est sa source, son oxygène, sans amour elle dépérit. Il lui faut un homme, gentil, élégant, doux, serviable, qui lui fasse une sérénade tous les matins, en lui apportant son petit-déj au lit et qui fasse la roue tous les soirs, pour lui faire comprendre qu’il est content qu’elle soit rentrée… Autant dire que c’est pas gagné ! Tout le contraire de Camille et moi, mais la pauvre n’avait déjà pas le moral, là elle va repartir et se pendre dans les escaliers. Je la prends par les épaules et lui dis qu’on est là, on l’aime nous ! On va l’aider à trouver le bon, il existe forcément, on a tous quelqu’un qui est fait pour nous quelque part. Sur quoi, Camille se met à rigoler en se tordant et se tenant le ventre, elle rit à gorge déployée et nous dit d’un ton amusé et sincère :

 

— N’importe quoi ! Vous délirez les filles, là ! Comme si on était destinées pour être la femme d’un seul homme ! On est faites pour pouvoir tous les essayer. Regardez ce pays où ils ont tué toutes les filles à la naissance et où il ne reste que des hommes, vous imaginez le harem géant ? Imaginez les filles… Elle ferme les yeux, nous emportant dans son fantasme. - Je rêve d’un immense supermarché où tu entrerais tes critères dans une machine : sa couleur de peau, de cheveux, des yeux, la taille, la musculature, la pointure, la taille de sa bite bien sûr, tes positions préférées… et au final, il te sortirait un ticket avec les rayons où trouver ton ou tes colis. Ouah ce serait génial ! Je vais peut-être plancher sur cette idée. Bref, tant qu’on n’est pas trop vieilles les filles, il faut se secouer ! Vous avez intérêt à bouger votre cul, parce qu’un jour ou l’autre vous vous réveillerez, vous aurez envie de sexe et ce sera trop tard. Vous aurez les seins qui tombent sur les genoux, les fesses de la texture d’un chamallow et vous ne pourrez plus vous lever un gars digne de ce nom. Du coup, vous mangerez, frustrées devant votre télé, avec votre corps en forme de flan.

— Camille, tu exagères ! Je ne suis pas d’accord avec toi, je suis sûre qu’on peut être la femme d’un seul homme. Peut-être pas n’en connaître qu’un dans sa vie, mais on peut tomber sur le bon et se dévouer corps et âme à lui, ça s’appelle le mariage !

— De toute façon, moi je ne cherche pas l’amour, je cherche du cul, du sexe, de la baise en abondance. Regardez mon cul, putain ! J’ai la chance d’avoir un corps de rêve qui fait baver tous les gars que je croise, il est fait pour être vu et touché, pas pour être collé dans un canapé. Moi, je veux m’éclater et après je passe à autre chose, une nouvelle chasse à l’homme, une nouvelle queue et... Elle est à nouveau partie dans des souvenirs dont nous sommes exclues. - À chaque fois, je découvre l’excitation d’un nouveau mec, de ce qu’il aime, est-ce qu’il va me faire jouir ou vais-je devoir tout prendre en main… C’est le jeu les filles : je veux baiser, il me veut, je le veux, on s’éclate et on se dit au revoir. Pourquoi je me priverais, hein ?

— À t’entendre, on dirait que t’es même pas rassasiée de ton beau mannequin puceau. On n’est que lundi et t’es déjà en manque, t’es grave ! lui dis-je.

— N’empêche que plus je vieillis et plus vite je suis en manque.

— Tu verras quand tu auras des gosses comment ça va te calmer.

— T’es dingue ou quoi ? J’aurai jamais de gosses ! Ça chiale, ça pue, ça empêche de vivre tout ce qu’on veut. Non, il n’est pas question que je me pollue la vie, que je ne puisse plus sortir quand je veux, que je ne puisse plus m’acheter une paire d’escarpins parce que j’aurai acheté des couches… En plus ils ne dorment pas, ils parlent mal, on ne comprend rien, ils te bouffent ton temps, ils te bouffent ton fric, au final tu te fais des rides… Non, non, non, il n’est pas question que j’aie des mômes.

— Ah ben merci sympa pour moi, dis que je suis finie aussi ? C’est bien les amies, ça fait plaisir de voir comment tu me réconfortes, un soir où je vais mal.

— Tu me connais, ce n’est pas pour toi que je dis ça. C’est juste que cette vie n’est pas faite pour moi. Toi tu les aimes tes gosses, tu les as voulus, mais regarde maintenant t’es coincée chez toi et quand tu veux sortir, tu dois trouver une nounou. Et ton mec ! Il n’est jamais là et on se retrouve bloquées ici, devant un plateau télé avec un film qu’on a vu mille fois. Et tout ça pourquoi ? Parce que tes gosses dorment et qu’on ne peut pas sortir. C’est comme avoir un chat, tu ne peux rien faire sinon le chat pisse partout.

— Ah super Camille, j’en prends aussi pour mon grade, dit Chloé en se mouchant. Ben dis donc, ça fait plaisir de te voir, t’es vachement réconfortante. Apparemment, ton coup de samedi t’a pas suffi, il t’en aurait peut-être fallu deux.

— Oh… les filles ne le prenez pas comme ça ! Vous savez comment je suis, impulsive, irréfléchie, je peux être une vraie garce. Vous me dites des trucs, franchement, ça me paraît à 300 mille lieues de ce que je vis, de ce que j’imagine. Pour le moment, j’ai envie de m’amuser, peut-être qu’un jour, je changerai d’avis mais en attendant, j’en profite. Je ne dis pas que quand je serai trop vieille, trop moche ou trop grosse, il ne sera pas temps de me caser mais là, franchement, hein ? dit-elle debout, en balayant son corps comme un objet de luxe dernier cri.

 

Malgré son franc-parler, on se dit que notre copine a tout de même la classe !

 

— Moi, je rêve d’avoir des enfants, dit Chloé qui reprend espoir.

— Je te le souhaite Chloé, dis-je, en pleurant. Je suis désolée, je suis une fontaine ce soir.

— Ma chérie, t’es juste à bout, il te faut un nouveau tournant dans ta vie, tu t’épuises ! Tu ne te bats pas à la loyale, tu es seule à vouloir que les choses s’arrangent.

— Emma, tu sais que tu es un modèle pour moi, je voudrais avoir la même vie que toi, avec un mari et des enfants… mais je rejoins Camille, tu n’es plus heureuse et ça me fait mal. Il faut que tu te trouves un Sylvio !

— Chloé, venant de toi je suis choquée, comment peux-tu me pousser à tromper Carl ?

— Je ne te pousse pas Emma, tu fais ce que tu veux, mais là ta vie est en train de t’échapper, réveille-toi !

 

Les filles viennent de partir. Il est presque minuit, je n’ai toujours pas de nouvelles de Carl. Je suis épuisée par cette journée et par le stress vécu ce matin. À peine entrée dans ma chambre, je ressens le froid de l’espace vide, et surtout la solitude qui vient d’envahir la pièce, une forte tristesse remonte du fond de mon ventre et me brûle les yeux. Je suis là devant mon lit magnifique, dans lequel je dors souvent seule : Carl travaille tout le temps depuis qu’il a accepté d’être associé dans ce cabinet d’avocats et cela dure depuis plus d’un an. Il arrive tard et repart tôt le lendemain matin, je me demande même parfois s’il rentre. Je vis avec une ombre de lui-même, depuis plusieurs mois. Il ne me voit plus, il me laisse m’occuper de tout, je me sens seule, qu’est-ce que je me sens seule ! C’est de ma faute de toute façon, j’aurais dû lui dire de ne pas accepter cette opportunité, on était à peu près bien avant. La grossesse imprévue de Marie paraissait être un cadeau du ciel, un signe. Ce bébé devait nous aider à recoller les morceaux ; mais la grossesse difficile, les nuits difficiles après la naissance, mes coups de blues parce que rien ne fonctionnait comme je l’avais imaginé… tout cela nous a éloignés. C’est ma faute voilà ! Carl s’est jeté dans le boulot et, d’après lui, c’est grâce à cela qu’il a été récompensé et qu’on lui a proposé de s’associer. Je me suis sentie délaissée et la question de l’utilité de mon existence a refait surface. Cela annonçait que la porte s’était entrouverte et que derrière, une pente glissante pouvait m’emmener dans mes tréfonds, et une fois aussi bas, qui viendrait me chercher ? Chassons toutes ces idées, de toute façon rien n’effacera ce qui s’est produit dans le passé, il n’est plus l’heure de philosopher. Demain est un autre jour et je l’espère plus calme.

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