Fidèles Trahisons

Geneviève Desbiens · Chapitre 9 sur 16

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Fidèles Trahisons

Chapitre 9

Ça faisait près de dix mois que Morris pratiquait à Bellesroches, et le territoire à couvrir, qui s'étendait au-delà des limites de la municipalité, l'obligeait à se déplacer avec l'automobile qu'Antoine avait mise à sa disposition à la demande de Marie.

« Une chance que tu travailles pour moi, Marie. Rares sont les médecins de campagne qui peuvent compter sur l'assistance d'une jeune fille aussi débrouillarde, instruite et avenante.

—Je préfère encore me sentir utile ici, près des gens, que de devoir répondre aux clients dans le magasin de mon père. Ma tante Rosalie et maman suffisent à la tâche.

— C'est la première fois que j'ai quelqu'un pour m'aider. Sans ta collaboration, je ne pense pas que je serais resté à Bellesroches. »

Exceptionnels étaient les moments où Morris se laissait aller à la confidence, mais ce matin-là, il s'était épanché longuement sur les bienfaits d'une présence à ses côtés, ce qui avait gêné Marie qui tenta de détourner la conversation.

« C'est aujourd'hui que Charlotte Brodeur vous rend visite. Tout le monde à Bellesroches le sait ! Elle croit sérieusement que son Clément pourra...

—J'ai bon espoir que cette femme soit comblée, surtout que son mari se montre très collaborateur. Il n'y a pas de raison évidente de douter de l'avenir. »

Marie remarqua qu'il serrait outre mesure sa serviette de table et pressentit que quelque chose le tracassait. Alors elle s'excusa et passa dans le cabinet où elle prépara la salle d'examen tout en jetant un coup d'œil dans la voûte restée ouverte. Le lit était défait, des tas de livres s'étalaient sur le plancher et sur une chaise s'amoncelaient des vêtements ; des tasses et des verres traînaient un peu partout.

« Il y aurait lieu de faire un peu de ménage, n'est-ce pas ? »

Elle sursauta.

« Pourquoi ne demandez-vous pas à Fabienne de venir ranger ? Un bon nettoyage, en plus, ça ne ferait pas de tort.

— Marie, personne d'autre que toi n'entre ici, tu le sais pourtant. Je manque de temps, c'est tout. »

Son ton avait changé.

« Eh bien ! nous pourrions le faire ensemble, osa Marie timidement.

— Non, j'ai surtout besoin d'aller marcher, la journée sera difficile et je dois réfléchir à bien des choses. Je te laisse ranger à ta guise, tu n'auras qu'à refermer derrière toi. À quelle heure doit se présenter madame Brodeur ?

— À dix heures, mais avant vous devez recevoir une des sœurs Soucy.

— Soit, je serai de retour dans une heure, ainsi tu auras du temps pour le ménage. »

Il n'ajouta rien d'autre et la laissa en plan. Ce genre de considération la blessait tellement qu'elle tira le rideau et referma la porte de la garde-robe derrière elle.

Il était de retour à neuf heures, comme prévu, et il sifflotait. Quand il passa devant elle, elle se contenta de l'informer froidement de son emploi du temps.

« Je n'ai pas fait votre ménage.

— Ah !... et pourquoi ? »

Il affichait son sourire narquois. Elle ne répondit pas.

« Ça va, je le ferai moi-même. »

Elle nota de la nervosité dans sa voix, mais il lui fut impossible de s'en expliquer la raison jusqu'à ce qu'en réfléchissant bien, elle se rappelât que la dernière fois où Charlotte Brodeur était venue, il en avait été de même. Elle allait lui en parler, mais Charlotte fit irruption, en avance comme d'habitude.

Encore une fois, elle apportait des fleurs et une petite boîte.

« Vous pouvez vous débarrasser de votre manteau, en attendant.

— Je supporte mal l'humidité, je le garde. »

Mais elle se déboutonna suffisamment pour laisser entrevoir la belle écharpe de soie qu'elle portait autour du cou. Elle avait soigné son maquillage et monté ses cheveux en chignon : ça lui allait bien. Puis elle parla de la dernière mode, de ses achats fantaisistes du mois, de ses souliers neufs assortis à son sac à main, de son dernier arrivage de fleurs, de tout et de rien. Marie dut en convenir, Charlotte était intéressante avec ses grands airs.

« On dirait que tu n'es pas dans ton assiette, Marie. Commencerais-tu à être fatiguée... ou bien je t'ennuie, peut-être ?

— Je suis fatiguée, excusez-moi. Si j'ai l'air épuisé, laissez-moi vous dire que vous, au contraire, vous semblez en grande forme. Votre mari doit trouver que vous rajeunissez, vraiment, vous avez changé.

— C'est vrai que ma vie est différente. Qui sait ? Je suis peut-être enceinte... on fait tout pour ça ! »

Sur ces entrefaites, Rose Soucy était arrivée, au grand soulagement de Marie qui pourrait rattraper l'horaire et faire attendre encore un certain temps la jolie Charlotte qui se morfondait. Morris entra à son tour, sans saluer la fleuriste qui partit derrière lui, le sourire fendu jusqu'aux oreilles, les yeux battants. Marie dut intervenir et lui rappeler qu'elle était la deuxième sur la liste.

« Il faudrait pas que ce soit trop long, tout de même, rétorqua-t-elle en toisant la timide vieille fille tordue sur sa chaise.

— Vous me voyez navré de ce petit contretemps, ma chère Charlotte, tout à fait désolé », dit Morris.

Il tenait encore son langage doucereux et Marie avait toujours l'étrange sentiment que l'essentiel lui échappait, que les recommandations qu'il lui avait faites à l'effet qu'il ne prendrait aucun autre engagement de l'avant-midi, qu'il ne voulait pas être dérangé, que son entretien avec madame Brodeur risquait de se prolonger, n'avaient rien d'orthodoxe.

Charlotte recommença à babiller, sur les fleurs, le printemps, son Clément... toujours avec le même ton pincé, exaspérant, que Marie ne pouvait plus supporter, quand enfin la demoiselle Soucy réapparut Aussitôt, elle se précipita dans le cabinet. Elle misait beaucoup sur ce rendez-vous préparé avec une extrême finesse, parfumée uniquement pour l'occasion, et pour lequel elle avait commandé des sous-vêtements aguichants.

« Nous en sommes à un moment décisif pour l'avenir. Votre rendez-vous a bien été pris en fonction de la date de vos dernières menstruations ?

— Oui, ça fait dix jours aujourd'hui.

— Votre mari a-t-il suivi sa médication ? Il faut réellement mettre toutes les chances de votre côté, vous savez. » Il eut une légère hésitation. « J'espère, comme je vous l'ai demandé, que vous avez réservé la soirée juste pour vous deux ?

— Ne vous inquiétez donc pas, je suis trop heureuse à l'idée d'avoir un enfant pour prendre le moindre risque et tout faire échouer. J'ai suivi vos instructions à la lettre, je continuerai à vous écouter jusqu'au bout. »

Il l'invita à s'allonger sur le petit lit au fond de la pièce, troublé par ce regard qui ne cessait de lui tourner de beaux yeux langoureux pendant qu'elle se déplaçait, en se dandinant, avec des mouvements provocateurs. Elle s'assit sur le rebord du lit, replia une jambe et dégagea le haut du genou tandis qu'appuyée sur un bras, elle rejeta la tête vers l'arrière et se mordit les lèvres lentement. Son regard insistant envoûtait Morris qu'elle dévisageait de la tête aux pieds pendant qu'elle défaisait sa coiffure, comme elle l'avait vu dans les revues, et qu'elle complétait son spectacle érotique en sortant le bout de la langue qu'elle glissait de gauche à droite sur ses lèvres. Elle secoua la tête : ses cheveux tombèrent sur ses épaules. De toute évidence, elle était décidée à séduire son médecin qui assistait, impassible, à un véritable ballet nuptial. Elle s'accorda de brèves caresses avant d'enlever ses bas qu'elle fit rouler sous les paumes de ses mains toujours en se mordillant les lèvres. Emportée par son propre jeu, excitée, elle déboutonna sa blouse puis se leva et détacha sa jupe qui fila sur le plancher. Elle se cambra d'abord sur le lit avant de se redresser, ôter sa blouse et dégrafer son soutien-gorge dont les bretelles glissèrent tout doucement avant de libérer des seins gorgés d'impatience qu'elle présenta en bombant le torse. Un long silence suivit la scène.

« S'il me fallait assister à une telle séance de déshabillage à chaque fois que je fais un examen à une patiente, ce serait l'enfer. Je présume que vous venez de me donner un aperçu du cérémonial amoureux que vous offrirez ce soir à votre époux. »

Elle acquiesça d'un signe de la tête, incapable d'ajouter un mot ni de retenir avec orgueil ses larmes brûlantes d'attentes inassouvies. Le désir que Morris la prenne simplement et lui fasse de ces petits bonheurs qu'elle n'arrivait plus à connaître dans les bras de son mari lui embrasait le cœur, sans aucun remords.

« Si vous le permettez, je vais vous examiner. Étendez-vous et couvrez-vous avec ce drap, je vous prie. »

Il maîtrisait difficilement sa voix sautillante quand il s'éloigna, le temps de contrôler cette énergie du désir qui se manifestait trop ardemment. Après avoir fait semblant de consulter le dossier, il amena une chaise à côté du lit et lui mit une main sur son front moite. Doucement et à plusieurs reprises, il lui avait effleuré le visage et le cou alors qu'il gardait un silence que seul le souffle saccadé de Charlotte, trop frissonnante, parvenait à briser.

« Fermez les yeux, je vous en prie, essayez de suivre la chaleur de ma main. »

Il promena sa main à quelques centimètres au-dessus du visage haletant et dut prolonger l'exercice plus longtemps que prévu, jusqu'à ce qu'elle vît qu'il ne se passait rien d'autre et qu'elle se laissât enfin aller à la relaxation, plus réceptive au langage qu'il lui tenait, le même que lors de son premier examen, fait de mots caressants, plein d'odeurs et de couleurs. La voix devenait presque imperceptible et se perdait dans un nuage, une chaleur envahissante et confortable dans laquelle elle était bien, et rien au monde n'aurait pu l'empêcher de s'endormir profondément.

Lorsque Morris l'avait ramenée à la réalité, Charlotte s'était excusée de s'être ainsi laissée emporter dans un sommeil qu'elle ne comprenait pas. En guise de réponse, il lui avait simplement demandé d'écarter les jambes et l'avait examinée, les mains enduites de gelée spéciale, pour ensuite lui ordonner de rester allongée tant qu'il ne lui dirait pas de se lever.

Plus d'une heure et demie s'était écoulée. Morris voulut s'enquérir de l'horaire de l'après-midi, mais Marie était déjà partie dîner en lui laissant une note qu'il lut nonchalamment avant de retourner auprès de Charlotte.

« Tout est bien beau, madame Brodeur, maintenant c'est à vous et à votre mari de jouer. Si vous faites bien ce qui est convenu, le mois prochain pourrait vous réserver une surprise. »

Charlotte se rhabilla, très déçue, elle qui avait mis tant de soin et d'ardeur à séduire le jeune médecin. Elle serait plus déterminée la prochaine fois ! Pas question de se priver d'un espoir d'aventure avec le beau docteur Vanderstat ; Clément pouvait bien attendre encore deux semaines, elle n'avait qu'à dire que le moment n'était pas propice, c'est tout. Quand elle boutonna sa blouse, son sourire provocateur en disait long.

« Surtout, n'oubliez pas que ce soir vous devez avoir des relations sexuelles avec votre mari », insista Morris.

Il avait un nœud à l'estomac. Un peu de nourriture pourrait peut-être faire disparaître le goût amer qui lui remontait à la gorge.

Il s'assit à la table et mastiqua longuement le sandwich qu'il trempait dans un bol de soupe chaude, sans appétit. Causait-il encore sa propre misère ? Et il repensa à toutes ces calamités qui accablent l'humanité, à ces visages qui l'avaient marqué dans son enfance, surtout celui de la veuve de Frank le charretier, qui avait trouvé son mari pendu dans le grenier et qui était venue sonner à leur porte pour demander de l'aide que son père avait refusée, comme toujours. Devant si peu de mansuétude, Morris s'était promis, lui, d'aider son prochain, malgré toutes les conséquences qu'il pût y avoir, et de faire de l'altruisme sa meilleure protection.

Il jonglait encore quand Marie rentra de dîner. Elle se servit une tasse de thé et s'assit en face de lui.

« Vous n'avez pas l'air bien, Morris, vous êtes blême. Voulez-vous que j'annule les rendez-vous de cet après-midi ?

— Non, ça ira. Y a-t-il beaucoup de cas ? »

Sa voix résonnait, fausse. Il fixait au loin un abri imaginaire.

« Victorien Brideau et sa femme, puis deux visites à domicile.

— Bon, ça va, je vais m'étendre un peu. Serais-tu assez gentille de changer le lit de la salle d'examen ? Je laisse la voûte ouverte, tu n'auras qu'à me prévenir lorsque les Brideau arriveront. »

Il s'était laissé tomber sur le lit, le visage entre les mains, l'esprit absent. Quand Marie était venue le prévenir qu'on l'attendait, sans presse, il s'était lavé le visage à grande eau avant de changer de vêtements, en soupirant : « Que Dieu nous vienne en aide ! »

« On dit grand bien de vous dans le comté, commença d'abord Victorien Brideau. Ça prend du temps avant qu'on réagisse, c'est vrai, mais quand la confiance est gagnée, y en a pas un maudit pour nous faire changer d'idée.

— Vous me voyez flatté, monsieur, je m'en souviendrai. »

Morris sourit à Jeanne Brideau avant de la questionner sur la raison de leur visite.

« C'est au sujet de ma belle-mère. Victorien dit qu'elle retombe en enfance. Moi, je pense pas que ce soit si grave que ça, mais c'est dérangeant des fois, elle fait pipi partout, elle n'est pas capable de se retenir. Il y a peut-être quelque chose à faire, vous pensez pas ? »

Victorien s'esclaffa. Jamais il n'aurait cru sa femme capable de raconter aussi directement cette histoire. Il se tapait les genoux, aux prises avec un fou rire qu'il retint juste le temps de lancer en boutade que ce n'était pas d'hier que les vieilles faisaient pipi partout.

« Vous riez de votre mère, monsieur Brideau. Les vieilles personnes ne méritent pas ces risées.

— Excusez-moi... vous n'êtes pas facile à faire rire ! Je disais ça comme ça, juste pour parler. Qu'est-ce qu'on doit faire avec, maintenant ? Voulez-vous qu'on vous l'amène ? Jeanne pourrait revenir avec ou bien vous pourriez passer à la maison.

— Je préfère quand les gens se présentent ici, je garde les visites à domicile pour les cas plus urgents. Amenez-moi votre belle-mère, madame, et nous verrons ce que nous pouvons faire. Maintenant, y a-t-il autre chose, monsieur Brideau ?

— Non, ce sera tout, de toute manière je... Viens, Jeanne, nous avons assez dérangé le docteur. »

Jeanne Brideau traînait le pas. Elle s'adressa au médecin pendant que Victorien réglait les honoraires.

« J'me demande si je ne devrais pas moi aussi passer un examen, comme Charlotte Brodeur. Elle dit que c'est nécessaire à notre âge. Qu'en pensez-vous ?

— Prenez un rendez-vous avec mademoiselle Richer, il me fera plaisir de vous recevoir. »

Il s'adressa ensuite à Marie : « Ça ne sera rien pour monsieur Brideau, remets-lui son argent, s'il te plaît. »

Il se retira dans l'autre pièce sans porter attention aux remerciements du plombier et de sa femme. Et quand ils eurent quitté, il prit son manteau et sortit par la porte de derrière en emportant sa trousse. Lentement, il marcha vers le magasin général où il savait qu'il pourrait utiliser l'automobile d'Antoine.

Quand il quittait ainsi le bureau, sans la saluer, Marie se sentait vraiment frustrée et au lieu de se montrer compréhensive, dans ce temps-là elle se rebellait. Entre la frustration et la satisfaction du travail accompli, elle choisissait sa satisfaction à elle et interrompait son travail pour s'offrir une longue marche.

Elle revenait de sa promenade lorsque Morris, au volant de la vieille Ford familiale, s'était arrêté à sa hauteur et lui avait offert de monter.

« Tout compte fait, je préfère continuer ma marche ; le soleil est encore bon et...

— Ne serais-tu pas supposée être encore au travail à cette heure ? Je suis en droit de te demander des explications, tu sais, mais si tu veux rester dehors, nous pouvons rouler jusqu'au lac et nous asseoir quelque part.

— Dans ces conditions, c'est différent. »

Cette proposition la flattait. Elle aimait se retrouver en compagnie de Morris en dehors du milieu de travail ; dans ces moments-là, il se montrait plus attentif et parlait beaucoup de lui, sans compter qu'elle adorait l'entendre raconter les visites à ses patients, surtout celles où il devenait vétérinaire. Ces instants se coloraient d'humour, d'éclats de rire et de mimiques où il ne ménageait rien pour amplifier ses narrations.

« Il m'est plus agréable de vous voir rire ainsi que de vous sentir comme ce midi. C'était plutôt inquiétant, confia Marie alors qu'elle jetait des cailloux à l'eau.

— Donne-moi ta main, Marie. Tu es la seule personne à s'inquiéter pour moi, mais tes craintes ne sont pas fondées. Mes changements d'humeur sont dus en premier lieu au fait qu'être médecin signifie souvent affronter le destin. Il faut vivre en silence des moments très pénibles qu'il est impossible de partager. Et il y a aussi le vide !

— Le vide ? Faites-vous allusion au fait que vous êtes éloigné de vos proches, vous avez la nostalgie de votre pays ? »

Il lui lâcha la main et se distança.

« Mon pays me manque, c'est vrai, mais le pire, je crois, c'est l'absence de compagnie. Si j'ai choisi volontairement la solitude en venant ici, aujourd'hui elle pèse lourd sur mes épaules. Il me faut affronter la réalité : je ne suis plus fait pour vivre sans la présence de quelqu'un qui partagerait ma vie, m'accepterait et m'aimerait envers et contre tous. »

Marie comprit qu'il y avait dans les propos de Morris des choses qui la concernaient, mais elle n'était pas prête. Ce caractère changeant qu'elle lui connaissait la troublait trop. Elle s'imaginait mal en train d'affronter continuellement ses inégalités d'humeur, de se questionner sur la cause de ses angoisses.

« Ouais !... Bien... il est un peu tard, voulez-vous me ramener à la maison ? »

C'est ainsi qu'elle clôtura la conversation, sans rien ajouter qui aurait pu déclencher des révélations encore plus engageantes envers elle.

Quand la voiture passa devant la boutique de la fleuriste, le rideau se tira devant Charlotte qui surveillait depuis plus d'une heure le retour de Morris, décidée à se précipiter chez lui dès son arrivée, pour qu'il sache qu'elle attendait de façon maladive ses caresses, qu'il faudrait tout recommencer, qu'elle renonçait à avoir un enfant de Clément. Une visite où la pudeur de toucher et d'aimer n'aurait pas dérangé la morale, elle qui vivait son fantasme à toute heure du jour, les yeux brillants de désir, elle qui était prête à n'importe quoi pour assouvir son mal d'amour ! Le scénario était simple: «Je ne veux plus d'enfant», s'imaginait-elle en train de lui dire, allongée à demi nue sur le lit étroit, « vous et moi, nous pourrions peut-être nous aimer un instant. »

Mais voilà que Marie revenait avec lui, assise dans la même voiture, du lac Caché, une route où personne n'habitait, un cul-de-sac. La colère jaillit d'elle comme la lave d'un volcan. Elle ne parvenait pas à identifier ce sentiment qui lui donnait envie de griffer, de mordre ; tout au plus savait-elle qu'elle souffrait, qu'il y avait dans ses entrailles un nouveau mal et que seul Morris Vanderstat pouvait la guérir.

Un mois plus tard, elle se présenta à nouveau chez le médecin, en avance, tout à fait resplendissante avec son allure femme de ville, habillée à la mode, encore maquillée. Cette fois, elle n'apporta pas de fleurs, uniquement la petite boîte enrubannée. Quand elle s'adressa à Marie, elle le fit brièvement, avec froideur, et préféra s'adonner à la lecture d'une revue agricole plutôt que de soutenir la conversation. Marie ne s'en plaignit pas. Elle n'aurait pas à converser avec cette femme aux yeux languissants, dont les grands airs commençaient drôlement à l'agacer. Même la petite boîte l'agaçait. Charlotte Brodeur était bien la seule patiente, maintenant, à apporter encore des cadeaux au médecin, sans doute des bonbons au caramel, ces affreux bonbons collants que personne ne mangeait.

L'heure venue, Marie frappa à la porte du cabinet pendant que Morris, assis derrière son bureau, écrivait dans un petit livre noir qu'il se dépêcha de glisser dans un tiroir.

« Madame Brodeur est là. Est-ce que je la fais entrer ? annonça-t-elle, mine de rien.

— Ah oui ! Dis-lui de venir. »

Il soupira. C'était la première fois que Marie sentait que la consultation de Charlotte Brodeur le contrariait. Ce manque d'entrain prouvait peut-être qu'il n'y avait rien entre eux, contrairement aux insinuations de Didier Langevin qui avait colporté jusqu'à la salle du Conseil municipal que les choses auguraient bien mal pour le cher Clément, en mal d'enfant, trop aveugle pour se rendre compte qu'il pouvait être cocu ! La remarque avait failli dégénérer en bagarre. « Des adolescents, avait dit le maire, et ça se dit échevins. Un peu de tenue tout de même, messieurs, vous n'allez pas ridiculiser le Conseil avec vos comportements idiots ! »

Morris était venu à la rencontre de sa patiente sans enthousiasme alors qu'elle, elle se dandinait, la bouche en cœur, les yeux palpitants.

« Docteur, je ne crois pas être enceinte.

— Il faut d'abord vous examiner, nous verrons par la suite.

— Examinez, examinez, vous m'en donnerez des nouvelles.

— Avez-vous eu vos menstruations comme d'habitude ?

— Je retarde quelque peu, mais ça m'est déjà arrivé. »

Morris la pria de s'allonger et l'examina sans préambule, plus froidement qu'à l'ordinaire, moins intentionné aussi. Elle le lui fit remarquer d'ailleurs. Comme si de rien n'était, il afficha tout à coup un grand sourire béat.

«Je pense bien, ma chère dame, que vous êtes enceinte. »

Ces paroles eurent un effet de choc.

« Il me semble que ce n'est pas possible... après tant d'années !

— Je vous l'avais prédit. Maintenant, ma petite dame, il va falloir prendre soin de ce beau petit bébé.

— Êtes-vous certain que je suis enceinte ? Réellement, ça me surprend... c'est pratiquement impossible ! »

Morris essaya de la convaincre qu'après tant d'années d'abnégation il était normal d'avoir une certaine réserve, mais elle douta encore.

« On dirait que vous n'acceptez pas le fait d'être enceinte.

— Mon cher docteur, tant de choses se précipitent que mes émotions en sont coupées, ne portez pas attention à mes caprices et expliquez-moi plutôt comment ça va se passer, je vous avoue que tout ça m'inquiète. »

Elle se voyait tout à coup ensevelie vivante sous son rêve, abandonnée par le destin qu'elle trouvait exceptionnellement arrogant, voire injuste.

« Vous aurez peut-être des nausées, je dis bien peut-être, et le cas échéant je pourrai vous aider. À cela s'ajouteront quelques goûts bizarres que vous ne saurez contrôler. Pour certaines femmes, ça dure des mois alors que pour d'autres ces symptômes n'existent même pas et, malheureusement, ni la science ni la médecine ne peuvent y remédier.

— Une grossesse, est-ce à dire que je vous verrai plus souvent ? À toutes les deux semaines peut-être ? À mon âge il vaut mieux être rassurée.

— Vous semblez en pleine santé, votre situation pour l'instant ne m'inspire aucune crainte. Une visite dans quelques mois suffira, profitez-en pour gâter le père, l'heureux élu, il sera content d'apprendre la nouvelle ! »

Charlotte n'ajouta rien, obligée de se rendre à l'évidence, mais elle ressentit un malaise, quelque chose d'impossible à définir, un maillon de la chaîne qui lui échappait. Tout son corps transpirait de contradiction : cette soirée d'amour avec Clément, qui n'avait pas eu lieu, cet enfant jadis désiré, Morris qu'elle ne posséderait jamais. L'ardent désir pour cet homme à qui elle amenait des boîtes de caramels cuisinés avec tant d'espoir, pour qui elle achetait de si beaux sous-vêtements et avec qui elle faisait l'amour en rêve, cet amour insensé, elle ne pourrait pas le satisfaire ? Une fois, une seule fois après sa visite au médecin, elle s'était offerte à son mari, mais c'était en dehors du temps favorable, il n'y avait pas grand danger. Mais le risque existait et de là toute l'horreur d'être enceinte, de devoir renoncer à ses projets d'amour et enterrer ses fantasmes.

« Docteur Vanderstat, je ne me sens pas très bien, je vais rester allongée quelques instants, si vous le permettez. J'ai des étourdissements et si je bouge, c'est bien simple, je vais vomir. Touchez mon front, vous verrez. »

Elle lui empoigna fermement la main qu'elle porta jusqu'à son front puis sur sa poitrine pour qu'il sente que ses seins impatients refusaient d'espérer plus longtemps les caresses. Morris s'agita. Elle s'empara ensuite de sa main enflammée pour la porter à ses lèvres humides, caressant ses doigts avec sa langue invitante qu'elle glissait dans les interstices.

Quand elle repensait à ces instants de vibrations, Charlotte ne s'expliquait pas son sans-gêne ni comment elle avait pu amener Morris à se coucher sur elle, l'embrasser fougueusement, finir de la dévêtir et l'aimer tel qu'elle le souhaitait dans ses rêves. Si le fait de porter un enfant engendrait ces plaisirs, elle était prête à donner son corps pour l'enfantement perpétuel et au diable les affres de la maternité. Sans remords, elle s'enveloppa dans son bonheur interdit avec la ferme intention de ne jamais y mettre fin. C'est pourquoi elle avait une dernière fois entrelacé Morris avec ses grandes jambes affamées et lui avait murmuré à l'oreille, le plus tendrement du monde, qu'elle reviendrait dans une quinzaine goûter à nouveau aux plaisirs de la chair, aussi donnante, aussi accueillante.

«Je ne sais pas ce qui m'est arrivé, madame Brodeur. Le bonheur d'être aimé, le plaisir de cueillir dans l'arbre un fruit défendu, tout ça m'a rendu fou.

— Le fruit défendu, je te le servirai autant de fois que tu le désireras. Clément s'absente souvent et quand il doit aller dans d'autres villages pour ses ouvrages de maçonnerie, il y reste plusieurs jours. Tu en profiteras pour venir chez moi.

— Y pensez-vous sérieusement ? Taisez-vous ! Vous portez l'enfant de cet homme et vous songeriez à maintenir une relation avec moi ? Cela n'a aucun sens, avez-vous au moins quelques scrupules ? Depuis des mois que vous me faites des avances. Il aura fallu que ce jour maudit arrive. Comment parviendrai-je seulement à regarder votre mari en face ?

— Ne fais pas tant d'histoires. Clément a une entière confiance en toi ; il se réjouirait de te retrouver à la maison si tu venais souper un beau dimanche soir. Il ne se doutera jamais de rien, surtout qu'il ne portera plus sur terre tellement il se trouvera choyé en apprenant ma maternité ! Tu seras béni d'entre les mortels, un dieu quoi, celui qui l'aura rendu semblable aux autres, celui grâce à qui il perpétuera sa descendance.

— Il n'est pas question que je devienne votre amant. Je me suis laissé aller à vous aimer pour un instant, mais c'est fini maintenant. Ma profession ne le permet pas.

— Je viendrai te voir aussi souvent que j'en aurai besoin. Tu me recevras. »

Ils n'étaient plus allongés l'un sur l'autre. Morris s'était chaviré de côté et tout ce temps il s'était tenu sur un bras, surplombant Charlotte, toute menue sous son aile, avec son air d'enfant sage, une enfant chérie à qui on ne saurait refuser ses plaisirs. Amoureusement, elle le caressa une seconde fois avec tant d'habileté qu'il ne put lui résister, tout son être à nouveau assailli par le plaisir. Alors il porta ses lèvres au ventre de cette femme encore en attente d'amour et, délicatement, il descendit l'embrasser jusqu'à l'orée du plus profond d'elle-même, aux prises avec une fièvre incontrôlable de satisfaction. Un autre instant, ils connurent la folie des amants, une autre fois, il ressentit le remords de la tricherie, à peine capable d'en percevoir la réalité, obligé d'implorer les dieux pour qu'on lui accorde la délivrance ou le courage de s'éloigner de sa compagne.

Il fut exaucé. Partagé entre la chair et la raison, il réussit, malgré la désapprobation de son corps, à se détacher de l'arbre donneur avec la force du condamné, désespérément abandonné avec sa passion.

Marie ne se contenait plus quand Charlotte sortit du cabinet après plus de deux heures de consultation, les yeux étincelants, le sourire aux lèvres ; même que Morris dut la solliciter du regard pour qu'elle reconduise sa cliente. Une fois seul, il eut bien du mal à trouver la paix avec cette image de Charlotte, dévêtue et invitante, qu'il n'arrivait plus à chasser de son esprit et qui se mêlait aux souvenirs qui revenaient le tirailler pour étaler devant son esprit réchauffé par la passion tous les événements qui l'avaient obligé à venir s'installer à Bellesroches. Bien sûr, il avait fui à temps, mais il ne voulait plus avoir à revivre la hantise des longues nuits d'insomnie. Maintenant qu'il avait enfin retrouvé la satisfaction du travail accompli dans la pureté, sans que ses sens le trahissent, pourquoi venait-il de succomber bêtement aux avances d'une femme mariée qui ne céderait devant rien et qui très bientôt reviendrait à la charge ? Il se devait de réagir rapidement et de consacrer toute son énergie à réparer les pots cassés, sinon sa vie redeviendrait un enfer.

Il avait déjà envisagé de courtiser la belle et pure Marie, mais quelque chose l'avait retenu : la conscience peut-être ! Cependant le temps pressait, Charlotte en demanderait encore, il en était certain. Les images qui s'enfoncèrent alors au creux de son esprit se gravèrent, telle une obsession, comme si sa seule planche de salut portait le nom de MARIE.

Il resta des heures ainsi, à spéculer sur son avenir, et lorsqu'il voulut sortir de sa chambre prendre une bouchée, des nausées le ramenèrent au lit, là où l'angoisse s'était déjà installée jusqu'au petit matin. Et il était encore dans le brouillard quand il se présenta devant le bureau vide de Marie. On était mercredi. Il s'habilla à la hâte.

« Puis-je voir votre fille ?

— Marie est partie très tôt ce matin et je crains qu'elle soit absente tout l'après-midi. Elle a préparé un sac et nous a simplement dit qu'elle allait vers le lac », répondit Joséphine.

Morris prit rapidement congé et s'en retourna, penaud, s'attabler devant une tasse de thé, vaincu par l'anxiété qui lui enlevait toute énergie.

« Tout ça, c'est de la fatigue ! Une journée de congé me fera grand bien à moi aussi. »

Il plaça le carton Absent pour la journée, chaussa ses grosses bottines, s'habilla plus chaudement et sortit en direction du lac Caché. Il avait l'impression d'aller nulle part avec son rêve de rencontrer, au tournant d'un sentier, Marie, la pure, à qui il aurait voulu confier sa peine. Son envie augmentait au rythme de ses pas, au fur et à mesure de ses foulées, et il aurait couru si son souffle court ne l'avait pas immobilisé. C'est alors qu'il avait entendu marcher derrière lui et qu'il s'était élancé derrière un bosquet, amusé à la pensée qu'il pourrait surgir au milieu de la route, comme il faisait dans ses jeux d'enfant, et surprendre celle qu'il ne pouvait plus chasser de son esprit. Il retenait son souffle, prêt à bondir, quand il vit apparaître, marchant à pas feutrés, Didier, qu'on aurait dit reniflant une piste. Il resta camouflé jusqu'à ce qu'il l'eût dépassé et le suivit. Quand il le rattrapa, Langevin s'était arrêté, bien droit, et s'étirait de satisfaction derrière Marie qui jetait des cailloux dans le petit ruisseau venu lui lécher les pieds. Sans bruit, Didier s'approcha et lui banda les yeux avec ses grosses mains qui sentaient l'huile.

« Qui êtes-vous ? Je n'aime pas beaucoup ces jeux.

— Jure-moi que tu ne te sauveras pas et j'enlève mes mains. Jure !

— Didier Langevin, cracha Marie, enlève tes sales pattes. >

— Holà ! ma belle. J'te veux rien de mal, juste un bec. Tu oublies que t'es en dette avec moi. C'est le moment de rembourser. Ici tu auras beau crier, personne ne t'entendra.

— Enlève tes sales pattes, sinon je dis tout à ma mère.

— Elle te croira pas ! Tu es faite, ma pouliche, crâna Langevin.

— Didier, laisse-moi, supplia Marie. Je ne veux pas jouer à ce jeu.

— D'abord je t'embrasse puis on verra, si tu es sage.»

Il lâcha une main qu'il descendit jusqu'à sa poitrine.

« Moi, je la croirai, monsieur Langevin, je la croirai toujours. »

Bouche bée, Didier libéra son emprise et se recula de quelques pas alors que Marie se tourna à la renverse et saisit sa main qu'elle mordit au sang avant de s'élancer dans les bras de Morris où elle fondit en larmes.

« Attendez bien... tout le village saura que la Marie s'envoie en l'air avec son petit docteur ! Craignez pas, vous avez le tour tous les deux de vous organiser des rendez-vous galants. Vous me paierez ça, foi de Langevin. »

Encore sous le choc, elle n'arrivait plus à prononcer quoi que ce soit et restait là, blottie contre Morris qui lui caressait les cheveux et lui tapotait le dos.

« Tu n'as plus à craindre Didier Langevin, c'est fini, il te laissera tranquille dorénavant, j'y verrai. »

Il avait soulevé son visage et y avait laissé promener sa bouche, comme sur un bien sacré sur lequel il aurait déposé de légers baisers, puis il l'avait embrassée, si passionnément qu'elle voulut se dégager, mais il colla toute sa chair à la sienne. Sans plus de résistance, elle lui avait présenté son visage mouillé, le menton fièrement redressé, prête à accueillir le suc divin de l'amour.

Ils prirent du temps à se séparer. Plus un mot ne sortit de leur bouche occupée tant qu'ils n'eurent pas assouvi leur besoin de donner. C'est Marie qui rompit le charme la première.

« Vous êtes arrivé au bon moment. Mais, au juste, que faisiez-vous ici ?... et dans cette tenue ?

— Je te cherchais, tout simplement. Ta mère m'a dit que tu étais partie en direction du lac, alors j'en ai profité pour prendre congé moi aussi. J'ai à te parler, c'est très sérieux, surtout après la scène de tout à l'heure, car il est temps plus que jamais de t'éloigner des griffes de Langevin. »

Il prit un air grave de circonstance, les mains dans les siennes, et révéla son amour avec toute la couleur et la dimension du désespoir, à travers les apparitions sournoises de Charlotte.

«Je ne suis pas sûre de partager vos sentiments, Morris. Laissez-moi le temps de réfléchir, car si à l'instant je suis bien entre vos bras, parfois je me sens démunie, impuissante devant vous. Je ne peux définir ce que c'est, seulement une drôle de sensation, l'impression de perdre le contrôle de moi-même, d'être dirigée de l'extérieur.

— Tu te questionnes trop pour rien, le temps presse, jeune dame, je me torture la nuit lorsque je pense à toi, ne freine pas mes ambitions. Je veux faire de toi ma femme, Marie. Veux-tu m'épouser ? »

Quel bel accent il avait ! Elle se plaisait à l'entendre causer du bonheur, la chevelure ébouriffée, les yeux plissés par les rayons du soleil trop ardent, à peine abrités derrière ses lunettes, avec des gestes que tout son corps harmonisait avec une douce odeur de musc. Oui, il l'intéressait, malgré ses emportements, malgré ses mystères, mais quelque chose l'empêchait d'acquiescer à sa demande. .

« Laissez-moi du temps, eut-elle le seul courage de répondre.

— Marie, je ne pourrai vivre sans toi, tu dois me sauver l'âme et le cœur, bien prendre soin d'eux, ne pas laisser le " Malin " s'en emparer, m'abandonner. »

Elle n'appréciait guère ces envolées métaphysiques et toutes ces angoisses qui reposaient, dans le fond, sur ce mal à l'âme dont il souffrait. Ces messages lui faisaient peur. Et parce qu'elle-même ne pouvait s'expliquer l'ambivalence de ses sentiments, elle insista pour qu'il lui accordât du temps, qu'il acceptât de lui consentir un délai.

« Non ! Je te veux, maintenant et pour toujours. Tu es ma délivrance, comprends-tu?

— Tout ce que je comprends, c'est que vous êtes trop pressé ! Je prendrai le temps de réfléchir, que vous le vouliez ou non. »

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