Faits divers
Souvenirs de jeunesse
Le steamer er François I vient de jeter sur le quai d’Honfleur tout un lot de petits jeunes gens havrais, lesquels vont opérer leur rentrée dans ce même vaillant collège où le monsieur qui écrit ces lignes a reçu la forte éducation qui a fait de lui l’homme que vous savez.
Diverses sont les attitudes de ces jouvenceaux : les plus grands affectent un air détaché, cependant que les pauvres tout petiots n’en mènent pas large et serrent bien fort la main de leur maman.
À ce spectacle, mon cœur s’émeut et de grosses larmes viennent perler à mes cils de rude devancier.
La cohue des souvenirs collégiaux m’assaille, bons et mauvais ; plutôt bons, car j’étais un élève flemmard, sournois et combien rosse ! Toutes conditions flatteuses pour arriver au parfait
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bonheur.
Beaucoup de mes professeurs ont conservé de moi comme une terreur superstitieuse, tant mon génie inventif leur causa de tracas pénibles et divers.
L’un d’eux, surtout, que je rencontre parfois, devient livide dès qu’il m’aperçoit, et les passants pourraient croire à quelque subit choléra.
Imaginez-vous que ce vieux bougre de professeur était si gourmand, qu’il nous confisquait à toute minute les menues friandises recelées dans nos pupitres, pour les affecter à son propre usage.
– Un tel, que grignotez-vous là ?
– C’est une tablette de chocolat, m’sieu.
– Apportez-la-moi.
– Voilà, m’sieu.
Et ce grand goulu n’hésitait pas à finir la tablette entamée.
Un jour, qu’il m’avait chipé tout un petit sac de figues sèches, je résolus de me venger et, dès
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le lendemain, j’apportai en classe une douzaine de biscuits purgatifs au calomel, ce qui me fut facile, mon brave père exerçant la profession de pharmacien.
Nous étions à peine installés sur nos bancs que je me mis à déguster un biscuit, un biscuit nature, bien entendu, et non pharmaceutique.
– Allons, qu’est-ce que vous mangez là ?
– Des biscuits, m’sieu.
– Apportez-les moi.
– Voilà, m’sieu.
Ah ! je vous prie de croire que l’infortuné pédagogue n’eut pas le temps d’achever sa classe !
Au bout d’une demi-heure, il se tordait dans les affres des coliques les plus tortueuses et disparaissait vers de secourables infirmeries.
À partir de ce jour, je pus, à mon aise, déguster toutes les gourmandises du monde, le bonhomme ne me demanda plus jamais à partager.
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Une autre fois, je me divertis également, telle une baleine de faible taille.
C’était vers la fin de l’année scolaire, à cette époque veule d’énervement estival, où les journées se passent à soupirer après le moment béni du départ.
On s’embêtait follement, surtout les internes !
Qu’est-ce qu’on ferait bien, pour tuer le temps ! Mon Dieu, qu’est-ce qu’on ferait bien !
J’eus une idée !
– Voulez-vous, proposai-je aux intéressés, que je vous fabrique de l’eau pour vous teindre les cheveux et les sourcils, les bruns en blond, les blond en noir ?
Si on accepta, vous voyez cela d’ici !
Mais ce que vous ne pouvez pas vous imaginer, c’est la tête des parents, le jour de la distribution des prix, apercevant leur extraordinaire progéniture ainsi travestie.
Il y avait notamment un joli petit garçon blond devenu, grâce à ma chimie, noir comme notre ami Paul Robert et que sa pauvre mère se refusait
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farouchement à reconnaître pour sien.
C’était le bon temps.
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