Café sans filtre

Jean-Philippe Blondel · Chapitre 18 sur 20

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Café sans filtre

Épilogue

 

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6 h 00

 

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JOCELYNE

 

J e leur ai dit que je m’occuperais de la fermeture. Quand on est vieux, on n’a pas sommeil, même quand on a passé la nuit entière à écouter des histoires. À former une sorte de cohorte nocturne avec des gens qui ont des

décennies de moins que nous et qui, eux, au petit matin, s’écroulent de

fatigue. Chloé les a invités à venir se reposer dans la maison de sa mère. Ils

vont traverser la ville à pied. Aujourd’hui, le bar restera fermé. Je les

rejoindrai ce soir. José a promis de nous préparer à dîner.

J’ai bientôt 71 ans, et j’ai rarement ressenti une telle plénitude. Je viens de

rendre officiellement les clés. Je me décharge. Ces trentenaires ne sont ni

mes amis, ni ma famille – mais ils sont ceux qui m’accompagneront

jusqu’au bout. Chloé va seconder Fabrice, qui embauchera ce jeune homme,

Ahmed, que José lui a recommandé. Ils formeront une nouvelle équipe.

Bientôt, on jurera que le Tom’s a pignon sur rue depuis des lustres. La

preuve ? Ce nom désuet, qui sent bon les années cinquante ou soixante. Les

cocktails sucrés. Les airs de jazz.

Je vais rester encore quelques semaines sans doute, et puis je prendrai le

train vers l’océan. Il y aura foule et je me saoulerai de visages démasqués et

de sourires retrouvés. Le soir, j’effectuerai ma promenade traditionnelle le

long du front de mer. Ils viendront probablement en août, pendant cette

quinzaine où la ville désertée s’endort. Même José ne résistera pas à mon

invitation. C’est de là qu’il nous quittera, la déchirure sera plus nette et

moins douloureuse. Nous l’accompagnerons à la gare et il promettra des

vidéos, des photos, des conversations, des vocaux, que sais-je encore.

Je m’apprête à baisser le rideau de fer, et puis je me ravise. Non. Je veux

entendre encore les échos des histoires de la nuit, et profiter des

perspectives qui s’ouvrent, tandis que les rayons du soleil commencent à

éclairer la place Urbain-IV.

Je vais sortir une des tables – non, laissez, je n’ai pas besoin d’aide. Je suis

une forte femme. Une chaise. Deux, si vous avez envie de me rejoindre. Je

mets en marche le percolateur. L’odeur qui monte. La lumière du matin sur

la ville.

Voilà.

Un café en terrasse.

C’est exactement ce qu’il nous faut.

Vous venez ?

 

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