Éroshima
Berlin au crépuscule. - 75 -
Berlin au crépuscule
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UNE JEUNE ALLEMANDE endormie dans une chambre d’hôtel, à Berlin. À côté d’elle, un Nègre qui la regarde. On entend à peine le bruit mou des voitures sur le Hohenzollerndamm légèrement mouillé. Temps gris.
Nez. Un long nez aux ailes diaphanes. Respiration à peine audible. Veines microscopiques.
Bouche. Bouche serrée jusqu’à perte de conscience. Elle veut garder son secret même dans le sommeil. Angoisse. Désespoir. Détresse. Avaler sa salive avant de dire n’importe quoi en présence de n’importe quel étranger. Parole allemande. Parole lourde de sens. Drame.
Menton germanique. Aucune particularité. Si, en parallèle avec l’Angleterre. L’Anglais lève le nez en signe de supériorité. C’est le lord. L’Allemand lève le menton. Le militaire. Les militaires font grand cas du menton.
Gorge de walkyrie. Souffle profond. Capable de soutenir Wagner. Gorge blanche. Rêve de vampire.
Seins de nageuse. Vingt fois le tour de la piscine de l’hôtel chaque matin. Je m’y suis rendu une seule fois. Failli crever. Autonome-métronome, elle continuait. Contre qui ? Son ombre. Dieu. Ou notre pauvre limite humaine. Qu’est-ce qu’elle trouve que j’ignore dans cet acharnement ?
Ventre fragile. C’est là qu’elle encaisse. Elle a de terribles coliques. Là, c’est comme des lames de rasoir.
Elle me montre son ventre lisse, blanc avec ce léger duvet blond. Naturellement, aucune plainte ne traverse ses lèvres serrées. Seul son front est en sueur. De fines gouttelettes.
Ne point crier.
Ne rien manger.
Ne rien ressentir.
Être indifférente à tout.
Je suis debout près de la fenêtre. Avec le sentiment de contempler « La Jeune Vierge » de la mythologie allemande. Couchée, là.
Luxe. Cette jeune Européenne sans amarres, abstraite, autonome, peut-elle deviner ce qui chemine dans ma tête ?
Jusqu’où peut-elle aller sans crier ? Chose belle et étrange, cette tête sereine, blonde et endormie.
Odeur : la mort.
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