Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!
Chapitre-90
Jour 7
Vol AQ993
Cancún-Montréal
18h23
— C’est hyper romantique ! s’étonne Vicky qui s’attendait plutôt à une soirée de sexe torride.
— Vous n’avez pas fait l’amour ? Aucune cochonnerie ? demande Katia, aussi surprise que son amie.
— Non, on s’est collés, puis on s’est endormis, se rappelle Caroline.
Rêveuse, elle fixe le sac de papier, mis à la disposition des voyageurs
en cas de nausée, situé dans la pochette à l’arrière de chaque siège.
Un troisième ange passe. Tout le monde zieute maintenant le sac de
papier, sans vraiment le regarder. Vicky ose briser le silence :
— Vous avez joué au couple, on dirait…
— Ouais, je sais. Je ne connais pas son parcours amoureux, mais je sentais que ce gars-là avait hâte d’avoir une blonde. Sa façon de me toucher, sa douceur…
— C’est étrange quand même, ajoute Katia.
— Quoi ? Qu’on n’ait pas fait l’amour ? Il n’y a pas juste le sexe dans la vie, Miss Buanderie !
— Non, mais le fait que vous étiez là, à faire comme si vous étiez un vrai couple.
— Tu ne m’as pas entendue, quand je suis revenue super tard ? s’informe Caroline à Vicky.
— Non, pas du tout !
— J’avais tellement peur que tu fasses : « Hein, tu reviens ? Il est quelle heure ? » « Euh… Deux heures du matin… » Je m’étais préparé une histoire justifiant m’être endormie sur une chaise près de la piscine, en face de la chambre…
— Menteuse ! Quoique ce n’était pas un gros mensonge. Seuls le lieu et l’ajout du partenaire divergeaient de la version originale.
— Sans oublier le mal de tête !
Heureusement, que les filles ne parlent pas trop fort, car Thomas, qui a
quitté son siège à l’arrière de l’avion, arrive justement à leur hauteur. Debout, il s’appuie sur le fauteuil de l’allée et s’informe amicalement :
— Salut, les filles ! Tout roule ?
— Oui ! oui ! Super ! ment Caroline, qui a encore les yeux un peu rougis.
— Hâte d’arriver ? demande poliment Vicky pour faire la conversation.
— Bien oui, on est tous excités de rentrer à la maison et de revoir nos proches, hein ! À plus !
Il esquisse un large sourire forcé et continue sa route jusqu’aux
toilettes. Celles-ci se trouvent à quelques rangées de l’emplacement des filles.
— Euh…, parvient à dire Katia, pour qui la scène parle d’elle-même.
— En tout cas, si toi tu ne l’aimes pas, lui il t’aime. C’est assez évident ! Son commentaire : « …excités de rentrer… de revoir nos proches… » est assez éloquent, merci, quand on connaît votre histoire.
— Je suis toute mêlée…
— Bizarre, on dirait que ça me saute aux yeux, « vous deux », tout d’un coup.
Comme Thomas revient dans l’allée, elles changent de sujet à l’unisson
et détournent subitement la tête vers le hublot. Captivées, les filles observent les nuages à l’extérieur.
— Il y en a des gros vaporeux, des cumulus aussi. Regardez celui-là, on dirait un nuage de ouate…
— Et par là, regardez, des beaux cunnilingus…, ajoute Vicky, qui tente d’être crédible en employant un langage qu’elle croit scientifique.
— T’es donc ben niaiseuse, se gausse Katia en pouffant de rire.
Caroline écoute ses amies d’une oreille distraite. Au moment où
Thomas repasse, elle lève les yeux vers lui. Il lui adresse un demi-sourire, l’air triste. Dès qu’il atteint son siège, les filles se redressent et quittent leur supposée observation passionnée du ciel.
— Des cunnilingus ! Est bonne en crime, répète Katia, riant toujours aux larmes. Je vais la réutiliser.
— Des quoi ? Je n’écoutais pas, se désole Caroline, qui semble tout à coup revenir sur terre.
— Ça t’ébranle de le voir ? fait remarquer Vicky, compte tenu du stoïcisme de son amie.
— Hum, c’est con. Je le connais techniquement à peine, mais on dirait que ça fait déjà longtemps, tente d’expliquer Caroline, empêtrée dans sa formulation.
— Vous avez fusionné !
— Je ne sais pas trop si je crois à ce phénomène, mais certains disent qu’on peut reconnaître des personnes rencontrées dans des vies antérieures et qu’une impression de déjà-vu nous obnubile. Peut-être que c’est simplement ça ? avance Vicky.
— Et le dernier soir de fusion ? s’intéresse maintenant Katia, tout de même très curieuse de connaître la fin de cette idylle de vacances.
— Ce jour-là non plus, je n’étais pas sur Internet ni vraiment partie acheter des souvenirs : on a passé le début de l’après-midi à la mer, juste un peu plus loin de notre hôtel, en face du complexe suivant, à se tripoter comme deux ados en rut. Loin dans la mer, personne ne voit ce que tu fais ; tout le monde s’imagine qu’il s’agit d’un couple qui se rafraîchit dans les vagues… Eille, j’ai eu deux orgasmes et lui un !
— Quoi ? Vous avez fait l’amour dans la mer ?
— Bien quoi ? Tout le monde le fait…, réplique Vicky, se rappelant sa propre expérience.
— On a fait autre chose… je vous passe les détails…
— Coudonc ! Deux vrais obsédés ! ricane Katia, sur un ton laissant croire qu’elle est fière de son amie.
Caroline lui répond d’une moue signifiant : « En parlant d’obsédés, tu
remportes la palme avec ton trip à trois avec un couple de cochons. » Katia semble très bien saisir l’allusion derrière son expression faciale, et cesse soudainement de rire.
— Ouin, je ne suis effectivement pas vraiment placée pour parler, hein… Bon, enchaîne plutôt avec la fin de ta soirée !
— Vous allez la rire, celle-là ! les prépare Caroline en songeant à la suite.
— Il est difficile de nous surprendre plus, je vais t’avouer…
— Je suis capable, crois-moi ! Le dernier soir, quand on est allés prendre un verre, après le souper de groupe au resto italien…
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