Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!

Amélie Dubois · Chapitre 38 sur 103

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Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!

Chapitre-37

Jour 5

Playa Luna Resort

Cancún, Mexique

 

Katia revient vers ses compagnes de voyage, qui se prélassent dans la

piscine. Assises sur des tabourets vissés au fond, elles se retrouvent donc submergées jusqu’à la taille tout en étant accoudées au bar. Elles profitent de la fin de l’après-midi ensoleillé, un bloody mary à la main. Katia saute à l’eau et nage vers elles, en exécutant des mouvements rotatoires avec ses mains.

— Mmmm ! Bon choix de cocktails ! les complimente Katia, le sourire fendu jusqu’aux oreilles.

— Mon Dieu ! Ç’a l’air de bien aller, toi !

— Qui est-ce qui a un rendez-vous doux et clandestin ce soir pour souper ? Bibi, qui va s’habiller super sexy !

— Il n’était pas trop choqué pour l’autre soir ?

— Non, il ne pouvait pas rester longtemps ce soir-là, de toute façon. Il ne danse pas au spectacle de fin de soirée : son seul soir de congé depuis deux semaines.

— Qu’est-ce que vous allez faire ?

— On va souper en ville, à l’abri des regards indiscrets. Ensuite, probablement qu’on va se cacher dans un bosquet pour baiser. Du moins, j’espère bien !

— Où ? s’intéresse Caroline, compte tenu des conditions strictes liées au statut d’employé de Fernando.

— Je ne sais pas, moi. C’est son territoire, pas le mien !

— Eille, c’est le voisin qui s’amène là-bas ! crie presque Vicky, qui en est encore au stade d’évaluer son comportement envers elle.

Celui-ci se dirige vers la plage avec son ami. Comme le sentier le fait

passer tout près du bar où elles se trouvent, il regarde par hasard dans leur direction. En les apercevant, il s’empresse de détourner la tête avant de continuer sa route, comme si de rien n’était.

— Vous avez vu comment il semble super mal à l’aise ?

— Oui, cette fois-ci, j’avoue que c’est évident qu’il nous a vues, se désole Caro, honnête.

— Je vous le dis, il a probablement déjà écrit un texto à Christian pour lui annoncer que je suis une pétasse. Je n’aurais jamais dû faire ça. Pour ce que ç’a donné, en plus.

— Ah non ! Cachez-moi ! rugit Katia, qui se penche de côté sur son siège de béton.

Elle tente de se camoufler le visage derrière un long vase garni de

pailles. Claude et Carole s’en vont également à la plage par le sentier qui jouxte la piscine, tout souriant, tenant chacun un gros thermos à café, probablement rempli de bière. Katia maintient le contenant droit devant son visage afin de suivre d’un œil discret leur trajectoire, ceux-ci lui faisant maintenant dos.

— Coudonc, pourquoi tu te caches ainsi ? Tu t’es juste endormie dans leur chambre, ce n’est pas un drame, questionne Caroline, perplexe.

— J’ai pas envie de leur parler, c’est tout…

— De toute façon, ils ont regardé dans notre direction. Ils doivent bien se douter que la troisième personne qui est avec nous, celle dissimulée derrière le vase de pailles, c’est toi, voyons ! lance Vicky, rationnelle.

— Je les trouve vraiment louches, avoue Caroline en les observant s’éloigner de l’autre côté de la piscine.

— Ils sont partis ? s’assure Katia, qui tient maintenant dans son autre main, toujours à la hauteur de son visage, une cruche remplie de jus de citron.

— Toi, t’es pas louche pantoute !

— Oui, ils sont rendus au bar de la plage. On aperçoit juste l’arrière de leur tête, mais de loin.

— On devrait rester dans la chambre, tant qu’à vouloir éviter tout le monde ! rigole Caroline, en faisant référence au « voisin » qui est passé plus tôt.

— Bon, la pétasse maintenant ! murmure Vicky, distinguant Sharon, au loin, qui déambule vers la piscine.

Rendue à leur hauteur, elle s’immobilise bien droite, la poitrine sortie,

pour les saluer tout bonnement, les mains sur les hanches.

— ALLLLO ! Ça va, les filles ?

— Ouais…

— Fait beau, hein !

— Beau comme c’est supposé être au Mexique, là ! commente Vicky, sur un ton tout sauf emballé, dessinant des demi-cercles dans l’eau avec ses mains.

S’ensuit un malaise évident. Sharon reste plantée là un instant, confuse

quant à la raison justifiant l’attitude bête de Vicky.

— C’est le fun le petit bar dans l’eau, hein ? envoie- t-elle pour alimenter la conversation.

— Hum…

— Comment va Dawson ? lance Vicky, un ton accusateur dans la voix.

— Je ne sais pas ! Je le cherche, justement. Vous l’avez vu ?

— Non. Bonne chance pour le trouver. Il se cache souvent ! rajoute mesquinement Vicky.

— Pourquoi tu dis ça ?

— Disons que je le connais TRÈS bien !

— Ah bon…, répond piteusement Sharon, incertaine de comprendre la signification du commentaire flou de son interlocutrice.

Les filles épient partout sauf dans sa direction. Katia fait

machinalement tourner la paille dans son cocktail, Vicky observe toujours l’ondulation de l’eau provoquée par ses mouvements et Caroline regarde en direction opposée, comme si les palmiers la captivaient outre mesure.

— Bon bien… à plus ! fait la fille, impuissante, en s’éloignant.

Les trois têtes se retournent en même temps pour scruter le balancement

de gauche à droite de son postérieur bien rebondi. Celui-ci est à peine recouvert de son micro maillot de bain à l’effigie de la marque de bière Corona.

— Cibole ! Elle aurait dû ne pas en mettre, tant qu’à y être. On lui voit le derrière quasiment au complet ! exagère jalousement Vicky lorsque celle-ci se trouve plus loin.

— Elle ne t’a pas vue partir avec Dawson le troisième soir, sinon elle ne serait pas venue nous demander ça directement ! déclare Caroline, convaincue que dans le cas contraire, cette dernière n’aurait assurément pas agi ainsi.

— Anyway… On s’entend qu’elle n’a pas l’air vite vite sur ses patins, la belle Sharon ! Bon, elle vient de rejoindre le couple d’échangistes au bar ! Elle va peut-être se taper une soirée de sexe torride avec eux, maintenant ! Dawson économiserait du temps en se farcissant trois personnes en même temps ! Il aurait donc une plage horaire de libre à son agenda pour une fille supplémentaire ! exagère Vicky, toujours amère.

— « Plage » horaire ; dans le contexte de vacances, j’adore le jeu de mots ! Bravo, je te donne trois points, souligne Caroline.

— Merci !

— Tant qu’elle laisse mon danseur latino tranquille, la belle Sharon ! déclare Katia, le regard menaçant.

— Eille ! Il s’en passe des affaires, assises au bar de la piscine…

— Avez-vous vu la gang de jeunes, là-bas ? Ils calent de la bière depuis presque une heure avec cette espèce d’entonnoir en plastique. Ils vont être malades !

Les filles observent la bande de fêtards qui deviennent de plus en plus

bruyants, tous agglutinés sur le bord de la piscine, à l’opposé de là où elles se trouvent. Elles sont interrompues dans leur séance d’espionnage par un individu qui interpelle l’une d’entre elles.

— ALLO KAT ! crie un gars, avant de plonger littéralement dans l’eau pour venir les rejoindre à la nage.

— Bon ! Il ne manquait plus que lui : mon grand ami que je ne connais pas ! plaisante Katia, les bras en l’air, en voyant le grand Québécois devenu copain avec elle le premier soir, sans qu’elle ne se rappelle de lui.

— C’est le temps ou jamais d’investiguer sur lui…

En arrivant derrière les filles, il enlace Katia par la taille. Il secoue la

tête près d’elle pour lui mouiller le dos. Son aisance est telle qu’on dirait vraiment un amoureux faisant une blague à sa petite amie.

— Bien voyons ! s’efforce de rire Katia, en se dégageant un peu des mains de cet homme qui lui est toujours inconnu.

Vicky tente d’en savoir plus à son sujet :

— Tu sais, l’inconnu, notre amie ici présente est restée très discrète sur la façon dont vous vous êtes rencontrés le premier soir et on est bien curieuses d’en savoir plus. On aimerait que tu nous racontes ce qui s’est passé entre vous deux…

— Franchement ! C’est privé ! réagit le gars, presque gêné. Ce fut, comment dire… très surprenant, disons ! Je dirais même : inédit ; qu’en penses-tu ? ajoute celui-ci, avant de décocher un petit coup de coude à Katia, comme si elle était de connivence avec lui.

— Inédit comment, disons ? reprend celle-ci, désireuse elle aussi d’en savoir plus, étant donné son trou noir.

— Arrête de niaiser ! Elle est tout le temps de même ? demande-t-il en direction des filles.

— Bien…

— Bon, on va régler quelque chose, l’étranger : je ne me souviens de rien, avoue tout bonnement Katia, en prenant une gorgée de son verre.

— Est tellement trop tordante, votre amie ! Tu ne lâches jamais le morceau, hein ?

— Je te jure, je ne me souviens de rien. Même pas de ton nom !

— Me semble, oui ! Tsé, le cave qui se fait niaiser par les filles. Eille, je ne suis pas naïf, vous ne m’aurez pas !

Découragée, Katia abandonne. Le gars l’embrasse sur une joue et

déclare :

— À plus tard, ma belle ! Il fait beau, profitez-en !

Il sort de la piscine en sifflotant.

— Je capote ! Il est bouché, lui !

— Qu’est-ce que tu lui as fait, cibole ?

— Je ne le sais pas ! Je vous le jure que je ne me souviens de rien !

— Ouin…, doute Caroline en raison des allusions à peine voilées de l’inconnu.

— Je le jure ! promet Katia, qui semble vraiment sincère et, surtout, totalement désarçonnée.

En réfléchissant, les filles focalisent de nouveau leur attention sur le

groupe de fêtards pas très loin d’elles. Elles observent les gars qui, à tour de rôle, entrent dans la piscine quelques secondes pour en ressortir aussitôt après.

— À boire verre de bière par-dessus verre de bière, ils doivent bien avoir envie un moment donné, s’imagine Caroline.

Avant que les filles n’aient le temps de donner suite à son commentaire,

une femme entre dans l’eau en s’écriant :

— Ah ! mon Dieu ! L’eau est vraiment chaude !

Les trois filles se regardent, écœurées, avant d’agripper leur verre pour

sortir de la piscine en troisième vitesse.

— AAAARRRK !

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