Furie Rouge
Chapitre Neuf
Caecus se tenait immobile lorsque Dante tourna le dos à la balustrade pour le regarder droit dans les yeux. Lourdes comme le plomb, ses jambes semblaient directement fichées dans le sol. Toute la joie éprouvée quelques instants auparavant lui laissait à présent un goût amer dans la bouche, après avoir vu l’idéal parfait incarné par son Fils du Sang corrompu et anéanti. Un échec. Encore un échec.
— J’étais si près du but », murmura-t-il, « je… »
Dante prit la parole et ses mots furent un poignard enfoncé dans le cœur de Caecus.
— Apothecae Majoris, j’ai toléré votre fantasme au-delà de toute limite rationnelle. Vous vous êtes couvert de honte et vous avez sali votre chapitre avec cette monstruosité. » Il indiqua le cadavre gisant dans la fosse.
— Je voulais seulement… » Il déglutit, ayant de la peine à parler. « J’étais sûr… » Caecus regarda autour de lui, cherchant du soutien, mais ne vit que les regards emplis de dédain des autres maîtres de chapitre. Il essaya de trouver une explication, un semblant de justification. « Peut-être ai-je été trop impatient. Cette femme, cette Nyniq, avait raison, on aurait dû effectuer des tests supplémentaires avant…
— Assez », dit Dante. Le Seigneur des Blood Angels était furieux, mais sa colère était froide, glacée même, mêlée à de la déception et de la lassitude. Alors qu’il parlait, l’Apothecae réalisa subitement à quel point il s’était fourvoyé. « Vous allez quitter cet endroit et retourner à la citadelle Vitalis. Votre punition sera décidée ultérieurement mais, pour l’instant, vous ferez exactement ce que je vous dirai. » Le visage de Dante s’assombrit. « Ne vous méprenez pas, Caecus, car il n’y a pas matière à interprétation. Faites ce que je dis. Arrêtez vos recherches dans le domaine du replicae et détruisez immédiatement tous les travaux qui lui sont associés.
— J’ai encore plusieurs clones de Fils du Sang en début de gestation », souffla-t-il, bouleversé par le regard froid son maître.
— Détruisez-les tous. Aucune trace de ces abominations ne doit subsister. »
Caecus mit un genou à terre, désespéré de ne pouvoir trouver quoi que ce soit à dire pour montrer sa contrition, pour faire comprendre à Dante les motivations pures qui guidaient sa vision.
— Seigneur, s’il vous plaît…
— Aucune trace », répéta le maître de chapitre de manière définitive.
La tête baissée, Caecus trouva juste la force d’acquiescer. Son esprit se révulsa lorsqu’il vit l’amas de chair et d’os, tout ce qui restait du premier Fils du Sang. Il semblait à peine humain maintenant, juste un amas d’abats écarlates : les vestiges d’un monstre déformé et hideux. Dante avait raison : il s’était couvert de honte, de par son orgueil et sa déraison, et pire encore, il avait souillé le sol sacré de la forteresse-monastère en osant amener le clone défectueux sous ses voûtes sanctifiées. Il était coupable de tout cela, et pire encore, les maîtres des chapitres successeurs avaient assisté au spectacle. Il ne s’était pas seulement ridiculisé. Il avait aussi ridiculisé son maître.
Sentikan était en train de parler.
— Dante, je vois maintenant pourquoi tu as choisi de ne pas nous faire part de ces recherches. Aucun d’entre nous ne veut suivre la voie de la Raven Guard ou des Space Wolves et intégrer des animaux sauvages dans nos rangs.
— Peut-être faut-il approfondir les recherches », suggéra Daggan.
— Peut-être. » poursuivit Sentikan. « Mais pas ici. Et pas maintenant. » Le maître des Angel Sanguine tourna son visage encapuchonné vers Dante. « Je propose, comme vous l’avez ordonné, qu’un terme soit mis à cette affaire.
— Quelqu’un doit être dépêché pour s’assurer de la destruction de ces expérimentations », dit Orloc.
Sentikan indiqua son escorte de la tête.
— Je propose le premier capitaine Rydae pour cette mission.
— Accordé », dit Dante. « Nous avons beaucoup de choses dont nous devons discuter, frères. Je vous prie de regagner vos appartements et de réfléchir à tout ce que vous avez vu et entendu aujourd’hui. Demain, nous reprendrons nos discussions dans la Grande Annexe avant de mettre un point final à ce conclave.
— D’une manière ou d’une autre », conclut Daggan en pivotant pour observer l’Apothecae.
Caecus garda les yeux rivés sur le sol de marbre, n’osant prononcer un mot de plus.
Une fois dans ses appartements, Dante se versa un verre de vin léger dans un gobelet de cristal. L’arôme subtil de ce grand millésime lui aurait normalement permis d’avoir les idées claires grâce à sa perception améliorée : au contact de l’alcool, elle lui aurait permis d’éprouver des sensations existantes au-delà de celles des simples mortels. Mais à cet instant, cet arôme était grossier, écœurant. Sa mauvaise humeur l’empêchait d’apprécier le breuvage et la colère le souillait comme de l’huile.
On frappa à la porte.
— Entrez », dit-il sèchement.
Mephiston pénétra dans la pièce. Même débarrassé de son armure couverte de simulacres de muscles écorchés et de la coiffe psychique en cristal qu’il portait autour du cou, le Seigneur de la Mort conservait sa stature impressionnante. Il était venu de son plein gré : Mephiston connaissait les habitudes de son maître et les mots étaient inutiles entre eux.
— Nous avons vécu des jours meilleurs, monseigneur.
— En effet. » L’agacement de Dante refit brièvement surface et le gobelet crissa sous la pression de ses doigts. Il le posa brutalement en esquissant un rictus.
— Dis-moi, mon frère, existe-t-il un moyen encore plus grave de souiller le conclave ? » Mephiston choisit avec sagesse de ne pas répondre, et son maître poursuivit. « Maudit soient Caecus et sa bêtise !
— Il sera puni pour avoir désobéi.
— C’est trop tard », gronda Dante. « J’aurais dû le voir venir. Le Majoris a toujours été quelqu’un de têtu, et moi j’ai été idiot de lui céder ! » Il secoua la tête. « Sa démonstration imprudente avec cette créature nous a encore plus affaiblis aux yeux de nos successeurs !
— Rien ne sera ébruité », dit Mephiston. « Frère Rydae sait ce que l’on attend de lui. La magos serait mise hors d’état de nuire.
— Je ne m’inquiète pas à propos de la magos biologis. » Dante se renfrogna. « C’est l’état d’esprit de nos cousins qui me préoccupe.
— Le Seigneur Seth », dit Mephiston, avec un dédain à peine voilé.
— Il n’est pas le seul », fit remarquer son commandeur. Il soupira. « Peut-être ne devrais-je pas juger Caecus trop durement. Moi aussi je suis coupable, j’ai été stupide d’avoir cru que nos frères accepteraient de s’acquitter d’un tribut.
— Votre demande n’avait rien d’exagéré. »
Le rire de Dante sonna creux.
— Seth se ferait une joie de débattre sur ce point, mon frère. » Il redevint sérieux. « J’ai passé tellement de temps à peser le pour et le contre, à prendre soin de cacher à la galaxie toute entière notre situation, cela ne m’a jamais traversé l’esprit que le sang de notre sang tournerait la situation à son avantage. »
Mephiston réfléchit quelques instants avant de répondre.
— Les Flesh Tearers sont indisciplinés, c’est leur manière d’être. Depuis leur premier maître. Ils frôlent les limites du blâme, les franchissent même s’ils pensent qu’ils peuvent le faire. Mais, monseigneur, pensez-vous vraiment qu’ils vont vous affronter au moment de choisir ? »
Dante ne put répondre car on frappa à nouveau à la porte. Il ordonna au visiteur d’entrer, et c’est le frère-sergent Rafen qui se présenta à la porte de ses appartements.
— Maître », dit-il en s’inclinant, « le Seigneur Seth désire vous parler. Seul à seul. »
Dante jeta un coup d’œil à Mephiston et hocha la tête.
— Je vais peut-être avoir la réponse à cette question plus vite que prévu. »
Mephiston n’échangea pas de regard avec Seth lorsqu’ils se croisèrent avant que l’archiviste ne referme les portes derrière lui en partant. Le Flesh Tearer resta immobile pendant un instant, prenant toute la dimension de la pièce.
Dante se tenait près d’une fenêtre à persiennes. Le coucher de soleil sur Baal n’était que tons ambrés et orangés.
— Comment se porte ton sergent, Noxx ? » demanda-t-il sans attendre.
— Il faut plus que ça pour tuer l’un de mes hommes. »
Dante ne fit aucun commentaire.
— Que veux-tu, frère ? » Le Blood Angel indiqua une flasque oblongue remplie de vin sombre.
— Juste quelques minutes de ton temps, Dante », répondit-il. « Et la possibilité de te parler d’égal à égal.
— Tu l’as toujours été, Seth », dit l’autre maître de chapitre.
— Ce n’est pas vrai et tu le sais. » Il traversa la pièce en examinant le tapis complexe sur lequel il marchait : c’était une reproduction de l’Ultima Segmentum, tissée de millions de fils de couleur. « La Première Fondation. Mes frères ne peuvent pas rivaliser avec cela.
— Cela a une signification, certes. Mais cela ne te diminue en rien. » Dante l’observa attentivement. « Mais je pense que tu ne l’as jamais cru, quel que soit le nombre de fois où je te l’ai dit. »
Seth écarta le commentaire d’un mouvement de la main comme s’il n’avait aucune importance, mais, intérieurement, il bouillait en silence. « Être diminué est un sujet sensible pour tous les deux, non ? En ce qui me concerne, je le vis depuis bien plus longtemps que toi. J’ai appris à le connaître, comme un ennemi intime. »
Dante soupira lentement.
— J’en ai assez de ces circonvolutions. Tu penses que je ne te respecte pas. Tu as tort. »
Le visage du Flesh Tearer tressaillit sous l’implant argenté.
— Ce que je respecte, c’est la volonté de Terra. Tout ce que les Flesh Tearers sont et font, c’est au nom de l’esprit de Sanguinius et de l’Empereur de l’humanité. Les Blood Angels peuvent-ils en dire autant ?
— Bien sûr », dit sèchement Dante. « Et si tu ne tenais pas le rang qui est le tien, tu serais déjà mort pour avoir prétendu le contraire !
— Et pourtant les circonstances pourraient le suggérer si on adopte un certain point de vue. La glorification par tes soldats d’un faux Sanguinius ? Un schisme qui a quasiment anéanti ton chapitre ? Et maintenant, cette démonstration pitoyable de ton maître apothicaire ? Combien de ces choses ont été accomplies pour servir la volonté de Terra, frère ?
— J’ai donné mes explications. » Dante croisa les bras, son ton devenant plus glacial à mesure qu’il parlait. « J’ai expliqué mon raisonnement. » Ses yeux se rétrécirent. « Fais de même, Seth. Pourquoi es-tu là ? Que veux-tu de moi ?
— Je suis venu à ton appel, Seigneur des Blood Angels.
— Après avoir refusé une première fois. Je répète ma question : que veux-tu ? »
Seth esquissa un léger sourire.
— Je suis ici car je vois l’occasion de servir le Trône d’Or en éliminant la pourriture qui menace de détruire le cœur des Blood Angels. Je souhaite t’offrir une solution honorable, Dante. » Il secoua la tête. « Regarde-toi, frère. Regarde où ton orgueil a mené ton chapitre. Vous êtes les grands et puissants Blood Angels de la Première Fondation, redoutés par beaucoup, respectés par beaucoup plus… Mais vous êtes devenus complaisants à cause de cette réputation. L’affaire de ce minable d’Arkio et les Puissances de la Ruine… Tu n’aurais jamais dû laisser les choses en arriver là ! Mais toi aussi tu étais trop obnubilé par ta propre gloire ou je ne sais quoi d’autre pour t’en rendre compte avant qu’il ne soit trop tard. » Il vit l’espace d’un instant l’ombre d’un doute passer sur le visage de Dante et en profita. « Je te connais. Je connais toutes les questions que tu t’es déjà posées. » Seth hocha la tête. « Nous sommes membres de l’Adeptus Astartes. Et notre plus grande peur n’est pas la mort mais l’échec. »
Dante lui lança un regard acéré.
— Tu as remis mon autorité en question aujourd’hui », répliqua-t-il. « Si tu le fais à nouveau, c’est à tes risques et périls. »
Seth se raidit.
— Je ne fais que dire ce qui est une évidence pour tous. Et je te le dis maintenant, de maître à maître, de Fils du Grand Ange à Fils du Grand Ange… Fais ce qui est honorable, Dante. Assume la responsabilité de ce qui s’est passé et abdique ton rôle d’intendant de Baal. Permets à un autre chapitre de prendre votre place. »
Dante laissa échapper un éclat de rire lugubre.
— Tu as le culot de me parler d’orgueil et ensuite tu me demandes ceci ?
— Beaucoup pensent comme moi », rétorqua Seth. « Et demain, d’autres encore penseront la même chose que moi pendant le conclave. »
Dante se retourna vers la fenêtre, et Seth sentit la colère se rallumer en lui.
— Malgré ce que tu penses de moi, mon âge ne fait pas de moi un vieux fou sénile et impuissant, et j’affronterai dans l’arène n’importe quel guerrier et dix de ses frères qui osent le prétendre ! Pars maintenant, Flesh Tearer, et je considérerai cette tentative déplacée de me ravir le pouvoir comme une preuve de zèle !
— Tu penses que je le fais seulement pour moi ? » grinça Seth. « Je n’en fais pas une affaire personnelle, Dante ! Je veux ce qui est le mieux pour l’Imperium !
— Oui », répondit-il. « Je le sais bien. Et c’est pour cette raison, et seulement pour cette raison, que je ne te mets pas, toi et ta délégation, à bord d’un vaisseau pour Cretacia. » Le maître des Blood Angels l’affronta une fois de plus ; les yeux de Dante lançaient des éclairs. « Mais si tu restes dans mes appartements une minute de plus, j’ai bien peur que tu mettes ma patience à bout. »
Seth hésita puis s’inclina profondément.
— Nous en discuterons demain alors. »
Dante hocha lentement la tête.
— Je n’en doute pas un instant. »
Caecus marchait comme un condamné qui va à l’échafaud, replié sur soi, ses pensées sans cesse tourmentées. Frère Rydae le précédait d’un pas déterminé. L’Angel Sanguine portait un pistolet bolter dans un étui à la ceinture et un ilote des communications le suivait docilement. L’apothicaire était conscient que Nyniq marchait à côté de lui. Lorsqu’il avait quitté l’arène, un seul regard avait suffi à la faire taire sans avoir à expliquer ce qui s’était passé dans la fosse. Son expression décomposée était amplement suffisante.
Le large couloir se relevait légèrement avant de rejoindre les niveaux supérieurs du monastère où se trouvait le dôme orienté au Sud qui abritait la flotte de navettes et d’appareils atmosphériques de la forteresse. Caecus sentait les murs se refermer sur lui ; son air morose et ses poings qu’il ouvrait et fermait sans cesse trahissaient la pression qu’il subissait.
Tout lui échappait. Il dut se rendre à l’évidence. Malgré tous les efforts qu’il avait investis dans les recherches sur la déficience génétique, rien de tout ce qu’il avait fait pour éliminer la Rage Noire et la Soif Rouge ne lui avait donné plus de satisfaction que les recherches sur le replicae. Le clergé sanguinien effectuait des expérimentations depuis des millénaires, mais avait obtenu bien peu de résultats au final. Pour un esprit en quête perpétuelle comme celui de Caecus, se plonger dans des recherches de cette envergure entamait sa détermination car il savait pertinemment qu’il ne vivrait pas assez longtemps pour trouver un moyen de remédier à cette déficience, même s’il vivait aussi vieux que Dante.
Mais le clonage… la quête pour maîtriser l’art du replicae était différente, quelque chose en elle avait enflammé son imagination. Les découvertes qu’il avait faites étaient devenues de plus en plus prometteuses jour après jour et lui avaient donné l’énergie nécessaire pour continuer. Il était si près du but ! Caecus pouvait le sentir sur ses lèvres comme de l’eau fraîche. Si seulement il avait pu suivre le processus jusqu’à sa conclusion logique, le futur des Blood Angels aurait été assuré. Ils auraient compensé les pertes subies sur Sabien, mais aussi toutes celles des batailles à venir. Le replicae était quelque chose qu’il aurait pu maîtriser si seulement il avait eu le temps, les moyens et la confiance de ses frères.
Un bref éclair de ressentiment passa en lui, directement dirigé vers Dante mais il s’éteignit aussi vite qu’il s’était allumé, soufflé par l’évidence de son échec. J’ai travaillé à la hâte et je l’ai payé de ma réputation, de mon travail, de mon avenir…
L’immense fardeau de sa faute était insupportable. Il se demandait ce qu’allait dire Fenn lorsqu’il lui transmettrait les ordres du maître de chapitre. Caecus était certain que son fidèle serf allait être effondré.
— Attendez ici », dit Rydae en les laissant à la porte du hangar. Il s’avança rapidement vers les navettes stationnées en enfilade, chacune arborant la nuance de rouge d’un des chapitres successeurs. L’un des serviteurs-pilotes s’inclina profondément avant d’entamer une conversation avec le premier capitaine concernant le plan de vol pour rentrer à la citadelle Vitalis. Non loin de là, les moteurs d’une navette de classe Arvus tournaient au ralenti, les gaz d’échappement faisant vibrer l’air autour de l’appareil.
Caecus s’en prit à lui-même. Je ne peux pas revenir sur un échec ! Est-ce que j’ai fait tout ça pour rien ? Chaque heure de travail, chaque destination lointaine explorée pour récolter quelques bribes d’informations sur le processus du replicae ?
— Gâché », murmura-t-il. « J’ai tout gâché.
— Pas complètement », dit Nyniq en posant doucement sa main sur son avant-bras. « Seigneur Caecus, vous avez accompli des choses incroyables. Vous êtes allé si loin en si peu de temps ! Vous devriez être fier du chemin que vous avez parcouru. »
Il se tourna vers elle.
— Comment puis-je éprouver de la fierté en voyant cette abomination ? Je n’ai rien accompli, à part créer des monstres, des choses horribles honnies par la lumière de l’Empereur !
— L’Empereur… L‘Empereur… » Le visage de Nyniq fut agité de tics étranges, sa respiration devint saccadée. Elle semblait succomber à une sorte de crise. « Pour… l’amour… » Sa voix se voila, devint plus grave, plus rauque.
— Que se passe-t-il ? » demanda Caecus en fronçant les sourcils. Il ôta la main de la jeune femme de son avant-bras et sentit palpiter entre ses doigts son fin poignet pâle. L’Apothecae remarqua une odeur particulière, une odeur de graisse âcre qui se mêlait aux relents de carburant brûlé qui flottaient dans l’air du hangar.
Les yeux de Nyniq se révulsèrent d’un coup, ne laissant apparaître que le blanc, et une fine écume était en train de s’accumuler à la commissure de ses lèvres. Son visage se tourna vers lui par saccades. Ses globes oculaires miroitèrent avant de reprendre leur place initiale, révélant des pupilles noires constellées d’argent et de fils d’or.
Ses lèvres se retroussèrent dans une parodie de sourire, étrange imitation d’une expression que Caecus avait vue sur le visage de son maître.
— Mon… ami », gargouilla-t-elle dans un murmure. « Écoutez-moi.
— Serpens ? » Caecus ne savait comment l’expliquer mais l’esprit qui habitait le corps de la jeune femme n’était plus le sien, il en était certain. Quelque chose avait changé dans le comportement de son visage, comme si on avait tendu un fin masque de peau imitant les traits de son maître.
— Veuillez me pardonner si vous trouvez cette méthode de communication quelque peu effrayante, mais c’est la seule manière dont nous disposons pour le moment. » Les cordes vocales torturées de Nyniq formaient bien ces mots mais l’articulation, le rythme et le débit étaient ceux de Serpens. « C’est moi qui ai modifié la jeune femme. Elle peut fonctionner de cette manière pendant un court laps de temps, même si cela lui fait du mal. »
Caecus hocha la tête, fasciné de manière obscène. Le sang s’écoulait des yeux de Nyniq en larmes rosées. La partie analytique de son esprit se demanda comment une telle chose était possible. Un système vox implanté dans le tronc cérébral peut-être ? Ou une forme de conditionnement psy ?
— Je sais ce qui s’est passé… » poursuivit la voix étouffée dans un écho. « Je suis sincèrement désolé, Seigneur Caecus. Je vois que votre sang, même s’il est puissant et fort, n’a pas été suffisant pour stabiliser la structure génétique du Fils du Sang. Le composé se dégrade avant de pouvoir se lier à la matrice cellulaire du clone. » Nyniq secoua la tête de manière exagérée, comme une marionnette.
— Si c’est le cas… nous ne parviendrons jamais à corriger les erreurs de reproduction », dit sombrement Caecus. « Mon sang est pur, il est… » Il ne termina pas sa phrase, arrêté par une idée si choquante qu’elle lui avait coupé le souffle.
— Oui ? » invita la voix désincarnée.
— Si nous pouvions fabriquer un amalgame basé sur un échantillon totalement préservé de toute dérive génétique… il serait assez puissant pour résister à n’importe quel facteur mutagène invasif… » Il sentait son cœur battre à tout rompre.
La réponse fut sifflante et distordue.
— Une telle chose n’existe pas. »
Vais-je oser le dire ? Caecus baissa les yeux et regarda ses mains. Elles tremblaient.
— Elle existe bel et bien », répondit-il. « Ici même, dans la forteresse, le sang le plus pur, exempt de toute contamination, protégé et préservé. L’essence intacte de Sanguinius lui-même, recueilli de son corps et gardé par Corbulo et le haut-clergé sanguinien…
— Ils ne vous permettront pas de vous en servir. »
L’Apothecae fut parcouru d’un frisson.
— Il ne me faudrait qu’un infime échantillon… une seule goutte… » Il secoua rapidement la tête. « Impossible ! Je ne peux pas ! Ce serait un crime, une profanation ! » Caecus lança un regard vers Rydae. L’officier Angel Sanguine était toujours en discussion avec le pilote.
— Serait-ce un crime plus grave que de laisser s’éteindre les Blood Angels ? » La voix distordue de Nyniq sanglotait. « Avez-vous le choix ? C’est votre dernière chance Caecus ! Il le faut, il le faut, il le faut… » La femme trébucha et se mit brusquement à courir. « Il le faut ! » rugit-elle en courant vers le transport dont les moteurs tournaient au ralenti.
Il regarda avec horreur Nyniq se frapper le corps comme si elle essayait de résister aux pulsions subites qui l’animaient. Elle s’avança en titubant dans le couloir d’échappement des tuyères grondantes du transport et sa chair commença à se consumer. En une fraction de seconde, elle était devenue une torche vivante et elle hurlait en titubant sur la plate-forme d’atterrissage.
La silhouette enflammée attira instantanément l’attention de Rydae, du serviteur mais aussi celle de tous les hélotes présents sur la plate-forme.
Caecus en profita pour se cacher dans l’ombre avant de s’échapper et d’emprunter les couloirs de la forteresse-monastère en sens inverse. Il savait pertinemment où il allait, même s’il essayait de se persuader qu’il était, comme l’avait été Nyniq, le jouet du destin.
Rafen salua Mephiston de la tête lorsque celui-ci s’approcha de lui dans le couloir du cloître Silencieux.
— Seigneur », dit-il.
Le psyker au visage de rapace l’observa attentivement et, comme à chaque fois, comme toujours, le regard inflexible et pénétrant de l’archiviste s’introduisit en lui pour l’examiner.
— Où sont vos invités, mon garçon ?
— Le Seigneur Seth et sa délégation se sont retirés dans les appartements attribués aux Flesh Tearers dans la tour nord », expliqua-t-il. « Frère Puluo et frère Corvus s’occupent d’eux. Les surveillent serait une expression plus appropriée. » Mephiston fit la moue et resta silencieux. Rafen avait du mal à trouver ses mots, mais depuis ce qui s’était passé dans la Grande Annexe, le psyker avait l’air… distrait. « Frère-sergent, soyez franc avec moi.
— Vu votre clairvoyance, monseigneur, il me sera difficile de faire autrement. »
Ces paroles tirèrent à l’archiviste un léger sourire qui s’évanouit aussitôt.
— Quel est l’état d’esprit de nos frères ? Vous les côtoyez toute la journée tandis que moi, je suis forcé de rester avec les autres maîtres de chapitre. Comment est perçu le conclave par les soldats du rang ? »
Rafen réfléchit avant de répondre.
— Chaque Blood Angel comprend la gravité de la situation. » Et moi encore plus, ajouta-t-il silencieusement. « Nous restons à la totale disposition de notre maître et suivrons ses ordres, quels qu’ils soient.
— Que penses-tu de ce… replicae ? »
Il réprima une grimace.
— Je ne sais pas ce qu’était la chose dans la fosse. Je sais seulement que ce n’était pas un space marine.
— Est-ce qu’il a été dur à tuer ? » demanda Mephiston.
— J’ai connu pire. » Il hésita, troublé, alors qu’un souvenir fragmentaire refaisait surface. « Il m’a parlé, seigneur. »
Le Seigneur de la Mort écoutait attentivement.
— Vraiment ? Qu’a-t-il dit ? »
Rafen secoua la tête pour chasser le souvenir. « Rien d’important. Cela importe peu. »
Le regard de Mephiston ne changea pas.
— Tu ne l’aurais pas mentionné sinon. Répète-moi les mots que la bête a prononcés.
— Il m’a appelé frère. J’ai cru pendant un instant qu’il… qu’il me connaissait.
— C’est impossible. C’était une tabula rasa, Rafen. Une coquille creuse prête à obéir. Il n’est ni comme toi, ni comme moi. »
Le space marine hésita.
— J’aimerais en être aussi sûr que vous, seigneur. » L’humeur de Rafen s’assombrit. Les ombres rôdant à la marge de ses pensées menaçaient de faire à nouveau intrusion. « Après ce que j’ai vu aujourd’hui, après le combat et l’attitude de nos frères, j’ai un mauvais pressentiment. » Les mots lui échappèrent. Il avait gardé ses pensées lugubres pour lui depuis Eritaen mais il se sentait maintenant dans l’obligation de les prononcer à haute voix, de se confesser d’une certaine manière à Mephiston. « Après la mort d’Arkio et le retour de la Lance de Telesto, j’ai espéré que les blessures du chapitre allaient guérir.
— Ainsi que les tiennes », ajouta le psyker, lisant dans son regard.
Rafen acquiesça.
— Le traître Stele a essayé de nous briser et y a presque réussi. L’unité de notre lignée est désormais menacée aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur, et nous nous trouvons une fois de plus au bord de l’abîme. Aux portes du conflit, de la division. Et ensuite qu’arrivera-t-il, seigneur ? Une guerre civile ? »
Mephiston secoua la tête.
— Je jure sur le Graal que cela n’arrivera pas, frère-sergent, le Maître Dante ne le permettra pas.
— Mais si c’est le destin que l’Empereur a prévu pour nous… »
Le Seigneur de la Mort se détourna pour regarder à travers l’une des fenêtres.
— Seul l’Empereur connaît la réponse à cette question, mon garçon. Et Il se prononcera lorsque le jour viendra. »
Parmi les remparts crénelés de la forteresse-monastère, un seul minaret cylindrique se dressait au milieux des tours de pierre brun-rouge qui pointaient vers le ciel nocturne. Il était de taille plus petite mais les étages supérieurs n’en n’étaient pas moins impressionnants. Ses flancs étaient incrustés de mosaïques de rubis et d’or blanc protégées des tempêtes abrasives qui soufflaient sur Baal par une fine couche de diamant synthétique. À l’aube, les ornementations accrochaient la lumière écarlate du soleil, mais dans les ténèbres, on ne pouvait apercevoir que les scintillements des fragments qui renvoyaient les lueurs des autres tours environnantes et formaient comme une cohorte de gardes du corps.
Le minaret n’avait pas l’extrémité effilée de ses voisines. Au lieu de cela, il se terminait par une sphère constituée de blocs de pierre hexagonaux légèrement incurvés. Situé à l’équateur de l’orbe gigantesque, un anneau de fenêtres ovales garnies de vitraux offrait une vue périphérique. Derrière elles, on pouvait voir le nimbe lumineux des chandelles photoniques.
Le silence régnait à l’intérieur de la chapelle du Graal Rouge car les frères qui s’en occupaient assistaient à l’office du soir dans des salles situées bien en dessous. Seuls demeuraient les gardiens, deux hélotes d’armes placés dans des niches aux extrémités nord et sud de la salle.
Chacun d’entre eux avait un genou à terre, la tête inclinée en direction du milieu de la pièce. Fabriqués à partir de céramite et de métal, ils avaient forme humaine, des simulacres d’anges au repos. Leurs ailes d’acier garnies de plumes effilées étaient repliées à jamais dans leur dos. Leur visage ressemblait à celui des statues et l’intérieur de leur crâne accueillait vestiges de cerveaux et mécaniques de précision programmées pour surveiller inlassablement les abords de la chapelle. Ces esclaves cybernétiques avaient en guise de bras des bolters à tambour dont le canon et le cache-flammes étaient sculptés en forme de mains. Elles étaient jointes, paume contre paume, comme dans une prière silencieuse.
Les niveaux intermédiaires de la chapelle étaient totalement ouverts, abritant seulement une forêt de piliers en granit constellés de mica et disposés en pointe de flèche pour soutenir les niveaux supérieurs de la construction sphérique. Les deux gardiens inclinaient leur tête en direction de l’estrade basse qui représentait le seul autre ornement de la pièce. Taillé dans un grand bloc de rubis artificiel de la taille d’un transport de troupe Rhino, le podium circulaire étincelait sous la lumière des bougies. Un générateur de champ de force dissimulé dans le plafond projetait une colonne de lumière légèrement bleutée sur l’estrade et là, pris dans cette enveloppe d’énergie, flottant en apesanteur, se trouvait le Graal Rouge.
Une partie du sol couvert de mosaïques disparaissait dans la niche ouest qui était l’entrée de la salle, pour laisser place à une volée de marches. Frère Caecus gravit l’escalier jusqu’en haut et sentit immédiatement l’odeur du sang qui flottait dans l’air. Il s’arrêta pour savourer son parfum.
La texture de l’énergie vitale, son aura invisible, était riche et entêtante. Profonde, cuivrée, elle satura la perception améliorée du space marine, jusqu’au point de l’enivrer. Ses yeux se posèrent sur le calice étincelant : là était la coupe qui avait reçu le sang de son primarque, la puissance de son contenu préservée à jamais par un processus permanent d’exsanguination et de transfusion. À la mort de leur primarque, le haut clergé Blood Angel avait reçu la charge sacrée de s’assurer que son énergie vitale survive à sa mort. Depuis dix mille ans, les prêtres sanguiniens avaient protégé le sang de Sanguinius dans leur propre corps en suivant des rituels d’injection et d’extraction. Dans ce cycle sans fin, ils l’avaient renforcé sans jamais le laisser faiblir.
Le Graal Rouge était le calice qui avait recueilli les premières gouttes de sang versées par le primarque et on racontait qu’il préservait certains aspects de ce premier épanchement grâce à une technologie obscure perdue depuis des éons. On pouvait réellement dire qu’une partie du sang de Sanguinius était emprisonnée pour l’éternité dans cette coupe sacrée.
Caecus avait les mains qui tremblaient en traversant la chapelle. Les gardiens se levèrent dans un mouvement fluide de leurs jambes mécaniques et se tournèrent pour lui faire face, ouvrant leurs mains dans un geste d’accueil, mais les canons aveugles à l’intérieur de leurs paumes revêtaient une tout autre signification. Des dalles de verre faisaient le tour de la salle. Quiconque franchissait cette ligne sans avoir une autorisation en bonne et due forme perdait la vie. Les hélotes mécaniques le tuerait sur place s’il transgressait ces règles.
Mais il était Caecus, membre du clergé, le grand et respecté Apothecae Majoris, et après avoir cherché dans les recoins sombres de leurs cerveaux conditionnés, les gardiens le reconnurent comme quelqu’un étant autorisé à venir ici… même si cela était inhabituel. Les deux anges éprouvèrent l’équivalent mécanique d’un sentiment de confusion et marquèrent un temps d’hésitation, partageant des cycles d’horloge pour traiter ensemble cette information, sans vraiment savoir quoi faire. Selon la stricte hiérarchie du chapitre, Caecus, lorsqu’il se trouvait dans la chapelle, était la deuxième personne la plus importante après Frère Corbulo, et pourtant il n’y avait pas mis les pieds depuis des décennies ni n’avait accompli aucun transfert de sang. Qui plus est, aucun de ces rites n’était programmé actuellement. Les hélotes échangèrent des séries de cliquetis en code mécanique, incapables de décider de la bonne marche à suivre.
Caecus s’approcha de l’estrade de rubis et tira la fiole d’échantillon d’une poche sur le revers de ses robes. Il monta prudemment sur l’estrade et son regard se perdit dans le liquide écarlate à l’intérieur du Graal Rouge, dont la surface se troublait en cercles concentriques. À cette distance de l’ancien artefact, l’effet du champ de force était négligeable. La puissance qui irradiait du calice s’insinua en Caecus et ses muscles se tendirent. Lorsque Corbulo apportait le Graal Rouge aux guerriers sur le champ de bataille, la simple vision de la coupe les faisait redoubler d’efforts. La seule pensée de l’histoire contenue dans cette relique faisait résonner l’héritage du primarque dans les veines de chaque Blood Angel qui le regardait. Il leur donnait de la force, leur rappelait qui ils étaient, ce qu’ils étaient.
Caecus éprouvait un tel émerveillement tandis qu’il prélevait délicatement une petite quantité du contenu de la coupe. Ses mains tremblaient tellement il craignait de lâcher l’éprouvette en verre mais à cet instant, une volonté inébranlable s’empara de lui : il devait accomplir cette tâche. Les certitudes qu’il avait ressenties au début de son odyssée lui revinrent en un clin d’œil et son humeur maussade disparut. Je fais ce qui est juste, se dit-il en esquissant un sourire. Dante le verra. Je lui montrerai. Je leur montrerai à tous.
Il se redressa et descendit de l’estrade, toujours enveloppé par la lueur du Graal Rouge. Caecus agrippait la fiole dans ses mains, un talisman contre ses doutes et ses peurs. Il se sentait capable de défaire un millier d’adversaires, de surmonter n’importe quelle épreuve…
— Majoris ! »
La voix était dure et perçante. Caecus cligna des yeux dans la lumière et vit une silhouette en armure énergétique de pourpre et d’ébène. Rydae.
L’Angel Sanguine fit un pas dans l’entrée en alcôve et ce mouvement attira l’attention des gardiens.
— Je vous ai suivi », expliqua-t-il. « Votre tentative de vous échapper sans être vu a échoué, Caecus. » Rydae secoua la tête. « Votre comportement est inexcusable. Le seigneur Dante sera averti. »
Caecus s’avança vers le space marine, poussé par une colère subite.
— Tu oses me juger, pauvre avorton ? Tu ignores tout de mes combats ou de la voie que le primarque a tracée pour moi !
— Néanmoins, vous avez vos ordres… » Rydae s’interrompit lorsqu’il remarqua la fiole pour la première fois. « Qu’est-ce que c’est ? » L’indignation apparut dans sa voix. « Au nom de l’Ange, qu’avez-vous pris ? » L’Angel Sanguine s’avança et saisit le bras de Caecus. « Vous ne pouvez pas ! »
La colère qui bouillonnait à l’intérieur de Caecus explosa tout à coup, et il donna violent un coup de poing à Rydae. Pris au dépourvu, le space marine recula vers l’estrade de rubis.
— Tu n’as aucun droit de me juger ! » rugit Caecus. « Aucun de vous n’a le droit ! » Il frappa encore et encore, écorchant ses articulations sur l’armure de l’autre guerrier, ses coups sonnant contre la céramite. Chaque impact avait plus de force, était plus agréable, plus satisfaisant que le précédent.
— Majoris, ne me forcez pas à vous blesser ! » L’Angel Sanguine essuyait les coups sans répliquer. « Arrêtez tout de suite !
— Arrêter ? Arrêter ? La voix de Caecus se fit plus aiguë. Il puisa sa force dans la présence du Graal et éclata d’un rire bref. « Je suis allé trop loin pour m’arrêter maintenant, tu ne comprends donc pas ? Je suis au-delà du point de non-retour ! Rien ne m’arrêtera ! »
Rydae tenta de jeter l’Apothecae à terre par un coup maladroit, mais Caecus pivota et poussa violemment le space marine afin de lui faire perdre l’équilibre. La botte du capitaine dérapa au-delà des dalles de verre. Les hélotes mécaniques pivotèrent vers lui et exécutèrent la tâche pour laquelle ils étaient programmés avant qu’il ne puisse pousser le moindre cri. Ils ouvrirent leurs mains en même temps et abattirent Rydae dans un déluge de bolts.
Caecus s’écarta de la ligne de tir en trébuchant, étourdi par l’odeur infecte du sang chaud et frais qui se mêlait à l’odeur de l’ancienne énergie vitale qui flottait dans la salle.
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