Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!

Amélie Dubois · Chapitre 57 sur 103

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Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!

Chapitre-55

Jour 6

Playa Luna Resort

Cancún, Mexique

 

— Il est super gentil, ce gars-là ! approuve Caroline.

Celle-ci taquine Vicky qui se fait draguer depuis déjà un bon moment

par Patrice, le nouveau venu.

— Je sais… je sais…, lui marmonne-t-elle à voix basse en lui faisant de drôles d’yeux, car elle craint que les Québécois autour décèlent l’allusion peu subtile que Caroline vient de lui faire.

— Hé ! C’est pas Bradley Cooper, ça ? crie Vicky, en pointant un groupe de gens qui avancent paisiblement sur la plage.

— Hein ! fait tout le monde en se tournant sur-le-champ vers la direction indiquée.

Caroline s’amuse de voir tout le groupe tomber dans le panneau de son

amie groupie.

— Zut ! Je me suis trompée ! Ce n’est pas lui.

— Eille, pas drôle. Le cœur m’a fait quatre tours ! confie une fille tout près d’eux. Dans Lendemain de veille, y est-tu assez écœurant ?

— Je suis en amour avec ! déclare sérieusement Vicky.

— Moi aussi !

— Tut ! tut ! tut ! Voyons donc, les filles, calmez-vous ! Il est probablement gai ! lance un des gars pour les narguer.

— Comment ça ? se désolent les deux admiratrices.

— Hollywood, le showbiz… Sont tous gais !

— Pas rapport ! Pas MON Bradley !

Katia, qui se trouve depuis déjà un moment avec son mec près de la

piste de danse de la plage, crie en direction du groupe : 

— 20 Bailamos el merengue !

Comme chaque fin d’après-midi depuis le début des vacances, plusieurs

touristes motivés se dirigent vers la piste de danse, érigée sur pilotis, afin de se déhancher comme le font les Latino-Américains.

— C’est quoi, encore ? s’informe Patrice à Vicky, un peu confus face à la migration soudaine de nombreux vacanciers vers le bar.

— Youpi ! Un cours de danse ! Viens avec moi, je vais t’apprendre !

— Euh ! Je ne danse pas, moi ! Désolé.

— Oui, oui, oui, tu danses ! Tu ne le sais juste pas encore !

Elle lui agrippe fermement le bras et le traîne dans la foule d’apprentis

danseurs frétillants et légèrement imbibés d’alcool. Elle place ses bras dans la position de base. Il reste de glace, bien droit et raide comme un piquet ; il ressemble à un enfant inconfortable dans ses habits du dimanche. À la dérobée, il observe les danseurs amorcer les premiers pas en suivant le rythme de la musique.

— Hish… Non, je t’assure que je ne danse PAS ! répète-t-il, en secouant rapidement la tête de gauche à droite, le regard fixé au sol.

Pendant que Fernando explique encore une fois les pas aux nouveaux

venus, Vicky entraîne son futur partenaire vers le bar, où elle commande illico presto quatre téquilas citron. Sans rien dire, elle s’enfile les deux petits verres en encourageant gestuellement son ami à faire de même.

— Maintenant, j’te jure que tu danses ! annonce-t-elle avec entrain, en insistant pour que Patrice presse le pas puisque la musique est déjà commencée.

Il se résigne, impuissant, et la suit dans la foule qui se divertit à souhait.

Katia, devenue presque la « partenaire de danse officielle de Fernando », tourbillonne avec lui à l’avant du groupe, dans une pure félicité. Caroline se retrouve avec Thomas, son partenaire habituel, histoire de se faire complimenter un peu.

Tout le monde s’amuse follement en cette douce fin d’après-midi.

***

Assis à la table d’un restaurant italien à la carte, tout le groupe rigole en

portant un ixième toast en rafale. Un gars annonce avec tristesse une incontournable réalité et avance exagérément la lèvre inférieure pour faire mine de bouder :

— On part demain…

— Booouuuuh ! font les filles, déçues.

— Moi, c’est juste ma deuxième journée demain, les nargue Patrice, qui semble commencer à être bien rond en cette première journée de vacances bien remplie.

Vicky, qui partage avec lui une bouteille de vin français achetée

moyennant un surplus, tente de suivre sa cadence de consommation, mais en vain. Tout le monde se met à prendre des photos de tout un chacun. Des numéros de portable sont échangés et plusieurs envisagent de se revoir au Québec en fixant des dates de rencontre potentielles ; une des filles organisera un barbecue dès le printemps venu, une autre propose un week-end dans un chalet au début d’avril. Vicky en profite pour obtenir subtilement le numéro de portable de Patrice, juste au cas où elle aurait envie de le revoir au Québec. Qui sait ?

— Je vais avoir passé un méchant beau voyage avec vous autres ! confie Thomas, en survolant tout le monde du regard avant de lever de nouveau son verre de vin.

— Yééééé !

— On était vraiment une super belle gang !

— Ouuuuuh !

Quelques couples paisibles semblent importunés par les cris

d’allégresse et d’enthousiasme du groupe, bien que leur table de dix soit placée en retrait, tout au fond du restaurant. Certains se retournent carrément, d’autres font des gros yeux, d’autres encore soupirent bruyamment… Les assiettes de pâtes qu’apporte le serveur créent de la diversion et calment un tantinet le joyeux vacarme. Vicky, qui aperçoit Patrice vider son verre de vin rouge d’un trait, se permet un commentaire :

— Petit conseil d’amie expérimentée : boit de l’eau entre tes verres, l’alcool frappe fort ici, avec le soleil et tout… On a trouvé assez pénible notre début de voyage à cause de ça, hein les filles ?

— Mets-en ! approuvent Caroline et Katia, qui se lancent des œillades complices.

— Mais vous autres, vous êtes des petites « fe-filles » pas tough ! envoie-t-il, rieur.

Sans crier gare, il tente d’ébouriffer les cheveux de Vicky, qui se

déplace vers le côté pour ainsi éviter d’être décoiffée.

— Eille ! réplique-t-elle, en repoussant ses mains de son espace vital.

Témoin de cette complicité naissante, Caroline jette un regard coquin

en direction de Thomas, qui lui sourit à son tour ; il semble comprendre la raison motivant les yeux moqueurs de son amie.

Katia se penche vers elle pour lui chuchoter :

— Fernando m’emmène dormir chez lui ce soir ! C’est-tu assez culturel à ton goût, ça !

— Assez, oui ! Donc tu ne rentreras pas dormir ! Merci de nous le dire d’avance, pour éviter un autre drame dans le lobby. N’oublie pas qu’on part de la chambre à 10 h demain pour se rendre à l’aéroport.

— Oui, maman Caro ! plaisante Katia, en approuvant d’un signe de tête affirmatif exagéré pour faire comprendre à son amie qu’un tel rappel maternel ne s’avérait pas nécessaire.

***

— Ils ont tous beaucoup de plaisir, hein ? commente Thomas à l’endroit de Caroline, qui se tient debout, près de lui, à la discothèque de l’hôtel.

— Qui ? Katia et son danseur ou Vicky et le petit nouveau ? demande celle-ci en dirigeant en alternance son regard des danseurs qui s’animent sur la piste de danse au couple de « buveurs », debout non loin d’eux, qui s’envoient des téquilas depuis un bon moment déjà.

— Tout ce beau monde-là !

Vicky s’approche justement d’eux.

— Pauvre Thomas ! Tu tentes toujours de séduire la belle et inaccessible Caro, hein ? lui envoie sans gêne celle-ci, complètement désinhibée par l’alcool.

— Eh oui ! Et elle vient une fois de plus de me balayer du revers de la main, sans remords. Je me demandais à l’instant si je devais me mettre à pleurer ici ou si j’allais le faire sur la plage, exagère celui-ci avec une moue boudeuse qui requiert non subtilement la pitié de son entourage.

— Arrête donc ! fait Caroline, en lui assénant une légère tape sur le torse.

Patrice, qui ne saisit visiblement pas la plaisanterie sous-entendue,

fronce les sourcils et pivote vers Vicky pour la faire danser, toujours aussi maladroitement.

— Il est devenu un grand danseur ! lâche Vicky, avant de tournoyer rapidement afin de suivre son cavalier balourd.

***

Ayant quitté la discothèque sans même aviser personne, Vicky suit

Patrice en ignorant où il va. Il semble par ailleurs avoir une idée bien précise en tête. Elle comprend rapidement ses intentions.

— T’es con ! On ne peut pas faire ça. C’est pour les personnes âgées à mobilité réduite qui ont du mal à marcher, explique Vicky, sceptique devant le plan sournois de son nouvel ami.

Il vient de s’asseoir sur le siège d’une voiturette de golf abandonnée

dans un des chemins du complexe hôtelier. Ces véhicules sont mis à la disposition des gens âgés, quand les employés ne s’en servent pas pour transporter les bagages des voyageurs jusqu’à leur chambre. Les autres personnes ne sont techniquement pas autorisées à les utiliser.

— Embarque, poupée ! Che t’emmène faire un grand tour de mon domaine ! divague Patrice, en goguette et visiblement excité de réquisitionner illégalement l’engin pour une balade.

Heureux de découvrir que la clé se trouve dans le contact, il la tourne et

donne quelques coups de pédale.

— Vroum ! vroum ! vroum ! fait-il en avançant à peine de quelques mètres. Viens !

Amusée par le comportement infantile de Patrice, Vicky prend place

docilement à côté de lui.

— Pas trop vite, chauffeur ! le met-elle en garde en s’accrochant à l’habitacle, car il vient de démarrer en trombe avant même qu’elle n’ait eu le temps de terminer sa phrase.

— Vroum ! vroum ! claironne de nouveau Patrice, qui se cramponne derrière le volant comme s’il pilotait une formule 1.

Il s’engage dans une courbe avec difficulté, car il connaît à peine les

sentiers qui sillonnent le complexe. Il donne même quelques coups de volant brusques pour éviter de plonger littéralement dans le paysage. Malgré son geste, les roues du côté de sa passagère roulent sur le gazon, y laissant quelques traces visibles.

— Doooooucement ! le prie Vicky, toujours soudée à l’armature de la voiturette à aire ouverte.

— Allons faire des beignes sur la plage ! propose stupidement Patrice, en s’engageant sur le chemin menant à la grève.

— Tu ne pourras pas descendre jusqu’au bout ! Tu vas tomber dans les escaliers, lui précise Vicky, de moins en moins emballée par la tournure du projet.

— On y arrivera, crois-moi…

Avant même qu’il ne termine sa phrase, un agent de sécurité apparaît

dans le sentier. Il les fixe avec sa lampe de poche et leur crie très fort :

— HÉ !

— Ah non ! Attention ! s’égosille à son tour Vicky.

— OOOOHH ! rugit Patrice.

Ce dernier doit tourner violemment le volant pour éviter de frapper

l’homme de plein fouet.

PAF ! POUF ! BANG ! BOUM ! La voiturette percute un grand palmier

fièrement dressé sur le terrain qui longe le chemin. Vicky fait un bond abrupt vers l’avant et aperçoit le gardien galoper vers eux en cinquième vitesse. Elle hurle :

— Vite !

Elle sort précipitamment du véhicule pour fuir dans le sens inverse de

l’agent. Patrice la suit, riant aux éclats. Le gardien ne les pourchasse pas, mais se dirige plutôt vers la voiturette pour constater son état.

***

En pénétrant dans sa chambre, Patrice s’enfarge dans les fleurs du tapis

et trébuche presque dans l’entrée. S’amusant de sa maladresse, mais aussi de leurs âneries, Vicky le met en garde :

— Attention !

— Sti que ch’était drôle ! rigole Patrice, en s’approchant de Vicky avec des intentions non cachées.

Le couple s’embrasse maintenant à pleine bouche.

— Le Sud, ch’est la grosse cochhhe ! râle-t-il en émettant un hoquet peu discret. Exchuse-moi ! glousse-t-il, en tâtant à l’aveuglette le mur adjacent pour atteindre l’interrupteur du plafonnier.

Le couple tente de se déshabiller de peine et misère. Dans une chute

prévisible, il tombe à la renverse sur le lit, en éclatant de rire de nouveau.

20 Dansons le merengue !

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