Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!

Amélie Dubois · Chapitre 61 sur 103

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Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!

Chapitre-59

Jour 7

Playa Luna Resort

Cancún, Mexique

 

— Peux-tu faire le tour pour t’assurer que nous n’avons rien oublié dans la salle de bain, insiste Caroline à l’endroit de Katia qui se trouve justement dans ladite pièce.

Avec une nostalgie manifeste, les filles bouclent leurs bagages en

essayant de ne rien laisser dans la chambre.

— Tu rapportes ton chapeau mexicain ?

— Ark ! Non, je ne sais même pas encore comment j’ai pu acheter ça. Et surtout le porter ! réfléchit Vicky, en toisant le couvre-chef, la langue sortie.

— Je vais le ramener à mon gars, décide alors Caroline, certaine que cela l’amusera.

À force de tourner l’immense chapeau dans ses mains, elle se ravise

finalement :

— Ah non ! Oublie ça, c’est trop gros et ça ne se plie pas. Il faudrait que je le traîne dans mes mains pendant tout le voyage de retour.

— On dirait que je ne suis même pas si déçue que ça de partir, avoue Vicky à ses amies.

— Ah moi, je suis triste ! précise Katia, une mine déconfite sur le visage.

— Moi, je sais pas trop. Je suis super fatiguée en tout cas, évalue Caroline en tentant de peine et misère de fermer sa valise qui semble plus remplie qu’avant le départ.

— T’as acheté trop de souvenirs ?

— Il me semble que non, mais ça ne ferme plus, affirme celle-ci.

La fermeture à glissière continue de bâiller malgré ses efforts, car elle

reste coincée dans la toile de son fameux casque antimoustique.

— Laisse cette horreur ici, la harcèle Vicky, en voyant un bout de l’horrible chose dépasser de la valise de son amie.

— Oui ! Pourquoi pas ? Ça peut leur servir plus qu’à moi ! approuve Caroline.

En moins de deux, elle libère l’objet et le lance sans précaution sur le

lit, tout près du sombrero.

— La femme de chambre aura deux chapeaux comme pourboire !

— C’est vrai, il faut laisser un pourboire, en plus… En tout cas, « tout inclus » tant que tu voudras, il me semble que j’ai dû sortir de l’argent de mes poches toute la semaine ! rage Vicky, qui a dépassé largement, et depuis longtemps, son budget de départ.

En silence, les filles effectuent le tour de la grande pièce et en

inspectent chaque recoin, à la recherche d’effets personnels égarés.

— Il y a un string, là ! aperçoit Caroline, en désignant un morceau de tissu qui croupit au sol, entre les deux lits.

— Ah, c’est à moi, affirme Katia, visiblement sans entrain.

Celle-ci s’affale sur le lit en soupirant, tenant le vêtement entre ses

doigts. Sensibles à son air abattu, ses amies s’approchent et s’assoient chacune à côté d’elle. Une larme roule doucement sur sa joue.

— Ah, ma pitoune ! la réconforte Vicky, en la prenant dans ses bras.

— Je ne suis juste pas bonne avec les au revoir. Et là, en plus, c’est un adieu définitif. Je ne vais assurément jamais le revoir de ma vie, ce gars-là. Je me sens tellement idiote, je le connais depuis à peine six jours.

Le fait de serrer son amie dans ses bras fait monter chez Vicky une

émotion mélancolique. Les yeux remplis de larmes, celle-ci déclare :

— Tu perds ton mec d’ici, et moi je perdrai le mien dès que je mettrai les pieds au Québec…

— Aaaahh ! Vicky, ce n’est pas certain ça, tente de l’encourager Caroline en lui caressant le dos, son bras passant derrière Katia.

Silence platonique. Caroline, maintenant les yeux embués elle aussi,

zieute ses amies en haussant les épaules, consciente que rien de vraiment concret ne peut justifier sa peine.

— Tu t’ennuies de ton chum pis de ton gars, hein…

Celle-ci acquiesce de la tête et tente d’essuyer du revers de la main les

quelques larmes qui glissent sur ses joues.

— On est toutes épuisées, je pense, affirme Katia, qui se lève pour saisir un mouchoir afin de sécher ses larmes.

— Puis on travaille lundi !

— Oui, et je vous rappelle que l’année scolaire est encore loin d’être terminée…

***

Lorsqu’elles arrivent dans le hall pour remettre les clés et les serviettes

à la réception, une longue file de vacanciers sont déjà en ligne.

— Pfft ! souffle Caroline, découragée.

Celle-ci adresse un sourire en coin à Thomas, qui fait la queue lui aussi

puisqu’il rentre par le même vol.

— Tout le monde semble « feeler » moins party aujourd’hui qu’hier, on dirait…, remarque Vicky, en constatant le stoïcisme de la plupart des touristes qui, la veille encore, se dandinaient fougueusement sur la piste de danse de la discothèque.

— Il n’y a pas de petits cocktails de départ ou de musique exotique quand on quitte l’hôtel, hein ! remarque Caroline, en analysant l’ambiance.

— Non, sacrez votre camp ; on vous a assez vus, bande de demeurés ! traduit Katia.

Comme il n’est que 10 h du matin et que la nuit a été courte pour tout le

monde, le port des lunettes de soleil à l’intérieur semble un must, ce matin. Katia, la tête en l’air, balaye latéralement l’endroit du regard. Fernando, vaquant à son travail non loin d’eux, lui gesticule un signe discret pour lui indiquer de venir le rejoindre.

— Je vous laisse ma valise. On n’a pas besoin d’être trois pour le check out, de toute façon. Je vais aller lui dire « bye ».

Vicky approuve, puis elle lui effleure le bras en signe d’encouragement.

Elle rapproche sa valise de la sienne, de façon à pouvoir les déplacer simultanément dans la file.

— 27 Hola, amor !

— Hola…, répète Katia, le visage un peu triste.

— 28 Vienes ! enchaîne-t-il, en la prenant discrètement par la main.

Il l’entraîne vers le stationnement et le bâtiment principal, dans le

terrain pentu qui héberge un immense compresseur entouré de quelques palmiers rabougris et moins bien entretenus, parce que non visibles de l’hôtel. Il reste silencieux, épie autour de lui et l’embrasse passionnément, en lui tenant le visage dans le creux de ses mains. Sous la force de son geste, elle bascule un peu vers l’arrière, de sorte que son dos vient s’appuyer contre un des palmiers desséchés. Trouvant son « au revoir » plutôt intense, elle se dégage doucement et lui déclare en anglais :

— J’ai vraiment passé une belle semaine avec toi, Fernando. Merci.

— On se revoit quand, amor ?

— Euh…

— Tu vas revenir quand ?

— Euh…

La voyant hésiter, il sort de sa poche arrière une petite enveloppe, sur

laquelle est inscrit son nom.

— Ne la regarde pas maintenant, lui prescrit-il.

Il saisit de nouveau son visage et l’embrasse avec encore plus

d’effusion, sa langue bien enfoncée dans sa bouche.

Le visage humecté jusqu’au nez, Katia réfléchit : « Il embrasse encore

plus étrangement à jeun, lui… »

Fernando la retient fermement pour l’enlacer une fois de plus, mais elle

se défait de son étreinte pour lui demander :

— Tu n’as pas entendu parler de la mésaventure d’hier soir ?

— No…, répond-il, évasif, en l’agrippant pour glisser de nouveau sa langue au fond de sa gorge.

— Bon, je dois y aller maintenant…

Elle se dégage doucement de l’étau de son amoureux.

— 29 Te quiero…, affirme-t-il, désemparé, les larmes aux yeux.

« Ben là, j’étais nostalgique de le quitter tout à l’heure, mais pas au

point de se pleurer dans les bras pendant une heure, quand même… », songe-t-elle, en s’éloignant de lui, le regard toujours attaché au sien. Avant qu’elle ne parte retrouver ses amies, il avance de nouveau vers elle pour l’embrasser. « Misère… » À peine l’a-t-il effleurée de ses lèvres qu’elle ferme les siennes pour échanger un petit bec sec. Elle lui répète une fois de plus qu’elle doit partir. Il reste là, l’air abattu, et agite la main à la hauteur de son épaule en la regardant s’en aller.

« Bon sang, il est vraiment intense, lui… », pense-t-elle en considérant

la lettre mystérieuse dans ses mains.

27 Bonjour, amour !

28 Viens !

29 Je t’aime…

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