Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!
Chapitre-18
Jour 3
Playa Luna Resort
Cancún, Mexique
La discothèque de l’hôtel, assez vaste, est divisée en deux paliers. La
piste de danse se trouve en contrebas du bar et on y accède par quelques marches seulement. La place, mi-moderne, mi-exotique, est entourée de vieux écrans diffusant certains vidéoclips. Cela donne l’impression aux voyageurs de se trouver ailleurs que dans un club de leur ville. Le voisin de Christian, complètement ivre au milieu de la piste de danse, embrasse gloutonnement Sharon, la plantureuse Québécoise, qui semble également dans un état d’ivresse assez avancé.
— Est-ce moi ou le voisin ressemble à un gars « pas dans sa ligue », lance Vicky à l’endroit de Katia, témoin de la scène quasi porno qui se déroule sur la piste de danse.
— Je sais, elle est « paquetée » solide, la pauvre ! Quand on est dans un état pareil, les critères de sélection diminuent un peu ! Ou encore, on ne se souvient carrément pas de ce qu’on a fait, comme dans mon cas, lance Katia avec désinvolture, en tournoyant sur elle-même pour commander un autre verre au bar.
Caroline, aussi accoudée au comptoir non loin d’elles, discute
sérieusement avec Thomas.
— Non, je ne l’ai pas fait toute seule, quand même, cet enfant-là, affirme-t-elle en roulant des yeux, la tête basse, gênée, mais surtout peu emballée par le sujet de la discussion.
— Comment se fait-il que ton chum laisse une belle fille comme toi partir seule en vacances ? questionne Thomas, charmeur et bien conscient de l’être.
— Il me fait confiance, ajoute-t-elle en pivotant sur ses pieds, par principe et pour lui démontrer qu’elle partage tout à fait la conviction de son conjoint.
— T’es entièrement comblée avec lui, même après sept ans ? tente Thomas, en bon avocat du diable.
— Euh… oui, oui, répond-elle, quelque peu hésitante, surprise par la question qui s’avère directe et, surtout, très indiscrète.
— T’as bafouillé… Tu n’es donc pas « entièrement » heureuse avec lui, alors.
— Eh, monsieur l’avocat-qui-se-cherche-une-cause-de-divorce-à-défendre, laisse faire ! Je te trouve assez intrusif, merci !
— Regarde, Caro, je déconne. Je te trouve craquante, c’est tout. Mais ce n’est pas grave, je respecte ta vie et je vais te laisser tranquille. On se voit plus tard, fait-il, avant de la quitter pour rejoindre ses amis plus loin.
Elle l’observe s’éloigner en songeant que ce doit être l’alcool qui fait en
sorte qu’elle se sent tout de même un peu déçue qu’il soit parti. Elle se répète en boucle dans sa tête : « Il ne te fait absolument rien, ce gars-là, Caroline… » Elle effectue un pas de côté vers les filles, en paraissant tout de même préoccupée.
— Avoue qu’il te fait craquer ? lui catapulte sans gêne Vicky, un sourire en coin.
— Pas du tout ! Je lui ai même dit que j’étais en couple et très heureuse de l’être ! avoue fièrement celle-ci, consciente d’être ainsi respectueuse de l’engagement amoureux qui la lie à son conjoint.
— Heureuse ? Bien oui, avec ton chum qui te laisse tout faire à la maison… sûrement…, souligne Katia, qui connaît Caroline depuis très longtemps.
— OK, je me suis peut-être déjà plainte de lui dans la salle des profs à quelques reprises, mais c’est comme tout le monde ; les couples ont des hauts et des bas, ça ne veut pas dire que je vais tromper mon chum en voyage, voyons ! rectifie-t-elle, en regrettant que ses paroles du passé jouent actuellement contre elle.
Avant qu’elle ne daigne répondre à l’affirmation juste de son amie,
Katia aperçoit le danseur de merengue faire son apparition sur la piste de danse.
— Je ne l’avais pas vu, lui ! crie-t-elle en l’observant se déhancher avec une touriste.
— Ne fonde pas trop d’espoirs sur ce gars-là. Je pense que c’est sa job de faire danser les femmes ! remarque Vicky, en cherchant toujours des yeux Dawson-du-
Wisconsin dans la foule.
Un grand gaillard arrive à ce moment-là tout près des filles.
— Allo, ma belle Kat ! fait-il en la prenant littéralement dans ses bras.
C’est le type qui avait l’air de si bien connaître Katia le lendemain de sa
première cuite. Elle se laisse envelopper sans contester, mais fixe désespérément ses amies par-dessus l’épaule de son assaillant. Il lui susurre à l’oreille : « Toi, t’es ma meilleure ! »
Katia, trop préoccupée par son danseur sexy, l’écoute à peine et se
libère doucement de son étreinte. Sans rien dire, elle se déplace à pas de loup vers la piste de danse, les yeux rivés sur l’objet de sa convoitise.
— Elle est partie ! blague Caroline en haussant les bras en guise d’impuissance.
Son affectueux ravisseur ne semble pas en faire de cas et se dirige vers
d’autres touristes, plus loin.
Dans une pose naturelle, Katia reste embusquée près d’une table bistro
qui longe la piste de danse. À l’arrêt de la musique, elle plaque son verre sur la table et fonce droit sur Fernando, qui embrasse gentiment sa partenaire de danse sur les joues. Dans un anglais parfait, elle le saisit par le bras et le salue comme si elle était étonnée de le croiser au milieu du plancher de danse. Visiblement content de la voir, il l’embrasse à son tour. Au rythme d’une chanson latine qui retentit dans l’air, il commence à danser avec elle en lui tenant fermement les mains. Katia ne sait même pas à ce moment précis si l’ex-partenaire de danse de Fernando est restée aux alentours ou si elle a quitté les lieux. Elle semble littéralement se croire dans une scène de Dirty Dancing, amorçant les premiers pas de danse de façon quasi théâtrale, la tête tournée vers le côté, le nez au vent. Elle pivote la tête pour vriller ses yeux dans ceux de son beau Patrick-Swayze-latino.
***
— Salud, Wisconsin ! glousse Vicky en levant son verre de téquila en direction de Dawson.
Celui-ci, l’air un peu timide, soulève aussi son verre en n’ayant d’yeux
que pour elle.
La pauvre Caroline, abandonnée par Katia qui danse depuis plus d’une
heure avec son Latino-Américain, et par Vicky qui boit depuis presque une heure aussi avec son Américain, s’est discrètement immiscée dans le cercle d’amis de Thomas. « Je n’ai pas le choix, je suis toute seule ! », raisonne-t-elle pour se déculpabiliser, en répondant une fois de plus à un de ses innombrables sourires ravageurs.
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