Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!
Chapitre-62
Jour 7
Vol AQ993
Cancún-Montréal
17h23
— On arrive-tu que je l’appelle, le beau Pat ! raille Vicky, prête à éclaircir la situation, bien que l’avion soit encore en plein vol.
— Il va payer avec toi. C’est clair, voyons donc ! essaie de la rassurer Caroline.
— Pfft ! Il va TOUT payer ! C’était son idée ! Eille, moi qui faisais déjà un trou dans mon budget avec ce maudit voyage là ! stipule Vicky, catégorique.
— Même si tu l’appelles en arrivant, il ne va probablement pas être en mesure de répondre de là-bas avec son portable, l’avise doucement Katia, pour la préparer mentalement à cette possibilité.
— Je crois qu’il avait un forfait « accès à l’étranger ».
— Il t’a ajoutée sur Facebook, au moins ?
— Non, il n’avait pas de connexion Internet sur son cellulaire. On s’était dit qu’on le ferait en revenant.
— Ça va s’arranger, Vic !
— J’espère, parce que ça s’ajoute au surplus déboursé pour la valise ; je n’arrive plus du tout dans le budget !
— Mexique de marde, hein ! blague Katia, pour tenter de faire rire son amie.
— Salut, les filles ! les aborde soudainement un gars debout dans l’allée centrale.
— Tiens, voilà mon chum ! le salue en retour Katia, en poursuivant toujours le running gag échangé depuis le début du voyage.
— Ça va, ma chérie ?
— Bon, « ma chérie », maintenant ! Vous voyez que notre relation, c’est du solide ! En fait, moi aussi je vais t’appeler chéri étant donné que je ne sais toujours pas ton nom, s’amuse Katia en riant, toujours impuissante devant sa mémoire défaillante.
— Tu ne lâches vraiment pas ton rôle de fille qui fait semblant de ne se souvenir de rien, hein ! admire presque le gars, diverti par sa ténacité.
— Anyway ! On s’appelle, plaisante Katia, en lui faisant un clin d’œil.
— Yes ! J’ai ton numéro ! Tu me l’as donné ce soir-là, déclare-t-il en lui renvoyant son clin d’œil.
Sans rien ajouter, il poursuit son chemin vers la toilette.
— Il a mon numéro en plus ? chuchote Katia en direction de ses amies, abasourdie par ce dernier détail. Pour lui remettre mon numéro, j’ai « frenché » avec, c’est certain. Pfft !
— Il est cute, c’est pas grave !
— Je sais, mais je suis juste pas fière de mon amnésie partielle.
— Ce voyage-là fut normal vraiment juste pour toi, Caro, ajoute Vicky, en guise de conclusion à toute cette saga.
— Ben là, n’exagérons pas ! Je n’ai jamais bu autant d’alcool en sept jours de toute ma vie !
— Justement ! La seule chose que tu as faite de pas correcte, c’est de boire un petit peu trop. Quand même ! C’est pas pire, comparé à nous autres. Eille ! J’ai dansé sur un bar sans soutien-gorge, j’ai fait un trip à trois avec un couple de quinquagénaires losers… Et le clou, il y a un inconnu qui « trippe » sur moi en prétendant que je lui ai fait des trucs sexuels complètement inusités, sans que je me souvienne de rien… C’est-tu pas beau comme résumé de voyage, ça !
Caroline n’a pas le temps de répondre quoi que ce soit que Vicky, aussi
scandalisée, poursuit dans la même veine.
— J’ai baisé sans condom dans la mer avec monsieur « graine communautaire » en personne, j’ai détruit un kart de golf avec un autre gars, et tout ça, en ayant un homme dans ma vie qui doit déjà le savoir… grosse charrue ! Et je passe les détails concernant mon cancer de peau quasi assuré ainsi que l’épisode où un lézard géant a failli me bouffer la moitié de la face, sans compter qu’à ma grande joie, ma Visa est maintenant « loadée » du double du prix réel du crisse de voyage, dépeint Vicky, qui ne sait pas si elle doit pleurer de nouveau ou simplement dédramatiser la situation.
— Toi, Caro, t’as donné héroïquement ton boléro à une fille en détresse pleine de merde et t’as un petit peu trop bu…
— Elle a aussi chié dans le bain. Et… que dire des tresses…, ajoute Vicky, à voix basse, pour ne pas offusquer son amie, qui déteste déjà tellement sa coiffure.
— Des petits détails de rien du tout ! Ça, c’est parce que t’es une bonne personne, parce que t’es équilibrée ; on a ce qu’on mérite dans la vie ! justifie Katia en se tapant de nouveau sur la tête.
Caroline ne répond pas. Elle ne sourit pas non plus. Elle tourne plutôt la
tête vers le hublot. Vicky lance des yeux interrogateurs en direction de Katia. Le regard de Caroline reste fixé aux nuages qui défilent dans le petit orifice rond. Les filles l’entendent alors renifler.
— Caro ? l’appelle doucement Vicky, déconcertée par la peine soudaine de son amie.
Le simple fait d’être interpellée la rend encore plus émotive : Caroline
éclate réellement en sanglots. La femme assise à l’avant se retourne en entendant de nouveau quelqu’un pleurer. Les deux filles demeurent interloquées quant à la raison rendant leur amie si triste. D’un mouvement de tête, Caroline chasse ses tresses vers l’arrière et se retourne vers ses amies, les yeux rougis, l’air complètement abattu. Vicky, qui semble tout à coup comprendre, n’ose pas faire part de son impression à voix haute. Caroline vient à son secours et nomme tout simplement :
— Thomas…
Pour l’encourager à poursuivre son idée, Katia répète, mais par une
question :
— Thomas quoi ?
Caroline approuve d’un signe de tête, en échappant des larmes de plus
belle.
— Capote pas, Caro ! Quoi ? Il t’a « cruisée », t’as aimé ça et tu te sens coupable ? Ce n’est pas un drame, la rassure Vicky en lui caressant le bras par-dessus Katia, assise au milieu. Voyons, tu es en couple, oui, mais humaine aussi.
Elle renifle de nouveau en prenant un papier-mouchoir dans son sac à
main. Elle lève ses grands yeux pleins de tristesse vers ses amies afin d’y trouver un certain réconfort.
— Les filles… je suis une pas fine…
— Quoi ? Tu penses beaucoup à lui ? tente Katia, qui doute que ce soit juste l’hypothèse de Vicky qui la met dans cet état.
— Ce que je vais vous raconter s’est produit le troisième jour, lorsqu’on les a rencontrés sur la plage…, commence Caroline, avec un sérieux désarmant.
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