Confinement torride

July Mazart · Chapitre 71 sur 89

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Confinement torride

70 - Tenues

 

 

Nathan

Il est presque dix-huit heures. Je n’ai pas la patience d’attendre plus longtemps et invite Nina à aller se changer pour la soirée, lui précisant que j’aimerais qu’elle mette une tenue chic. J’ai âprement bataillé avec madame l’entêtée qui faisait sa curieuse, ne lâchant qu’une unique information : on ne quittera pas la maison. Pas facile de tenir bon quand, Nina-la-pitbull, est dans les parages. J’ignore ce qu’elle a rapporté mais j’espère qu’elle choisira une robe habillée, même si elle est très jolie en combi-short ou en jean… ou même en maillot de bain… ou toute nue.

Pfff, je pars en steak tellement je stresse ! Si j’inflige à ma conscience malmenée des images sulfureuses de ma diablesse dénudée, je ne réponds plus de rien. Go !! Bien froide la douche !

Je me suis installé dans une des chambres d’amis pour me préparer. Après une toilette sous un jet glacé, suivie d’un rasage au plus près de la peau, je passe enfin ma chemise blanche, un pantalon et une veste grise. Je suis fébrile, car, mine de rien, je me jette à l’eau et ne maîtrise pas la réaction de ma belle Nina – bon, d’accord, un peu quand même –, n’empêche, je n’en mène pas large pour autant.

Le coup d’œil dans la psyché me rassure. Tout en refermant la fine boucle argentée de ma ceinture de cuir noir, j’évalue et estime que la coupe slim s’ajuste parfaitement à ma carrure. Trois jets de spray de « Oud Wood », deux contractions abdominales, un signe de tête en direction de mon reflet et je me presse de retourner au salon pour l’attendre.

Je profite de son absence pour appeler le traiteur et donner mes dernières instructions. Je veux que la surprise soit totale pour que Nina grave à jamais cette soirée dans sa mémoire. Comme un souvenir inoubliable… un de ceux qui j’espère comptera dans notre vie, marquant ma déclaration d’attachement.

Attachement !?

CRAC… 

Un doute perfide s’installe et couvre mon échine d’une pellicule de sueur. Et si elle refusait ou émettait des objections ? Elle a été claire avec moi au niveau de ses sentiments, mais si ma demande était prématurée et devait l’effrayer ? Après tout, elle n’a rien exigé de tel.

Je sais que je me torture inutilement, mais c’est plus fort que moi. Je ressens une peur bleue, puérile, enfantine. Et si justement, au moment où je me décidais à m’ouvrir à elle, à lui dévoiler mon nom, Nina partait, m’abandonnait ? Ce putain de doute, pas plus gros qu’un grain de sable, se propage insidieusement de mon esprit à mon cœur. Un petit caillou qui prend l’allure d’un bloc de granit cherchant à broyer l’espoir ressenti au cours des derniers jours passés ensemble. Un désir malsain à détruire le beau.

Arrête tes conneries, mec !

Je m’oblige à une claque mentale en faisant défiler tous les instants agréables partagés avec Nina pour dissoudre, réduire à néant ce bloc de roche. Mon Dieu, ce qu’il y a comme bons moments ! Ragaillardi par ces visions, tel un baume apaisant sur mon âme, je me reconnecte à l’allégresse de cette soirée.

Nina

Vers dix-huit heures, Nathan me propose d’aller me préparer pour la suite, c’est-à-dire de m’habiller un peu classe, tout en m’assurant qu’on ne bougerait pas de la maison. Heureusement, car je n’aurais pas risqué de sortir un orteil une deuxième fois. En revanche, il est resté inébranlable face à l’avalanche de mes questions concernant le déroulé de la soirée. C’est donc sans réponse que j’atterris dans la suite parentale.

J’espère qu’il n’est pas pressé, car je compte mettre le paquet avant de le retrouver. J’ai décidé d’être irrésistible ce soir pour l’impressionner… peut-être pour l’entendre me dire qu’il m’aime ? Je balaie aussitôt cette idée naïve. Nathan m’a démontré qu’il n’est pas ce genre d’homme et, si je veux profiter pleinement de cette soirée, je dois arrêter de me focaliser sur un espoir qui ne viendra jamais. Pourtant, j’aimerais tellement l’entendre de sa bouche. Susurré à mon oreille, avec des mots doux, le timbre grave… Allez zou, Nina ! Arrête un peu de bayer aux corneilles et active-toi, tu ne vas pas te transformer en princesse juste en claquant des doigts !

Contrairement à mon habitude, j’essaie d’écourter ma douche en passant rapidement sur les étapes shampooing et démêlant. En revanche, j’accorde un soin particulier à l’élaboration de ma coiffure.

Assise confortablement sur le fauteuil en velours, face à la coiffeuse de style industriel aux couleurs marron rustique et noir, je prends le temps de détailler mon visage. La fille dans le miroir rectangulaire, éclairé par des ampoules LED, me sourit malicieusement et décrète que, ce soir, ce sera chignon.

Élise aurait sans doute aidé à en réaliser un strict, en y intégrant une tresse sur le côté. Là, ce sera un chignon coiffé-décoiffé, très pratique, structuré, tout en restant naturel et à ma portée.

Après moult grimaces devant le miroir, la quatrième tentative est la bonne. Non, mais le boulot de fou pour un truc qui se veut paraître naturel. Je m’observe à nouveau, enfin satisfaite du résultat. Je veille bien sûr à laisser une mèche ondulée de chaque côté de mon visage.

Un coup d’œil à ma montre : ça fait déjà une heure que j’ai délaissé Nathan. Oh, le pauvre ! Mais, pas le choix. Comme dit ma mère : « Il faut que l’homme sache souffrir pour que sa femme soit belle ». Une philosophe, ma maman. Enfin si l’on considère que la souffrance n’est qu’attente, le monsieur s’en sort pas mal.

Bon, je dois quand même me dépêcher ! Imagine qu’il se soit endormi sur le canapé… J’applique rapidement une couche de vernis rouge sur mes ongles de mains et de pieds puis m’attelle au maquillage. Oh non, punaise ! Je n’ai pas anticipé le temps de séchage et redoute la catastrophe. Toujours enroulée dans ma serviette de bain verte, façon gros nem mentholé, j’agite mes doigts et mes orteils afin d’accélérer le processus du vernis soi-disant « prise rapide ». Premier essai de vérification, pas top. Rebelote pour la séance de gym intense. Deuxième essai, nickel. Résultat : la publicité n’est pas mensongère. Sauf que l’heure défile, il est grand temps d’appliquer ma BB crème, poser mon fard à paupières doré irisé, un trait d’eye-liner, du mascara noir, mon blush et terminer par la touche finale : le gloss rouge.

Ma tenue maintenant. J’ai longuement hésité devant la collection de robes suspendues dans le dressing de Mathilde. Finalement, je suis enchantée par mon choix. La robe noire que j’ai empruntée à la colocataire de Nathan est très jolie : longue et près du corps, en mousseline, avec un système d’entrelacement de bretelles réglables dans le dos. J’ai surtout craqué sur la fente sensuelle qui remonte jusqu’au galbe de ma cuisse droite dès que j’avance d’un pas. Portée avec de hauts talons à brides, elle devrait faire son petit effet. J’ajoute une paire de boucles d’oreilles fantaisie couleur argent, une touche de parfum « Ô d’Azur » de Lancôme au creux de mes clavicules et de mes poignets. Me voilà prête à rejoindre Nathan. Un dernier regard au miroir me surprend, mais me ravit par cette métamorphose de femme discrète en femme fatale.

Pourvu que je lui plaise !

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