Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!
Chapitre-26
Jour 4
Playa Luna Resort
Cancún, Mexique
— Je vais aux toilettes, annonce Caroline à ses amies, toujours agglutinées autour de la piste de danse.
La foule dense lui complique le trajet pour s’y rendre. Caroline se place
au bout d’une interminable file d’attente. Soupirant de découragement, elle échange un regard éloquent avec une femme qui fait le pied de grue, elle aussi. Seules deux salles de toilette sont mises à la disposition des femmes. Un portier à la carrure imposante en gère l’entrée et la sortie afin d’éviter des réunions de papotage interminables. Au compte-goutte, les vacancières quittent les toilettes, en adressant des sourires compatissants à celles qui attendent toujours dans la file. Son tour venu, Caroline pénètre dans la cabine du fond, qui est libre. En urinant, elle entend une voix étouffée venant du cabinet voisin. Ne voulant pas se mêler de ce qui ne la regarde pas, elle sort de sa cabine et se lave rapidement les mains au lavabo. Au moment où elle s’apprête à quitter la salle de toilette, le portier y entre et lui fait un haussement d’épaules. Par ce geste, il semble lui signifier, tout en lui désignant la porte du premier cabinet, qu’il s’interroge sur ce qui s’y passe. Mais il rebrousse chemin et permet à une autre femme d’y entrer, comme s’il lui déléguait la tâche d’examiner la situation. Caro colle son oreille près de la porte. Y percevant de nouveau des plaintes sourdes, elle cogne doucement en demandant en anglais si tout va bien.
— NO ! I’m in trouble ! répond sans hésiter une fille, en laissant échapper un autre sanglot réprimé.
Caroline lui propose de l’aider. Celle-ci accepte et ouvre la porte en
avouant à sa bonne samaritaine avoir eu un « big problem ». À la vue de la scène dégoûtante, Caroline est prise d’un puissant haut-le-cœur. Visiblement, la fille a succombé à la tourista. La toilette semble bouchée ; soûle, la vacancière se tient debout, les pantalons descendus sur les genoux. Son palazzo de lin blanc arbore les mêmes couleurs que celles de l’intérieur de la cuvette. La jeune Américaine pleure toujours, en expliquant ne pas savoir quoi faire. Elle tente maladroitement de nettoyer son vêtement avec du papier de toilette ; celui-ci s’effiloche en petits rouleaux, maculant ainsi ses mains de la substance nauséabonde. « Oh ! Mon Dieu ! », pense Caroline. Pour l’aider, elle prend plusieurs feuilles de papier brun et les mouille abondamment. La femme de la cabine d’à côté porte sa main à sa bouche en voyant la scène au sortir des toilettes. Elle quitte en trombe, et ce, sans même prendre le temps de se laver les mains. Caroline propose à l’Américaine de se laver les jambes et d’oublier son pantalon, complètement foutu de toute façon. Elle fait la navette plusieurs fois au lavabo pour lui apporter du papier brun. Maladroite, la fille titube en essayant de se nettoyer. Caroline lui suggère alors de retourner immédiatement à son hôtel. Mais celle-ci refuse de traverser le bar dans cet état et se met de nouveau à pleurer. Caroline pense vite à une solution et lui propose de lui enrouler son boléro à manches longues autour de la taille pour au moins cacher son arrière-train. La jeune fille, exténuée, ne réagit que très peu. Caroline enlève tout de même son chandail et lui demande de l’attacher elle-même, rebutée à l’idée de la toucher. Elles quittent la salle de bain, en laissant la toilette dans cet état désastreux. Caroline hausse les épaules en direction du portier, en semblant lui dire : « Je me suis occupée de la fille, je ne vais pas récurer la toilette en plus ! » En tenant l’Américaine par l’épaule, elle l’oriente vers la sortie et la fait entrer dans le premier taxi disponible. Docile, la jeune fille s’assoit à l’arrière et Caroline veille à ce qu’elle montre son bracelet au chauffeur pour qu’il la conduise au bon complexe hôtelier. Avant de refermer la portière, la fille se tourne vers sa bonne fée, les yeux vides :
— Thank you…
— It’s OK.
Caroline observe le taxi s’éloigner, compatissante, mais tout de même
en regrettant un peu son chandail boléro qu’elle aimait bien…
OceanofPDF.com