Excelsior: Roman parisien

Léonce de Larmandie · Chapitre 21 sur 41

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Excelsior: Roman parisien

XXI Désolés et Consolés

Puis résolument, brusquement, il dit à Mérigue en lui tendant la main:

—Tantôt, monsieur, j'ai eu tous les torts, dans le fond et dans la forme, veuillez recevoir mes excuses.

Le candidat vaincu hésita une seconde, fronça le sourcil, puis se laissa prendre la main avec un léger mouvement d'épaules en répondant au duc:

—Soit, monsieur.

—C'eût été vraiment trop bête, ajouta Largeay en minaudant.

—J'aurais mauvaise grâce à vous contredire, reprit Jacques.

 

XXI

 

DÉSOLÉS ET CONSOLÉS

Le lendemain matin l'affiche suivante était placardée à profusion dans tout le quartier Saint-Barthélémy.

«É ,

«Nous devons tous nous coaliser contre l'ennemi commun, le

candidat républicain qui réunit à lui seul un millier de voix. Je

vous demande et au besoin je vous prie de vouloir bien au

scrutin de dimanche prochain reporter l'unanimité de vos

suffrages sur M. le baron Grémoli. Je serai le premier à vous

donner l'exemple.

«J M .»

Jacques fit une visite à son heureux concurrent qui le reçut avec beaucoup d'urbanité et de distinction et lui offrit même un impérial cigare. Puis il trouva dans son casier un monceau de cartes émaillées de réflexions diverses. Les unes exhalaient des condoléances pures et simples. D'autres félicitaient le jeune homme de sa patriotique abnégation et lui pronostiquaient une revanche éclatante. Quelques-unes le blâmaient d'avoir abandonné la partie et d'avoir tendu la main «aux meurtriers du duc d'Enghien». La plus curieuse émanait du vicomte d'Escal; elle était ainsi conçue:

«Mon cher ami,

«Je ne saurais approuver votre détermination. Moi qui ai lutté

toute ma vie (??!!) je ne puis concevoir un soldat capitulant.

Pour vous témoigner mon mécontentement; je refuse de solder

les frais de votre affiche de désistement. Ne voyez dans cette

résolution qu'une protestation de ma part, non contre votre

sympathique personnalité, mais contre une politique néfaste qui

nous perd depuis cinquante ans et nous perdra jusqu'à la fin

des siècles.»

Le baron Grémoli rendit sa visite à Jacques. La montée des cent vingt marches, sans ascenseur, et l'aspect délabré du logement situé à la cime plongèrent l'opulent financier dans une profonde stupeur.

—Comment, se disait-il, je ne l'ai battu que de quarante voix!

Mérigue eut aussi la visite de Sermèze qui lui fut plus agréable. Il lui raconta tous les événements de la veille et le jeune baron lui dit encore: «Pauvre Jacques!» Lorsque la nuit fut close il écrivit à son vieux père:

«Mon cher papa,