Confinement torride

July Mazart · Chapitre 83 sur 89

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Confinement torride

82 - Mise à plat

 

Deux semaines et trois jours plus tard…

Nina

— Oh, ma bichette ! Je te jure, ça me fend le cœur d’assister à ta souffrance sans pouvoir grand-chose pour toi. Mais toi, ce n’est pas en laissant ton corps amorphe se faire engloutir par ton sofa que tes problèmes vont disparaître… ou ta vie s’arranger. Je vois bien que tu le kiffes, ton Nathan. Mais bordel, j’ai envie de te dire que c’est un beau gosse amoureux qui a une vie de merde malgré les apparences, et qui fait tout pour se rattraper et te récupérer, d’après ce que je lis.

J’ébauche un sourire en observant Katy qui parcourt mon modeste salon de long en large, claquant ses talons à chaque argument émis en faveur de Nathan. Cette pétillante blonde à frange épaisse, ma meilleure amie, est mon premier soutien. Elle assiste aux messages réguliers qui s’affichent sur l’écran de mon ordinateur portable. Aujourd’hui encore, le tchat sur MB.Y, bien qu’assez long, est à sens unique. Les bulles colorées en bleu clair, auxquelles je n’apporte pas de réponse – du moins, pas encore – me rappellent douloureusement la couleur des yeux de Nathan.

Après ses révélations fracassantes et notre trajet en voiture dans un silence de cathédrale, j’ai fui Nathan… littéralement. Sitôt le pied posé à Bordeaux, dès qu’il a sorti mon sac marin de son coffre, j’ai couru me réfugier dans mon appartement. Pas un au revoir, ni même un adieu, à peine le courage de me retourner sur son visage ravagé d’une indicible tristesse. Un désespoir infini que je n’ai pas pu supporter !

Mais j’étais loin de me douter à quel point cette coupure serait tout aussi dure pour moi : mon cœur en mille morceaux, une sensation de froid, l’impression d’être placée dans un courant d’air permanent qui glace mes os, malgré ma vieille robe de chambre rose en pilou tout doux qui ne me quitte plus. Et surtout, ce terrible sentiment de manque qui noue mon estomac et m’empêche d’avaler quoi que ce soit. J’ai passé deux jours, complètement prostrée sur mon canapé, puis trois autres à pleurer.

D’un côté, j’ai pu compter sur l’inévitable présence d’Élise, pour approvisionner ma réserve de mouchoirs jetables et me balancer ses petites phrases assassines au passage : « je te l’avais bien dit », « heureuse que tu aies retrouvé la raison ». De l’autre, j’ai bénéficié de la réconfortante compagnie de ma douce Katy en soutien moral, sans jugement ni pression, enfin jusqu’à aujourd’hui, où elle prend constamment la défense de mon « fiancé ». Mais comment lui en tenir rigueur ? Grâce à elle, je me sens bien. Fini la fille triste et moche, des poches sous les yeux à force d’avoir trop pleuré. Ne reste qu’une Nina complètement perdue qui rumine sur ce qu’elle veut faire…

— Et puis, reprend-elle, il est courageux ce mec, je trouve ! Il est quand même allé se dénoncer aux flics.

Un timide sourire anime – enfin – mon visage, interrompu soudainement par un son étonnant, un bruit de gorge qui s’étrangle d’indignation :

— Quoi ? Mais t’es tombée sur la tête ! Je m’en fiche totalement qu’il soit courageux, beau ou amoureux. C’est un assassin ! Doublé d’un hacker qui a détourné de l’argent. Non, mais tu te rends compte que ce sale type voulait se fiancer à ma sœur ? C’est quoi cette famille de dégénérés ? Tu n’as qu’une seule chose à faire, tourne la page, Nina, et oublie-le, lui et son fric pourri qui pue l’arnaque.

— Hein, ça ne va pas ?! Comment peux-tu baver de cette manière sur des gens que tu ne connais pas ? Tu n’as jamais été amoureuse, toi, ça se saurait. Regarde dans quel état est Nina. Tu vois bien qu’elle est raide dingue de ce mec !

— Ohé, je suis là, je vous entends. Si vous pouviez arrêter de parler de moi comme si j’étais invisible, ça me ferait plaisir.

Je fulmine, l’esprit animé d’une colère qui a l’avantage de me réchauffer le sang.

— Et je vous rappelle que je suis déjà fiancée.

J’exhibe haut ma main gauche où scintille un éclatant diamant, vendu comme l’emblème d’un amour éternel…

— Je lui ferai bouffer sa bague, moi, en même temps que ses testiboules !

La sortie d’Élise est complètement inattendue, ça ne lui ressemble tellement pas qu’on éclate de rire. J’en ai mal aux abdominaux – mon Dieu cette barre, que ça fait du bien ! Un fou rire qui ravive les nombreux partagés avec Nathan.

Dans un soupir, je caresse ma bague, effleure la pierre, symbole d’éternité. Les souvenirs affluent par flash-back. Tous, il n’en manque pas un : le restaurant, le premier baiser, notre nuit d’amour, la cuisine à deux, les footings, le poker… Je nous revois dans nos moments torrides, sous la douche, au balcon, au bord de la piscine… Je repense au surnom en rapport au shérif. Une bouffée de chaleur envahit mon corps, mais je ne peux pas empêcher le film de se dérouler.

Je suis spectatrice des scènes qui se jouent derrière mes paupières et que je revis intensément : nos échanges passionnés, nos discussions aussi, nos disputes parfois, suivies de nos immanquables réconciliations. Et le plus inestimable, cette sensation de me sentir unique, aimée par un homme puissant qui n’a peur de rien, pas même de se fiancer. Tout est allé très vite, mais tout était parfait. Parfait jusqu’à sa confession et ses terribles secrets. Finalement, sous la carapace d’homme fort que son passé trouble a érigé, ce sont les fêlures de Nathan qui m’ont fait vaciller.

Et pourtant, il me manque tant !

BOUM !

Putain, mais qu’est-ce que j’y connais aux tragédies de l’existence ? C’est facile pour moi, je n’ai jamais eu de pépin dans ma vie, pas vécu de drame ou été confrontée au deuil – sauf si on occulte papy Louis, mais j’étais petite, ça ne compte pas. Comment puis-je abandonner Nathan au moment où il a le plus besoin de moi ? Lui qui m’a tout donné jusqu’à l’accès à sa plus infime parcelle d’intime vérité. Ce n’était qu’un enfant. Aujourd’hui, il me fait confiance, et je prends conscience que j’aime autant sa force que ses faiblesses, car c’est ce qui fait son ipséité : il est lui et il est unique. Ce sentiment impérieux, ce désir de le soutenir dans les inévitables épreuves qu’il va devoir affronter me réveille de ma léthargie. Élise va péter un câble, mais je veux parier sur l’avenir. J’attrape mon portable. J’espère que Nathan saura me pardonner.

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