Faits divers
Patriotisme et religion
Pauvre et noble Espagne, comme te voilà bas, mais combien tu es courageuse et digne dans ton malheur, et si pleine d’espoir en l’avenir.
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J’arrive de ce pays affligé entre tous, et je me déclare plein d’admiration pour le magnifique ressort de l’âme espagnole.
Nous n’avons plus de colonies, disent les hidalgos, eh bien ! tant mieux, c’est autant de dépenses en moins.
Un petit air de guitare là-dessus, et ollé.
Les femmes, surtout, sont extraordinaires.
Ce que je vais raconter à ce sujet est à peine croyable, et je m’attends à être, une fois de plus, traité de blagueur.
Imaginez qu’il s’est fondé une confrérie de
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jeunes filles.
Mais, avant de continuer mon récit, j’invite les parents soucieux de la pureté de pensée de leur progéniture à ne point laisser le présent papier sous les yeux de leurs petites demoiselles. Car, sans entrer autant que je le voudrais en de troublantes techniques, je vais traiter un sujet assez scabreux.
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Il y a environ deux mille ans, une jeune Asiatique, fort connue depuis sous le nom de Vierge Marie, manifestait devant qui voulait l’entendre son goût très vif pour le célibat.
Des voix que j’ai tout lieu de croire autorisées, changèrent sa vocation.
Faisant miroiter à ses yeux les intérêts supérieurs de l’humanité en péril, ces voix suggérèrent à la jeune fille que le monde ne pouvait être sauvé que par un fils issu de ses entrailles.
Marie se laissa convaincre.
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Elle épousa bientôt un respectueux menuisier du nom de Joseph et, l’année d’après, mettait au monde un fils.
Un respectueux menuisier, ai-je dit. Oui, respectueux, au-delà de toute exagération.
Marie était devenue mère à la suite de l’Opération généralement désignée sous le nom d’Opération du Saint-Esprit.
À la vérité, cette expérience n’était autre chose que ce que nous appelons aujourd’hui la fécondation artificielle, opération parfaitement connue des mages chaldéens de l’époque.
Ce qu’il advint du bébé, vous le savez aussi bien que moi : très intelligent, fort débrouillard, excessivement calé sur une foule de sciences et, ce qui ne gâte rien, charmeur de tout premier ordre ; Jésus-Christ, puisqu’il faut l’appeler par son nom, sauva le monde et fonda une religion, laquelle, à l’heure où nous mettons sous presse, est encore des plus prospères.
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Eh bien ! quelques centaines de jeunes filles espagnoles ont voulu prendre modèle sur la Vierge Marie et se sont décidées à créer par le même procédé, et sans péché, une foule de Sauveurs pour l’Espagne.
Un ordre s’est rapidement fondé sous l’invocation de Notre-Dame de la Natalité.
Des couvents se bâtissent qui ressemblent à nos plus modernes maisons de maternité.
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Et les papas, où va-t-on les chercher, dites-vous, lubriques roquentins ?
Je répondrai aussi brièvement et aussi délicatement que possible. Les pères sont des pères anonymes, auxquels on ne demande qu’à être sains, jeunes et intelligents.
Ils ne connaîtront jamais leurs épouses et leurs épouses ne les connaîtront jamais.
Beaucoup de religieux, des Carmes surtout, coopèrent à cette œuvre de relèvement national avec une abnégation toute virile.
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Chacune de ces jeunes filles est persuadée qu’elle est désignée par le ciel comme mère du futur sauveur, et cela est des plus touchant, n’est-il pas vrai ?
Il me fut donné d’assister, dimanche dernier, à la grand-messe dans la chapelle d’un de ces couvents.
Les religieuses sont pour la plupart fort jolies et toutes chantent comme des anges.
Eh bien ! vous direz tout ce que vous voudrez, mais un pays où se passent de telles choses n’est pas un pays fichu, loin de là.
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Placer macabre1
Bien que familiarisé depuis longtemps avec les audaces et les surprises de l’industrie américaine, ce n’est pas sans une certaine stupeur que je pris connaissance du prospectus trouvé ce matin dans mon courrier des États-Unis.
Je ne crois pas qu’en France nos lois toléreraient une telle entreprise, mais je suis certain que l’indignation publique et le sentiment de la plus élémentaire décence auraient vite fait justice d’un pareil sacrilège.
Imaginez-vous qu’une société vient de se fonder à Cincinnati pour l’achat de tous les vieux cimetières répandus sur la surface de l’Amérique du Nord !
Le prospectus en question énumère les mille
1 Ce jour-là, la chronique d’Alphonse Allais ne portait pas le titre La Vie drôle, mais La Mort drôle.
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profits à tirer de l’exploitation de ces nécropoles.
La spéculation sur les terrains n’est pas, comme on pourrait le croire, le principal facteur dans les bénéfices de l’affaire.
Un vieux cimetière ne se vend pas très cher, mais sa mise en valeur, comme terrain à bâtir, est longue et difficile.
D’abord, on n’y peut construire qu’après le délai de dix ans à partir du jour de sa désaffectation.
Puis, les loyers doivent être, au moins dans les débuts, fort bon marché, car les Américains professent une répugnance bien marquée à s’installer dans les immeubles bâtis sur d’anciens cimetières.
L’affaire se recommande surtout par les profits à tirer de l’exploitation, si j’ose m’exprimer ainsi, des sous-produits, c’est-à-dire des monuments funéraires et des cadavres.
Pour les monuments funéraires, il y a là une source de très gros bénéfices.
Dans presque toutes les villes des États-Unis,
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les règlements prescrivent que les familles des défunts ont le droit de retirer les corps et les monuments funéraires dans l’année qui suit la désaffectation du cimetière.
Mais, en Amérique, c’est surtout à l’oubli que les morts vont vite, et il est bien rare que les parents des trépassés profitent de leurs funèbres prérogatives.
Les tombeaux, même les plus luxueux, deviennent, au bout d’un an, la propriété de l’acquéreur du terrain.
Or, rien de plus facile que de transformer un vieux tombeau abandonné et moisi en un gracieux monument frais, coquet et des plus alléchants.
Il n’y a qu’à rogner un peu, supprimer les inscriptions, polir et donner ce petit coup de fion auquel excellent les marbriers transtlantiques, tous italiens d’ailleurs.
Quant aux corps, eux aussi offrent d’énormes ressources industrielles.
Brûlés en vase clos, ils fournissent des
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phosphates très demandés par MM. les producteurs de céréales.
Rien que par les opérations ci-dessus décrites, voilà déjà une industrie des plus rémunératrices.
Mais là où elle devient une affaire d’or (et c’est bien le cas de le dire), c’est quand elle comprend l’extraction de l’or inséré dans les dents aurifiées des pauvres défunts.
Des statistiques sérieusement établies ont démontré qu’en Amérique les mâchoires de mille personnes représentent, au bas mot, trente onces d’or, c’est-à-dire, grosso modo, six cents dollars (3000 francs environ), soit 3 francs par personne.
Comme la Compagnie prévoit une exploitation de près de dix millions de corps, il vous est facile de calculer les immenses bénéfices qu’elle est appelée à réaliser, rien que de ce chef.
Ah ! ces diables d’Américains !
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Progrès des sciences psychiques
La question de la suggestion, sa théorie, ses manifestations diverses semblent, depuis quelques mois, entrer dans une phase nouvelle et pleine d’inquiétantes promesses.
Pauvres que de nous et combien falot notre organisme !
Cette volonté dont nous nous montrons si fiers, quelque autrui peut nous la subtiliser, la remplacer par la sienne propre et faire de nous un ridicule pantin.
Dont il tire à son gré les burlesques ficelles, disait, pour n’en point perdre l’habitude, notre bon souffreteux François Coppée.
Et pas seulement, vous entendez, les hystériques, les nerveux, les faibles, non, mais, grâce aux modes nouveaux, tout le monde, vous, par exemple, qui faites votre malin, moi qui
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ricane et cet autre imbécile qui s’en va en haussant les épaules.
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La dernière séance à la clinique du docteur B... (ce praticien me supplie provisoirement de lui octroyer l’anonyme) m’a laissé, j’allais dire rêveur, allons plus loin, totalement abruti.
– Afin, commença par nous dire le docteur B... que vous ne m’accusiez pas d’employer pour mes expériences des sujets spécialement entraînés, ou pour mieux dire des compères, c’est sur quelques-uns d’entre vous, messieurs, que je vais opérer, ou, si vous le préférez, sur tels individus inconnus de moi et que vous voudrez bien m’amener ici.
Chacun de nous connaissant les idées parfois mabouloïdes du docteur et redoutant la notable portion de ridicule qui ne manque pas de rejaillir sur le sujet, nous préférâmes investir quelques autres poires sanctifico-passives.
Notre choix tomba vite sur deux passants par
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là, braves militaires appartenant à cette infanterie de ligne, reine des batailles, en laquelle notre pauvre France a placé son espoir suprême.
Alléchés par l’horizon de chacun une pièce de cent sous, nos troubades n’hésitèrent point.
Cinq minutes plus tard, leur uniforme mettait sa note rouge et métallique dans l’austérité du cabinet de notre moderne magicien.
Après les passes spéciales et la mise en train hypnotique dont le docteur B... assure être l’inventeur, ce furent tout d’abord des expériences devenues classiques et qu’ont répandues jusqu’au sein des baraques foraines les émules de l’illustre Donato1.
Désignant un plein verre d’eau pure :
– Avalez tout ça, mon garçon, commanda le docteur, c’est de l’eau-de-vie très forte.
D’un trait le pauvre diable avala toute la flotte et le voilà, instantanément, en proie à la plus manifeste des cuites.
1 Donato (Alfred Dhont, 1845-1900), magnétiseur belge.
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Titubant, chantant, riant, pleurant, cherchant querelle à tout le monde, le militaire se serait vite rendu insupportable, si le docteur, intervenant, un verre de vrai cognac, cette fois, à la main :
– Mon ami, disait-il, vous êtes saoul comme un cochon. Si l’un de vos officiers vous rencontre dans cet état, c’est de la prison. Il faut donc vous dégriser au plus vite. Voici de l’ammoniaque. Absorbez-la d’un seul coup et vous reviendrez à votre état normal.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
Le jeune guerrier avala d’un coup le schnik, puis, passant sur son front en sueur sa manche jusqu’alors sans reproche, demanda pardon bien humblement, à toute l’assistance, des propos incongrus et des gestes peu nobles que son récent débordement aurait pu lui occasionner.
Mais cela n’était rien encore.
Le second militaire manifesta quelques difficultés à se mettre en état voulu. Mais quand ça y fut, dame, ça y fut bien, jugez plutôt :
– Tenez, mon ami, fit le docteur, permettez-
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moi de vous offrir un excellent cigare de La Havane.
L’excellent cigare de La Havane n’était autre d’ailleurs qu’un crayon, un simple crayon comme vous et moi.
– Une allumette, maintenant.
L’allumette, un simple cure-dent.
– Fumez !
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Et c’est là que notre stupeur ne connut plus de bornes ou en connut si peu que cela n’est vraiment pas le peine d’en faire mention.
Frottant le cure-dent sur la partie de sa culotte rouge adhérente à la fesse droite, le militaire en tira – ne me croyez pas, cela m’est égal – du feu.
Ce feu, cette petite flamme, il en embrasa le crayon pseudo-cigare et bientôt un arôme exquis de pur havane flottait par tout l’appartement.
Et la joie béate du bon pioupiou devant ces volutes de fumée bleue !
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Voilà certes qui est beaucoup plus fort que de jouer au bouchon avec des pains à cacheter blancs dans la neige.
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Propos d’été
La température aurait tendance à plutôt fraîchir, mais tous ces jours, bon Dieu ! qu’est-ce qu’on a pris comme thermographie !
Je connais des gens qui en furent réduits à s’installer sur le visage tout un lacis de minuscules gouttières canalisatrices de sueur, spectacle des plus curieux.
La cérébralité publique en subit, elle aussi, de profondes atteintes, et jamais l’infirmerie du Dépôt ne reçut autant d’hôtes calorimabouls.
Sans compter tous ceux que l’innocuité de leur insanisme préserva de la séquestration.
Témoin ce dialogue, rigoureusement entendu à la terrasse d’un café dit des grands boulevards.
Un monsieur, orné d’une grande barbe, est installé à une table, quand survient un autre individu, pourvu de simples moustaches, mais
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environ du même âge que son compagnon :
– Tiens, Jules ! fait le grand barbu. Comment vas-tu ?
– Je vais te dire ça tout à l’heure, mais d’abord procédons au plus urgent... Garçon, deux demis !
– Tu attends quelqu’un ?
– Pas une âme !
– Alors ?
– Observe pour apprendre, et tais-toi.
– Bon.
Les deux demis s’amènent, frais, mousseux, deux amours !
Pas de mot dans la langue française pour exprimer l’effrayante célérité avec laquelle le contenu du premier verre disparut dans le gosier de Jules, puisque Jules il y a.
– Comment ! s’écria l’ami de Jules, comment peux-tu faire pour t’enfourner ainsi ce tas de cervoise ?
– Comment je fais ? Regarde, afin de t’instruire.
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Et le contenu du second verre emprunte à disparaître cette même célérité à laquelle persiste à ne correspondre aucun mot dans notre langue.
– Garçon, deux demis ! ordonne de nouveau Jules.
Visiblement découragé de l’inlassable bibitron, l’ami de Jules tente de porter ailleurs le tapis de la conversation.
– Qu’est-ce que tu deviens ?... On ne te voit plus.
– J’arrive de Dublin.
– De Dublin !... Qu’est-ce que tu as été f... à Dublin ?
– Rien.
– Mais alors ?
– C’est un type que j’ai rencontré, l’autre jour, rue d’Amsterdam, et qui m’a dit : « Je vais à Dublin, vous devriez bien venir avec moi. » Alors, je lui ai dit : « Ça colle, je vais avec vous à Dublin. »
– Qui est ce type ?
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– Je ne le connais pas.
– ! ! ! ! ! !
– C’est un de ces types comme il en fourmille dans la rue et qui appartiennent à la secte bien connue des gens qu’on voit pour la première fois et qu’on ne reverra jamais... plus jamais.
– Never more !
– C’est horriblement affreux !... Garçon, deux demis !
– Pourquoi deux demis du même coup ?
– Afin d’éviter du dérangement au garçon.
– Avec ce régime, tu vas te flanquer une jolie dilatation d’estomac.
– C’est bien là-dessus que je compte... On n’a jamais l’estomac trop dilaté !
– Une simple tasse de thé, mon pauvre Jules, suffirait à te désaltérer.
– C’est bien cela que je veux éviter.
– ? ? ? ?
– Suis bien mon raisonnement : si j’étais
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désaltéré, je ne boirais plus.
– Précisément.
– ... Et ne buvant plus, je crèverais de soif, – ce qui n’est pas à faire.
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Légitime protestation
Nous recevons à l’instant le billet suivant que la réelle notoriété de son expéditeur nous fait une obligation d’accueillir sans vaciller et les yeux, en quelque sorte, fermés :
« Mon cher Allais,
« Depuis que J’existe – et c’est le cas ou jamais de le dire, cela ne nous rajeunit pas –, Ma ligne de conduite est pétrie de dédain pour tout ce que, sur terre, on peut penser, écrire ou dire sur Moi.
« S’il Me fallait rectifier les propos tenus à Mon égard, deux ou trois éternités entières n’y suffiraient pas.
« Quantités d’individus se prétendent Mes envoyés, et parlent, non sans culot, en Mon nom ; d’autres, au contraire, n’hésitent pas à nier Mon
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existence.
« Les premiers comme les seconds, savez-vous l’effet qu’ils Me produisent ?
« Je vais vous le dire, l’effet qu’ils Me produisent : Je m’en bats l’œil (l’œil de la Providence).
« Cependant, tout de même, aujourd’hui, Je n’ai pu M’empêcher de bondir.
« N’ai-je point lu dans les gazettes ces quelques paroles que prononça Mme la marquise de Mac-Mahon, lors de sa visite aux bouchers de Limoges (à l’issue de laquelle elle fut nommée louchébem honoraire) : “Dieu est avec nous. Le régime républicain n’est pas le régime qu’il veut pour la fille aînée de l’Église. Dieu est royaliste.”
« Malgré la vive sympathie que M’inspire Mme la marquise de Mac-Mahon, une de Mes plus dévouées servantes, Je ne saurais laisser passer sans protester les opinions politiques qu’elle Me prête aussi gratuitement, et Je vous autorise, Mon cher Allais, à déclarer en Mon nom que Je me suis fait un devoir de Me tenir à l’écart
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de la politique, cette satanée politique qui cause tant de tort à la pauvre fille aînée de Mon Église.
« Je vous dirai même, entre nous, que si J’avais une opinion à émettre sur la question, elle étonnerait bien Mes fidèles, car je me sens des tendances plutôt anarchistes.
« Comptant, Mon cher Allais, sur votre si connue obligeance pour hospitaliser cette petite protestation, Je vous prie de croire à tout ce que J’ai de mieux en fait de bons sentiments.
« Votre vieux Tout-Puissant.
« Signé : DIEU. »
Il va sans dire que nous accueillerons avec une bonne grâce peu commune la rectification, s’il y a lieu, de Mme la marquise de Mac-Mahon.
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Où le puffisme s’arrêtera-t-il, en
admettant que, lancé comme il est, il puisse jamais s’arrêter ?
Samedi dernier, je me sentais tout chose.
Était-ce la chaleur ou, plutôt une indigestion laborieuse, je ne sais, mais le sûr, c’est que je me sentais tout chose.
Et quand je me sens tout chose, il me passe en la tête des idées baroques.
Ainsi, je me mis à dévorer les petites annonces sises à la dernière page du journal Le Journal (le plus littéraire et le mieux informé des journaux de Paris. Le seul paraissant sur six pages au moins).
Soudain, mon regard tombe sur les lignes suivantes :
Petite fortune assurée en un mois sans risquer un décime.
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Combinaison nouvelle à la portée de tout le
monde.
Écrire : Audax, 27, au Journal.
Petite fortune ! Diable !
J’en aurais certes préféré une grosse mais, n’ayant pas le choix, je mis la main à la plume pour aviser M. Audax du vif plaisir que j’éprouvais de faire sa connaissance.
Comme je venais de reprendre la lecture du petit texte en question, une seconde annonce, plus extraordinaire encore que la première, sollicita mon attention :
Jeune fille sourde-muette, dot 1 700 000 francs,
recherche homme du monde pour mariage blanc.
Écr. LUCIA H. W. au Journal.
Diable ! m’exclamai-je, une femme pourvue de 1 700 000 francs, c’est déjà pas vilain, mais muette par-dessus le marché, affaire
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merveilleuse ! Écrivons.
J’écrivis à Lucia. H. W. une lettre enflammée sans oublier de glisser dans l’enveloppe une de ces photographies, vous savez, où j’ai l’air si distingué... C’était le jour probablement, car voilà que je tombe sur ma troisième annonce pas moins banale que les deux premières :
Étonnant ! Étonnant ! Étonnant !
Mon procédé guérit toutes les maladies.
Écr. : Dr. 2119 au Journal.
Étonné, étonné, étonné, je rédige une troisième lettre à l’excellent docteur 2119.
Pendant que j’y étais, je répondis à deux autres annonces, l’une :
Villégiature gratuite pendant un mois,
en échange de petit travail facile.
Écrire : B K, 19, Journal.
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La seconde, assez mystérieuse, celle-là :
Blkw sqkrs ljxrb sssss bcd.
Écrire : RSPZ, Journal.
Tout à fait ragaillardi par ce petit exercice, je commandai un second litre, puis vins m’étendre sur un banc des boulevards extérieurs, rêvant fortune, beau mariage, belle santé, plaisirs champêtres et Blkw sqkrs.
Vous pensez bien que, dès le lendemain matin, dès l’aube, j’étais chez ma concierge, guettant le facteur.
Les réponses ne s’étaient pas fait attendre.
D’une main fébrile, je décachetai la première enveloppe.
Et je lus :
« Monsieur, pour faire fortune en un mois, écrivez un livre comme Le Cœur sur la main et
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l’Estomac dans les talons 1 , d’Édouard Osmont. »
Allons bon, pensai-je, un fumiste.
Réponse de la jeune fille sourde-muette :
« Au lieu de courir les femmes, petit polisson, lisez donc Le Cœur sur la main et l’Estomac dans les talons, d’Édouard Osmont. »
Encore ! Certainement, ces gens-là se sont entendus pour me berner.
Troisième lettre :
« Pour vous guérir, lisez Le Cœur sur la main et l’Estomac dans les talons , d’Édouard Osmont. »
Devenu méfiant, j’ouvris la quatrième :
« Vous gagnerez vite de quoi faire un séjour à la campagne en écrivant un livre comme Le Cœur sur la main et l’Estomac dans les talons, d’Édouard Osmont. »
1 Édouard Osmont (1874-1922). conteur, auteur de Le Cœur sur la main et l’Estomac dans les talons, mais aussi poète fantaisiste sous le nom de Blaise Petiveau, auteur de Son Nombril, qui fut remis au goût du jour par les Frères Jacques.
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J’ai décacheté la cinquième enveloppe, c’est bien par pur acquit de conscience :
« Blkw Le Cœur sqkrs sur la main et l’Estomac ljirbj dans les talons, d’Édouard Osmont. »
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Ô Chateaubriand ! du haut du ciel, ta demeure dernière, de quel œil sévère ne dois-tu pas contempler les procédés des jeunes littérateurs d’aujourd’hui !
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L’opposition punie
Dans l’un des derniers numéros des Annales politiques et littéraires, notre vaillant camarade Georges d’Esparbès raconte des histoires de mystificateurs.
Quelle ne fut point la réelle stupéfaction de celui qui écrit ces lignes en constatant que son nom se trouvait compris dans la liste de ceux qui notoirement s’envoient, en vue de leur simple divertissement, la cafetière de leurs contemporains.
Et pourtant, Dieu sait... !
Si l’on en croit notre vaillant camarade, voici ce qui se serait passé en je ne sais plus quelle année, au sein de la caserne dite de Babylone (c’est de cette vieille baraque qu’il ne saurait s’agir quand on parle de la Babylone moderne).
Invité par l’autorité militaire à accomplir une
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période d’instruction militaire à bord du 46e régiment d’infanterie, je me présente avec un lot de congénères.
Seuls, disent les règlements, ont le droit de coucher en ville les réservistes mariés.
Le célibataire que j’étais ne manqua pas de juger draconienne pareille mesure et quand notre sergent-major m’informa sur cette spécialité de mon état civil :
– Comment, m’écriai-je, si je suis marié ! Si je n’étais que marié ! Mieux encore, je suis bigame !
– Bigame ! s’effara l’honnête sous-officier.
– Parfaitement, bigame ! Et c’est non seulement la permission de la nuit que je réclame pour la passer avec mon épouse n° 1, mais encore un congé dans la journée afin de ne point laisser seule ma femme n° 2.
Cette petite plaisanterie, suivie de quelques autres exécutées avec le plus grand sang-froid, contribua à me fournir une période d’instruction exempte du moindre ennui.
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De lui-même, mon capitaine me baptisa le loufoc et veillait à ce que ses sous-ordres évitassent de me tracasser.
Georges d’Esparbès, lequel, à cette époque, était caporal et secrétaire du colonel, m’aida très gentiment – et je l’en remercie encore – à l’accrédit de cette légende, si bien que les jours où l’on devait aller au tir à Vincennes, mon capitaine me disait : « Dites-moi, Allais, si vous avez besoin chez vous, aujourd’hui, vous êtes libre » d’Esparbès l’ayant prévenu que rien ne m’excitait tant que le bruit des coups de fusil.
Comme c’est loin, tout cela, mon vieux d’Esparbès !
Puisque nous en sommes au chapitre des mystificateurs, laissez-moi vous conter l’excellente blague qu’un mien ami, magistrat républicain, aujourd’hui des plus graves, ne put s’empêcher de faire à une bijoutière trop violemment, à son gré, nationaliste.
D’aspect grave, mon ami, arrivé de la veille à Paris, se promenait dès le matin par les rues de la capitale.
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Un petit attroupement provoqua son attention ; il s’approcha.
Une des grandes glaces d’un magasin de bijouterie avait été sinon entièrement brisée, du moins fortement étoilée, pendant la nuit, par quelque malfaisant. Et la patronne du magasin, furieuse, gesticulant devant sa porte, accusait de son malheur le manque de surveillance policière et surtout cette bienveillance que témoignent, paraît-il, aux pires apaches, les bandits qui nous gouvernent actuellement.
– Tant que nous aurons, hurlait-elle, un ministère comme celui-là, les honnêtes gens ne pourront pas dormir en paix. Avec ces canailles du Bloc...
– C’est peut-être Rouvier lui-même qui a démoli votre devanture ? rigola un passant.
– Cela ne m’étonnerait pas, fit sérieusement la bijoutière.
– Ou bien Pelletan, pour donner des boucles d’oreilles à sa petite femme.
Etc., etc., etc.
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À son aspect rangé et bien vêtu, l’irascible joaillière s’imaginant que notre ami le magistrat partageait ses opinions distinguées, c’est à lui qu’elle adressait particulièrement ses propos les plus anti-blocards.
L’autre écoutait gravement, mijotant un de ces bons charriages en lesquels il excellait jadis au Quartier latin.
Soudain, le voilà qui prend un air accablé !
– Madame, fait-il, rentrons dans votre magasin, j’ai quelque chose de très sérieux à vous dire en particulier.
– À moi !
– Oui, à vous, madame... Ne cherchez pas plus loin celui qui, cette nuit, brisa votre glace. Vous l’avez devant les yeux.
– Vous, monsieur ? Vous ?
– En personne. Il faut que je vous dise, madame, qu’en dépit de mon beau chapeau, de mon manteau à col d’astrakan et de mes bottines vernies, je suis le dernier des indigents.
– Allons donc !
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– Écoutez-moi... Caissier principal dans une de nos plus grandes administrations parisiennes, j’ai été mis à la porte hier matin... Or, certaines conditions de mon renvoi m’interdisaient de toucher le moindre salaire – au contraire ! De plus, je ne possède pas un sou d’économies, pas un sou... ! Madame, je n’ai pas mangé de toute la journée... Le soir vint... Ah ! madame, si vous saviez comme la misère est mauvaise conseillère. N’osant rentrer chez moi annoncer la mauvaise nouvelle à ma concubine, j’errai toute la nuit... À un moment, je saisis une grosse pierre... Vous savez le reste !... Vous voyez donc bien, madame, que les gens du Bloc ne sont pour rien dans votre malheur.
Ahurie, la bijoutière écouta jusqu’au bout ce récit.
– Mais continua mon ami, rassurez-vous, madame, je suis prêt à tout faire pour vous dédommager.
– Vous n’avez pas le sou, dites-vous.
– Je travaillerai la nuit aux Halles à décharger des légumes, et sur mon salaire je prélèverai
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chaque jour un sou que je vous apporterai fidèlement.
Tout ce colloque s’était déroulé dans le secret de l’arrière-boutique... La joaillière en avait assez...
– Adolphe, ordonna-t-elle, allez chercher deux agents.
Au poste, la scène fut, comme on dit, inénarrable.
– Cette dame, monsieur le brigadier, me produit l’effet d’une démente peut-être dangereuse... Ne m’accuse-t-elle pas, moi, procureur de la République de A...-sur-B..., d’avoir nuitamment brisé l’une des glaces de sa devanture.
– Mais, monsieur le brigadier, c’est lui-même qui vient de me le dire.
– Moi ?... Allons, madame, du calme ! Soignez-vous, ce n’est peut-être qu’une crise passagère... Un peu de calme, de l’hydrothérapie, du bromure...
– C’est trop fort !
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– Ai-je besoin de vous dire, monsieur le brigadier, au cas où cette personne persisterait dans sa ridicule accusation, que je puis établir le plus irréfutable des alibis.
Cette fois, la bijoutière éclata :
– Salaud ! Cochon ! Républicain ! Crapule ! Vendu ! Blocard !
Et elle rentra chez elle, toujours en proie au plus vif courroux.
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La sage précaution
Comme beaucoup d’autres hommes, M. Moïse Lévy-Strassberg réunissait pas mal de petits défauts, quelques grandes qualités et un bien gros vice.
Moïse Lévy-Strassberg était joueur, mais joueur comme on ne l’est pas.
De certains joueurs on dit volontiers qu’ils joueraient leur dernière chemise, vous verrez par la suite de cette histoire que Moïse Lévy-Strassberg recula plus loin encore les limites de la cartomanie.
Mais tout comporte une fin : par un beau soir, au cercle, Moïse Lévy-Strassberg, mis dans tous ses états parce qu’on se permettait de lui discuter un coup qu’il ne considérait, lui, comme le moins du monde pas douteux, contracta finalement une telle colère qu’il fut frappé de ce que les gens appellent un coup de sang !
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Pendant que les médecins (il y a toujours des médecins dans un cercle) s’empressaient à le ranimer, mais inutilement, débarrassé de son enveloppe matérielle, le corps astral de Moïse Lévy-Strassberg filait telle une blanche fusée tout droit vers le paradis.
Celui qui n’a pas vu la tête de saint Pierre à cette apparition n’a rien vu.
Le brave saint Pierre – chacun connaît ce détail – est un farouche antisémite, La Libre Parole n’a pas plus fidèle lecteur que lui, et chaque fois que se présente au Céleste Huis un journaliste parisien, il ne manque jamais de s’informer de la santé de ses écrivains favoris : Édouard Drumont, Gaston Polonnais, etc.
Malgré les instances réitérées de son Divin Maître, saint Pierre n’a jamais pu se décider à pardonner aux juifs les événements qui se déroulèrent voilà bientôt deux mille ans dans quelques parages désormais célèbres de l’Asie Mineure, événements assez connus pour que nous nous dispensions d’y insister.
– Pardon, mon cher saint Pierre... car c’est
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bien, je suppose, à saint Pierre que j’ai l’honneur de présenter mes devoirs, s’inclinait respectueusement feu Moïse Lévy-Strassberg.
– À lui-même... mais vous n’avez rien à faire ici... Allez, oust !
– Minute, cher Bienheureux, j’excuse votre erreur causée par le patent hébraïsme de mon aspect physique, mais ne vous y trompez pas, vous avez devant vous un catholique et, j’ose le dire, un excellent catholique.
Saint Pierre jeta les yeux sur une fiche que venait de lui apporter l’archange de service.
– Tiens, c’est vrai, s’exclama saint Pierre, mais reconnaissez qu’à ma place, n’importe qui eût commis la même confusion.
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Moïse Lévy-Strassberg, rien de plus exact, appartient depuis une trentaine d’années à la religion catholique, apostolique et romaine.
À la suite de quel événement ?
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Voilà qui mérite une copieuse parenthèse !
Jeune encore, Moïse Lévy-Strassberg fut désigné par son directeur pour aller créer une succursale à Hong-Kong.
À bord du bateau qui l’emmenait vers l’Extrême-Orient, il fit connaissance d’un missionnaire catholique, ancien homme du monde désabusé et qui, lui, se rendait en Chine afin de catéchiser les disciples de Confucius.
De son ancien état d’homme du monde, ce pionnier de la vraie religion n’avait pas su se débarrasser d’un goût très vif pour le jeu.
Nos deux personnages eurent – comme bien vous pensez – vite fait de s’entendre sur ce terrain commun.
Or, il arriva qu’au bout de quelques jours, honteusement et régulièrement battu par l’apôtre chrétien, l’enfant d’Israël était, si j’ose m’exprimer ainsi, fauché comme un verre à bière.
Pour dire que Moïse Lévy-Strassberg prit la chose avec un sourire, on ne peut pas dire que Moïse Lévy-Strassberg prit la chose avec un
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sourire.
Moïse Lévy-Strassberg concevait, au contraire, de son désastre le plus âpre désespoir, parlant même de se jeter à l’eau.
– Écoutez, mon enfant, fit l’apitoyé missionnaire, ne vous désolez pas tant, je vous offre votre revanche.
– Mais puisque je vous dis, mon père, que je ne possède plus un rotin vaillant !
– On peut risquer d’autre enjeu que l’argent.
– Quoi, par exemple ?... Mes nippes, qu’en feriez-vous ?
– Il ne s’agit pas de nippes... Je vous joue votre âme.
Moïse Lévy-Strassberg exécuta un prodigieux bond en arrière.
– Seriez-vous le diable ?
– Non, mon enfant, je suis un envoyé de Dieu qui veut faire votre salut.
– Comprends pas.
– Voici : je vous propose de jouer en cinq secs
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tout l’argent que je vous ai gagné contre votre conversion à notre sainte religion.
– Accepté !
– Mais, vous savez, mon enfant, j’entends une conversion sincère avec tout ce qu’elle entraîne avec elle.
– Entendu, mon père, personne n’est plus loyal au jeu que votre serviteur !
Patatras ! Moïse Lévy-Strassberg perdit la partie.
Le baptême eut lieu quelques jours après ce mémorable match, le temps à Moïse Lévy-Strassberg de se mettre au courant des principes essentiels de sa nouvelle religion.
Le commandant du bateau servit de parrain.
De marraine, la plus jolie passagère.
Petite cérémonie qui procura quelques bons instants aux voyageurs et à l’équipage (les bons instants, en mer, c’est si précieux !).
Loyal perdant, Moïse Lévy-Strassberg s’attacha à ne négliger un seul jour les pratiques
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catholiques : prière matin et soir, messe le dimanche, communion aux grandes dates fériées de l’Église, maigre le vendredi, Quatre-Temps, Carême, etc., etc.
Vous voyez donc bien que notre ami n’exagérait point en se proclamant excellent catholique.
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Saint Pierre, cependant, continua à froncer ses épais sourcils blancs.
– Vous n’êtes pas juif, d’accord, mais votre fiche vous représente comme un terrible joueur impénitent et vous devez savoir que nous n’aimons pas beaucoup ça, ici, les joueurs... Un paradis c’est pas un casino.
En vertu de ce vieux principe qu’il vaut mieux avoir affaire au bon Dieu qu’à ses saints, Moïse Lévy-Strassberg exigea qu’on le mît en rapport avec le divin Patron.
– Seigneur, Seigneur ! implora Moïse Lévy-Strassberg, que vous auriez donc mauvaise grâce
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à me tenir rigueur de ma funeste passion du jeu, puisque c’est par elle que votre saint Bercail a pu récupérer une brebis égarée.
– Rien n’est plus juste ! fit le Seigneur. Saint Pierre, laisse entrer monsieur. (S’adressant à Moïse Lévy-Strassberg) Et pour te bien démontrer que je ne t’en veux pas, je te propose une petite partie d’écarté.
– Très volontiers, Seigneur, mais vous savez, si on joue de l’argent, pas de miracles, hein !
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Où la science s’arrêtera-t-elle ?
Vous êtes-vous jamais trouvé dans cette situation bizarre, ouvrant votre porte à quelque visiteur, de voir pénétrer chez vous comme un immense sac de charbon, lequel, non content d’être par lui-même intensément noir, s’amuse à rayonner autour de lui un épais crépuscule.
Tel le spectacle auquel nous assistions, MM. Henry Becquerel, d’Arsonval, Lippmann, Max de Nansouty et M. votre serviteur ; spectacle peu banal, dont ce dernier vous traçait récemment, ici même, un léger croquis précurseur.
Une voix se fit entendre, semblant sortir de la partie supérieure du sac de charbon :
– Alors, bien vrai, messieurs, je ne vous dérange ?
Il n’y avait plus à douter !
Nous avions devant nous W.-K. Goldcock,
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l’inventeur de l’Érébium.
Et l’Érébium n’était pas un mystère, pas une blague, pas un truc, pas un fun, pas un humbug.
L’Érébium jouissait bien de cette stupéfiante propriété de dégager de la ténèbre, ou tout au moins d’abolir, dans un certain rayon, la lumière du jour.
Le bloc d’ombre se déplaçait, semblant glisser, autour de nous.
Et quand le bloc d’ombre s’approchait tout près de l’un de nous, l’un de nous disparaissait, comme absorbé par une nuit mouvante.
Une voix reprit, goguenarde cette fois :
– Eh bien ! messieurs les savants, vous ne me reconnaissez pas ?... Serait-ce parce que vous me voyez pour la première fois ?
– Si on peut appeler ça voir un homme, observa M. de Nansouty.
– ... Ou bien parce que je viens de me revêtir d’un simple cache-poussière imprégné de permanganate d’érébium ?... Ah ! ah ! l’Érébium, ça vous en bouche un coin au Radium !
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Soudain, il se fit, dans le sac de charbon, un grand remue-ménage ; puis nous le vîmes s’effondrer sur le sol, occupant un volume beaucoup plus restreint que tout à l’heure.
Émergeant du tas d’obscurité, un homme d’un certain âge, après nous avoir, en souriant, salués, se courba vers la terre et fit les gestes d’un qui plie un vêtement.
Au fur et à mesure de ces mouvements, le tas de nuit se rétrécissait, devenait à rien, pour, finalement, disparaître dans une sacoche que l’homme portait en bandoulière.
– W.-K. Goldcock, s’annonça lui-même le monsieur.
M. le professeur d’Arsonval voulut bien présenter à notre visiteur toutes les personnes présentes à cette scène inoubliable.
– W.-K. Goldcock, reprit ce dernier, ou, plus exactement, Guillaume-Charles Vidor, ancien pharmacien de première classe en France, forcé, par une ingrate magistrature, de s’expatrier, rapport à je ne sais quelle misérable histoire de
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vente de matières abortives en temps prohibé.
– Nous sommes heureux, déclara M. Becquerel, de voir, une fois de plus, due à un Français, une si belle découverte...
– Serait-ce indiscret ?... murmura timidement le bon M. Lippmann.
– Nullement, nullement, mon cher professeur. Voici : de même qu’il existe des poissons doués de ce que le docteur Raphaël Dubois appelle la biphotogenèse, c’est-à-dire la faculté d’émettre une lumière provenant de leur organisme propre, de même, il existe le contraire, c’est-à-dire des poissons qui, dans certaines circonstances, sont capables de produire des ténèbres et de s’en entourer.
– Telle la sèche...
– Tu l’as dit, Nansoury...
Chacun de s’esclaffer.
– Grâce, poursuivit notre ami, à une fort menue quantité de substance, la sèche peut obscurcir un volume d’eau considérable, et ce dans le plus instantané des délais. N’y avait-il
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point, dans cette opération, autre phénomène qu’un vulgaire et matériel brouillissement de l’eau par addition de substances étrangères ? C’est ce dont je me doutais. Un mois de travail, et je parvenais à isoler l’Érébine, que je considérai d’abord comme une matière organique, pour bientôt m’apercevoir qu’elle était, fichtre bien ! Oxyde d’Érébium.
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Quelles seront les conséquences de cette découverte ?
Immenses, sans doute, mais d’un ordre assez difficile à préciser, pour le moment.
Entre des mains coupables, l’Érébium peut devenir une arme nuisible, hélas ! à un bon fonctionnement de la société en général, et particulièrement en ce qui concerne ces braves huissiers et ces pauvres créanciers !
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