Confinement torride

July Mazart · Chapitre 87 sur 89

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Confinement torride

Épilogue

 

Trois mois et demi plus tard, bien après le « torride » confinement… 

Nina

— Non, Nathan arrête, on n’a absolument pas le temps !

J’avorte la troisième tentative d’intrusion des mains baladeuses de Nathan dans le corset de ma robe bustier.

— Tu sais que tu es un obsédé ? le sermonné-je alors même que je suis totalement sous son charme.

— Yep, Mademoiselle Landert, je plaide coupable. Tu me puniras ce soir quand nos invités seront partis, d’accord ?

— Ah ah, mais compte sur moi. J’utiliserai le dernier joujou que tu nous as offert, ton petit derrière ne s’en remettra pas.

Je réponds avec un grand sourire, l’embrasse à pleine bouche et me sauve dans le jardin avant que ne lui viennent en tête des idées plus lubriques.

En cette première journée d’été, tous nos amis sont réunis pour célébrer nos fiançailles. Ceux du rugby, les copains de Nathan, étudiants en master comme lui, ma sœur, et bien sûr mon binôme de choc Katy.

Cela fait maintenant trois semaines, soit sept mois après notre premier clic sur MB.Y, que j’ai emménagé à Auteuil. C’est inimaginable après toutes les épreuves que nous venons de traverser.

Pour connaître ce bonheur présent, il m’a d’abord fallu organiser mon départ de Bordeaux. J’ai posé ma démission, déniché une remplaçante de colocation pour Élise, fait mes cartons… Toutes ces occupations, loin de Nathan, m’ont empêchée de me focaliser sur sa situation et l’incroyable rebondissement qui en a découlé. Bien sûr, la presse s’est emparée de ce scandale où, fort heureusement, il est ressorti lavé de tout soupçon, tandis que le procès de son père n’a pas encore eu lieu. Cela fait d’ailleurs un drôle d’effet de voir le visage de la personne avec qui l’on partage sa vie sur un poste de télévision, au hasard d’une interview – il a grave la classe, mon fiancé – ou même, s’afficher en alerte info sur mon nouveau téléphone, le dernier iPhone livré par UPS, s’il vous plaît ! Certes, mon chéri est blindé, je n’ai eu aucun scrupule à accepter son cadeau, mais sa fortune est encore un pan de sa vie que j’ai du mal à intégrer.

Ceci dit, ce téléphone m’a bien servi durant les trois mois de séparation. Car, malgré la distance, nous avons communiqué tous les jours, entre autres, sur les détails de cette sordide affaire. Aujourd’hui, je retiens simplement que l’épée de Damoclès qui planait au-dessus de la tête de Nathan s’est évaporée en même temps que la pression de son père pour l’impliquer dans ses sales magouilles. Dire que cet homme effroyable a élevé Nathan !

Mon fiancé a beau faire le dur, il a été fracassé par la mise en détention provisoire ordonnée par le juge en charge du dossier d’Olivier Stark. Ce qui le dévaste, ce n’est pas tant que ce dernier dorme en prison – oh non, il n’a que ce qu’il mérite –, mais il ne démord pas d’être à l’origine de l’enchaînement de ces dramatiques événements : s’il n’avait pas suivi ce mec dans la rue, son père ne lui aurait jamais ôté la vie et ne serait jamais devenu ce monstre insensible et malsain.

Quel terrible constat ! Aussi, je devine que le chemin va être laborieux avant qu’il cesse de s’en vouloir. C’est là tous les bienfaits de ma présence, faire que sa culpabilité s’allège de jour en jour et finisse par disparaître. Jouer ce rôle à ses côtés m’importe énormément. Finalement, Élise n’était pas loin de la vérité. Si ce n’est que je ne ressemble en rien à « une bouée de sauvetage », comme elle m’a dit un jour. Non, en réalité, je suis l’ancre de son day-boat. Mon bec pique sans répit les sables mouvants qui hantent toujours un peu ses cauchemars, jusqu’à stabiliser l’embarcation afin qu’il apprécie le plus magnifique des mouillages : la vie de rêve que l’on voudra bien s’inventer.

Depuis mon retour, j’œuvre en ce sens et je suis impressionnée par la résilience dont il fait preuve. Son caractère fort, ses expériences traumatisantes ont aguerri l’homme sans ternir sa joie de vivre. Peut-être, y suis-je un peu pour quelque chose ? J’aime à le croire en tout cas. Ce qui m’effraie, c’est le temps qui défile trop vite. Je n’en reviens pas de la vitesse infernale à laquelle passent les semaines. Il faut dire que nous savons bien occuper nos journées, aucun temps mort. Cet éloignement invivable a fait que nos retrouvailles s’inscrivent dans le livre des records au motif : couple de l’année, responsable du réchauffement climatique planétaire. C’est d’ailleurs fou le nombre de pièces dans cette maison, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, propices à la démonstration de notre amour. Quand je dis que Nathan possède des gènes de lapins, j’exagère à peine ! D’autant qu’il s’est découvert une passion pour cette « fameuse » fontaine qui se déclenche de temps à autre sans que j’en maîtrise encore le fonctionnement.

Plus sérieusement, j’ai aussi passé des heures au téléphone ou en visio avec La Réunion. Il était hors de question que je ne mette pas mes parents dans la confidence. Ces derniers ont été un peu surpris, sachant que je venais de passer une sale période à cause de lui – merci à ma poucave de petite sœur. Heureusement, je n’ai pas eu à me bagarrer, comme avec elle, pour leur faire comprendre la nature de mes sentiments. De toute manière, comment résister au charme naturel de Nathan ? Bien sûr, il a eu droit à un petit interrogatoire façon « Bonneim », peu appréciable, auquel il s’est plié sans rechigner. Les explications fournies concernant l’affaire « STARK » ont permis de clarifier la situation et de rassurer mes parents.

« Non, madame, il n’est pas prévu que votre fille m’apporte des oranges en prison ».

Forcément, même à La Réunion, le « la dit la fé » – surnom créole des commérages – n’a pas épargné l’île, chacun y allant de son petit potin pour commenter l’actualité de cette illustre famille. Avec émotion, je me rappelle la dernière phrase de Nathan adressée à mon père :

« Oui, monsieur, je vous garantis que je ne pense qu’au bonheur de votre fille. Je comptais vous contacter prochainement, car je prépare une surprise pour Nina. Autant le dire de suite, j’envisage un séjour d’environ un mois à La Réunion. Je comprendrai tout à fait que vous ne puissiez pas nous héberger tout ce temps, aussi… »

Oh ! Les cris de joie de maman nous ont empêchés de comprendre la fin de sa phrase. Moi, j’ai retenu : un voyage, La Réunion, chez mes parents, avec mon chéri, et je ne redescends pas de mon nuage depuis.

Aujourd’hui, je suis émue en regardant Nathan faire le pitre, entouré de ses amis. Tellement soulagée que tout soit derrière nous. Soulagée de cet heureux dénouement. Soulagée que Nathan trouve enfin apaisement et goûte à l’insouciance dont il a si longtemps été privé. Et moi, je n’aspire maintenant qu’à une vie heureuse et sereine auprès de mon amour. Le monde nous appartient ; nous avons un avenir à construire !

— Nina, tu ne viens pas te baigner ? m’interpelle Fanny, la sœur de Victor.

Je me tourne vers la piscine à proximité de laquelle une grande table est dressée à l’ombre du saule pleureur. Le matin même, Mathilde et Élise m’ont aidée à installer la décoration extérieure et Thomas et Victor ont prêté main-forte à Nathan pour la partie ravitaillement. Ils n’ont pas lésiné sur les boissons alcoolisées, ce qui commence à se remarquer chez certains. L’indéfectible barbecue, quant à lui, va régaler l’assemblée et remplir – fort heureusement – les estomacs. Il ne manque plus que Katy pour parfaire le tableau. Comme à son habitude, elle est en retard, une histoire de tôle froissée, m’a-t-elle annoncé au téléphone.

Soudain, de sonores éclats de rire sortent d’une pyramide humaine formée par les garçons. Empilés les uns sur les autres, et surtout sur Nathan, je trouve que mes nouveaux amis ont une façon vraiment particulière, et manifestement un peu brutale, de démontrer leur amitié envers mon fiancé.

Mais dans quel état vais-je retrouver mon Dieu du stade ?

— Ne t’inquiète pas, c’est un truc de rugbymen, un « ascenseur de plaquages ». Tu as dû le remarquer, ils ont l’habitude de se comporter en vrais gamins ! me rassure gentiment Mathilde, comme si elle avait lu dans mes pensées.

L’ex-coloc de Nathan est devenue une très bonne copine au même titre que tous ses autres amis. À mon grand soulagement, ils m’ont accueillie avec bienveillance dans leur cercle. « Si mon meilleur pote t’a choisie comme compagne, tu dois être une femme extraordinaire », m’a un jour déclaré Thomas, d’un air complice.

Alors oui, je constate depuis, comme il m’a été facile et plaisant d’intégrer ce groupe de « grands enfants ». J’ai déjà fait connaissance avec certains d’entre eux, lors de rencontres en petit comité, mais c’est la première fois que nous nous retrouvons, tous ensemble, à partager un repas champêtre.

Je mesure à quel point l’amitié qui les lie est solide et je suis plus qu’enchantée d’agrandir leur cercle. 

Nathan

— Hé ho, qui m’aime me suive !

Le plongeon de Victor dans la piscine a l’avantage de me libérer de mes « gluants » camarades. Torse nu, simplement vêtu d’un bermuda, c’est en sueur que je reviens vers ma belle, réclamer mon baiser de fiancé.

— Bon, ça suffit ! bougonne Mathilde, d’un air dégoûté.

L’autre jour, elle m’a demandé si l’attraction palpable entre Nina et moi était uniquement due à l’engouement des débuts ou si elle allait durer éternellement ? Ce qui est certain, c’est que le baiser que me rend Nina, là de suite, est brûlant de passion et fait s’embraser mon entrejambe.

— Ce n’est pas parce que Jess bosse cet aprèm’ que tu dois faire ta frustrée, lui rétorqué-je en souriant.

— Ouais, ben, y a des chambres pour ça. Vous dégoulinez d’amour, c’est pas tenable ! me répond-elle, cachant ses yeux de sa main, tout en veillant à laisser un interstice pour profiter du spectacle.

J’ai carrément envie de suivre sa suggestion. Mais cette journée est consacrée à Nina, au plaisir d’être entourée par nos amis. Si ça ne tenait qu’à moi, nous l’aurions passé nus, à baiser dans une nouvelle pièce de la maison. D’ailleurs, il me semble qu’on a oublié d’inaugurer une des salles de bains… Pas de pression, nous avons tout notre temps maintenant. 

J’ai tellement conscience d’avoir failli la perdre ! Totalement désemparé après son départ, je me suis confié à mon vieil ami, Hector, qui m’a conseillé de faire une déposition. Après avoir tout déballé au commissaire Bonneim, je m’attendais à être inculpé. Heureusement, et aussi surprenant que cela soit, les conclusions des deux enquêtes ont été tout autres.

Mon père a commis l’irréparable et je ne peux vraiment pas lui en tenir rigueur. Je ne sais trop bien ce que la colère provoque comme réaction. Mais, m’avoir laissé endosser sa responsabilité et malmené durant toute mon adolescence, jouant avec ma culpabilité et ma honte, ça, je ne lui pardonnerai jamais ! C’était lui l’adulte, il ne m’a pas protégé, préférant tirer profit de mon erreur et de l’épouvante dans laquelle j’étais plongé. J’ai définitivement fait une croix sur lui, soucieux de ne vivre que des événements agréables comme celui d’aujourd’hui.

Ma mère, qui vient tout juste de demander le divorce, attend avec impatience que j’organise une rencontre avec Nina. Son envie de connaître la Princesse qui a fait chavirer mon cœur est légitime. Mais je crois qu’elle est surtout très curieuse de découvrir la jeune femme qui m’a communiqué suffisamment de sa force pour m’aider à affranchir ma conscience de mes mauvaises actions.

Durant les premières semaines après le départ de Nina, j’ai passé beaucoup de temps auprès d’elle. C’est par moi qu’elle a appris l’implication de son mari dans le décès du jeune Kévin, en plus du reste. Ce fut un choc, certes, mais moins que j’aurais pu le craindre. Je crois que leur complicité s’est éteinte depuis de nombreuses années déjà. En revanche, elle culpabilise et m’assure n’avoir jamais eu le moindre soupçon quant au rôle qu’il m’a obligé à jouer dès mon plus jeune âge dans ses affaires. Je la crois sur parole et ne désire aucunement ajouter à sa peine. Cependant, je ne suis pas pressé de débarquer chez elle avec Nina. Je veux la garder uniquement pour moi le plus longtemps possible. La famille, ce sera pour plus tard… bientôt réunie… dans son intégralité.

Maman et Nina l’ignorent, mais ce voyage à La Réunion a un autre but que celui de lui permettre de revoir ses parents. Une fois sur place, je les mettrai dans la confidence, car, administrativement, j’ai besoin de prouver nos attaches sur l’île. La mairie de Saint-Denis, lieu de résidence de mes beaux-parents, exige une paperasse et des justificatifs de domicile qu’eux seuls peuvent me fournir.

Jamais je ne me lasserai de Nina, et, pour lui assurer mon amour éternel, je prévois – dans un futur proche – un mariage sur le sable, restaurant les pieds dans l’eau. Ce séjour va donc permettre de repérer ensemble les lieux les plus magnifiques de l’île susceptibles d’héberger famille et amis pour célébrer la cérémonie. Le vol en hélico va certainement aider.

En attendant, j’ai un discours à prononcer. J’attrape une coupe de champagne. Le tintement de la lame de mon couteau contre le verre fait cesser le brouhaha.

— J’ai une déclaration à faire…

— Tu n’attends pas la pro du volant ? se moque gentiment Victor.

C’est son crush ou bien ?!

Certes, j’adore la copine de Nina, enfin j’adore surtout l’asticoter, mais, là, elle a plus d’une heure de retard !

— Si, si, bien sûr. Mais qu’est-ce qu’elle fabrique ? questionné-je, m’adressant à Nina.

— Je n’en sais rien. Elle m’a envoyé un screen du croquis du constat à l’amiable pour s’assurer qu’il était bien rempli. Tu connais Katy, elle était surexcitée au téléphone et, franchement, je n’ai pas tout compris à son histoire d’accident. J’ai simplement retenu que le mec avec qui elle a eu cet accrochage était « super canon ».

Nina mime le ton et l’expression que Katy devait avoir au téléphone, provoquant l’hilarité dans l’assemblée réunie autour de la piscine. Sérieux, depuis que Katy a débarqué à Paris pour se rapprocher de son amie, il ne lui arrive que des trucs invraisemblables. Cette fille devrait être surnommée « Miss Catastrophe » !

En plaisantant, je déclare la soupçonner d’avoir déclenché cette pandémie, et le confinement qui s’en est suivi, dans le but unique que sa copine, Nina, me prenne dans ses filets. Je termine à peine ma boutade qu’une exclamation retentissante accapare l’attention de tous.

— Salut, la compagnie ! Désolée du retard, mais il m’est arrivé un truc de dingue sur la route. Il faut que je vous raconte.

Voilà, la truculente Katy nous a enfin rejoints, c’est sûr qu’avec elle, on ne va pas s’ennuyer !

 

FIN

 

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